Contacter l'auteur / Contact the author

Recherche dans ce site / Search in this site

 

 

Mars, le dieu de la guerre

L'hypothèse des satellites d'origine artificielle (II)

Mars s'entoure de deux satellites, Deimos et Phobos, dont l'existence fut prédite arbitrairement par Kepler au XVIeme siècle mais qui ne seront découverts qu'en 1877 par Asaph Hall en raison de leur faible magnitude qui requiert en général des télescopes d'au moins 400 mm d'ouverture. Ils deviennent visibles dans des instruments de 100 à 150 mm d'ouverture uniquement lors des oppositions périhéliques où Mars se rapproche de 20 à 30 millions de km de la Terre et atteint un diamètre appréciable voisin de 20 à 25". Dans ces conditions Phobos et Deimos brillent respectivement à la magnitude 10.4 et 11.5 maximum et deviennent des objets de défi pour les petits instruments.

Ces deux satellites sont de très petite taille avec un diamètre moyen de 14 et 22 km respectivement. Les paramètres orbitaux de Deimos, ses dimensions, son faible albédo (0.05), une densité évaluée à 2.3 et une forme irrégulière impliquent qu'il s'agit probablement d'un astéroïde capturé il y a 3 ou 4 milliards d'années. Ce serait une chondrite carbonée probablement issue de la Ceinture externe des astéroïdes.

En revanche, Phobos se serait formé comme notre Lune. En effet, Phobos présente une orbite circulaire et partage les mêmes composants que la planète Rouge. Pour expliquer ces deux phénomènes, il n'y a qu'une explication. Mars aurait subi un choc violent avec un autre corps céleste. Suite à cette collision, de la poussière et des ejectas auraient été libérés dans l'espace et se seraient mis en rotation pour finalement se regrouper et former Phobos.

Phobos et Deimos

Entourant une image couleur de Phobos réalisée par la sonde Mars Express en 2004, une image de Deimos photographié par Viking 2 (gauche) et de Phobos photographié par Viking 1 (droite) à quelque 1400 km de distance. L'astrophysicien soviétique Joseph Shlovsky pensait qu'ils étaient artificiels du fait de leur mouvement accéléré séculaire que l'atmosphère raréfiée de Mars ne pouvait expliquer. Nous savons aujourd'hui qu'il s'agit vraisemblablement de deux astéroïdes capturés voici 3 à 4 milliards d'années. Documents NASA/JPL.

Tellement petit et léger, à leur surface une mise en orbite se fait à 30 km/h (contre plus de 20000 km/h sur Terre) et la vitesse de libération est de 54 km/h (contre 11 km/s sur Terre); un 100 m et vous voilà propulsé dans le vide !

Deimos et Phobos évoluent respectivement à 20074 km et 5987 km de Mars sur des orbites synchrones, en présentant toujours la même face à la planète. Tous deux sont couverts de cratères, mais Phobos est plus accidenté. Son plus grand cratère, Stickney atteint le tiers de son diamètre (10 km). Phobos présente plus de cicatrices ainsi que des fractures parallèles et contiendrait peut-être de la glace.

Les sondes spatiales soviétiques Phobos 1 et 2 ont découvert lors de leur survol en 1988-89 que Phobos n'était pas aussi homogène qu'on pouvait le supposer pour un objet de cette taille. Les planétologues considèrent qu'il pourrait avoir une activité interne. 

Parmi les résultats de la mission MGS (1996-2006), on a découvert que l'écorce de Phobos est recouverte de débris pulvérisés (régolite) peu denses sur au moins 1 mètre d'épaisseur. 

Quant à Deimos, il est également recouvert de régolite mais ne présente qu'une seule formation, Voltaire de 3 km de diamètre. Tous les autres cratères ne dépassent pas 1000 m. 

Les orbites des deux satellites décroissent continuellement, subissant une accélération séculaire. Dans quelque 50 millions d'années, ils s'écraseront sur Mars.

