La biodiversité

3. La biodiversité génétique (II)

Une espèce est définie comme un groupe d'organismes suffisamment proches génétiquement pour qu'ils puissent se reproduire et donner naissance à une descendance fertile.

A travers notre consommation quotidienne nous sommes très sensibles à cette biodiversité qui fait la richesse de nos étales. Ce type de biodiversité comprend l'ensemble des variétés de plantes et d'animaux, sauvages ou issues de la culture ou de la domestication. 

Dans le monde, il existe par exemple quelque 384 races de chiens (les chiffres oscillent selon les comités) qui, rappelons-le sont toutes issues du loup, 400 variétés de tomates Heirloom et 6000 espèces de caféiers. En Europe il existe 115 races bovines. C'est cette variabilité qui nous donne en autres choses, la couleur de nos yeux, la couleur des tulipes, la couleur et la forme des grains de maïs, la forme des tomates, la couleur des oeufs de lompes ou les différents goûts de pommes au sein d'une même espèce.

Cettte diversité génétique est généralement très menacée. Pour éviter sa disparition, des actions sont menées pour essayer de recencer toutes les espèces sauvages et conserver le patrimoine génétique des espèces domestiquées ou cultivées. Cette politique à conduit les scientifiques à constituer des "collections" de graines et autres patrimoines génétiques. Des échanges sont également organisés de la même manière que pour les animaux.

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Différentes variétés de pommes, de tulipes et une collection de graines. Notons toutefois que les graineries proposent à la vente plus d'une variété dont les fruits sont des hybrides F1, c'est-à-dire stériles. Rien ne sert donc de les collectionner. Documents Best Apples, Digiocto et Biodiversity & Biotechnology Network.

Les espèces hybrides : un succès sans pépin 

En marge de cette diversité génétique, rappelons que certaines espèces sont suffisamment proches et compatibles pour supporter des manipulations génétiques produisant des fruits comestibles (car généralement une mutation est sans issue et peut se transformer en poison). Il s'agit soit d'hybrides soit d'espèces mutantes. C'est particulièrement vrai dans le monde végétal où les botanistes n'ont par exemple pas hésité à créer des pommiers mixtes donnant des pommes rouges d'un côté, vertes de l'autre !

A l'état naturel on ignore encore l'histoire de beaucoup d'agrumes (fruits acides riches en vitamine C) mais le pamplemousse par exemple ne serait pas un hybride naturel comme on l'a longtemps supposé mais résulterait de la mutation naturelle du pomelo.

Depuis longtemps on consomme des fruits plus doux, plus gros ou plus colorés que la normale, résultant du génie génétique. Ne vous êtes-vous jamais demandé par quelle magie on obtenait des mandarines sans pépin (clémentine), des tomates-cerises (Fence Row) ou des oranges naines (calamondin) ? Ce sont des hybrides, des mutations inventées par l'homme. La clémentine par exemple est le fruit de l'hybridation de la graine de mandarinier avec le pollen du brigaradier.

Quelques fruits hybrides peu communs en Occident. A gauche, l'atemoya (pomme-cannelle et chérimole, Tahiti); au centre le nashi (pomme-poire, Japon); à droite, le citrangequat (citrange-kumquat, Tahiti).

Mais depuis une génération on découvre sur nos étales de nouvelles espèces. Parmi les fruits hybrides les plus connus, citons la pêche-abricot, des variétés de citrus et quelques hybrides d'orange de citron du nord (Poncirus trifoliata que je m'appellerai "citronN") au goût acide ou amer : le citrange (citronN+orange), le citrumelo (citronN+pomelo), le citrangedin (citrange+calamondin), le citremon (citronN+citron) et le citradia (orange amer+citronN). 

Parmi les hybrides de mandarines citons le citrandarin (citronN+mandarine), le tango (orange+mandarine), le tangela (mandarine+pomelo) et le nova (clémentine+tangelo). Parmi les hybrides exotiques, citons le nashi (pomme+poire, Japon), le citrangequat (citrange+kumquat, Tahiti) et l'atemoya (pomme-cannelle+chérimole, Antilles). Ils sont délicieux ! 

