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Que devons-nous faire si ET nous appelle ?

L'une des 63 cartes-processeurs du spectromètre FFT du projet BETA traitant simultanément 4 millions de canaux de 0.5 Hz.

Trouver les mots justes (II)

Jusqu'ici personne ne s'est jamais réellement penché sur ce qu'il conviendrait de dire si nous rencontrions les ambassadeurs d'une civilisation extraterrestre ou sur le contenu du message à leur transmettre. Comme nous l'avons dit, les "bouteilles à la mer" que nous avons envoyées jusqu'à présent représentent plus des messages à la postérité nous forçant à nous interroger sur nous-même que de véritables messages destinés à une forme de vie évoluée extraterrestre.

Mais cette tâche est aujourd'hui entre les mains de Douglas Vakoch, le leader de l'"Interstellar Message Group" à l'Institut SETI. Comme il le dit bien : "la manière de répondre a un immense impact parce qu'elle détermine la nature du dialogue pour les centaines de milliers d'années à venir".

Seth Shostak qui travaille également à l'Institut SETI sur plusieurs programmes de recherche nous rappelle que "SETI recherche des êtres intelligents. Des êtres complexes qui peuvent refuser de communiquer. Et ce que nous essayons de faire c'est d'écouter clandestinement leurs signaux tels que les ondes radios ou la lumière qu'ils pourraient émettre dans notre direction".

Le protocole élaboré par l'IAA stipule qu' "aucune réponse à un signal ou à toute autre preuve d'intelligence extraterrestre ne devrait être envoyée tant que les consultations internationales appropriées n'ont pas eu lieu".

Mais ainsi que nous venons de l'expliquer, les chercheurs du programme SETI jugent ce protocole inapproprié. Non seulement ils peuvent effectuer eux-même les vérifications qui s'imposent, mais si quelqu'un nous appelle nous ne pouvons pas lui répondre n'importe quoi au risque de passer pour des idiots.

Mais la maxime le dit bien, "c'est la première impression qui compte". Aussi Vakoch et son équipe doivent bien évaluer le pour et le contre de cette attitude avant que nous entamions tout dialogue avec une civilisation extraterrestre.

Vakoch précise que "nous devons considérer l'impact à long terme d'un échange. Une approche serait d'envoyer autant d'information que nous pouvons en espérant qu'ils partageront les leurs avec nous. Mais certains préféreraient peut-être que nous n'allions pas aussi loin. Peut-être faudrait-il conserver certains sujets de côté pour les échanges ultérieurs".

"Day", Document http://www.hebus.com/

La langue est également un facteur important et selon Vakoch la clé de la réussite d'un tel projet consiste à transmettre un message dans de nombreuses langues différentes et sous plusieurs formes, telles que des images, des sons et du texte ou en utilisant une langue basée sur un langage universel comme les mathématiques ou la logique. En fait on ignore tout de nos correspondants et toute solution est envisageable. 

Mais diront certains à bon escient, on ignore si ces extraterrestres sont altruistes, curieux de nature ou indifférents. Ce qui est certain c'est qu'ils ont envoyé un message et attendent éventuellement une réponse. Mais on peut imaginer que si la réponse les intéresse, ils aimeront en savoir en plus. 

Rien ne dit que ces êtres ont de bonnes ou de mauvaises intentions. Recevoir un message c'est signaler notre présence. Pour certains, plus habiles au maniement des armes que du verbe, ces extraterrestres seraient comme des prédateurs qui vivraient dans les abysses et verraient soudainement la lumière d'un poisson bioluminescent. Ils savent maintenant qu'il y a de la nourriture à deux pas. Ceux-là pensent que pour vivre bien il faut vivre caché et de nous rappeler le scénario catastrophique du film "Independence Day" où le monde est envahi par une colonie d'exterminateurs extraterrestres.

Essayons toutefois d'imaginer le bon côté des choses. Rien ne prédispose aucune forme de vie évoluée à être belliqueuse de nature et moins encore si elle a développé une civilisation technique et acquis un certain niveau culturel. Elle a forcément dû apprendre à gérer ses conflits internes pour survivre et connaît le risque que peut entraîner une guerre avec une puissance étrangère inconnue.

