La biodiversité

Les parcs nationaux et les réserves de biosphère (III)

Un léopard débusqué dans le parc Kruger. Document M.Schweda.

A l'heure actuelle, si nous voulons préserver la biodiversité et l'héritage que nous ont transmit nos aïlleuls, nous n'avons pas d'autre choix que de créer des parcs nationaux et des sanctuaires afin de protéger la vie sauvage de la convoitise du public, des commerçants et des trafiquants sans scrupules.

Le concept de parc national fut proposée pour la première fois en 1832 par le peintre américain George Catlin après avoir visité les magnifiques contrées de l'Ouest américain. Son projet ne fut concrétisé qu'en 1871 avec la création du parc de Yellowstone suivi par celui de Yosemite en 1890. Aujourd'hui les Etats-Unis comptent environ 378 parcs nationaux couvrant une superficie totale de 336000 km2, soit les 2/3 de la France ou 10 fois la superficie de la Belgique !

Bien entendu, la plupart des sanctuaires se trouvant dans des pays pauvres tropicaux, il incombe naturellement aux pays riches de supporter et de maintenir ces initiatives.

La superficie des réserves naturelles est très variable, oscillant entre 1300 ha (13 km2) pour le Parc National de Thayata en Autriche à plus de 2 millions d'hectares soit 20000 km2 (350 x 60 km) pour le parc national Kruger en Afrique du Sud ! Ensemble, les parcs nationaux et autres réserves naturelles couvrent une superficie supérieure à 700000 km2, soit 1.5 fois la France, autant que l'île de Bornéo !

Tous les parcs ne contiennent pas exclusivement des animaux sauvages et des terres inviolées. En Occident, ces parcs s'entendant sur plusieurs communes ou contés,  il est commun que ces réserves "abritent" également une population humaine qui vaque à ses occupations ordinaires. C'est notamment le cas au Luxembourg. Ailleurs, mais on tente de l'éviter, le parc peut même être traversé par une autoroute ou être partiellement exploité par des paysans ou des sociétés pétrolières... On y reviendra.

Aujourd'hui à travers le monde, il existe environ 44000 zones protégées dont plus de 2300 parcs naturels et près de 500 réserves de biosphère. Certains sont tellement exceptionnels qu'ils ont été classés au "patrimoine mondial" par l'UNESCO tel le parc du Serengeti en Tanzanie (connu notamment pour ses safaris et ses migrations de gnous).

La population est un ensemble d'organismes appartenant à une même espèce. La communauté est l'ensemble des populations animales et végétales attachées à un biotope. L'écosystème est l'ensemble formé par la biocénose (communautés) et le biotope (environnement). La biocénose, ou partie vivante d'un écosystème, est constituée de toutes les populations d'êtres vivants habitant la biosphère.

Quand la bonne volonté ne suffit pas

Certains parcs sont étroitement surveillés, d'autres sont tellement vastes que ce travail est impossible. C'est notamment le cas au Zimbabwe. Connu notamment pour ses célèbres Chutes Victoria, l'une des 7 Merveilles du Monde (107 m de hauteur, 1700 m de longueur, plus de 9000 m3/seconde), cet Etat sudafricain a créé des parcs nationaux pour protéger les espèces menacées tel le rhinocéros, l'éléphant et le buffle dont ce territoire constitue l'un des derniers sanctuaires. 

Les autorités en charge de la préservation de ces réserves sensiblisent la population; des guides, des gardes forestiers, des vétérinaires et des chercheurs expliquent aux habitants et aux touristes les avantages de préserver ces espèces et les risques que les braconniers encourent s'ils tuent ces animaux ou essayent de les vendre. Mais le combat de ces hommes et femmes de bonne volonté est parfois demesuré devant l'ampleur de la tâche.

Ainsi, le Parc National de Hwange au Zimbabwe s'étend sur 14620 km2, c'est l'un des plus vastes du monde. Il acquit son statut de parc national dès 1930. Mais certains secteurs s'étendent sur plusieurs milliers d'hectares et ne sont surveillées que par cinq gardes, se déplaçant de surcroit à pied... Or ce parc contient la plus forte concentration d'animaux avec 107 espèces de mammifères et 450 espèces d'oiseaux. 

Aujourd'hui, bien qu'officiellement le dernier rhinocéros blanc ait été abattu en 1995, sa population a encore diminué et est menacée d'extinction. Le problème vient du braconnage, car le rhinocéros est pourchassé pour sa corne aux vertus soi-disant aphrodisiaques qu'affectionne la population asiatique et surtout chinoise.

