Neptune, le dieu de la mer

Le champ magnétique (II)

Pour une planète 60 fois plus volumineuse que la Terre, son champ magnétique est plus faible que le champ de force terrestre. La magnétosphère se situe à 875000 km de Neptune, l’équivalent de 35 fois son rayon et, comme pour Uranus, le champ magnétique est incliné de 47° par rapport à l'axe de rotation de la planète. Il est également décalé par rapport au centre de la planète de plus de la moitié de son rayon (13500 km). Comparant ces valeurs à celles d'Uranus, les scientifiques pensent que son inclinaison extrême est induite par les flux circulant dans les profondeurs de l'atmosphère et ne résulte pas de son décalage physique ou d'une inversion de polarité.

Ce champ magnétique présente une période de rotation de 16 heures, proche de celle de l’atmosphère. Une ionosphère constituée de plusieurs couches a également été découverte entre 1000 et 4000 km au-dessus du niveau 1 bar (le rayon équatorial de Neptune, soit 24760 km).

Les anneaux

Le 22 mai 1984 les astronomes de l'Observatoire de Cerro Tololo observèrent une diminution de l'éclat de l'étoile SAO 186001 à peu de distance du disque de Neptune. Une extinction similaire avait déjà eu lieu en 1981, mais les astronomes attribuèrent cet effet à la présence d'un satellite d'une centaine de kilomètre de diamètre. La courbe de lumière enregistrée à Cerro Tololo variait subitement et fortement, si bien que l'astrophysicien français André Brahic du CEA émit l'hypothèse que Neptune était entourée de plusieurs arcs concentriques de matière. On ne parlait pas encore d'anneau car l'extinction de la lumière n'avait pas été confirmée tout autour de la planète. 

Les anneaux torsadés de Neptune

Les anneaux discrets de Neptune sont torsadés et noueux suite à l'emprise gravitationnelle de satellites gardiens et de corps glacés plus petits qui perturbent leurs mouvements. Photographies réalisées le 26 août 1989 par Voyager 2 à une distance de 280000 km.

Observés par la sonde spatiale Voyager 2 le 26 août 1989, les photographies à longues poses ont confirmé l'existence d'un système composé de 5 anneaux ténus, dont deux se détachent assez nettement à contre jour. Le plus proche se situe à 13250 km au-dessus de la couche nuageuse et présente une largeur de 15 km. Il s’agirait de l’extension intérieure de l’anneau 1989N3R. Les autres anneaux s'étendent jusqu'à 37150 km d'altitude, le plus éloigné ayant une largeur inférieure à 50 km. Leur épaisseur est inconnue de même que leur albédo.

Ces anneaux sont fortement torsadés et noueux, probablement sous l'emprise de satellites gardiens et de corps glacés plus petits qui perturbent leurs mouvements. Comme l'anneau de Jupiter, leur constitution est assez hétérogène, localement constitués de gros blocs de glace mais surtout de fines poussières micrométriques produites par l'impact de météorites sur les satellites proches, raison pour laquelle ils n'ont pas été entièrement détectés depuis la Terre.

Des systèmes d'anneaux entourent toutes les planètes joviennes. Ils sont constitués de blocs indépendants dont l'analyse laisse à penser qu'ils se sont formés après la formation des planètes. Heureusement, les astronomes peuvent établir des comparaisons entre les différents systèmes d'anneaux pour tenter de trouver une explication à leur variété. Reste à savoir pourquoi ces anneaux sont si bien définis et si bien ordonnés.

Des satellites singuliers

Neptune s'accompagne d'un cortège de 13 satellites, dont six ont été découverts par la sonde spatiale Voyager 2 et trois tout récemment en 2002 par une équipe d'astronomes Canadiens. Triton et Néréide étaient les seuls connus jusqu'en 1989. La plupart sont relativement proche de la planète. 

Triton est le plus curieux des satellites de Neptune. C’est le seul parmi les principaux satellites du système solaire qui présente un mouvement rétrograde; il tourne autour de Neptune dans le sens opposé à celle de la rotation de la planète. Néréide se singularise également par l’orbite la plus excentrique du système solaire avec une distance à Neptune oscillant entre 1.3 et 9.6 millions de km (e=0.7).

A gauche, une image composite de Neptune vu de Triton réalisée à partir des images transmises par la sonde Voayger 2. Le pôle Sud de Neptune est à gauche. Le relief de Triton est accentué 30 fois et s'élève à environ 1000m au-dessus de la surface. On aperçoit des terrasses modelées par des phénomènes d'inondations cryovolcaniques. A droite, une illustration artistique du système de Neptune. Triton est à l'avant-plan, Néréide à l'arrière-plan. Documents NASA/JPL/Photojournal et T.Lombry.

