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La biodiversité

Le lynx ibérique (lynx pardinus).

Les espèces menacées (IV)

Une espèce est dite menacée d'extinction (threatened with extinction), lorsque sa population tend irrémédiablement vers le seuil minimum viable; elle est en danger critique de survie. Sans protection, cette espèce est condamnée à disparaître.

Au 1 janvier 2000, sur quelque 40000 espèces étudiées, l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature et des Ressources Naturelles (The World Conservation Union, IUCN) avait recensé 11167 espèces menacées. Il y en avait 16307 en 2007 et 19817 en 2012 ! La perte de biodiversité est continue et le taux quasi constant...

Malheureusement le lynx ibérique présenté à droite a fait son entrée dans cette liste en 2006. C'est le premier chat sauvage proche de l'extinction depuis 2000 ans. Pour quelle raison ? Parce que les producteurs espagnols de fraises puisent impunément dans les réserves d'eau du parc où vit ce lynx (le gouvernement prétend que le problème sera réglé en... 2020) ! Même constat alarmant dans d'autres pays pour l'antilope saiga, le koala, l'ours blanc, le panda, l'hippopotame, la raie manta et le condor des Andes.

Autre mauvaise nouvelle, depuis 2016 le requin-baleine a fait son entrée dans la Liste Rouge de l'IUCN qui se voit malheureusement complétée d'au moins 1 espèce chaque semaine (~ 60 par an). Aujourd'hui, 20 % des mammifères soit environ 1000 espèces, 13 % des oiseaux, 41 % des amphibiens, 33 % des coraux de récifs, 30 % des conifères et 70 % de toutes les plantes sont en péril et menacés d'extinction ! Les grands singes, les reptiles d'Amérique du Nord, les vautours, les dauphins, les coraux sont tous en danger.

En 2014, l'IUCN avait évalué le statut de 73868 espèces. D'ici 2020 les chercheurs se donnent pour objectif d'évaluer le statut de 160000 espèces, soit pratiquement le double d'aujourd'hui.

La Liste Rouge de l'IUCN est mise à jour chaque année et revue en détail tous les 4 ans environ car il arrive que certaines espèces considérées comme disparues renaissent tel le Phoenix ou plutôt que l'on retrouve par chance quelques individus (par ex. l'hocco unicorne "Crax unicornis koepckeae", etc). Le nombre d'espèces qu'on ajoute à cette liste est une référence clé pour déterminer le statut de la biodiversité de la planète.

C'est ainsi que l'indice de la Liste Rouge a été adopté par les ONG comme l'un des indicateurs du développement durable.

A consulter à l'IUCN : La Liste Rouge des espèces menacées d'extinction

Zebra Burchelli (SO Afrique) Gorilla gorilla gorilla (O.Centre Afrique) "Silver back"

Trois espèces de mammifères parmi les plus connues qui ont dû être ajoutées en l'espace de quelques décennies à la liste peu enviable des espèces en voie d'extinction : le zèbre de Burchelli vivant dans le Sud-Est de l'Afrique, le gorille des basses terres (dos argenté) d'Afrique centrale et du Rwanda et l'Eléphant (ici un éléphant d'Afrique du Parc Reine Elisabeth en Ouganda). Mais il faut y ajouter plusieurs espèces parmi les taxons ou variétés suivantes : le chimpanzé, l'orang-outang, le ouistiti, le panda géant, le walabi, le fennec, le chacal, le loup, le coati, le pangolin, la chauve-souris, le crocodile, le boa, le protée, la tortue, le héron, le faisan, l'esturgeon, le requin-baleine, le requin-pèlerin, la lucane, le bénitier, le corail bleu, noir, rouge, le ginseng, le cactus, la fougère arborescence, ... autant de noms qui nous sont familiers et dont peut-être un jour, nous n'aurons plus que le souvenir et des images ternies. Evitons cette hécatombe. Documents Public, Habari Travel et Oeganda Pukweb.

