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Au cours de son évolution, l'orbite de Titan a été stabilisée par la gravité de Saturne, si bien qu'aujourd'hui le satellite présente une rotation synchrone - comme la Lune vis-à-vis de la Terre ou Charon vis-à-vis de Pluton, Titan présente toujours le même côté à Saturne - rotation qu'il effectue en 15.9 jours et de moins en moins excentrique (0.03). Comme sur Io, Europe ou Encélade, cet effet gravitationnel a pu générer des mouvements dans le manteau et l'écorce de Titan, conduisant à une activité cryo-volcanique (il s'agit un volcanisme ordinaire où l'eau remplace le magma) et des déplacements de son écorce. La chimie des hydrocarbures La chimie de Titan est extraordinaire car elle est très différente de celle que nous connaissons sur Terre, où l'eau joue un rôle majeur. En raison de la forte pression qui règne sous l'écorce de Titan, il est probable que le méthane, l'éthane ainsi que l'eau existent sous différents états, à la fois sous forme de nappes souterraines liquides, de poches de gaz et sous forme de glace.
L'évolution des transitions de phase affecte également la circulation régulière des mouvements convectifs. Les échanges de chaleur étant peu efficaces, Titan s'est graduellement réchauffé. Ce phénomène aurait entraîné l'écoulement de l'azote qui fait partie intégrante du processus dynamique recyclant et maintenant l'atmosphère de Titan. En effet, sous 1500 HPa, l'azote entre en ébullition et prend sa forme gazeuse à -190°C contre -196°C sur Terre. La
température est suffisamment froide sur Titan pour y trouver des
rivières de méthane liquide mélangée à de l'azote dissous. Selon certains
planétologues, elles auraient pu créer des ravines
au fil des éons. Il y a peu de chances de découvrir des lacs d'azote liquide malgré son abondance dans
l'atmosphère du fait qu'il s'évapore au-dessus de -190°C.
Qu'en
est-il de l'eau ? La température est évidemment trop basse
pour faire fondre la glace d'eau ou d'ammoniaque. En revanche, il peut exister
de l'eau liquide dans les endroits isolés proches de sources chaudes. En fait, il pourrait
encore en exister, formée soit par un impact soit par le cryo-volcanisme
évoqué précédemment. Ce genre de phénomène peut tout à fait se produire
actuellement.
Les
nuages de Titan présentent une coloration orangée très prononcée qui se
stratifie en haute altitude ainsi que le montre très bien la photographie
présentée ci-dessus. Il existe probablement deux couches nuageuses à environ
200 et 300 km d'altitude.
Avec une température au-dessus de la couche nuageuse
proche de -115°C et de -179°C au sol, Titan reste un monde glacé, inhospitalier. A de si basses températures, l'eau glacée présente sur le sol ne peut pas se sublimer
dans son atmosphère qui ne contient pratiquement pas de vapeur d'eau. Mais elle
est par contre chimiquement très riche.
