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La Terre, une planète fragile

Le glacier de Leschaux dans le massif du Mont Blanc vu depuis les contreforts de l'Aiguille des Moines en direction du sud-est. La limite des séracs recule et l'épaisseur du glacier s'amincit chaque année tandis les bandes de Forbes (arcs alternativement clairs et sombres se formant annuellement) se déplacent plus rapidement, signe de la fonte des glaces vers 2000 m d'altitude. Document Michel Auber.

Les effets visibles du réchauffement (V)

Quels sont les effets visibles de l'augmentation de l'effet de serre, des "polluants stock" comme l'on dit, sur l'environnement ?

Les modèles numériques indiquent que l'effet de serre se traduit dans le Pacifique subtropical, l'Atlantique Nord et en Europe de l'Ouest par un réchauffement climatique, tant de l'air que de l'eau des océans. Mais ce réchauffement est-il anormal ? On ne peut pas dire aujourd'hui qu'il y a un lien de cause à effet entre l'effet de serre et les canicules locales, les inondations ou les tempêtes que nous subissons depuis quelques années et de manière répétée. Jusqu'à preuve du contraire ces évènements sont exceptionnels et doivent êre traités comme tels pour différentes raisons que nous allons exposer.

Ceci dit, plusieurs phénomènes inquiétants tels que la fonte des glaces, le recul des glaciers et de la ligne de neige, la montée du niveau des océans, le blanchiment du corail, la douceur des hivers ou l'apparition de parasites tropicaux aux latitudes tempérées nous indiquent que nous assistons à un changement climatique global qui affecte directement la survie des populations vivant tant sur la terre, dans l'air que dans les océans. Indirectement, ces changements nous affectent puisque certaines parmi ces créatures font partie de notre alimentation, principalement les poissons, ou sont vecteurs de maladies. Faisons un rapide inventaire de ces phénomènes sources d'inquiétude pour l'avenir.

Les canicules

D'un point de vue climatique, en Europe occidentale (Belgique) depuis 1988 on observe que 80 % des mois sont plus chauds que la normale. Cette succession de phénomènes jugés un temps exceptionnels devient... la norme. Ceci est donc un indice supplémentaire du réchauffement climatique. Ainsi que nous l'avons dit, selon certains climatologues la canicule que nous avons subit en Europe en été 2003 (40°C à l'ombre) pourrait se reproduire une année sur deux et au pire plusieurs fois chaque année... Et de fait, depuis 2003 chaque été nous avons connu plusieurs jours ou semaines durant lesquelles les températures étaient supérieures à 32 ou 35°C dans le Bénélux. Contre-effet de ces canicules, malgré la sensibilisation des médias, des autorités communales et des services sociaux, cela s'est parfois dramatiquement traduit par la mort de nombreuses personnes âgées. Rappelons que la canicule de 2003 fit 1200 morts en Belgique et plus de 40000 en Europe ! Les autorités et tout un chacun en ont tiré la leçon, mais ces conséquences dramatiques ont mis en évidence que nul n'est à l'abri du changement du climat.

Le manque d'enneigement et la douceur des hivers

En Occident, si les étés sont parfois caniculaires, les hivers sont parfois trop doux également. A priori, personne ne devrait s'en plaindre sauf les métiers qui profitent du froid et donc l'enneigement. Dans le massif central ou sur les contreforts des Alpes notamment, plusieurs stations de ski de basse altitude ont dû fermer leurs portes faute d'avoir un enneigement suffisamment durant l'hiver. Cela commence par un enneigement réduit où des rochers épars aussi dangereux que des écueils apparaissent sur les pistes de ski. Ensuite la station est obligée d'utiliser des canons à neige pour maintenir son domaine skiable en état et conserver sa clientèle. Quand cela ne suffit plus, la station n'a pas d'autre alternative que de fermer définitivement ses portes, laissant dans un paysage verdoyant les fantômes rouillés des remontées mécaniques et des téléphériques, emblématiques d'un temps révolu où les hivers étaient froids. Si ces sociétés ou ces fermiers ne se diversifient pas, c'est toute une commune ou une région qui peut voir son économie touristique disparaître.