Même constat au Brésil, un pays démesuré, ancré dans la modernité et le progrès mais où l'Etat n'a pas les ressources nécessaires pour aider sa population et protéger ses ressources naturelles. De ce fait, la plupart des pauvres vivent dans les favelas, sont peu éduqués et se débrouillent pour survivre.

Dans la région de Manhaus par exemple (en amont du fleuve Amazon), il n'existe qu'une seule patrouille militaire pour surveiller toute la jungle amazonienne et l'activité des pêcheurs. Sous équipée et sans ressources, ils sont dépassés par le travail à accomplir. Même constat pour les officiels de la Cour de justice itinérante dont les agents travaillent en dehors de leur juridiction : ses membres sont dans l'incapacité d'appréhender les braconniers ou les assassins ! S'ils le font, ils risquent la prison ! Ils peuvent juste remonter les affaires au Ministère qui renverra le dossiers aux agents de la région compétente.

Quant aux pêcheurs amateurs, certains vendent sur le marché les crustacés qui ont la taille réglementaire mais... gardent les plus petits qu'ils ont pris dans leurs filets pour les cuisiner à domicile ! Paradoxalement, ce sont les mêmes pêcheurs qui se sont organisés en ONG et qui invitent les locaux à préserver leurs ressources naturelles, leur demandant notamment de ne pas pêcher les poissons en dessous de la taille réglementaire ! 

Enfin, les locaux n'hésitent pas à pêcher à la dynamite : s'ils pêchent ainsi plusieurs dizaines de kilos de poissons en quelques heures qu'ils revendent sur les marchés, ils laissent derrière eux des milliers de juvéniles morts ou agonisants... Et puis les pêcheurs d'Amazonie s'étonnent que la ressource diminue chaque année...! 

Mais ceci ne représente que quelques exemples parmi des milliers d'autres abus, car nous pourrions tout aussi bien citer les dégâts au monde marin occasionnés par la pêche hauturière ou sportive qui manipule des filets toujours plus vastes et qui fait peu de cas des marsouins ou des dauphins, parfois âgés de quelques mois, qu'elle prend au piège.

Une hécatombe annoncée

De manière générale les projections sont inquiétantes. L'exploitation des forêts vierges et le commerce des animaux menacés d'extinction font peser une grave menace sur la biodiversité.

Si on extrapole ces données à grande échelle, on peut prévoir l'extinction d'ici quelques années de centaines d'espèces d'insectes et de reptiles, des grenouilles, des madrépores comme le corail rouge, des animaux marins de grande taille comme la baleine franche de Biscaye, le phoque moine ou le poisson-lune (mola mola), des oiseaux rares comme la chouette des neiges, l'autruche d'Afrique, le hibou tacheté ou l'aigle impérial, et de grands mammifères terrestres parmi lesquels le tigre, la panthère, le guépard, le gorille, l'éléphant et le panda géant... Allons-nous laisser un monde dépeuplé à nos enfants ?

D'ici deux générations, soit vers 2050, si nous ne prenons aucun mesure de sauvegarde, soit ces êtres vivants n'existeront plus ou seront prisonniers des barreaux des parcs zoologiques. Leur survie ne dépend que de nous. Alors pensez-y et agissez en conséquence, car à leur place je n'aimerais pas me retrouver toute ma vie derrière des barreaux ou être le dernier survivant de mon espèce !

Les sanctuaires d'Amérique Centrale et du Sud

Rappelons que la République du Costa Rica est le seul pays ayant consacré 25% de son territoire à des parcs nationaux et autres réserves naturelles. Bien sûr il peut se le permettre avec 3.8 millions d'habitants répartis sur 51060 km2, soit une densité de population 5 fois inférieure à celle de la Belgique et sachant qu'il abrite la plus forte biodiversité du monde. Le pays est également géré sur un modèle fédéral ce qui facilite la gestion du territoire.

Le parc Braulio Carrillo, Costa Rica

Le quetzal ou perroquet vert photographié en 2002 dans la jungle du Costa Rica. Document Eltjo.

Parmi toutes les réserves naturelles existantes, c'est le parc Braulio Carrillo au Costa Rica qui présente la plus forte biodiversité. A ce titre et sachant combien ces écosystèmes sont vulnérables, il est intéressant de se pencher sur ses particularités.