Parmi les milliers de plantes (algues, mousses, plantes vasculaires, plantes à graines et plantes à fleurs) inscrites sur la Liste Rouge, il y a les Psychotria dont une P.elata est présentée ci-dessous. C'est une très jolie fleur épiphyte vivant dans les forêts tropicales humides d'Amérique centrale vers 400 mètres d'altitude dont on connaît 1900 espèces. Malgré ses lèvres pulpeuses très attirantes, cela n'empêche pas son biotope d'être menacé en raison de la déforestation sauvage dans cette région du monde. La Psychotria hobdyi et la Psychotria angustata qui ressemblent à de petites grappes de fleurs similaires à des théiers ou des caféiers sont sur la Liste Rouge de l'IUCN depuis respectivement 1998 et 2000. Heureusement, aujourd'hui il existe des graines de Psychotria elata qui assureront sa survie si son biotope disparaît au train où vont les choses. On en reparlera dans dix ans.

La Liste Rouge de l'UICN est différente des Annexes CITES. La Liste Rouge concerne toutes les espèces et considère toutes les raisons pour lesquelles une espèce pourrait être menacée alors que les Annexes CITES ne considèrent que les espèces qui sont menacées par le commerce international et les espèces pour lesquelles il est nécessaire de réglementer leur commerce afin qu'elles ne soient pas menacées.

A consulter : Les fleurs carnivores - Les plantes grasses de A à Z

Photos de plantes

Si jolie et pourtant son biotope est menacé. Il s'agit de la Psychotria elata, une plante tropicale épiphyte d'Amérique centrale de la famille des Rubiacées comprenant 1900 espèces.

Selon l'IUCN, les espèces menacées le sont pour deux raisons : la perte de leur habitat au profit des activités humaines et la dégradation du milieu. Ces deux facteurs affectent 89 % des oiseaux menacés, 83 % des mammifères et 91 % des plantes menacées !

Ainsi, en 2007, le primatologue néerlandais Marc van Roosmalen de l'Université de Wisconsin, à qui l'on doit la découverte de sept espèces de singes dans la forêt d'Amazonie, découverit un nouveau genre de pécari géant mais il est déjà pourchassé en toute illégalité car il ne se se défend pas face aux chasseurs.

A peine découivert, les chercheurs ont été contraints de mettre le Pécari géant sur la Liste Rouge de l'IUCN. Marc van Roosmalen et ses collègues font un travail remarquable et méritent d'être encouragés. A ce titre, en 2000 le "TIME magazine" n'a pas hésité à élire Marc van Roosmalen parmi les "Héros pour la Planète".

Le primatologue néerlandais Marc van Roosmalen en compagnie de l'un de ses protégés. Document Corbis/Sygma.

A l'heure actuelle, ce sont les habitats des basses terres et des montagnes des forêts pluvieuses où l'on trouve le plus de mammifères et d'oiseaux en voie d'extinction. Si on prend le chimpanzé par exemple, il existait 1 million d'individus en 1950, il en reste à peine 100000 aujourd'hui. On estime qu'à ce rythme, les grands singes auront disparu vers 2025. Comme l'ont dit les responsables de l'Institut Jane Goodall, quand on ne pourra plus se regarder dans les yeux des grands singes, ce jour là l'homme aura perdu son humanité.

Les biotopes marins sont également extrêmement vulnérables et comprennent de nombreuses espèces de poissons, d'amphibiens et d'invertébrés menacés, parmi lesquels l'hypoccampe, le phoque moine ou la baleine franche de Biscaye. Mais il ne faut pas nécessairement aller aux antipodes ou dans les mer chaudes pour trouver des créatures menacées d'extinction.

Une étude publiée en novembre 2014 dans la revue "Ecology Letters" portant sur 144 espèces d'oiseaux de 25 pays européens précisait qu'en Europe 421 millions d'oiseaux ont disparu en 30 ans en raison des méthodes de travail utilisées dans l'agriculture et la disparition des habitats. Si on ne modifie pas notre manière de gérer l'environnement, d'ici deux générations les espèces communes auront disparu ! Les agriculteurs comme les politiciens ont donc un rôle à jouer sur lequel nous devons absolument insister en leur rappelant leurs responsabilités.

