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Les régions polaires

Image reconstruite du continent Antarctique exempte de nuages réalisée à partir des photographies prises en été par un satellite météo de la NOAA. La résolution est de 1 km/pixel.En hiver cette superficie devient presque 30 % plus grande en comptant la banquise et représente pratiquement l'étendue de l'Afrique ! Notez au centre la chaîne Trans-Antarctique séparant la région Ouest de la région Est.

L'Antarctique (II)

L'existence de l'Antarctique fut longtemps hypothétique. En 1772, James Cook passa le cercle Antarctique mais ne vit que des glaçons et des icebergs sans observer le continent blanc. Il conclut néanmoins qu'il devait exister une île ou un continent beaucoup plus au sud.

L'Antarctique ne fut découvert qu'en 1820-21 mais il fallut attendre 1895 pour qu'on y pose le pied pour la première fois. Le Pôle Sud fut atteint le 14 décembre 1911 par Roald Amundsen et le 17 janvier 1912 par Robert Scott.

En 1947, les Etats-Unis envoyèrent en Antarctique une expédition lourde constituée de 13 bateaux, 23 avions et 4000 hommes pour cartographier son littoral. En 1956, ils établirent une base permanente au Pôle Sud qui sera baptisée Amundsen-Scott.

En 1957, dans le cadre de l'Année Géophysique Internationale, une coopération scientifique pris la décision d'étudier l'écosystème et la géophysique de l'Antarctique. En 1959, le Traité sur l'Antarctique est signé par les représentants de 12 pays. Il entra en vigueur en 1961 et protège dorénavant le 6eme continent de la convoitise des industriels au moins jusqu'en 2040. Enfin, depuis 1991, le Traité de Madrid protège également l'environnement du pôle Sud.

Plus que tout autre continent, l'Antarctique reste attaché à d'extraordinaires histoires d'aventures, d'héroïsme et de survie. Beaucoup de noms de lieux rendent hommages aux pionniers qui ont exploré et parfois payé de leur vie l'exploration du continent blanc : Bellingshausen (1820), Palmer (1820), Dumont D'Urville (1840), Ross (1841), de Gerlache (1897), Vince (1902), Amundsen (1911), Scott (1912), etc.

Généralités

L'Antarctique est vraiment à l'opposé de l'Arctique, et pas seulement par son nom. Alors que l'Arctique est une mer glacée entourée de continents, l'Antarctique est un continent glacé entourée par la mer. Son climat y est aussi beaucoup plus rude qu'en Arctique et sa faune comme sa flore sont différents et totalement adaptés à cet environnement hostile. On y reviendra.

L'Antarctique est un continent couvert d'une couche de glace formée par les chutes de neige. Il s'agit donc exclusivement d'eau douce comme sur n'importe quelle terre. L'Antarctique occupe une superficie d'environ 14 millions de km2. La banquise (zones de mer gelée sur 1.5 à 2 m d'épaisseur) varie entre 4 millions de km2 en été et 20 millions de km2 en hiver. Au total, la surface de l'Antarctique gelée en hiver est équivalente à la superficie de l'Afrique (30 millions de km2) dont 99 % sont couverts de glace.

Carte politique de l'Antarctique (2005). Document U.Texas.

L'épaisseur maximale de glace (sans référence au niveau de la mer) atteint 4776 m et représente la quantité de neige accumulée depuis quelque 500000 ans, un taux d'accumulation plus lent qu'au pôle Nord. 

Le point culminant (par rapport au niveau de la mer cette fois) n'est pas au Pôle Sud qui ressemble à une plaine de haut-plateau à 2800 m d'altitude, mais il est situé 2700 km plus à l'ouest (vers l'île Peter Ier et le Chili), à Ellsworth, dans le massif de Vinson à 4897 m (2005).

Ce continent contient un volume estimé à 30 millions de km3 de glace. Cela représente 90 % de toute l'eau douce contenue à la surface de la Terre et 70 % en tenant compte des rivières et autres sources d'eau douce !

A ce continent il faut ajouter la banquise, la péninsule Antarctique (Ouest Antarctique) qui aussi étonnant soi-il est une prolongation de la Cordillère des Andes et les barrières de glace (cf. cette carte) qui sont des extensions de l'inlandsis, c'est-à-dire des glaces se formant sur le littoral, généralement à l'extrémité des glaciers, sur la terre ou flottantes. Il existe une dizaine de barrières de glace parmi lesquelles Ross et Larsen C connue pour s'être fracturée en 2002 et en 2017 et avoir libéré d'immenses icebergs tabulaires. Ensemble, ces barrières de glace couvrent environ 1.54 million de km2 (2014). On y reviendra. Notons que la barrière de Ross abrite les bases Scott (NZ) et McMurdo (USA). Ensemble, banquise et barrières représentent 3.7 millions de km2 supplémentaires.