Enfin, point n'est besoin de rappeler la douceur de plus en plus fréquente des hivers aux latitudes tempérées Nord et polaires. Dans nos capitales européennes et de plus en plus en plus souvent dans les campagnes également, cela fait longtemps qu'on n'a plus eu de Noël blanc. Mais ailleurs c'est exceptionnel. Ainsi, fin 2006 les Québecquois connurent leur premier Noël sans neige. C'est arrivé à un point tel que la ville de New York connut début 2007 l'hiver le plus doux depuis 1950 : 21.7°C le 7 janvier 2007 ! New York avait déjà connu en 2006 des mois de novembre et de décembre sans neige pour la première fois depuis 1877. Résultat, les cerisiers étaient en pleine floraison, les prairies étaient toujours vertes et les gens resortaient leurs shorts et leur teeshirts en hiver ! Ailleurs et notamment en Belgique la température avoisinait 15°C, soit environ 12° de plus que la moyenne à cette époque de l'année. Vous trouverez toutes les données climatologiques sur le site The Weather Channel.

Comme un signe avant-coureur du déréglement climatique, quelques mois plus tôt dans l'intérieur des Etats-Unis, de grandes villes avaient connu de violentes tempêtes de neige, bloquant les services publics et rompant les lignes à hautes tensions durant plusieurs jours ou semaines. L'exceptionnel devenant la règle, nous assistons donc à un changement climatique dont tout indique que nous sommes la cause.

La fonte des glaciers

Le même phénomène se produit en montagne avec les glaciers, des Alpes à l'Himalaya en passant par les glaciers Andins et du Groenland. Partout dans le monde les glaciers fondent à un rythme accéléré. En quelques décennies les langues glacières ont reculé de plusieurs dizaines ou centaines de mètres et ont perdu jusqu'à plusieurs dizaines de mètres d'épaisseur.

A consulter : le refuge Concordia (glacier d'Aletsch)

Les Alpes, Chamonix et la Mer de Glace, Google Maps

A gauche, l'un des majestueux fjords du glacier Steensby au Goenland (81°N) qui s'écoule dans l'océan Arctique photographié en 2011 et une photo rapprochée de la paroi de gauche prise le 26 avril 2013. Ce glacier est relativement stable mais selon le glaciologue Mauri Pelto, la ligne de neige qui se trouvait à 800 m d'altitude dans les années 1970-80 est passée à 1000 m vers 2012. De plus, depuis cette époque le champ de glace terminal s'est transformé en eau libre. Consultez également les photos publiées sur le site Earth Data de la NASA. Notons que l'Antarctique abrite des canyons encore plus vastes mais ils sont recouverts sous la neige comme l'explique l'article du magazine "Geology" publié en 2015. Au centre, la vitesse des glaciers en Antarctique. Comme au Groenland ou en montagne, s'il fait très froid, la glace colle à la roche tandis que s'il fait chaud, la glace fond et forme un tapis d'eau sur le plancher subglaciaire sur lequel le glacier peut glisser vers le fond des vallées ou vers la mer le cas échéant. Précisons que c'est la chaîne Trans-Antarctique qui sépare l'Ouest Antarctique de sa partie Est. A droite, le glacier d'Aletsch en Suisse photographié durant l'été 2006 a reculé de 115 mètres entre 2005 et 2006. Documents Michel Studinger/NASA, Rignot et al. (2011) et Michelch.

Honneur au plus grand glacier d'Europe, le superbe glacier d'Aletsch situé dans la région de la Jungfrau, dans le canton du Valais, dont voici une image de Google Maps. Inscrit au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO depuis 2001, il couvre 96 km2 (2001), mesure 23 km de longueur (2005) pour 1.6 km de large et présente une langue glaciaire épaisse de 250 m à 2800 m d'altitude. Il reculait jusqu'à présent d'environ 50 m/an. Mais entre 2005 et 2006, il a reculé de 115 mètres et perd chaque année près d'un mètre d'épaisseur.