Rien qu'en Belgique, 20 % de la population des oiseaux a disparu. Suite à l'urbanisation et l'industrialisation, en Belgique et dans les pays limitrophes la moitié des espèces de papillons sont menacées dont le fameux Citron. Quelles sont les raisons ? Ils ne trouvent plus suffisamment de nectar et les fleurs disparaissent. Résultat, c'est tout un écosystème qui souffre de l'expansion des hommes...

La situation est encore plus préoccupante chez les abeilles qui ont un rôle pollenisateur essentiel. Certes, il existe 250000 espèces de pollenisateurs, mais tous ne sont pas distribués également sur le globe et certains sont plus utiles que d'autres. L'abeille est l'un des vecteurs les plus utiles. Non seulement il arrivera un jour où nous n'aurons plus droit au nectar des dieux mais nous ne verrons plus son messager non plus. Comme l'a bien compris le WWF, il est urgent d'agir !

N'oublions pas non plus le rôle vital des forêts; un arbre a plus de valeur debout qu'abattu ! On en reparlera à propos du développement durable.

A voir : Living Planet Report, 2014, WWF

A gauche, une baleine à bosse (Humback) et son bébé dans les eaux de Rarotonga (îles Cook). Au centre, une majestueuse baleine à bosse. Cette espèce comprend plus de 60000 individus et est sous le seuil de vulnérabilité. Elle est inscrite sur la "Liste Rouge" de l'UICN depuis 2008. A droite, face à face en l'homme et la baleine. Il s'agit d'une baleine franche australe mesurant 17 m de longueur et pesant 70 tonnes photographiée vers 20 m de profondeur au large des îles Auckland. Avec 1600 individus femelles répertoriés en 1997, cette espèce est également vulnérable et figure sur la "Liste Rouge" de l'IUCN depuis 1988. Documents Chris Waind, anonyme et Brian Skerry.

La lutte contre les plantes invasives

Enfin, si généralement les espèces sont menacées en raison de perturbations artificielles engendrées par les activités humaines, des perturbations naturelles peuvent aussi déséquilibrer les écosystèmes. C'est notamment le cas des espèces invasives : les herbiers de caulerpes en mer Méditerranée, les berces du Caucase dans nos campagnes ou du crabe royal du Kamtchatka (Paralithodes camtschaticus) dans les mers froides. Commme il s'agit généralement d'espèces exotiques plus résistantes que les espèces endémiques, si nous laissons ces espèces invasives proliférer, elles finiront par envahir le territoire et deviendront la nouvelle espèce dominante au détriment de la biodiversité.

A lire : Global Invasive Species Database

Berces du Caucase. Si vous en voyez en Europe, faites plaisir à la nature et coupez-les. Attention, elles sont photo-sensibilisantes et peuvent brûler la peau. Mais prises au bas de la tige, vous ne risquez rien. Doc SMBVT.

L'explosion du Krakatoa en 1883 a permis d'étudier le repeuplement de l'île après la disparition de toutes les espèces. On a constaté qu'il fallut 9 mois pour que la première araignée arrive sur l'île et 3 ans pour que les végétaux en commençant par les mousses, les algues et les fougères repeuplent l'île. 50 ans après l'éruption, l'île de Krakatoa abritait 171 espèces de plantes, des palmiers et recevait notamment la visite de lézards monitor depuis de nombreuses années.

Cette expérience est très intéressante car elle démontre que toute les formes de vie qui ont peuplé Krakatoa sont non seulement parvenues sur l'île volcanique saines et sauves mais ont été capables de s'y adapter et de survivre dans cet environnement resté longtemps inhospitalier. Les seules conditions à respecter étaient que les animaux ne pouvaient pas arriver les premiers sur l'île au risque de mourir de faim et les premières plantes ont dû s'auto-polliniser puisqu'il n'existait pas encore de partenaire pour assurer une reproduction sexuée.

