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Le Soleil en lumière de l'hydrogène alpha Le mythe de l’éruption solaire (V) Jusqu’en 1993 les géophysiciens pensaient que les éruptions solaires étaient seules responsables des tempêtes géomagnétiques et étaient à l’origine des aurores polaires. Faux, dit récemment le Dr Jack Gosling du Laboratoire National de Los Alamos, les éjections de matière coronale ou CME y participent également[3]. Les CME sont d'immenses bulles de gaz emportées par le champ magnétique solaire et qui sont éjectées du Soleil en l'espace de quelques heures à près de 1000 km/s !
Bien que la couronne solaire ait été observée durant les éclipses de Soleil depuis des centaines d'années, l'existence même des éjections de matière coronale ne fut révélée qu'après l'avènement de l'âge spatial. Les plus anciennes traces de ces phénomènes dynamiques remontent aux observations faites au moyen du coronographe embarqué à bord de l'Observatoire Solaire OSO 7 entre 1971 et 1973, relayé depuis par des observatoires embarqués et des satellites. Ces éjections de matière à partir de la couronne sont provoquées par le réarrangement rapide des structures coronales qui injectent dans le vent solaire d’immenses quantités de matière. Ces structures ressemblent à de gigantesques arches en sustentation au-dessus d’un quadrant du disque solaire. Ces immenses bulles s’élèvent dans l’espace, laissant derrière elles leurs pieds enracinés dans le Soleil. Ces phénomènes sont mal connus et suscitent aujourd’hui un grand intérêt. Nous savons qu’il existe une corrélation entre les éruptions et les aurores, ou plus communément entre les éruptions et les tempêtes magnétiques qui accompagnent les aurores. Mais les deux phénomènes ont également des effets additionnels induits par les CME.
Les CME sont souvent associées avec des éruptions chromosphériques et des protubérances mais elles peuvent se manifester en l'absence de ces phénomènes. La fréquence des CME varie avec le cycle solaire. Au minimum solaire on observe une CME par semaine. A l'approche du maximum on peut observer une moyenne de 2 à 3 CME par jour ! Inversement toutes les éruptions ne sont pas provoquées par les éjections de matière coronales, car elles sont beaucoup plus fréquentes que ces dernières. Selon Art Hundhausen de l’Observatoire NCAR de haute altitude, les éruptions chromosphériques seraient produites par des “reconnexions” magnétiques, un processus par lequel les champs magnétiques opposés s’annihileraient les uns avec les autres en libérant de l’énergie sous forme de rayons X et de particules énergétiques.
Cela
s’expliquerait d’autant mieux quand on sait que la surface solaire est
en mouvement permanent, comme un liquide en ébullition, qu’il accuse
une rotation différentielle et que les lignes du champ magnétique
finissent par s’entremêler au fil des rotations solaires, conduisant
finalement à des instabilités magnétiques, propices aux éruptions. Lorsque
le champ magnétique devient instable sous un filament, le champ de force
perce la surface solaire provoquant l'effondrement explosif du filament
(voir images ci-dessous). D'ordinaire ces phénomènes se produisent dans
des régions éloignées des taches et les éruptions sont dénommées
éruptions de Hyder en hommage à Charles Hyder qui publia des études de
ce phénomène en 1967.
Les éjections de matière coronale impliquent l’existence d’une forme spécifique du champ magnétique qui se déforme sur une grande échelle. Suite à l’éjection de matière coronale, celle-ci développe des lignes de forces opposées à la base des boucles qui peuvent se reconnecter et donner naissance à une éruption. Cette dernière peut donc être un effet complémentaire des éjections coronales mais elle peut aussi être une manifestation ordinaire de la surface solaire comme nous l’avons expliqué en étudiant le Soleil en lumière blanche. Le Dr Don Reames de la NASA-GSFC amende lui aussi la théorie selon laquelle les éruptions sont à l’origine de l’émission de particules solaires énergétiques sur une grande échelle. Bien que les éruptions chromosphériques participent au transfert de l’énergie vers les particules (directement à travers les reconnexions ou indirectement en générant des instabilités et des ondes de chocs dans la couronne) les immenses ondes de chocs qui accélèrent les éjections coronales peuvent exciter les particules sur une beaucoup plus grande échelle. Ces particules énergétiques doivent être dissociées de celles associées aux éruptions chromosphériques car elles s’en différencient par leur composition, leur charge et leur dispersion spatiale, cette dernière étant beaucoup plus localisée.
Aujourd'hui les astrophysiciens solaires ont accepté la théorie du Dr Jack Gosling car il est démontré que les CME sont à l’origine des plus fortes tempêtes géomagnétiques et des phénomènes d’aurores qui les accompagnent. Ces phénomènes sont liés à la forte intensité et à la configuration des lignes du champ magnétique solaire, à leur vitesse, et non pas à l’énergie des particules comme on le crut jusqu’au début des années 1990. Prochain chapitre
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