Origine du champ magnétique du Soleil

écrit en collaboration avec le Dr David H. Hathaway, NASA-MSFC

Introduction (I)

Le Dr David H. Hathaway, astrophysicien solaire au Marshall Space Flight Center de la NASA, nous rappelle qu'à l'image de bon nombre de phénomènes célestes, le magnétisme est la clé de la compréhension du Soleil.

C'est en 1919 que Sir Joseph Larmor proposa la théorie selon laquelle les taches sombres du Soleil étaient formées par un effet de dynamo auto-excitée. Nous verrons quand nous étudierons le champ magnétique terrestre, qu'il proposa également d'appliquer cette théorie à la Terre pour expliquer l'existence de son champ magnétique à condition que son intérieur soit fluide. Son intuition s'avéra fructueuse.

Dr David H.Hathaway, NASA-MSFC, Juin 1999.

Dr David H.Hathaway

Si étonnant que cela soit, pris comme un tout le Soleil ne dispose pas de champ magnétique global comme celui de la Terre. Mais si on prend l'intensité moyenne de tous les champs localisés à la surface du Soleil, il donne l'impression d'avoir un champ général des milliers de fois plus intense que celui de la Terre ! L'évolution de ces champs locaux est très importante car de leur activité dépend directement l'évolution des tous les phénomènes qu'on observe à la surface du Soleil.

Si les taches ont une influence mineure sur les émissions du Soleil, l'activité magnétique qui les accompagne peut au contraire produire des modifications importantes des niveaux de rayonnements ultraviolet et rayons X peu pénétrants. Ces changement qui s'intensifient à mesure que le cycle solaire approche de son paroxysme produisent des effets très importants dans la haute atmosphère terrestre comme je l'explique dans les pages anglaises consacrées aux perturbations ionosphériques.

Ce champ magnétique prendrait naissance dans l'interface appelée la tacholine qui sépare la zone radiative de la zone convective. C'est la variation de la vitesse des fluides dans cette zone qui serait à l'origine du resserrement ou du relâchement des lignes du champ de force.

On sait aujourd'hui que le champ magnétique solaire est produit par le déplacement de particules chargées tels les électrons et les ions. En pratique c'est à l'endroit où les lignes de force de ce champ magnétique percent la surface solaire qu'apparaissent les taches sombres dont l'évolution suit le cycle de l'activité des champs magnétiques. Quant aux protubérances elles sont en sustentation grâce aux champs de forces du champ magnétique qui donnent également leur formes aux structures qui apparaissent dans la couronne.

La structure de la couronne et des protubérances doivent leur forme à l'activité magnétique qui dessine un réseau complexe de lignes de forces. Doc MSU/YPOP

 Les champs magnétiques sont donc à la source virtuelle de tous les détails que l'on observe à la surface du Soleil. Sans ces champs magnétique le Soleil serait une étoile bien ennuyeuse à regarder.

L'effet Zeeman

En 1908 George Ellery Hale (1868-1938) de l'Observatoire du Mont Wilson découvrit l'effet Zeeman dans les raies d'absorption des taches solaires. Grâce à cette découverte les astronomes se sont rendus compte que l'activité du Soleil était régie par le magnétisme.

A gauche le champ magnétique produit par un aimant provoque un élargissement de cette raie du sodium. A droite le spectre de cette tache solaire montre une triple raie du Fer à 5250.2 Å témoignant de l'existence d'un champ magnétique de 4130 gauss. Documents NASA-MSFC et AURA/NOAO/NSF.

 L'effet Zeeman permet en effet d'évaluer l'intensité du champ magnétique qui peut être déterminé à partir de la séparation des raies d'absorption, tandis que la direction du champ se déduit du sens de la polarisation de ses composantes.

Comment mesure-t-on le champ magnétique ? Les lignes de forces du champ magnétique ont la faculté de changer la direction du mouvement des particules chargées telles que les électrons. Ce phénomène donne aux électrons qui orbitent autour du noyau atomique dans une direction déterminée plus d'énergie qu'aux électrons orbitant dans l'autre sens. C'est en mesurant la différence d'énergie émise par les électrons lorsqu'ils sautent d'une orbite à une autre que l'on peut déterminer le champ magnétique solaire, évaluer son intensité et sa direction.