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Quelques fruits exotiques : Antilles - Australie - Indonésie - Malaysie

Un assortiment typique de quelques espèces de fruits tropicaux que l'on trouve sur les marchés d'Indonésie (Bali, à gauche) et d'Australie (Cairns, à droite). Acidulés, doux, sucré, amer, charnus, crémeux, fibreux, désaltérant, odorant et même au goût indéfinissable, dame Nature a fait preuve d'imagination et de générosité. A notre tour, nous les préparons de mille façons : nous les mangeons crus, en coupe, en jus, au sirop, en sorbet, coulis, gelée, granité, en crème, accomodés en salade, panaché, cuits, poelés, confits, en ravioles, soufflés, pochés avec des épices ou en tarte... Succulents ! Documents T.Lombry et Bartle Freres.

A ce propos, dans le monde on cultive quelque 431 espèces de fruits. C'est dans les pays tropicaux que la diversité est la plus abondante avec par exemple 125 espèces de fruits comestibles en Guadeloupe ! En Indonésie, à Bali notamment, vous trouverez sur les marchés, ananas, anone, banane (pisang), carambole, citron, duku, durian, orange (jeruk), kaki, kelengkeng, lychee, mandarine, mangoustan, mangue, manggis, melon, noix de coco, pamplemousse, papaye, pastèque, pomelo, prune d'inde, rambutan, salak, sirzak, wani, sans oublier les épices comme le curry, le poivre noir, etc. Rien que leurs noms nous font saliver. Les marchés sont aussi riches aux Seychelles, en Afrique centrale, aux Antilles ou en Australie. A nous de préserver cette biodiversité. 

A titre indicatif, voici les prix de vente au détail de quelques fruits que propose Auchan par exemple qui n'est pas la grande surface la plus chère. Un pomelo se vend 0.9  €, compter 1.3 € pour une mangue, 1.8 € pour une noix de coco ou une carambole, 2.2 € pour un ananas, 2.7 €/kg de banane, 3.4 € pour une papaye. A titre de comparaison compter 1.3 €/kg d'orange, 3 €/kg de pomme ou 3.5 € pour un melon... Il y a de la marge pour le commerce équitable. Quant aux autres fruits, on les trouve parfois chez de petits commerçants, sinon il faut les commander à vil prix par correspondance chez des marchands spécialisés tel Orkos.

La tomate, le fruit calibré de l'hybridation

Penchons-nous deux minutes sur la tomate, ce fruit aussi commun que la pomme de terre aux qualités gustatives certaines. Du moins c'était le cas il y a longtemps... La tomate (Solanum lycopersicum ou Lycopersicon esculentum) est un fruit annuel de la famille des Solanacées. Elle fut découverte en Amérique du Sud au XVIIIeme siècle et se trouva rapidement orner les plats des cuisines italiennes et françaises, pizza, salades et autre tomates-crevettes.

La tomate fut cultivée pour ses qualités charnues et juteuses. A maturité, ce fruit contient 90% d'eau, il présente une faible valeur nutritive, il renferme quelque vitamines mais sa culture représente aujourd'hui un marché d'une grande importance.

Saviez-vous qu'il existait plus 7000 variétés de tomates en 1900 ? Aujourd'hui l'Union Européenne en dénombre environ 150 dont 70 variétés sont commercialisées mais 2 ou 3 seulement se retrouvent sur nos étales. 

A partir de ce constat, on se pose naturellement la question qui fâche : que sont devenues les autres variétés, et pourquoi n'en voit-on plus que 2-3 dans nos grandes surfaces ? En complément il faudra bien se demander quel rôle caché jouent les grandes surfaces dans ce commerce juteux. Car il y a un problème, le fruit est pourri de l'intérieur...

Cette histoire remonte à l'époque des premières hybridations. La tomate que nous mangeons actuellement, bien grasse et rouge, est littéralement le fruit d'une hybridation. La fleur est hermaphrodite, c'est-à-dire qu'elle peut s'autoféconder et donner naissance à des fruits. Dans les années 1940-50, les ingénieurs agronomes ont découvert que si la fleur était castrée, c'est-à-dire si lui enlevait le pistil, ses organes femelles, et qu'on la fécondait (par bourdons interposés par exemple) avec le pollen extrait des étamines (mâle) d'une autre variété, on aboutissait à une hybridation offrant 50% des caractéristiques de ses parents. Elle était également plus stable d'un point de vue génétique, de meilleure qualité et présentait une plus grande résistance parmi d'autres facteurs. Grâce à cette découverte, aujourd'hui la majorité des tomates sont des hybrides.