Son
atmosphère, plus dense que celle de la Terre, a conservé ses composants
primitifs et est principalement constituée d'azote (80% contre 76% pour la
Terre), d'argon (12% contre 0.9%) et de méthane (6%), ce dernier dominant la
haute atmosphère. Fait intéressant, le rayonnement solaire dégrade ces
molécules, les transformant en composants hydrocarbonés (nitrile, acide cyanhydrique,
acétonitile, etc). On trouve également de
l'hydrogène moléculaire à l'état de trace (0.2%). Dans les basses couches,
l'atmosphère baigne localement dans ou brouillard assez similaire au "smog" qui stagne
au-dessus de nos grandes villes mais il est beaucoup plus épais. Image composite et colorisée de Titan réalisée à
partir des images transmises par la sonde Cassini le 26
octobre 2004. C'est à ce jour l'image complète la plus détaillée de
la surface de Titan. On découvre des montagnes claires, des plaines
sombres et la calotte polaire. Cliquer
ici
pour lancer une animation (GIF de 517 KB). La surface
éclairée par le Soleil baigne en permanence dans un crépuscule jaunâtre du
fait de la dispersion de la lumière par les nuages d'hydrocarbures, les brumes
présentes près de la surface et les aérosols omniprésents en altitude. Selon
les modèles climatiques de Titan, les vents atteignent 120 m/s (432 km/h !) en altitude et sont presque nuls en surface. Les
-179°C relevés sur Titan signifient qu'il est impossible de trouver de la
glace de méthane ou d'ammoniaque pur, car à de si basses température ces
éléments sont instables. Il fait si froid que l'ammoniaque tombe en paillettes de
glace. En-dessous de -190°C, le méthane, l'éthane et l'argon tombent sous forme de
neige en haute altitude et se transforment en bruine ou pluie près de la
surface tandis que l'azote se transforme occasionnellement en bruine. En
précipitant, toutes ces substances entraînent le
brouillard orange photochimique vers le sol (comme le sable contenu dans l'air
précipite avec la pluie sur terre), les gaz purs ou dissous finissant par s'évaporer au contact du
sol. Tableau
des propriétés des principaux éléments chimiques
Poids
moléculaire, température de fusion, d'ébullition, chaleur latente, etc
A
lire : Propriétés des
molécules prébiotiques
En
phase liquide (entre environ -167°C et -188°C), le méthane et l'éthane
présentent une plus faible densité qu'à l'état solide et glacé. Si nous
découvrons des mers d'hydrocarbures sur Titan à l'image des illustrations
présentées ci-dessous, elles ne seront donc pas recouvertes d'une épaisse
couche de glace à l'image de nos mers polaires. En
effet, lorsque ces liquides gèlent, la glace d'hydrocarbure commence par se former au
fond des lacs pour remonter vers la surface, à l'inverse de ce qu'on
observe sur Terre. Hydrocarbure
et molécule hydrocarbonée Ne
confondons pas hydrocarbure et hydrocarbone... Un
hydrocarbure est une molécule composée de carbone et
d'hydrogène : CxHy, le plus simple étant
CH4, le méthane. "Hydrocarbone"
est une anglicisme. On parle toutefois de molécule
hydrocarbonée. L'acide cyanhydrique, HCN, n'est pas un
hydrocarbure (neither an hydrocarbon) mais un nitrile (groupement
CN) dont l'appellation officielle est méthanenitrile. Le
deuxième composé de cette famille est l'acétonitrile (CH3CN)
ou éthanenitrile. Ces éléments ont été détectés dans
l'atmosphère de Titan. S'il
y a des surfaces liquides sur
Titan, on ne verrait pas leur surface gelée car les glaces de méthane
ou d'éthane coulent. L'eau est le seul élément connu où la
forme solide est plus légère que la forme liquide. Donc pas de
patinoire sur Titan ! Il
est également possible que depuis des éons, les précipitations se soient
accumulées dans des gorges et des bassins. Une grande quantité de méthane et d'éthane
contenu dans l'atmosphère se serait ainsi transformée en une espèce de bain
visqueux dont la nature peut aller du pétrole pur jusqu'au goudron (asphalte).
Quant à sa consistance, cela oscille entre le liquide et le solide en fonction
de la température et de la durée de repos. Même les substances comme la poisse avec
laquelle on protégeait jadis les bateaux contre l'humidité présente
encore une certaine viscosité une fois sèche. Voyez cette expérience tout à fait révélatrice. Représentations
artistiques des paysages de Titan.
Ci-dessus à gauche, un canal de drainage rempli de
méthane avec au loin l'image diaphane de Saturne qui transparaît
à travers les nuages. A
droite, une éclaircie permet de distinguer Saturne située à 1.2
millions de km ou 20.3 Rs. Ci-dessous à gauche, une vue rapprochée du
rivage un jour de brume. Les criques sont en fait des cratères noyés
dans le méthane. Le lac de méthane est pure spéculation.