Magnétogramme du Soleil

 A gauche la surface solaire observée en lumière blanche le 3 Août 2000. A droite un magnétogramme réalisé le même jour dans la raie du Na I à 589.59nm. Noter les nombreuses inversions de polarité rouge/bleue, tant dans la granulation que dans les zones actives des taches. Cliquer sur les images pour lancer une séquence (4.3 MB Mpeg) montrant l'évolution du champ magnétique solaire durant un mois, un document préparé par David H. Hathaway, NASA-MSFC sur base de données recueillies dans le cadre du programme GONG de la NOAO.

Les groupes de taches bipolaires

Les taches solaires sont produites par le champ magnétique interne qui présente une intensité des milliers de fois plus forte que celle du champ magnétique terrestre qui oriente l'aiguille des boussoles. Sous l'effet combiné de la pression magnétique et des mouvements de la matière ces champs magnétiques percent la surface en formant des boucles qui désorganisent localement la surface solaire. Ces zones deviennent des facules dans lesquelles se forment les taches et les protubérances. Ces facules sont également des zones magnétiques mais leur champ de force est concentré dans une surface beaucoup plus réduite que dans les taches sombres.

A gauche une image polarisée du Soleil est superposée à un magnétogramme mettant en évidence la polarisation des groupes de taches bipolaires. Au centre un groupe de taches bipolaires (en blanc les champs positifs, en noir les champs négatifs) et à droite une modélisation 3D des lignes de force de son champ magnétique de surface. Documents KPNO et SOHO.

Les taches solaires forment en général des groupes bipolaires. La première présente un champ magnétique dirigé vers le nord, la seconde un champ magnétique dirigé vers le sud, à l'image des courants magnétiques circulant dans le Soleil. Ce phénomène se mesure au sol au moyen de magnétographe vectoriel. Le champ magnétique est le plus intense dans les parties sombres formant l'ombre de la tache tandis qu'il est faible et orienté grosso modo horizontalement dans les parties claires formant la pénombre des taches. La polarité d'une tache de tête située dans l'hémisphère nord peut-être orienté vers le nord tandis que la tache de tête située dans l'hémisphère sud pointe alors vers le sud. Mais au cycle suivant des taches solaires les polarités s'inverseront : la tache de tête située dans l'hémisphère nord pointera vers le sud et vice-versa dans l'autre hémisphère. Cette inversion des polarités magnétiques se succède au fil des cycles des taches solaires.

Evolution d'un groupe de taches durant le mois de mars 1989, en haut son aspect en lumière blanche et en bas le magnétogramme correspondant (en blanc les champs positifs, en noir les champs négatifs). Cliquer sur l'image pour l'agrandir. Document AURA/NOAO/NSF/KPNO.

Les éruptions solaires

Pour comprendre et pouvoir prédire les éruptions solaires il faut se pencher sur la structure du champ magnétique autour des taches solaires que l'on mesure au magnétographe vectoriel. Si cette structure se torsade et s'inverse toutes les conditions sont remplies pour que les lignes du champ magnétique se réunissent en provoquant une libération explosive d'énergie.

Le phénomène d'inversion magnétique

Gros plan sur le phénomène d'inversion (shearing) dans la région neutre qui sépare deux régions actives. Consulter le texte pour les explications. Document NASA-MSFC.

L'image du groupe de taches présentée ci-dessous présente en bleu les lignes neutres qui séparent les zones de champ magnétique contraire. Dans des conditions normales le champ magnétique passe au travers de ces lignes pour relier par une boucle les régions de polarités positives (où le champ magnétique pointe vers l'extérieur) et négatives (où le champ magnétique pointe vers l'intérieur). Les petits segments indiquent la force et la direction du champ magnétique mesuré au moyen du magnétographe vectoriel du MSFC de la NASA

L'inversion magnétique, clé des éruptions

A gauche, la région active AR6659 photographiée en Ha le 10 juin 1991. A droite la même image sur laquelle est superposé un magnétogramme vectoriel mesuré à 525 nm dans la raie du fer. Cliquer sur l'image pour lancer l'animation (GIF de 2.2 MB) sur laquelle sont enregistrés deux éruptions : une de classe M6.4 entre 13h53-15h27 TU et une de classe M3.2 entre 16h53-18h01 TU. A droite gros plan sur le phénomène d'inversion (shearing) dans la région neutre qui sépare les deux régions actives. Consulter le texte pour les explications. Document NASA-MSFC.