Depuis cet évènement, si on observe ce qui se produit dans les autres endroits du monde laissé en friche, que ce soit le sentier d'à côté ou les abords d'un bois peu fréquenté, on constate qu'au fil du temps et au gré des migrations saisonnières, ci et là des plantes invasives plus ou moins universelles finissent tôt ou tard par remplacer les plantes natives au grand dam des botanistes et des protecteurs de l'environnement.

Une expérience visant à verdire les toits fut conduite à San Francisco en 2011 au cours de laquelle des chercheurs ont cultivé dans des parcelles séparées des plantes natives et des plantes importées. Ils ont constaté que systématiquement les plantes invasives envahissaient les parcelles de plantes natives. Tous les projets de ce type ont également démontré que la destruction des plantes invasives n'est pas durable et est donc inutile à long terme. En effet, les plantes invasives finissent par supplanter les plantes endémiques car elles s'adaptent plus facilement et plus rapidement aux conditions climatiques, au sol et à la météo que les plantes locales. Aussi, au vu de ces expériences, continuer à utiliser des herbicides toxiques qui empoisonnent notre santé pour venir à bout des plantes invasives n'est pas la solution. En revanche, trouver des insectes spécialisés ou des micro-organismes capables de les détruire pour ainsi dire à la racine est une alternative plus écologique, même si parfois elle doit recourir aux manipulations génétiques.

Plus de la moitié des espèces ont disparu en 40 ans

Malgré les milliers de nouvelles espèces que l'on découvre chaque année (cf. le magazine de taxonomie animale Zootaxa), selon le "Living Planet Report" 2014 du WWF, entre 1970 et 2010 l'homme fut responsable du déclin de 52 % des espèces de vertébrés ; plus d'un million d'espèces ont disparu ! Notons que la valeur précédente plus faible a été corrigée sur base d'un ajustement des pondérations utilisées dans la méthodologie.

Sur la même période, l'Indice Planète Vivante (LPI ou IPV en français qui mesure l'évolution de 10380 populations de 3038 espèces de mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons) montre que 76 % des espèces d'eau douce ont disparu, 39 % des espèces terrestres et 39 % des espèces marines. 6569 populations des 1606 espèces constituants l'indice IPV tempéré ont décliné de 36 % entre 1970 et 2010 tandis que l'IPV tropical (qui regroupe 3811 populations de 1638 espèces) a diminué de 56 %.

Les zones les plus touchées sont l'Amérique Latine qui a subit une chute de 83 % suivie par la région Asie-Pacifique où les espèces d'eau douce ont payé le plus lourd tribu aux activités humaines avec un déclin de 76 %. Concernant les espèces marines, le recul le plus prononcé est observé sous les tropiques et dans l'océan Austral où la population des tortues marines, de nombreux requins et de grands oiseaux marins migrateurs comme l'albatros hurleur ont subi un fort déclin.

On estime aujourd'hui qu'une espèce disparaît toutes les 15 à 20 minutes, soit entre 20 et 35000 espèces chaque année ! Peter Raven du Jardin Botanique du Missouri estime qu'au rythme actuel 60 % de toutes les espèces vivant sur Terre seront éteintes dans 300 ans !

Si nous ne prenons aucune mesure de protection envers les écosystèmes, on estime qu'en 2050 ans nous aurons exterminé 1 million d'espèces supplémentaires, dont beaucoup n'ont pas encore été étudiées pour la simple raison que l'arbre taxonomique est loin d'être complet, surtout dans le règne des végétaux, des insectes et des créatures marines comme en témoigne les découverte récentes.

Le risque d'extinction

Nous, êtres humains, faisons partie intégrante des écosystèmes; nous sommes un produit de la nature et subissons encore ses lois pour l'essentiel, quoiqu'on en pense. En théorie, nous dépendons totalement des interactions que nous pouvons avoir avec les animaux, les plantes et les micro-organismes, sans parler de l'influence directe des gaz atmosphériques sur notre santé ou celle des rayonnements solaires (champs électromagnétiques ou corpusculaires). Si l'équilibre de la biosphère venait à fléchir, nous subirions ses effets de la même manière que les autres espèces et nous devrions faire face à des problèmes écologiques voire sanitaires face auxquels nous n'avons aucune solution.