Culture de tomates hors sol dans les serres de Val-de-Seine à Courceroy (F, Aude).

Suite à cette découverte, les grands producteurs ont inventé un nouveau mode de culture permettant d'en faire pousser toute l'année : c'est la culture hors sol. 

La culture traditionnelle, dite de pleine terre ne permet de récolter des tomates qu'entre juillet et octobre et présente un rendement d'environ 20 tonnes à l'hectare. Notons en passant que ce sont les tomates au goût le plus savoureux. 

Les hybrides cultivées hors sol ont un rendement qui dépasse 600 tonnes à l'hectare ! Le rendement est 30 fois supérieur comme la taille des plants qui peut dépasser... 10 m de hauteur en fin de cycle (les plants classiques atteignent péniblement 50 cm ) !

La production annuelle mondiale dépasse aujourd'hui les 100 millions de tonnes, des milliards de tomates pour des milliards d'habitants... Les plus grands producteurs sont la Chine (20 millions de tonnes), les Etats-Unis (10 millions de tonnes) et l'Inde (8 millions de tonnes). L'Europe (Italie, Espagne et Grèce essentiellement) en produit environ 13 millions de tonnes, environ 30 kg par habitant.

Cette invention présente effectivement des avantages et nourrit bien des gens. Mais voyons les à-côtés de cette culture intensive car cette fois ce n'est pas un fruit sans pépin...

Ces plants de tomates hybrides sont cultivés sous serre plutôt que dans des champs en plein air et la tourbe remplace la terre. Les substances nutritives que la plante trouvait auparavant dans la terre et l'eau de pluie sont remplacées par de l'eau contenant de solutions gazeuses et des engrais solides, des fertilisants de synthèse qui leur sont administrés au goutte-à-goutte à la racine.

L'économie financière atteint 70% comparée à une culture de pleine terre mais au détriment d'une dépense d'énergie pour chauffer les serres. Premier inconvénient.

Aujourd'hui 80 millions de tonnes de tomates sont produites chaque année dans le monde dont 90% hors sol. La tomate contient de la vitamine A et C, des anti-oxydants et présente certains effets anticoancérogène bénéfiques aux vicères. Mais cultivée hors sol, la tomate nous prive des oligoéléments dont l'organisme a besoin.  Deuxième inconvénient, sans parler de la perte du goût.

Les pertes racinaires en culture hors sol ont également permis le développement de maladies apportées par des champignons, les uns pathogènes les autres plus ou moins inoffensifs ou agressifs, notamment plusieurs espèces de Pythium.

Par ailleurs les agronomes ont exprimé (développé) son gêne RIN (ripening inhibitor ou de maturation inhibée). Concrètement cela permet de conserver des tomates 3 semaines sans qu'elles pourrissent dans votre frigo. Elles sont rouges car le pigment rouge à base d'ycopène, carotène et betacarotène a été exprimé, mais ces tomates ne sont pas encore à maturité et sont dures comme la pierre ! Malheureusement nos Carrefour et autre Match appellent cela des tomates ou plutôt la tomate idéale...

Quelques anciennes variétés de tomates que les agronomes et les chercheurs d'universités encouragent à cultiver.

En incitant les fermiers à cultiver une espèce de tomate unique, standardisée, calibrée et à haut rendement, les grandes surfaces visent également à standardiser notre alimentation au détriment de la biodiversité. Cela leur permet évidemment de faire des économies d'échelle mais surtout d'obtenir le profil idéal de l'acheteur type conditionné. 

En effet, à mots couverts ces grandes surfaces cherchent à fabriquer un consommateur docile qui a perdu la liberté de faire son choix et son libre consentement d'acheter certaines denrées plutôt que d'autres. Quant au goût de ces fruits, n'en parlons plus, il est conditionné et passe au second plan derrière l'aspect extérieur. Ce qu'il en reste vise à standardiser notre goût au désir de ces commerçants peu scrupuleux envers l'éthique et les bienfaits de la nature.

Un bon conseil, préférez l'alimentation biologique et achetez des produits du terroir. Car demain, si vous continuez à manger de ce fruit standardisé et insipide, ne vous étonnez pas que toutes les variétés tomates auront disparu.

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