En superposant ces lignes et ces segments sur l'image d'un groupe de taches sombres où se produit une éruption (zones blanches sur l'image du haut) on constate que l'éruption suit les lignes de courants neutres où le champ magnétique s'inverse; si vous examinez l'image de près vous constaterez que le champ magnétique (segments) s'oriente le long des lignes neutres au lieu de les traverser. Nous venons de découvrir l'ingrédient clé des éruptions solaire : le phénomène de shearing, d'inversion locale du champ magnétique.

Consulter les magnétogrammes journaliers de la NASA

Grâce à des instruments dédiés à ce type d'activité, en l'espace de quelques années les astrophysiciens solaires ont découvert que l'activité des éruptions était étroitement associée avec l'inversion des champs magnétiques. Aujourd'hui la mesure de cette inversion à l'intérieur et autour des taches solaires permet aux astronomes de prédire avec une grande précision l'apparition d'un bon nombre d'éruptions solaires majeures.

Les modèles théoriques

Les lignes de force du champ magnétique forment des boucles dans l'atmosphère et à l'intérieur du Soleil formant un réseau enchevêtré de structures magnétiques. La plupart de ces structures se développent dans les couches supérieures de l'atmosphère solaire, dans la chromosphère et la couronne solaire. Les mesures se font habituellement dans les couches plus profondes, au niveau de la photosphère. Des modèles tridimensionnels et dynamiques, tels ceux élaborés par l'équipe d'Allen Gary de la NASA-MSFC permettent de calculer ces lignes de force du champ magnétique et leur évolution dans les couches extérieures où elles peuvent être comparées aux structures observées afin de déterminer la densité du plasma et l'intensité des forces en action.

Modélisation des champs magnétiques

 Mpeg de 1.3 MB du Dr Allen Gary, NASA-MSFC

Ces modèles permettent d'affiner les prévisions solaires et les conditions qui règnent dans l'environnement de l'espace qui sont pour la plupart corrélées avec les éruptions solaires qui se manifestent dès que les lignes de force relient deux taches solaires entre elles. En retour ces observations permettent de corriger les algorithmes mathématiques jusqu'à ce qu'ils corroborent les observations à 100%. Le champ magnétique solaire est analysé depuis la fin des années 1970 et donnent une image de son comportement sur plus de 2 cycles solaires. Toutefois, prédire son évolution à long terme, comme par exemple l'amplitude du cycle des taches solaires, est encore basé sur l'observation des tendances et des modèles. Les scientifiques espèrent dans un proche futur comprendre suffisamment bien le Soleil que pour réaliser des prévisions basées sur les conditions des courants magnétiques se produisant réellement dans le Soleil et l'histoire passée en s'aidant de la modélisation mathématique des processus actuels pour déterminer leur évolution.

La modélisation des champs magnétiques

Ces quatre images représentent un exemple de calcul des champs magnétiques. L'image (a) est une photographie de la couronne solaire obtenue en lumière X à ~30 nm par le satellite Yohkoh le 4 janvier 1994. On distingue un système de boucles coronales reliant deux régions actives situées de part et d'autre de l'équateur solaire. L'image (b) a été créée par le Dr Allen Gary, spécialiste solaire au MSFC au moyen d'un programme 3D qui enveloppe chaque ligne de force d'un tube de plasma et qui compare le résultat aux images X pour déterminer la densité du plasma. Cette image est celle qui est la mieux corrélée et montre des tubes de plasma de densité variable.

L'image (c) montre une extrapolation mathématique 3D des champs de surface. Le champ magnétique pénètre toute la région mais seule une sélection de lignes de forces ont été affichées. Ces lignes sont assez fidèles aux structures observées dans l'image (a) mis à part quelques exceptions. L'image (d) montre une mesure du champ magnétique dans la ligne de visée, les champs positifs étant retranscris en blanc, les champs négatifs en noirs. Document NASA-MSFC/Allen Gary, Solar Physics Branch.

Prochain chapitre

L'inversion cyclique du champ magnétique solaire

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