L'extinction de l'homme. Plutôt inattendue comme destinée mais pas utopique. Document Oona Requiem Art.

En pratique, nous pourrions sans doute temporairement y résister ou les annuler grâce à notre science, mais cette "mise sous cloche" ou cette immunisation de notre humanité serait artificiellement entretenue. De plus nous ignorons les conséquences écologiques et les effets de cet isolement permanent des cycles naturels. Elle représente finalement la pire des solutions.

Ainsi que nous l'ont expliqué Stephen Gould, David Raup et Richard Leakey, depuis que la Terre existe, les extinctions de masse nous ont démontré qu'aucune espèce n'est supérieure aux autres et aucune ne peut échapper à ces mauvais coups du sort. Les raisons sont multiples : inadaptation face au changement, malchance ou un évènement extérieur sont autant de facteurs qui peuvent contribuer à l'extinction de certaines espèces.

Jusqu'à preuve du contraire, en aucun cas il ne faut y voir un signe du destin comme le fait que l'avenir de l'homme serait dicté par une puissance surnaturelle ou des théories plus extravagantes encore. Jusqu'à preuve du contraire, à l'échelle globale aucune espèce aussi gentille ou féroce soit-elle n'a échappée aux forces de la nature !

Rappelons qu'au cours des extinctions massives qui ont ponctué l'histoire de la vie, jusqu’à 98 % des espèces existantes ont été anéanties ! Que l'homme soit à l'image de Dieu, un "bon sauvage" comme le pensait Rousseau ou plutôt un superprédateur, cela ne change rien à notre condition d'être vivant; nous devons relativiser notre supériorité et nous dire qu'en toute probabilité, nous avons quelques chances de disparaître sans espoir de lendemain.

Selon Stephen Gould, les grandes extinctions se produisent en moyenne tous les 26 millions d’années, sans aucun rapport avec les phénomènes astronomiques ou la sélection naturelle. La compétition entre espèces est simplement temporairement suspendue au profit de règles différentes face auxquelles aucune espèce n'est préparée.

Compte tenu du taux extrêmement rapide auquel disparaissent les espèces, si nous laissons faire les choses, en colonisant de nouvelles terres vierges et en ne protégeant pas les sites naturels, nous adoptons une attitude criminelle car nous assassinons délibérément les enfants de dame Nature ! Nous sommes en train de dépeupler la Terre pour assouvir jusqu'à sasiété et en-dehors de toute limite nos passions, notre goût de l'exotisme et du luxe !

A l'inverse du tigre de Sumatra présenté ci-dessous, un superprédateur au regard aiguisé qui connaît d'instinct les règles de la survie et s'adapte aux circonstances, nous avons perdu nos instincts qui sont pour l'essentiel inconscients ou refoulés et devons réapprendre à voir le monde, à sentir le pouls de la Nature. Malheureusement, malgré toute la férocité et la ruse de ce tigre, il ne peut pas tenir tête aux hommes et a subit leurs actions sanguinaires au point que sa population est aujourd'hui réduite à 300 ou 400 individus dans le monde : il est en Annexe I de la CITES. Quand on sait qu'un tigre ne vit qu'environ 15 ans, on comprend toute l'urgence de préserver son espèce de l'extinction.

Idem pour le chimpanzé. Bien qu'il puisse vivre plus de 60 ans en captivité et 40-50 ans dans la nature, quand on croise toute la puissance de son regard, on ne peut s'empêcher de ressentir toute la responsabilité qui pèse sur nos épaules. Au début du XXe siècle, il existait 1 à 2 millions de chimpanzés. En 2015, on estime qu'il en restait moins de 300000. Leur survie ne dépend que de nous. Alors arrêtons d'être égoïstes et pensons un peu plus aux créatures qui nous entourent avant qu'elles ne disparaissent définitivement.