L'Antarctique comprend deux régions géologiques distinctes : l'Est Antarctique et l'Ouest Antarctique, séparés par la grande chaîne de montagnes Trans-Antarctique mais qui se rejoignent sur le littoral par la banquise. La présence de grandes quantité de glace au pôle Sud fait de cette région un puissant absorbeur de chaleur qui affecte fortement le climat sur toute la planète.

Ainsi que nous le verrons page suivante, ce réservoir de glace influence également les échanges de chaleur, d'humidité et de gaz entre l'atmosphère et l'océan, rendant cette région du monde passionnate à étudier.

A gauche, la région désertique de Patriot Hills et les contreforts de la chaîne Trans-Antarctique. A droite, de la glace recouvre cette vallée Antarctique sur plusieurs centaines de mètres d'épaisseur. Vous trouverez d'autres images du continent blanc dans la collection de liens figurant en fin de troisième page. Documents NASA/Carnegie Mellon et NGS.

Climat

Bien évidemment l'Antarctique bénéficie d'un climat polaire. La partie continentale est la région la plus désertique du monde mais également la plus sèche (50 mm d'eau/an, similaire au Sahara), la plus froide (-93.2°C près du Dôme Argus, contre -25°C seulement à McMurdo) et la plus venteuse, bref c'est un désert blanc où règnent des conditions extrêmes où ni l'homme ni les robots ne peuvent survivre sans protection adaptée.

Il existe néamoins une activité géologique permanente. En effet, l'Antarctique abrite un volcan en activité, l'Erebus, situé près de la base de McMurdo, sur l'île de Ross.

Malgré les conditions climatiques très inhospitalières qui règnent en Antarctique, il peut y faire très doux, relativement parlant. En été par exemple, à l'approche de Noël en Europe où la température diurne flirte avec le 0°C (entre -10 et +10°C dans la partie septentrionale), à McMurdo il peut faire 5°C et même 12.7°C à Palmer qui est la station la plus douce. Dans ces conditions on ne s'étonnera pas que les pôles abritent une faune et une flore terrestre ainsi qu'une vie marine très abondante.

L'Antarctique c'est avant tout une nature exceptionnelle, l'un des rares sanctuaires préservé des activités industrielles humaines. A gauche, la banquise vue à quelques mètres de profondeur au large de McMurdo. L'eau aussi claire que du cristal présente une visibilité horizontale dépassant 50 m (qui est la limite dans les eaux limpides du Pacifique). En revanche, pour peu que la couche de glace soit enneigée, l'océan devient noir d'encre mais sous la lumière des projecteurs, le contraste des couleurs devient irréel comme nous le montrent les photographies de Norbert Wu par exemple. Au centre, un coucher de Soleil près du Dome Concordia (base européenne). Aux pôles, la tropopause est située à moins de 7 km d'altitude (contre 11 km aux latitudes européennes); les nuages bas sont donc vraiment... très bas, à quelques centaines mètres de hauteur parfois. A droite, un champ de neige et de congères près du Dome Concordia. Documents Norbert Wu/SIO, Jon Lawrence/USNW et Tony Travouillon/USNW.

Faune et flore

Dans les eaux Antarctique, le climat est loin d'être aussi inhospitalier que sur le continent. Jusqu'à quelques dizaines de mètres de profondeur la température de l'eau est d'environ +1°C, très douce comparée au climat terrestre, et le milieu est stable depuis des millénaires. Pas étonnant que dans ces conditions, l'océan Antarctique présente une diversité beaucoup plus riche que l'océan Arctique.