Jusqu'à présent, les signaux que nous avons envoyés dans l'espace contiennent des images, des sons, des messages de bienvenue et même de la musique de Bach. Mais même créés avec la meilleure intention du monde, Vakoch pense qu'ils ne seront probablement jamais lus. 

La principale raison est le délai des communications. On ne peut pas dialoguer si nous devons attendre la réponse durant des milliers d'années. Ce monologue n'aboutit à rien de concret à court terme pour aucune des civilisations. Par contre capter un message, le déchiffrer, nous permet d'acquérir des connaissance sur notre correspondant, un savoir que nous pouvons éventuellement mettre à profit immédiatement au sein de notre culture.

Si nous devons répondre à un message, les membres de l'Institut SETI pensent qu'il devrait être rédigé au cours d'un atelier de travail ou une "Task Force" à laquelle serait convier le plus grand nombre de personnes possible, allant de l'artiste au philosophe en passant par le scientifique et le professeur.

Pour Vakoch : "nous devons commencer par réfléchir à la manière dont nous voulons être représentés. Je pense personnellement que nous devrions inclure certaines de nos faiblesses et certaines des choses que nous souhaiterions améliorer". En fait son idée est de donner à nos correspondants une idée aussi fidèle que possible de notre réalité, sans éluder nos points faibles et nos difficultés, pour éviter toute interprétation de leur part et sans idéaliser inconsciemment notre condition d'humain.

Vakoch a déjà présenté en 2002 quelques messages de base typiques lors d'une exposition organisée au Chabot Space and Science Center d'Oakland en Californie. Ces messages comprennent entre autres choses des documents comme la table périodique des éléments écrite en langage binaire ou l'image d'un couple d'êtres humains se tenant l'un à l'autre représentant l'idée du soutien et de la sécurité.

Des suggestions moins prosaïques pour dialoguer avec des extraterrestres ont même été proposées par des écoliers visitant le centre. Tout cela permet de sensibiliser le public à la problématique d'un contact, une manière peut-être aussi d'obtenir des voix à l'avenir si l'un de ces enfants devient sénateur et doit défendre le budget d'un futur programme SETI. Le syndrome Proxmire a laissé un mauvais souvenir aux scientifiques.

Quoi qu'il en soit, tous ces projets confirment que depuis 1960, SETI a bien évolué et considère de plus en plus différents aspects de cette recherche. On ne parle plus nécessairement de transmissions limitées au spectre radio, on touche au rayonnement optique, laser, etc, tandis que les chercheurs n'hésitent pas à discuter de modes de transmissions encore balbutiants comme les messages quantiques et de protocole de réponse tenant compte des susceptibilités de chacun. La sagesse en cette matière semble prendre progressivement le-dessus après les critiques sévères faites à SETI dans les années '80 à propos de leurs méthodes de recherches jugées irréalistes ou techniquement dépassées.

A ceux qui jugent encore que SETI fait fausse route en cherchant des signaux radios analogiques dans le trou d'eau ou ses harmoniques alors que notre monde passera bientôt au "tout digital" à large bande, la civilisation qui est capable de nous envoyer un message à travers le gouffre de l'espace-temps connaît également les lois de la physique et les contraintes d'une transmission. Vraisemblablement équipée de détecteurs sophistiqués, capable de balayer toute l'étendue du spectre électromagnétique dans différents modes, elle sera nécessairement capable de capter le message "primitif" envoyé par voie analogique par notre civilisation. Qui peut le plus peut le moins.

Pour plus d'informations

SETI Institute

Rio Scale, IAA SETI Permanent Committee

Would contact with extraterrestrials benefit or harm humanity? A scenario analysis, Seth Baum et al., Acta Astronautica, 2011

Social Implications of the Detection of Extraterrestrial Civilization: Report on Workshops As the Cultural Aspects of Seti, John Billingham et al., 1999

LINCOS: Design of a Language for Cosmic Intercourse", North Holland Publishing Company, 1960.

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