Certaines zones sombres correspondent
vraisemblablement à des surfaces aujourd'hui asséchées. A droite le rivage sur lequel donnent les
gorges asséchées. D'autres paysages photo-réalistes sont rassemblés sur
cette page. Documents T.Lombry. Selon une théorie
notamment avancée par Jonathan Lunine du JPL (dont nous connaissons déjà les
théories à propos de Mars), la
surface de Titan pourrait être constituée de clathrates de méthane
(des glaces d'eau mêlées de méthane plus légères qu'une chondrite ordinaire)
pouvant localement former de larges réseaux cristallins, traversés ci et là par des coulées de méthane liquide. En
raison de la forte concentration des hydrocarbures, il est probable
qu'une grande partie de la surface de Titan est
recouverte de molécules hydrocarbonées asséchées. Sous une atmosphère
baignant dans une lumière orangée, le sol prend une coloration toutes
en nuances de jaune-brun-orangés.
Si
nous pouvions sentir l'odeur de Titan (c'est impossible du fait qu'il manque
d'oxygène et en raison du froid qui nous brûlerait les poumons, gèlerait notre
nez et nous tuerait en quelques minutes), par -180°C, pratiquement aucune
effluve ne se dégage de la matière. En théorie, à température ambiante
(+20°C) Titan pourrait sentir les hydrocarbures et le goudron, mêlé d'effluves parfois ammoniaquées dans les
régions actives. En pratique, l'azote et le méthane constituant l'essentiel de
l'atmosphère de Titan, ces gaz sont inodores. C'est tout différent de la
Terre, où l'odeur que l'on sent provient essentiellement du métabolisme
végétal et parfois (après un orage) de réactions avec l'ozone ou des
effluves des embruns marins. Mais il n'y a rien de tout cela sur Titan. Si le site
paraît intéressant dans la perspective d'une exploitation pétrolière, il est
impensable d'envisager la colonisation de Titan car économiquement son
exploitation
n'est pas rentable
(sauf en établissant une colonie tout près).
Données physiques de Titan
comparées à la Terre Paramètre Titan Terre
Distance au Soleil : Révolution
sidérale : Période
de rotation (synchrone) : Vitesse
orbitale moyenne : Inclinaison
orbitale : Excentricité
orbitale : Diamètre
: Magnitude
visuelle : Albedo
: Energie
reçue du Soleil : Masse
: Gravité
: Vitesse
de libération : Densité
: Température
en surface (équateur) : Composition
de l'atmosphère : Pression
atmosphérique au sol : 1
221 850 000 km >15.945
jours 15.945
jours 5.6
km/s 0.33° 0.029192 5150
km 8.28 0.21 14.93
W/m2 1.34
x 1023 kg 1.345
m/s2 2.65
km/s 1.881 -178°C N2,
Ar, CH4 1500
mb 149
597 870 km 365.242
jours 23h
59m 04s 29.79
km/s 23°26' 0.017 12756
km -3.86 0.367 240
W/m2 5.9736
x 1023 kg 9.81
m/s2 11.2
km/s 5.52 +15°C N2,
O2, Ar, CO2 1013
mb
Bien que les rayons ultraviolets cassent les molécules de méthane, son stock est constamment
renouvelé grâce aux émanations du sol. Depuis la mission Voyager et grâce
aux observations effectuées depuis la Terre depuis les années '80, nous savons
que l'atmosphère de Titan contient des hydrocarbures à 2, 3 et 4 atomes de
carbone et même 6 atomes de carbone dans le cas du benzène (C6H6). L'atmosphère
de Titan synthétise
également des composés nitriles à un ou
plusieurs atomes de carbone : HCN,
C2N2,
CH3CN,
HC3N
et C4N2.
Ces
molécules
sont entraînées vers la surface par les aérosols de méthane et d'éthane où
ils finissent par geler et se briser. La chimie prébiotique doit avoir
beaucoup de mal pour se développer à la surface de Titan.
Malgré un froid à vous glacer les
os, Titan reste un lieu de
prédilection pour l'étude des composés prébiotiques qui donnèrent naissance
à la vie sur Terre. En effet, par sa composition chimique, Titan ressemble à la
Terre d'il y a 4 milliards d'années, la chaleur en moins. Si nous découvrons
une forme de vie élémentaire ou ne fut-ce que les briques qui
conduisent au monde vivant, ce sera une grande première car cela
démontrera que la vie peut parfaitement apparaître dans un milieu
glacé, loin de la chaleur réconfortante du Soleil ou des sources
chaudes. Cela
dit, Titan peut très bien abriter des sources chaudes si l'activité
cryo-volcanique est importante. Des remontées d'eau chaude mêlée de méthane ou
d'ammoniaque peuvent permettre à certaines formes de vie élémentaires
de survivre en surface ou dans le sous-sol, comme c'est le cas sur Terre
dans différents lieux humides jugés hostiles à toute forme de vie
(Grand Prismatic Spring, etc). On reparlera de ces milieux extrêmes
dans d'autres dossiers dont celui consacré à la faculté
d'adaptation.