Situé à hauteur des Tropiques (10°N, 84°O), à 20 km de San José, le parc Braulio Carrilo couvre environ 459 km2 (45899 ha). Il est bercé par la douce brise des vents Alizées (il connut tout de même une tempête en juin 1986) et reçoit environ  4500 mm de pluie chaque année mais connaît une saison sèche (février-avril et peut-être septembre avec 5 mm de pluie et parfois aucune durant 30 jours). Il baigne par une température moyenne de 25°C, avec des extrêmes allant de 16°C durant les nuits de mars à 36.6°C l'après-midi au mois de mai.

Cet écosystème est installé sur les pentes escarpées des Caraïbes, dans une région au relief accidenté constitué de montagnes et de vallées profondes situées entre 35 et 2906 m d'altitude. Ce gradient lui permet de contenir quatre zones climatiques et deux zones de transition. Ces conditions climatiques optimales ont permis le développement d'un écosystème exceptionnellement riche où l'on trouve des centaines de cascades et même deux volcans éteints.

La végétation est luxuriante et très colorée, allant de la forêt dense et humide (jungle) à la forêt pluvieuse d'altitude en passant par les zones subtropicales et les montagnes de basse altitude. 

Pour les botanistes, le parc Braulio est une serre à ciel ouvert, un jardin extraordinaire. On estime que le parc Braulio abrite entre 4000 et 6000 espèces de plantes vasculaires dont plus de 1200 espèces d'Orchidées et de nombreuses espèces de fougères et de palmiers.

L'aigle harpie ou harpie féroce est le plus grand et le plus puissant rapace diurne du monde (environ 7 kg, 2.10m d'envergure). Malheureusement son avenir n'est pas aussi serein que le ciel du Guatemala et d'Amérique du sud dans lequel il évolue. Document Urs Hauenstein.

Les zoologues et autres vétérinaires sont ici dans leur biotope. On y trouve au moins 135 espèces de mammifères parmi lesquels le singe nasique (long nez), le capucin, l'atèle et le singe hurleur. Il abrite les serpents les plus dangereux, des crocodiles et des milliers de grenouilles aux couleurs chatoyantes. 

C'est un lieu privilégié où l'on peut observer le guatusa (lapin indien), le paca (tepezcuinte), le tapir, le paresseux, le coyote, l'ocelot, le puma, le jaguar, l'ours...

Sur les 875 espèces d'oiseaux passant par le Costa Rica, 515 espèces résident dans le parc (ce nombre est en régression), parmi lesquelles le toucan, l'ara, le trogon, le paon pavor, l'oiseau parapluie, l'aigle orné et le légendaire perroquet vert, le quetzal. Non, ce n'est pas un zoo, c'est le paradis... terrestre, un condensé de cette biodiversité si nécessaire ! C'est un lieu préservé et encore partiellement inexploré mais qui contient malgré tout des espèces menacées d'extinction. A recommander.

A environ 1000 km plus au nord, au Guatemala, se retrouve la réserve de biosphère de Petén (Maya) qui abrite l'une des jungles les plus denses. On y dénombre 664 espèces d'oiseaux dont le plus grand aigle du monde, l'aigle harpie (Harpia harpyja). 

Rappelons que ces réserves naturelles sont protégées dans le cadre du développement durable et servent également à des fins scientifiques et de sensibilisation du public aux questions environnementales.

Le parc national Coiba, Panama

Bien que les scientifiques aient répertorié depuis longtemps toutes les zones à forte biodiversité et créé des parcs naturels et des réserves de biosphère pour protéger ces sanctuaires, il existe très peu de relevés précis des "points chauds" sous-marins où la biodiversité est la plus riche ainsi que la distribution de la faune et de la flore dans ces milieux d'exception et qu'il faut absolument protéger.

Un corail stylastéride bleu baptisé Distichopora robusta, découvert en 2002. Ce corail est endémique à la petite île de Jicarita située au large de la côte sud de Coiba. Document Conservation International/Graham Edgar.

Dans le cadre du projet de conservation des biotopes "World Heritage" de l'UNESCO, une expédition océanographique américaine coordonnée par le Smithsonian Tropical Research Institute (STRI) a exploré durant le mois de février 2007 les fonds sous-marins aux alentours du parc national de l'île de Coiba, situé au large de la côte nord-ouest du Panama, côté Pacifique.

Les chercheurs ont découvert que dans certaines populations, la moitié des organismes étaient inconnus des scientifiques. De nouvelles espèces furent même découvertes parmi les groupes relativement bien étudiés tels que les gorgones et les octocoraux, au sein desquels les experts ont découvert 15 nouvelles espèces ces 3 dernières années.