Quant au glacier du Rhône, également situé dans le canton du Valais, en Suisse, il recouvrait la vallée sous plusieurs dizaines de mètres de glace il y a 150 ans. Aujourd'hui c'est une plaine alpine protégée pour sa richesse biologique. Le glacier qui mesure 9 km de longueur recule à raison de 25 à 45 m/an et a reculé de 2 km au cours des 15 dernières années, soit quatre fois plus vite que celui du Mont Blanc et deux fois plus vite que celui d'Aletsch !

Panorama du glacier de Leschaux et du Géant situés aux pieds de la Mer de Glace (~1913 m), au sud-est de Chamonix photographiée en 2003. Voici une photo prise en 2012. On reconnaît la crête des Grandes Jorasses (4025 m) à l'arrière-plan. Le sommet de la Mer de Glace est caché par l'Aiguille sombre du Grépon (3482 m). Le Mont Blanc (4809 m) est hors champs, sur la droite. On distingue le Montenvers dans la zone verte située à droite du centre et du glacier.

Les glaciers du massif du Mont Blanc subissent également les effets du réchauffement du climat. Ainsi qu'en témoignent les études réalisée par les chercheurs de l'Université de Grenoble (F), le glacier d’Argentière situé au sud et en face de Chamonix a reculé de 407 mètres et perdu 10 % de son volume entre 1990 et 2004. Selon une étude publiée en 2009 par Jonhatan Serafini de l'Université Joseph Fourier, entre 2770 m et 2440 m d'altitude, entre février et juin 2008, sur une distance de 3.3 km la vitesse moyenne du glacier augmenta de 39 % pour atteindre 16.76 cm/jour à 2440 m, preuve que la base du glacier est en train de fondre et ne colle plus à la roche. En 2015, le glacier de 32 km² a perdu 3.61 m d'épaisseur de glace et a reculé de près de 2 km depuis 1820.

Pour préserver la glace et le plaisir des touristes estivaux, les autorités n'ont pas hésité à bâcher le passage supérieur du glacier pour gagner quelques mètres d'épaisseur de glace en été ! Mais ce combat contre les éléments ressemble à celui d'une arrière-garde désespérée car le combat est perdu d'avance.

A deux pas de là, depuis le village des Prats (Les Prés) situé juste à côté de Chamonix, au bas de l'Aiguille Verte (4122 m), le glacier du Bois qui tombait sur le village au début du XIXe siècle a disparu et depuis Chamonix on n'aperçoit plus la Mer de Glace du glacier d'Argentière qui dévalait du Mont Blanc. Et pour cause, en 1820 le glacier arrivait dans la plaine. Un peu plus haut, la gare et le Grand Hôtel du Montenvers situés à un peu plus de 1 km de Chamonix en direction du mont Blanc et à 1913 m d'altitude se trouvaient à seulement 50 m au-dessus de la Mer de Glace. Malheureusement, cela fait des décennies qu'au départ du Montenvers, la télécabine de la Mer de Glace ne surplombe plus qu'une moraine de petits et gros cailloux comme on le voit à gauche; depuis 1820 la Mer de Glace a reculé de près de 2 km et perdu 160 m d'épaisseur à hauteur du Montenvers ! A quelques centaines de mètres en amont, depuis 2005 environ de grands sillons marquent les zones où la glace a pratiquement fondu. Cela fait des décennies que le rocher des Mullets n'est plus encerclé de glace et que le glacier des Bossons sous les Grands-Mulets a fondu. En 2008, la Mer de Glace mesurait encore 5.6 km de long, à peine 150 m d'épaisseur pour moins de 200 m de large.

En fait, la théorie selon laquelle "plus un glacier est grand plus il réagit lentement aux variations climatiques" s'applique parfaitement dans ces exemples, mais cela ne suffira pas à les protéger. En effet, si la température moyenne augmente de 1.8°C, seuls les glaciers situés à plus de 3000 m d'altitude subsisteront. Autrement dit, on ne pratiquera plus de ski en dehors des pistes artificielles et on ne visitera plus les glaciers car la glace aura fondu. La langue glaciaire qu'on peut encore observer aujourd'hui depuis Chamonix ou la visite de la grotte de glace du glacier du Rhône seront des souvenirs d'ici une ou deux générations et il faudra encore marcher un peu plus sur la moraine pour s'émerveiller devant le glacier d'Argentière ou celui d'Aletsch.