La
mission Cassini-Huygens
Jusqu'à
la mission Cassini-Huygens de 2005, on n'en savait pas beaucoup plus. Titan reste
un astre mystérieux du fait qu'il est en permanence voilé sous une épaisse brume nous empêchant d'observer sa surface.
Les
radiotélescopes et surtout les photographies infrarouge prises depuis 1989 par
Hubble ont révélé que Titan présentait une surface solide, couverte ci et là de zones
brillantes à la réflexion variable suggérant l'existence d'étendues liquides.
A
gauche, une vue générale des différents instruments fixés sur la sonde spatiale
Cassini-Huygens : 5.6 tonnes de matériel pour 6.8 m de hauteur ! Les premières maquettes remontent à
1980. Au centre, son lancement depuis la Floride le 15 octobre 1997. Ne
pouvant directement rejoindre l'orbite d'insertion de Saturne en raison
de son poids, la sonde spatiale recevra quatre assistances
gravitationnelles pour rejoindre Saturne : elle survola 2 fois Vénus,
en avril 1998 et en juin 1999, la Terre en août 1999, avant de passer
dans les parages de Jupiter en décembre 2000. Elle effectua ensuite une
trajectoire pratiquement en ligne droite jusque Saturne, passant
progressivement de 11 km/s au départ de la Terre à près de 39 km/s
(140000 km/h !) dans les parages de Saturne en 2004.
Documents ESA,
NASA/KSC et JPL. Jusqu'à
présent, les planétologues pensaient que Titan était recouvert ci et là de lacs profonds de 1000 mètres,
voire d'un océan global constitué de méthane ou d'un mélange d'éthane/méthane
formé par la précipitation d'éthane liquide. Mais jusqu'en 2005 personne n'en était sûr. Aujourd'hui,
les mesures effectuées in situ par les 30 instruments embarqués à bord de la
sonde Huygens confirment les hypothèses des scientifiques.
Lancée
en octobre 1997 par la NASA, après un périple de plus de 7 ans et parcouru environ 1.2
milliards de kilomètres à près de 39 km/s (140000 km/h !), en 2004 la sonde européenne Cassini-Huygens photographia plusieurs satellites de
Saturne, son atmosphère ainsi que ses anneaux et effectua 45 survols de Titan.
Fin
2004, pendant que la sonde Cassini poursuivait sa mission avant de
plonger elle-même dans l'atmosphère de Saturne fin 2008, la sonde Huygens s’en alla visiter Titan.
Huygens était
prévue pour flotter car on ignorait si elle allait tomber sur un sol dur et gelé,
ou, ce qui aurait été extraordinaire, dans un lac de méthane.
Entourant une vue éclatée des
différents composants de la sonde Huygens, à gauche, la préparation de la sonde posée dans sa coiffe
inférieure de protection. A droite, la sonde après un test
d'atterrissage dans la neige effectué en 1995
et couronné de succès. Documents NASA/KSC
et ESA. Aujourd'hui,
pour la première fois dans l'histoire de l'exploration spatiale, Titan nous
a dévoilé son véritable visage et les scientifiques ne s'attendaient vraiment pas à
découvrir une telle variété de reliefs. Torrence Johnson, membre de
l'équipe d'imagerie de la mission Cassini au JPL reconnaît que les
scientifiques espéraient découvrir une surface étrange, à l'image d'un
film de science-fiction, mais ce qu'ils ont découvert dépassa toutes
leurs espérances. Voyons ce rapport d'une mission dans un
autre monde, le plus lointain sur lequel l'homme ait déposé un objet de
sa fabrication...
Prochain
chapitre
La
descente et le déploiement des instruments
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