Etant donné les conditions environnementales régnant sur la terre ferme, la plupart des espèces sont aquatiques. La richesse de ce milieu est étonnante et bien plus riche qu'on l'imagine a priori. On y dénombre plus de 200 espèces de poissons dont le poisson des glaces, 1000 espèces de mollusques et d’éponges. On y rencontre de grands mammifères marins tels que le cachalot, le rorqual, la baleine (bleue, mégaptère, à bosse, beluga, minke, franche,...), l'orque, le dauphin, le morse, des poissons de grandes tailles tels que le saumon, la  morue, le crabe centolla (1m d'envergure !), sans oublier toutes les communautés benthiques (étoiles de mer, oursins, vers, ...), la microfaune jusqu'au krill et le zooplancton ainsi que la flore marine dont les immenses algues laminaires, le kelp. C'est le havre du lion de mer, des phoques (mangeur de crabe, léopard, de Weddell...), des grands oiseaux (pétrels, albatros, cormoran, fulmar, skua, ...), des manchots (Adélie et Empereur notamment), des pingouins et même des insectes (collemboles, coléoptère Ectemnorhinus viridis, papillon Embrionopsishalticella et diverses variétés de diptères). 

En raison de la rudesse du climat, la flore Antarctique est plus primitive qu'en Arctique et subsiste sur les rochers et quelques zones humides (mousse Deschampsia antartica, lichens, algues). Il existe néanmoins deux espèces de fleurs dans la région de la péninsule Antarctique (la canche Antarctique ou Deschampsia antarctica et une variété de sagine, la Colobanthus subulatus, toutes deux originaires de la Terre de Feu). Fait à souligner, la population de canches Antarctique a augmenté au cours de ses dernières années, sans doute suite au réchauffement climatique.

Les régions polaires ce sont aussi des phénomènes météorologiques et géomagnétiques exceptionnels par leur beauté. A gauche, des nuages nacrés observés depuis McMurdo en 2004 par Cherie Ude. Voici une seconde image prise de la même base près de la croix de Vince par Seth White en 2002. Aux latitudes polaires, ces nuages sont situés dans la stratosphère entre 15 et 25 km d'altitude. Au centre, un magnifique halo solaire complet photographié par Marko Riikonen au Pôle Sud le 11 janvier 1999. A droite, une aurore australe (draperie) photographiée par Jeff Cohen depuis la base Halley.

Politique

Le continent Antarctique est administré par les 28 nations cosignataires du Traité sur l'Antarctique mais 21 d'entre elles ne reconnaissent pas la souveraineté des terres proclamées par les 7 autres nations, à savoir : l'Argentine, l'Australie, le Chili, la France, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.

Les Etats-Unis et la Russie se sont réservés le droit de proclamer leur souveraineté sur un secteur du territoire mais ils ne possèdent actuellement que des stations et des bases scientifiques. Les Etats-Unis possèdent néanmoins les deux bases les plus importantes : McMurdo sur le secteur administré par la Nouvelle Zélande et Amundsen-Scott déjà évoquée, installée au Pôle Sud. 

Bien sûr d'autres nations sont présentes en Antarctique, telle que la Chine ou le Japon. La Belgique y est à nouveau présente depuis fin 2007. C'est aussi la seule base à fonctionner à 100 % avec de l'énergie renouvelable !

Certains secteurs politiques se chevauchent parfois à près de 90 %, notamment les secteurs britanniques, argentins et chiliens pour des raisons historiques. Les territoires revendiqués par les nations occidentales sont historiques et paraissent aujourd'hui anacroniques puisqu'aucune de ces nations n'a de territoire à proximité de l'Antarctique si ce n'est l'une ou l'autre île qui n'ont aucun rôle stratégique dans cette région du monde (Kerguelen et Crozet pour la France et Bouvet pour la Norvège). Si on suit cette logique, l'Afrique du Sud pourrait également revendiquer un secteur en face de son pays, territoire qui est aujourd'hui administré par la Norvège. Le seul secteur libre de toute souveraineté se situe du côté du Pacifique Sud, face à la mer d'Amundsen (secteur sud-ouest).

Recherche scientifique et tourisme

L'Antarctique bénéficie de conditions environnementales excellentes pour la recherche scientifique. En effet, son isolement l'a relativement épargnée de la pollution industrielle et la relative faible épaisseur de l'atmosphère permet d'observer le ciel dans des conditions qu'on ne rencontre ailleurs qu'en haute altitude, au-delà de 5000 mètres.

Ici la Science est mise en excergue et on lui consacre tout son temps, 24h sur 24 et 365 jours par an. Les scientifiques installés en Antarctique font partie de 40 nations différentes, certaines confiant malgré tout leurs intérêts à des militaires sous couverts de fonctionnaires civils (NOAA et NAVY par exemple). 1200 chercheurs sont installés à McMurdo et plus de 2000 sur tout le continent blanc. Les uns étudient le réchauffement global de l'atmosphère, les autres les changements dans la concentration d'ozone atmosphérique, ou encore la climatologie, la glaciologie, le géomagnétisme, l'astronomie, le bilan radiatif de la terre, le rayonnement ultraviolet, la circulation océanique, les écosystèmes marins, les météorites, ...