A voir : Chamonix et les glaciers du massif du mont Blanc en 1900 et de nos jours

Le mont Blanc et son panorama

Aiguilles, glaciers et vallées du patrimoine alpin français

Outre les conséquences sur le secteur économique et du tourisme en particulier, la plupart des glaciers alimentent des lacs de retenues dont les réserves d'eau sont directement exploitées par les villageois, quand elles n'alimentent pas un réseau hydroélectrique. A terme, la disparition des glaciers sera dramatique pour ces populations qui sont déjà isolées en temps normal. Elles n'auront pas d'autre choix que de descendre dans la vallée et de s'adapter à une vie plus citadine.

Les pays chauds ne sont pas épargnés. Ainsi, en Afrique centrale, les fameuses neige du Kilimanjaro ont perdu près de 85 % de leur surface, passant de 13 km2 en 1910 à 2 km2 seulement en 2005 ! En 2020 au plus tard, il n'y aura plus de glace sur le Kilimanjaro et plus d'eau pour alimenter les terres et abreuver les animaux.

La situation est préoccupante, notamment en Bolivie où l'électricité des villes comme La Paz est uniquement produite à partir de l'eau des glaciers de même qu'une partie de l'eau potable qui est stockée dans des bassins de retenue. Suite au réchauffement climatique, les glaciers fondent et reculent toujours davantage.

A voir : Ruptura del Perito Moreno, 2010

Satellite Image Atlas of Glaciers of the World, Greenland (PDF), 1988, USGS

A gauche, signe du réchauffement du climat, depuis 1987, le glacier Pepito Moreno situé en Patagonie, fond à vue d'oeil et attire les touristes du monde entier. Le mur de glace mesure 70 m de haut. La Patagonie contient la troisième réserve de glace au monde après l'Antarctique et le Groenland. Au centre et à droite, deux photographies des glaciers Muir situés en Alaska prises respectivement en 1941 (gauche) et en 2004 (droite). En près de 60 ans, en raison du réchauffement climatique global, le lac Muir a remplacé le glacier et seul subsiste aujourd'hui le glacier Riggs à l'arrière-plan. La situation est identique pour les autres glaciers, notamment celui de South Cascade. Documents ESA, William Field/USGS et Bruce Molnia/USGS.

Entre 1990 et 2005, les langues glaciaires ont perdu 5 m d'épaisseur et ont réculé de plusieurs dizaines de mètres. Selon les prévisions, avant 2010 la courbe de consommation d'électricité des Boliviens croisera celle de la production. Si tout le monde, acteurs privés et publics confondus, peut faire des économies d'électricité et gagner quelques kilowatts chaque jour, cela ne fait que retarder l'échéance de cette pénurie annoncée. Or sans électricité, on peut condamner des malades ou geler l'économie de tout un pays en quelques jours. Comme d'autres pays, la Bolivie doit rapidement trouver des alternatives au risque de connaître une situation économique critique d'ici 2020. L'eau potable reste aussi un problème mais les Boliviens peuvent heureusement repenser leur approvisionnement et trouver des solutions alternatives sans affecter leur style de vie.

Fonte de la banquise au Groenland

On observe également une fonte accélérée de la glace dans les régions polaires. Entre 1980 et 2000 la banquise du Groenland qui, rappelons-le, est constituée d'eau de mer gelée, a perdu 37000 km2, l'équivalent de la surface de la Belgique. En 2002, le processus s'était accéléré et la quantité totale de glace ayant fondu fut estimée à 685000 km2. Entre 2005 et 2007, un million de km2 de banquise ont fondu comme neige au Soleil ! Selon l'IPCC (GIEC), le Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat, il y a 90 % de probabilité que les activités humaines soient à l'origine de la fonte de la banquise. En parallèle, même à l'extrême nord du Groenland, au-delà de 80°N où les glaciers sont relativement stables, on constate que la ligne de neige a remonté de 200 m entre 1980 et 2012. On y reviendra.