Sauvez un chimpanzé grâce à l'action de l'Institut Jane Goodall

Des regards lourds de sens. Le regard inquisiteur de ce superprédateur, le tigre de Sumatra (Panthera tigris sumatrae) ou le regard interrogateur de ce chimpanzé sur nos comportements en dit long sur notre attitude envers la nature et leurs espèces en particulier qui sont aujourd'hui en voie d'extinction en raison du braconnage dont elles font l'objet. Si l'anthropomorphisme n'a pas sa place en sciences, ce rapprochement nous permet néanmoins d'apprécier les blessures que nous portons à dame Nature... Si les animaux pouvaient parler et avaient de la rancune, leur discours nous déplairait certainement et nous en serions les premières victimes. Mais sans aller aussi loin, certaines espèces ont déjà peur de nous, indice qui laisse à penser que nos attitudes les dérangent depuis longtemps. Heureusement, certains hommes entendent leurs plaintes. A droite, le bébé chimpanzé Nani est un des nombreux orphelins qui fut abandonné par les braconniers après avoir massacré toute sa famille pour en faire de la "viande de brousse". Nani a été élevé à l'Institut Jane Goodall et vit depuis 2010 sur l'île sanctuaire de Ngamba en Ouganda. Documents Neil Bramley et Institut Jane Goodall.

Que l'homme fasse attention aux blessures qu'il inflige à dame Nature car ainsi que nous l'observons déjà avec l'effet de serre lié à nos activités industrielles et la raréfaction des ressources naturelles, un jour ou l'autre c'est toute la nature qui se retournera contre nous, bien sûr de manière imperceptible et naturelle, de la manière la plus surnoise : perte de biodiversité, végétation malade, érosion des terres arables, terres stériles, eaux polluées, pluies acides, virus émergeants, maladies chroniques, cancers... Cela a déjà commencé.

Le destin inattendu et inquiétant de l'homme

L'Histoire de l'Homme nous a démontré que nous ne maîtrisons pas toutes les composantes de notre évolution et quand bien même nous avons tous les atouts pour survivre, nous parvenons à les gaspiller au point de mettre notre survie en danger.

Si nous sommes si intelligents que nous le prétendons, nous devons nous rendre compte que notre attitude aujourd'hui irresponsable et égoïste envers la nature nous conduit de manière accélérée à notre propre perte. Car nous sommes également un superprédateur, et perchés au sommet de notre pyramide à l'allure de tour d'ivoire, nous nous croyons tout-puissants,  invincibles, autonomes et indépendants des autres communautés d'êtres vivants. Or en agisssant en égoïste, nous nous voilons la face et nous refusons de voir les effets directs et indirects que nous produisons en saccageant et en exploitant de manière irréfléchie nos ressources naturelles.

Partout dans le monde, la biodiversité s'appauvrit, les espèces disparaissent du fait de l'action des hommes. Des terres où l'on trouvait jadis des lions, des léopards, des éléphants ou des chimpanzés sont aujourd'hui dépeuplées à perte de vue. Pour assouvir nos besoins immédiats nous n'hésitons pas à sacrifier l'avenir de nos enfants au lieu de gérer notre patrimoine de manière raisonnable en veillant au développement durable.

L'extinction annoncée de l'Homo sapiens. Document TROY BAKER/Whakatane Beacon

Voyez ce qui est arrivé à l'île de Pâques. Aveuglé par le pouvoir, refusant d'accepter leur statut d'ilien et la limitation de leurs ressources, les Pasquans ont saccagé leur île jusqu'au dernier arbre pour finir par s'entre-tuer avant que leur civilisation ne disparaisse. Nous avons perdu une île tropicale luxuriante et tout un peuple. Aujourd'hui nous sommes sur la bonne voie pour reproduire ce scénario catastrophe... à l'échelle de la planète !

Si d'aucun considèrent que la période actuelle présente la plus grande diversité de tous les temps, si cette hypothèse se vérifie, la crise actuelle (en valeur absolue du nombre d'espèces éteintes) sera aussi la plus dévastatrice des extinctions de masse de tous les temps !