A gauche, un glacier de la barrière de glace Antarctique en train de fondre dont les glaçons remplissent la mer d'un champ de glace. Au centre, l'exploration de la région Antarctique en voilier. A réserver aux amateurs de nature sauvage et aux téméraires que le froid ne rebute pas. A droite, un iceberg aux formes étonnantes photographié à Pleneau Bay. Documents Amin Rose, Doc Croisières Valhalla et Sander Klaassen.

Aujourd'hui l'Antarctique n'est plus le continent isolé qu'il était au début du siècle dernier. Comme les oiseaux migrateurs, pendant le printemps et l'été austral, des touristes viennent y passer quelques heures ou quelques jours en excursions organisées depuis le Chili ou l'Argentine (Ushuaïa), des reporters, des propriétaires de voiliers et des plongeurs viennent y observer la nature. 

L'action de l'IAATO

Eu cours de la saison 2009/2010, plus de 35000 touristes ont débarqué en Antarctique, principalement dans la péninsule Antarctique. On atteignit 46000 tourismes transportés dans 55 navires durant la saison 2007/2008 !

Dans un milieu froid et isolé, un des derniers sanctuaires de la planète, la préservation du biotope est un enjeu majeur. Sans avoir été sensibilisé et sans contrôle des équipages, le débarquement continu de milliers de touristes peut rapidement gêner la faune locale qui finira par déserter les lieux sans garantie de retouver un autre site de reproduction ou une autre aire de repos. Même chose pour la flore qui peut être fragilisée, endommagée ou détruite suite au passage répétitif de centaines de touristes. Et ne parlons pas des déchets et autres polluants et des éventuels virus que transportent ces milliers de personnes.

Conscient du problème et de l'impact que nous pouvons créer sur la biosphère, depuis 1991 l'IAATO (International Association of Antarctica Tour Operator) s'est donnée pour objectif de promouvoir un tourisme respectueux en Antarctique, tant d’un point de vue patrimonial que vis-à-vis du monde vivant et des constructions établies sur le continent blanc. L'IAATO participe également aux réunions consultatives du Traité sur l’Antarctique.

Pour toute personne qui débarque en Antarctique, le mot d'ordre est le même : "Regardez, travaillez et amusez-vous mais n'abandonnez derrière vous que vos empreintes", un slogan que nous pourrions appliquer à tout environnement !

Touristes en Antarctique. Document Compagnie du Ponant.

L’IAATO a établi une "charte qualité" par laquelle elle demande à ses membres de respecter un certain nombre de directives visant à protéger l’environnement, et ce en accord avec les signataires du Traité Antarctique et des membres de la communauté scientifique. Parmi ces règles citons l'interdiction de débarquer pendant les périodes de reproduction sur certains sites ou si le chef d’expédition estime que le débarquement dérangerait les animaux, le respect des distances maximales d’approche de la faune, une limite fixée à 100 passagers autorisés à débarquer en une seule fois, l’interdiction à un second navire de se trouver au même moment au même endroit que le précédent, le nettoyage des bottes et vêtements avant et après débarquement au moyen de bacs de décontamination afin de limiter le risque de transport de germes d’un site à un autre, etc.

Ces règles s'étendent à la logistique et l'organisation de la vie à bord des navires : il est interdit de rejeter les déchets en mer, obligation de trier les déchets, de les recycler, de traiter les eaux usées, d'utiliser un carburant "marine gasoil" dans les eaux Antarctique afin d'éviter la formation de marée noire en cas d’accident, etc.

En complément, l'IAATO et les membres d'équipages de ces expéditions ont un rôle éducatif; il faut en permanence sensibiliser le public sur les mesures de précautions à prendre pour limiter notre impact négatif dans les sites visités et rester vigilant concernant les mesures de sécurité. A ce titre, le personnel d'encadrement présente généralement une longue expérience des régions polaires ou sont experts dans un domaine complémentaire (histoire, géopolitique, sécurité, faune, flore, navigation, etc.). Leur expertise leur permet non seulement d'encadrer les touristes mais également de veiller à ce que les règles de sécurité soient appliquées.

Enfin, l’IAATO joue aussi un rôle d’observation, signalant notamment les carences des tours operateurs, les activités illicites mais également l'apparition d'une nouvelle espèce ou tout phénomène inhabituel touchant la biosphère locale.

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Les changements climatiques

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