Si le réchauffement se poursuit au taux actuel, dans un siècle la banquise aura disparu. Cela ne provoquera aucun effet sur le niveau des océans puisque l'eau de mer gelée retournera à l'océan. Seules différences, on ne pourra plus traverser le pôle Nord à pied et le bilan énergétique sera certainement perturbé puisque l'eau ne réfléchira plus la lumière du Soleil aussi facilement que la neige et aura donc tendance à absorber la chaleur. Des conséquences climatiques dont une augmentation de la température moyenne de l'air et de la couche supérieure de l'eau de mer sont à prévoir dans les pays sous l'influence des courants polaires.

Le passage du Nord-Ouest

A titre d'exemple, jusqu'en 1994 le passage du nord-ouest canadien vers l'Asie était pris dans les glaces en hiver, la glace atteignant en moyenne 4 mètres d'épaisseur. Depuis 1994, les commandants des brises-glace constatent que le pack a disparu et est remplacé depuis quelques années par des champs de glace en eau vive. Le passage du Nord-Ouest est ouvert de façon permanente et constituera probablement à l'avenir une autoroute maritime plus fréquentée que le canal de Panama ou celui de Suez. En effet en coupant au plus court, les cargos prennent deux fois moins de temps pour relier les pays asiatiques et font autant d'économie de carburant et en logistique. On peut ainsi dire qu'un désastre écologique aura des répercussions économiques positives à l'avenir !

A gauche, le passage du Nord-Ouest au Canada dont voici une photographie de la partie occidentale (encadrée) libre de glace prise le 15 septembre 2007 par le satellite Terra. A droite, fonte de la banquise sur l'île de Nordaustlandetau au Svalbard (Norvège). Documents ESA/NASA et Paul Nicklen.

Mais l'ouverture du pack à travers les territoires du Nord du Canada a déjà induit des migrations inattendues. Des diatomées qui vivent d'ordinaire dans les eaux du Pacifique se retrouvent aujourd'hui dans la baie du Saint-Laurent en quantité des milliers de fois supérieures à ce qu'on observait jusqu'alors. Un peu plus loin les eaux intermédiaires froides se sont encore un peu plus refroidies, apportant avec elles tout le krill qui normalement devait se trouver plus au large, et transportant dans leur sillage les grands mammifères marins en quête de nourriture. Si ces baleines attirent également les touristes, personne ne sait quelles conséquences peuvent avoir ces changements de biotope à grande échelle.

Du point de vue écologique la fonte des glaces est un désastre. Depuis plusieurs années un grand mammifère comme l'ours polaire souffre de la fonte des glaces. Sans la banquise qui constitue sa seule terre ferme, l'ours blanc est condamné à mort. S'il peut vivre des produits de la mer et chasser le phobe, il a besoin de la banquise pour chasser à l'affût, se réfugier et creuser son gîte. De nos jours on découvre des ours adultes errant à moitié décharnés à l'affût de leur pitance qu'ils ne trouvent plus. D'autres attirés par l'odeur des activités humaines (dans la nature un ours pour sentir un phoque à 1 km de distance) s'approchent jusqu'aux fenêtres des habitations, mettant en péril les habitants. Au rythme auquel fondent les glaces, dans quelques décennies l'ours blanc aura disparu. Depuis 2008, l'ours blanc (Ursus maritimus) est sur la Liste Rouge de l'IUCN recensant les espèces en danger ou menacées d'extinction.

Rupture des barrières de glace en Antarctique

Comme nous l'avons expliqué dans l'article consacré aux changements climatiques dans les régions polaires, l'Antarctique compte parmi les endroits de la planète où le réchauffement du climat est le plus rapide. Ce phénomène fut très marqué jusqu'à la fin des années 1990, principalement le long de la péninsule qui serpente vers l'Amérique du Sud (c'est une prolongation de la Cordillère des Andes) où le réchauffement déclencha la rupture des anciennes plates-formes ou barrières de glace qui forment de vastes étendues de glace flottant sur la mer à l'extrémité des glaciers. Conséquence plus malheureuse, leur fonte entraîne une diminution de certaines colonies de pingouins.