L'astrophysicien soviétique Joseph Shklovsky

Toutefois en 1967, l'astrophysicien I.Shklovsky[3] avait une autre interprétation. Pour expliquer l'accélération séculaire du mouvement de Phobos et Deimos, Shlovsky suggéra qu'au moins Phobos était un satellite extrêmement léger, seule condition pouvant entraîner une perturbation par l'atmosphère raréfiée de Mars.

La densité de Phobos fut estimée mille fois inférieure à celle de l'eau et sa masse de l'ordre de quelques centaines de millions de tonnes, à un facteur dix près. Etant donné qu'il n'existe aucun corps solide plus léger que l'eau, même le bois le plus léger est deux fois plus dense que l'eau, il devait donc être creux. 

Etant donné que ni la densité atmosphérique, ni l'effet de marées ou la pression de radiation ne pouvait expliquer le ralentissement séculaire, les mesures elles-mêmes ne semblant pas erronées, Shklovsky ne trouva plus qu'une seule explication : "Il ne reste alors qu'une seule solution : supposer Phobos creux. Mais un corps cosmique naturel ne peut être creux. Donc Phobos (et aussi, vraisemblablement, Deimos) est un satellite artificiel de Mars". Phobos avait ainsi été élaboré par une ancienne civilisation martienne très avancée !

Ainsi les "Tars Tarkas" de E.Burroughs auraient construit deux satellites artificiels !? Hypothèse très séduisante mais qui prêtait à sourire. 

Shklovsky estima que "cette idée de prime abord fantastique nous semble mériter l'examen le plus attentif". Il émit toutefois d'autres hypothèses comme le fait qu'il s'agissait d'astéroïdes capturés ou de débris issus de la formation de Mars. L'exploration spatiale, une fois de plus, eut le mot de la fin. En particulier, la densité plus forte que celle de l'eau et la structure des surfaces des deux satellites infirmaient l'hypothèse artificielle qui fut classée à la rubrique des anecdotes.

Composition du sol

L'écorce de Mars se compose de roches continentales qui sont localement recouvertes de dépôts meubles. Sur une épaisseur de quelques millièmes de millimètres, la surface de Mars est recouverte par du sable d'une coloration orangeâtre. Pourquoi le sol martien a-t-il cette couleur ?

L'analyse révéla une composition voisine de celle des roches terrestres, mais avec une teneur trois fois plus abondante en fer et deux fois plus faible en silicium (50% d'oxygène, 20% de silicium, 14% de fer et 7% d'aluminium). Cette coloration s'explique donc simplement par la présence d'un oxyde de fer, la maghémite. Ce minéral, comme notre métal, attaqué par l'oxygène prend une couleur rouille. Il s'agit d'une variété d'hématite ferromagnétique, de formule chimique Fe2O3.

Il est intéressant de noter que selon une étude réalisée en 1998 à partir des données récoltées par le spectromètre infrarouge équipant la sonde Mars Global Surveyor, Jack Farmer de l'Institut d'Astrobiologie de la NASA estime que la granularité de ce cristal de fer a nécessité la présence d'une certaine quantité d'eau, indice supplémentaire tendant à confirmer que Mars connut un passé liquide.

Altérations hydrothermiques

A gauche des traces d'hématite dans la région de Sinus Meridiani (entre 10°O-358°0 et 6°S-5°N) mesurées au spectromètre infrarouge. Leur structure cristalline témoigne qu'elles se sont développées dans une quantité d'eau raisonnable. A droite cette image de Candor Chasma prise par Viking Orbiter montre en rose des dépôts pouvant avoir été formés par une altération hydrothermique produisant des cristaux d'oxyde de fer. Documents NASA/MGS/ASU et NASA/USGS.

Se basant sur les analyses chimiques effectuées par les différentes sondes spatiales Orbiter et Lander ayant exploré Mars, les géologues de la NASA pensent que la poussière martienne ne serait pas inoffensive et constituerait non seulement un puissant oxydant et irritant mécanique mais également un poison chimique. Consulter cet article pour plus d'explications.