Au taux où disparaissent les espèces, les chercheurs estiment que nous sommes déjà dans une période d'extinction massive, la 6e extinction... celle de l'homme. Pire, nous l'avons provoquée ! Et nous y excellons car nous avons malheureusement une expérience séculaire en ce domaine ! En effet, au cours de leurs recherches paléontologiques, les scientifiques se sont demandés pourquoi certaines espèces d'homininés (sp. Homo) avaient disparu alors qu'une espèce parente qui vivait dans la même région à la même époque a survécu pendant des dizaines ou des centaines de milliers d'années. On l'a notamment remarqué avec l'homme de Néandertal, l'Homo desinova et le Peuple du Cerf Rouge, trois espèces qui ont cotoyé l'Homo sapiens et qui ont pourtant disparu. Même si ces populations ne comptaient que quelques milliers ou centaines de milliers d'individus, on a dû mal à croire et il sera difficile de le prouver que ces espèces ont disparu d'elles-mêmes sans descendance ou suite par exemple à une épidémie, un empoisonnement ou même une catastrophe naturelle d'ampleur régionale. La raison la plus probable est qu'à une certaine époque, ils vivaient sur les mêmes terres que l'Homo sapiens. Et qu'a toujours fait l'homme face à l'inconnu ou des minorités ? Il les a massacrées sous différents prétextes. Si certaines tribus ont essayé de cohabiter ou même de se métisser, aujourd'hui ces espèces ancestrales n'existent plus : à force de s'isoler et de détruire tout obstacle à son épanouissement, l'Homo sapiens est devenu la seule espèce d'homininé survivant sur Terre. Depuis cette époque, l'homme n'a toujours pas retenu la leçon. Chaque année, nos actions inconsidérées tuent indirectement des millions de personnes victimes de "maladies de société" et autres cancers. On y reviendra à propos des effets de la pollution atmosphérique notamment dans le cadre de l'après-Kyoto et du principe "pollueur-payeur" (le cas de la pollution émise par les avions et les navires est édifiant).

Heureusement, l'espèce humaine est féconde et à des chances de survivre à une extinction majeure. Dans quelles conditions et combien de temps est encore une autre question. Mais un autre risque nous menace. La crise actuelle de la biodiversité entre en compétition avec les efforts mitigés de défense contre un risque de collision éventuel de la Terre avec un objet venu du ciel. La question est autant politique que scientifique. Préférons-nous payer pour détecter un astéroïde sur une orbite de collision avec la Terre ou pour préserver nos forêts des pluies acides et la biodiversité... ? Faut-il nous protéger contre un objet tombant du ciel ou ne vaut-il pas mieux protéger les espèces en voie de disparition vivant près de chez nous ? Quels sont les risques de l'un et de l'autre pour notre avenir ? Voilà autant de questions qui nécessitent une prise de conscience globale et des actions coordonnées des pouvoirs publics.

Pour l'heure, les deux risques étant concrets, les autorités essayent d'être actifs sur tous les fronts. La NASA et quelques observatoires scrutent le ciel à la recherche de petits corps gravitant un peu trop près de la Terre. Nous connaissons les principaux objets célestes pouvant heurter la Terre d'ici à 100 ans. Mais nous ignorons la trajectoire des corps les plus petits ou qui nous prendraient par surprise comme les comètes de la famille Swift-Tuttle ou les NEO dont certains nous laissent à peine 4 jours pour réagir ! On y reviendra dans d'autres articles.

Le développement durable

L'avenir de l'humanité n'est donc pas garanti sur le plan des risques cosmiques. Il ne l'est pas plus du point de vue écologique. Le rythme des extinctions s'accélère depuis que l'homme a jugé que la planète lui appartenait en exclusivité : pollutions, déforestations, consommation outrancière, démographie exponentielle, chasse intensive, sont autant de facteurs qui contribuent à mettre en péril la vie de toutes les espèces qui nous entourent et par conséquent - dure loi de la biodiversité et de l'équilibre des écosystèmes - notre propre survie.

Mais il y a d'autres risques potentiels dont nous subissons déjà les effets : risque sociaux, culturels, politiques, économiques, éthiques, etc, dont certains avaient déjà été entrevus par les économistes Malthus, Mill et Ricardo dès le début du XIXe siècle.