A gauche, localisation des différentes barrières de glace en Antarctique. A droite, aspect de l'une de ces barrières de glace en train de produire des icebergs et des champs de glace. Son épaisseur peut atteindre 80 à 100 m et quand il s'agit de glace flottante, il y a au moins 300 m sous l'eau. Documents NSIDC adapté par l'auteur et Amin Rose.

Dans un article publié en 2016 dans la revue "Nature", John Turner du British Antarctic Survey (BAS) déclara que suite à un changement du régime des vents devenus plus froids et une accumulation des glaces de mer, depuis les années 1990 on assiste à un refroidissement dans la péninsule Antarctique malgré l'accumulation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, les variations climatiques locales neutralisant l'effet du réchauffement local. En effet, depuis environ 1998 les chercheurs ont constaté que les températures atmosphériques locales ont chuté d'environ 0.5°C en une décennie soit à peu près le taux auquel elles avaient augmentées depuis 1950.

Mais on ne peut pas généraliser cet effet ni en déduire que l'Antarctique se refroidit, au contraire. Un peu partout sur le continent blanc, la glace fond à un taux accéléré. Au cours des dernières décennies, environ 10 barrières de glace situées entre celle de Jones et de Wilkins (voir carte ci-dessus) ont reculé brusquement ou se sont fracturées et désintégrées.

Comme on le voit ci-dessus à droite, ces grandes barrières de glace forment de vastes glaciers qui glissent de plus en plus rapidement vers la mer. Quand ils se détachent du continent et fondent, ils viennent ajouter de l'eau à la mer et provoquent donc une augmentation progressive du niveau des océans.

Parmi ces barrières de glace, l'une des plus connues est Larsen qui comprend plusieurs blocs dont Larsen B qui se fractura en libérant d'innombrables icebergs en 2002. Cet évènement spectaculaire repris par les médias inspira la scène d'ouverture du film "The Day After Tomorrow" ("Le Jour d'après" de Roland Emmerich 2004) qui relate les conséquences "hollywoodiennes" d'un changement climatique où tout commence par une immense faille qui détruit une base scientifique américaine. Si le scénario devient vite catastrophique et apparement surréaliste, les glaciologues peuvent confirmer d'expérience qu'au cours de leurs expéditions, il leur est parfois arrivé d'un jour à l'autre de trouver une petite fracture courant au milieu de leur camp ou d'une saison à l'autre de retrouver leur laboratoire à la dérive sur un glacier ou enfoncé sous plusieurs mètres de neige glacée; les barrières de glace bougent et se transforment, pouvant localement modifier le paysage.

A voir : Larsen C Ice Shelf (2017), BAS

Antarctica’s Larsen B Ice Shelf: The Final Act (2002), NASA

Trois vues aériennes de la faille dans la barrière de glace frangeante de Larsen C située au nord-ouest de la mer de Weddell à l'ouest de l'Antarctique. A gauche, une photographie prise en octobre 2011. Au centre et à droite une vue rapprochée. A l'époque, la faille mesurait environ 80 m de profondeur pour une largeur de 250 m maximum. Durant le seul mois de décembre 2016, la faille s'agrandit de 18 km et mesurait plus de 180 km en juin 2017. Finalement, le 12 juillet 2017 un gigantesque iceberg tabulaire d'un billion de tonnes se détacha de la barrière de glace et dériva lentement en mer. Il devrait se fracturer en mille morceaux. Documents John Sonntag/NASA/GSFC et Ronie Grant/BAS.

L'étude précitée dirigée par Turner pose la question de la variabilité climatique dans les autres régions de l'Antarctique, là où il y a beaucoup plus de glace avec un potentiel de fonte et d'élévation important du niveau de la mer. Ainsi, en 2014 les glaciologues ont repéré une nouvelle fissure de plusieurs dizaines de kilomètres sur la barrière de glace Larsen C que l'on voit ci-dessus et ci-dessous. A l'époque, David Vaughan du BAS estimait qu'elle était en équilibre. Certains scientifiques ont toutefois souligné qu'ils avaient observé une augmentation de la température locale de la mer qui rongeait par le bas la barrière Larsen C plus rapidement que l'adoucissement produit par la température de l'air relevé par l'équipe Turner. Les glaciologues s'attendaient donc à la rupture d'un gigantesque bloc de cette barrière de glace qui s'était déjà fractuée sur plus de 100 km