Sous la couverture sablonneuse, les roches mises à nu prennent une coloration gris-verdâtre. Le sol est ferme. Les pieds des sondes Lander se sont enfoncés de moins de 15 cm de profondeur. La densité moyenne de ce substrat meuble est de 1.6, similaire à la silice ou le sable. Il présente une forte cohésion, comme les tranchées de la pelle mécanique des sondes spatiales Viking l'ont bien montré; les parois ont gardé leur forme sans s'écrouler comme du sable sec. Ce phénomène est lié à la faible pression atmosphérique régnant sur Mars et dans une moindre mesure au froid glacial qu'il y règne.

A lire : La toxicité de la poussière martienne

La texture du sol martien

Ci-dessus les excavations du bras mécanique de Viking Lander 2 sur le site d'Utopia Planitia. Photo prise à 19h47 local. Cette image révèle un sol ferme de la consistance du sable. Ci-dessous à gauche le sol autour du robot Sojourner révèle des traces d'érosion éolienne et un substrat très sombre. Ce sont ces zones découvertes par les vents que l'on observe sur Terre sous forme de soi-disant "avancées climatiques". A droite les excavations de la sonde Viking Lander 1 sur le site plus meuble de Chryse Planitia. Cliquer sur les images pour les agrandir. Documents NASA/JPL/NSSDC Viking1, Viking2, Mars Pathfinder.

Les roches de surface sont de quatre types : des roches volcaniques ignées et rugueuses, des roches lisses et érodées, des roches creusées de cavités comme la pierre ponce et des graviers. Le relief martien présente une grande diversité de formations, que l'on peut rapprocher des formations lunaires et de certains déserts terrestres (y compris polaires). 

Même si on ne peut pas affirmer que Mars s'est formée comme la Terre, les observations conduisent à penser que les seuls phénomènes qui peuvent expliquer les formations géologiques que l'on rencontre sur sa surface sont l'activité des météorites et le volcanisme; on trouve des bassins et des cratères d'impacts, des reliefs volcaniques et des champs de dunes, des effondrements et des glissements de terrain, des failles et des vallées (fractures). 

Survol de Valles Marineris

Viking 1992

AVI 1. 4 Mb

Tharsis et Valles Marineris

AVI de 12.5 Mb compilé par le JPL

L'activité tectonique a selon toute vraisemblance été très importante dans le passé ainsi que l'érosion par l'eau et la sédimentation. En témoignent les nombreuses régions volcaniques, tel le plateau de Tharsis Montes déjà cité qui est aussi vaste que l'Australie et qui a joué un rôle significatif dans l’évolution de la planète[4] ainsi que la région de caldera d'Alba. Il existe également un grand nombre de vallées sinueuses, dont l'une serpente sur 400 km dans Mare Erythraeum, atteignant localement 5 km de large.  

Valles Marineris

Le canyon de Valles Marineris photographié en 1980 (gauche) et une vue rapprochée prise en 1976 (droite) par Viking Orbiter 1. Cette fracture d'origine volcanique s'étend sur près de 4500 km et présente localement une largeur de 240 km et une profondeur de 6 km ! Cliquer sur l'image de gauche pour l'agrandir au format 776x776. Ci-dessous une vue oblique de Candor Chasma. L'image couvre 800 km par  6.5°S et 71°O. La partie droite formée de 3 échancrures est Ophir Chasma qui subit un effondrement dont le volume déplacé fut 1000 fois supérieur à l'avalanche du Mont St-Helens qui se produisit en 1980 ! Documents NASA/Viking1/NSSDC et NASA/USGS.

Prochain chapitre

Un relief familié

 

Page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 - 8 - 9 -


[3] I.Shklovsky, "Univers, vie, raison", Ed. Planète, 1967, ch.18, p196.

[4] M.Carr, Nature, 336, 1988, p520.


Back to:

HOME

Copyright & FAQ