Comment enrayer ces processus qui s'emballent et dérèglent la planète ? De manière générale, les individus comme les pouvoirs publics ou les industriels ont jusqu'ici pris peu de mesures en faveur du développement durable. Disons qu'ils en prennent dans les pays riches mais timidement en fonction de leurs moyens et sans trop oser bousculer nos habitudes ou les lobbies. Ailleurs, dans les pays pauvres, l'ampleur du travail est telle que les autorités sont dépassées et sont incapables de juguler ces problèmes sans aide extérieure.

Malgré la pression des groupes de défense de la nature et du travail des sénateurs qui rédigent les lois, il existe peu de règles en matière d'environnement et peu d'organismes de contrôle alors que les industries polluantes, les trafiquants et autres braconniers sont légions. Certaines lois sont mêmes en leur faveur quand elles leur accordent des "tickets pollutions" et autre mise en décharge de leur produits polluants !

Heureusement gâce aux actions du "Club de Rome", depuis un peu plus d'une génération la population et les pouvoirs publics ont pris conscience des risques qu'ils faisaient courir à la planète et commencent à modifier leur mode de vie. Mais si le sentiment écologique germe doucement en Occident, dans d'autres pays où la terre est stérile à tous les points de vue il ne fait pas encore partie de leur culture.

Pour inverser la balance et rééquilibrer le monde, il a fallut inventer un super projet supranational et des systèmes de contrôle décentralisés dans chaque pays pour édicter tant bien que mal de nouvelles règles afin de mieux nous respecter ainsi que la nature, puisque nous n'étions pas capables de le faire seul.

En 1987, l'ONU invita tous les hommes et les femmes à embarquer dans le vaisseau Terre comme dans l'Arche de Noé pour sauver le monde. Cette philosophie a conduit au fameux projet mondial de développement durable, une initiative des principales organisations internationales et de leurs satellites (ONU, UNESCO, OMS, OMM, IGBP, IPCC, etc) dont les dispositions pratiques d'application sont laissées au libre choix des gouvernements.

Document Ecobilan.

Le but durable visé par ce projet est de proposer des idées et de les concrétiser sur le terrain afin de préserver notre planète à l'intention des générations futures. Il est articulé autour de trois axes principaux : l'environnement, le social et l'économie. Cela doit conduire à une meilleure gestion de toutes nos ressources et à l'amélioration de nos conditions de vie à tous.

Cette "optimisation" du vaissseau Terre n'est toutefois pas sans conséquences économiques et politiques, sans parler bien entendu de son impact sur nos mentalités. Les problèmes à résoudre faisant souvent partie de "problèmes de société" entrés dans les moeurs depuis plusieurs générations, d'organisation politique ou remettant en question notre style de vie, tant les décideurs que la population ne les acceptent pas toujours facilement et cela peut se traduire par des grèves généralisées et autre réaction de mécontentement lors des élections. Chaque problème nécessite une réflexion et des études très minutieuses de la part des scientifiques, des économistes, des industriels et des autorités publiques en charge de les résoudre. La remise en état du vaisseau Terre peut durer plusieurs générations. Mais comme l'on dit, "l'essentiel est de commencer, le reste viendra tout seul".

C'est ainsi que sont nés toute une série de nouveaux métiers d'expertise en "développement durable", allant de l'éco-conseiller en prise directe avec les acteurs de terrain, aux journalistes et autres communicateurs scientifiques qui ont pour tâche de transmettre l'information et de sensibiliser la population. A terme, il ne fait aucun doute qu'un changement de mentalité s'opèrera et que nous parviendrons à rétablir la santé de Gaïa. Et si nous l'acceptons pas ou n'y parvenons pas, et bien la Nature reprendra les rennes ou l'évolution continuera sans nous. Reconnaissons qu'il serait irresponsable de quitter ce navire où il fait si bon vivre quand on s'en donne la peine et peut être unique dans l'univers. Nous reviendrons sur cet important sujet dans l'article consacré au développement durable.

Dernière partie

Faut-il donner un statut aux animaux ?

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