Triton

Avec un diamètre de 2705 km, Triton est l'un des rares satellites encore actif avec Io (satellite de Jupiter), Titan et Encélade (satellites de Saturne). Triton dispose d'une atmosphère d'azote mêlée de méthane. Selon E.D.Miner du JPL, sa température au sol est la plus froide du système solaire : -235°C. Une immense calotte polaire recouvre son pôle Sud de méthane et d'azote gelé. Elle s’étend jusqu’à -15° de latitude !, tandis que son pôle Nord est dénudé et relativement lisse. Cette glace saisonnière est légèrement rougeâtre, teinte probablement dûe à la présence de composés organiques produits à partir du méthane et de l’azote liés à des processus photochimiques et au bombardement corpusculaire. Du monoxyde et du dioxyde de carbone gelés existent également à sa surface. En altitude, une fine couche pouvant être constituée d’azote gelé occupe les régions équatoriales à la plupart des latitudes. Cette couche est brillante et bleuté mais n’obscurcit pas la topologie du terrain. La pression atmosphérique au sol est d'environ 15 microbars.

Neptune et Triton

A gauche, une magnifique image de Neptune et Triton prise par la sonde Voyager 2 le 21 août 1989. Au centre la surface de Triton couverte de glace présente une surface relativement jeune remodelée en permanence. Cette vue orthographique est centrée sur 40° Sud et 0° de longitude. A droite on distingue l'atmosphère ténue de Triton constituée d'une fine brume à environ 13 km d'altitude ainsi que quelques nuages épars. Document NASA/JPL.

La surface de Triton apparaît géologiquement jeune et dépourvue de grands cratères. Voyager 2 a découvert non loin de la latitude subsolaire (-55°) des volcans de glace en éruptions saisonnières, expulsant des fumées à travers la calotte polaire à 8 km d'altitude. Ces geysers glacés contiennent des composés azotés et organiques qui forment de longues traînées sombres que le vent emporte sur quelque 150 km de distance. Au sol, des traces plus lisses révèlent un effet de réchauffement. Les rares cratères d'impacts témoignent que sa surface est remodelée en permanence. Cette surface est relativement jeune par rapport aux standards du système solaire et n'a pas plus de quelques milliards d'années.

On observe également de nombreuses fissures, des fractures, des déformations et des terrains ridés très caractéristiques constitués de dépressions séparées par des crêtes accidentées. Bien que leur origine soit inconnue ces reliefs ont peut-être été formés par la fonte suivie de l'effondrement local de la surface glacée.

Triton a une densité de 2.066 suggérant qu'il contient plus de roches que de glace par rapport aux satellites de Saturne et d'Uranus. Toutes ces particularités (orbite rétrograde, existence de glace, forte densité) font penser que Triton ressemble à Pluton. Il s’est probablement formé indépendamment de Neptune dans les régions extérieures du système solaire et après avoir voyagé seul dans l'espace, il aurait été capturé par la planète géante il y a 2 ou 3 milliards d'années. Triton subit probablement une perturbation de sa trajectoire suite au passage rapproché d’un corps de la taille d'une comète ou d'un autre satellite aussi volumineux. Dans cette éventualité, ce sont les forces de marées gravitationnelles qui auraient donné naissance à son orbite excentrique tandis que sa surface serait restée liquide durant un milliard d'années après sa capture par Neptune.

Néréide, Proteus et les autres satellites

Néréide est un petit rocher de 340 km de diamètre. Sa forme est irrégulière et il présente une coloration rougeâtre. Il est assez sombre avec un albédo de 0.14. Son orbite est inclinée de 28° sur le plan équatorial de Neptune. Son orbite très excentrique et sa couleur suggèrent qu'il est probablement un ancien astéroïde capturé.

Le troisième satellite, Proteus fut découvert en 1992 depuis l'observatoire européen de l'ESO. Proteus est plus gros que Néréide (420 km) mais est deux fois plus pâle (albédo 0.06). Il orbite très près de Neptune, à 85000 km au-dessus des nuages. Très sombre, de magnitude 20 et noyé dans l'éclat de la planète, il ne s'en écarte pas à plus de 6" d'arc.

Les cinq autres satellites baptisés Larissa, Galatea, Despina, Thalassa et Naiade ont un diamètre oscillant entre 60 et 190 km. Ils gravitent presque tous dans le plan équatorial de la planète. 

Néréide. Document NASA/JPL.

Plus étrange, ils évoluent tous dans la "zone interdite" de la limite de Roche (env. 65000 km du centre de Neptune) dans laquelle tout corps devrait éclater sous l'emprise des forces gravitationnelles et ils présentent une densité moyenne de 0.94. Très léger ils sont probablement constitués de glace mêlée de poussières. L'action des forces de marée dans un passé très lointain sur un satellite plus volumineux pourrait expliquer leur position dans cette région chaotique.

Enfin, les cinq derniers satellites découverts depuis 2002 ont un diamètre oscillant entre 30 et 40 km et brillent à une magnitude d'environ +25. Ils sont irréguliers et ont vraisemblablement été capturés par le champ gravitationnel de Neptune alors qu'ils croisaient au large de la planète géante.

Pour plus d'information

Jet Propulsion Laboratory (JPL)

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