Les chercheurs ont également noté une population abondante de récifs coraliens, d'échinodermes et de poissons. L'agence panaméenne de l'environnement (ANAM) a exprimé son désir de renforcer la protection de la faune marine dans cette région.

Rappelons qu'en 2006, lors d’une expédition dans la région indonésienne de Papouasie occidentale, les scientifiques de Conservation International ont exploré ce qui pourrait être la région présentant la biodiversité marine la plus riche de la planète.

Dans cette zone, plus vaste que la Grande barrière de corail d’Australie, les chercheurs ont découvert 52 nouvelles espèces parmi lesquelles, une nouvelle espèce (ou sous-espèce) de requin chabot ("epaulette shark") qui se déplace en rampant à l’aide de ses nageoires pectorales, des labres nains et des coraux hermatypiques.

Malgré les nouvelles espèces que l'on découvre chaque mois (cfr le magazine de taxonomie animale Zootaxa), si nous ne prenons aucune mesure de protection envers les écosystèmes, on estime qu'en 2050 ans nous aurons exterminé 1 million d'espèces, dont beaucoup n'ont pas encore été étudiées pour la simple raison que l'arbre taxonomique est loin d'être complet, surtout dans le règne des végétaux, des insectes et des créatures marines comme en témoigne les découverte présentées ci-dessous (Galathée yéti, hydroïde, etc).

Découvertes zoologiques récentes

Découverte d'une nouvelle espèce de crustacé, le Galathée yéti

Le 22 mars 2005, lors d'une mission à 1000 km au sud de l'île de Pâques, Michel Segonzac, du laboratoire "Environnement profond" du centre Ifremer de Brest a découvert un étrange crustacé blanc d'une quinzaine de centimètres de long au cours d'une plongée à bord du sous-marin américain Alvin. 

Le crustacé appartient à une nouvelle espèce de décapode appartenant au groupe des anomoures. Il fut baptisé du nom latin de Kiwa hirsuta et porte le nom commun français de Galathée yéti. Il fut découvert par 2300 mètres de profondeur sur une source hydrothermale inconnue de la dorsale Pacifique-Antarctique au lieu-dit Annie’s Anthill. Le crustacé se caractérise par l'absence d'yeux et une abondante pilosité constituée de bactéries filamenteuses. Les données moléculaires (rRNA 18S) confirment la nette différence entre les familles d’anomoures, plaçant le nouveau taxon plus près des Chirostylidae, Galatheidae et Porcellanidae que des Aeglidae. Document IFREMER. Voici une autre image de ce crustacé. 

Simulation de T.Lombry

Découverte d'un perroquet Psittacule au front bleu

Le 8 novembre 2006, le naturaliste et caméraman John Young découvrit une nouvelle sous-espèce (voire même une espèce à part entière) de perroquet Psittacule, le perroquet au front bleu (Cyclopsitta sp.) dans le Queensland, en Australie. La photo de gauche n'est qu'une simulation que j'ai créée à partir des caractéristiques des espèces connues. Et les découvertes se succèdent.

Autres découvertes décrites sur le blog:

Découverte d'un hydroïde dans les eaux Antarctiques (2008)

Découvertes de créatures marines en Antarctique (2008)

Découverte d'une nouvelle espèce de singe Uakari (2008)

Découverte d'une nouvelle espèce de musaraigne (2008)

Découverte du plus grand cobra cracheur au Kenya (2007)

Un nouveau genre de pécari découvert en Amazonie (2007)

La découverte de ces nouvelles espèces ne doit pas endormir notre vigilence. Comme pour beaucoup d'espèces menacées d'extinction, nous devons agir tout de suite pour préserver leur territoire (en créant des parcs ou des réserves) et restaurer la population des espèces menacées. Sans mesure de protection, ces espèces endémiques risquent de disparaître définitivement en raison de la destruction de leur territoire suite à l'expansion des activités humaines ou du braconnage.

L'impact des activités humaines

Bien qu'il soit un superprédateur, l'homme n'est pas à l'abri des lois de l'évolution et des effets du hasard. Il subit en particulier l'hégémonie de la puissante économie mondiale. Quand les fermiers des pays pauvres n'ont pas d'argent, ils s'endettent et finissent par scier la branche sur laquelle ils sont assis pour cuisiner et se nourrir.

Ainsi, à quelques centaines de kilomètres du Costa Rica, dans la réserve de biosphère de Petén, la déforestation continue au profit de la culture du maïs avec le risque de voir disparaître à jamais des espèces endémiques. Quant au parc Braulio Carrillo, depuis 1987 il est traversé par une autoroute.

Prochain chapitre

Les espèces menacées

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