Durant le seul mois de décembre 2016, la faille de Larsen C s'est agrandie de 18 km et mesura plus de 180 km en juin 2017. Finalement, comme l'avaient prédit les glaciologues, le 12 juillet 2017 les photos prises par le satellite de surveillance SENTINEL-1B de l'ESA montrèrent qu'un iceberg tabulaire de plus de 5000 km2 soit 11 % de la taille de Larsen C mesurant environ 350 m d'épaisseur (dont 50 à 57 m hors de l'eau) et pesant un billion de tonnes (un million de millions soit 1012 tonnes) s'était détaché de la barrière de glace. C'est l'un des dix plus grands icebergs répertorié à ce jour. A terme, il devrait se morceller en milliers de petits icebergs dont certains peseront tout de même quelques millions de tonnes (pour rappel, un "petit berg" de 15 m de haut et une centaine de mètres de longueur pèse environ 125000 tonnes, soit autant qu'un grand bateau cargo).

Trois vues aériennes montrant la transformation spectaculaire de la faille dans la barrière de glace frangeante de Larsen C située au nord-ouest de la mer de Weddell entre le 26 octobre 2011 (gauche) et le 10 novembre 2016 (droite) avant qu'elle se brise le 12 juillet 2017. Documents NASA (John Sonntag/NASA/GSFC et Mission IceBridge).

Contrairement à ce qu'on lit parfois, selon les glaciologues le détachement d'icebergs de la barrière n'est pas un phénomène rare en soi car cela se produit régulièrement du simple fait de la fonte des glaces au printemps et en été combinée à l'action de la gravité. Une partie de ces icebergs flotte déjà sur la mer et leur fonte n'influence donc pas le niveau des océans. Ce qui est préoccupant en revanche, c'est la dislocation des barrières de glace installées sur le littoral du continent Antarctique où on constate la répétition de ces évènements avec une fréquence qui s'accélère depuis les années 2000, signe évident que la péninsule Antarctique se réchauffe plus rapidement que d'autres régions du monde.

A voir : Photos d'icebergs en Antarctique, Flickr

A gauche, en Antarctique comme en Arctique la banquise (glace de mer) se brise et de plus en plus d'icebergs dérivent au large. C'est ainsi qu'en 2002 un bloc grand comme un tiers de la Belgique se détacha de la barrière de Larsen B et s'est morcellé en centaines d'icebergs. En 2006, un iceberg monumental s'est retrouvé au large de la Nouvelle Zélande. Par temps de brouillard ou de nuit avec un pilote automatique, c'est le genre d'obstacle qu'un navire ou un navigateur préfère ne pas rencontrrer sur sa route. D'où l'importance de les répertorier par satellite et par avion. A droite, en raison du réchauffement du climat, outre les icebergs qui se brisent en mille morceaux, l'eau de mer ne gèle plus, elle ne forme donc plus de banquise mais se couvre de champ de glace, permettant aux navires de trouver des raccourcis entre deux ports dans les régions polaires. Documents NOAA Photo Library.

En 2014, l'ensemble des barrières de glace Antarctique représentait une superficie de plus de 1.54 million de kilomètres carrés épais de plusieurs centaines de mètres. Selon les chercheurs de Antarctic Glaciers, rien que la fonte des barrières de l'Ouest Antarctique (comprenant une partie de Ronne-Filchner, Wilkins, George VI, Abbott, Getz et surtout Ross) qui représentent à peu près la moitié de la superficie des barrières de glace entraînerait une augmentation de 3.2 m du niveau global des océans dont 0.24 m imputables à la seule barrière de la péninsule Antarctique. Actuellement, la péninsule contribue à une élévation de la mer de 0.22 ±0.16 mm par an. On estime que les glaciers de l'Est Antarctique représentent l'équivalent d'une élévation des eaux d'environ 60 m ! Selon les prévisions, le niveau des océans pourrait s'élever de 20 à 60 mm en 2100 et peut-être jusqu'à 1 m en 2500 si l'effet de serre s'accentue.

Prochain chapitre

Réchauffement du climat et pollution en Himalaya

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