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Elles furent fabriquées à base d'une résine de phénol appelée "AQ60" renforcée par de la fibre de verre et collées sur le bouclier en plastique renforcé de carbone (CFRP) avec un adhésif CAF/730. Du Prosial, une matière faite de billes de verre creuses en suspension dans un élastomère de silicium, fut également projeté sur la face arrière de la structure frontale en aluminium. Ainsi protégée, Huygens était capable de supporter un flux thermique jusqu'à 1.4 MW/m2.
Le boucler arrière (supérieur) de la sonde subissant moins les effets de la friction et ne jouant pas un grand rôle aérothermodynamique, les ingénieurs lui donnèrent simplement une forme conique formée autour d'une structure rigide en aluminium qui fut protégée par de multiples couches de matériau isolant dont 5 kg de Prosial.
Dès l'instant où la sonde pénétra dans l'atmosphère, elle disposait entre 4 et 7 heures d'autonomie.
Graduellement, le bouclier thermique subit les effets de la friction
atmosphérique et rougeoya jusqu'à l'incandescence, perdant
progressivement ses tuiles protectrices. Tout se déroula de manière
nominale, conformément au planning.
Simulations du vol de la sonde Huygens. L'instant d'entrée
dans l'atmosphère de Titan, une vue éclatée avant l'ablation de ses tuiles et les effets de la friction aérothermodynamique
sur son bouclier.
Documents ESA et T.Lombry. Entre
350 et 220 km d'altitude, Huygens subit la plus forte décélération
passant de 6 km/s à Mach 1.5 (497 m/s ou 1791 km/h) en moins de deux minutes. En
réalité cette valeur est donnée par référence à la Terre. Or, nous
sommes sur Titan où la vitesse du son par -200°C est 3 m/s plus
élevée que sur Terre à la même température (174 m/s au lieu de 171
m/s). 497 m/s correspondent alors à Mach 2.8. Utilisez cette calculette
pour en savoir plus.
Arrivée
à cette vitesse, la sonde ne subit plus la chaleur intense et les
turbulences dégagées par la friction atmosphérique. La suite du vol
pouvait s'effectuer dans de bien meilleures conditions.
Sous
les nuages et les brumes de Titan Le 14
janvier 2005, la sonde Huygens se posa sur la surface solide de
Titan. Un succès sans précédent qui couronna 25 ans de
collaboration entre l'ESA et la NASA. Le projet impliqua 250
scientifiques et 3 générations de chercheurs. Le projet qui
débuta en 1980 s'achèvera en 2008. Documents ESA/CICLOPS. Vers 160 km d'altitude un premier parachute de 3 m de diamètre
se déploya pour libérer la partie supérieure
de la coiffe protégeant la sonde. Elle se dégagea totalement au bout de 42
secondes, vers 145 km d'altitude. Allégée de 79 kg, Huygens continua alors sa chute à
une vitesse de 95 m/s (342 km/h). Le sous-système de contrôle de descente (DCSS) s'est alors enclenché pour
stabiliser cette dernière phase de vol, la plus critique et la plus délicate.
Vers 125 km d'altitude et 15 minutes après la rentrée atmosphérique, alors
de la sonde présentait encore une vitesse de 35 m/s (126 km/h), le parachute principal de 8.30m de diamètre
se déploya afin de freiner la chute de la sonde et permettre la libération
du bouclier protecteur frontal quelques dizaines de kilomètres plus bas.
Celui-ci se libéra à une vitesse subsonique de Mach 0.6. Trente
secondes plus tard, afin de s'assurer que le bouclier soit bien loin et ne
contamine pas les instruments, les bras supportant le pyroliseur et le
spectromètre furent déployés. Le parachute
a ensuite extrait en douceur le module de descente (DM) de sa coiffe avant.
15 minutes plus tard, le grand parachute fut libéré et un plus petit de 3.03 m fabriqué
en Nylon avec des fils de Kevlar amortit la chute d'Huygens. Vous
trouverez ci-dessous des animations simulant ces événements.
En
route vers Titan Trois
simulations illustrant la mission d'Huygens. De
gauche à droite, le lancement de la sonde
Cassini-Huygens depuis l'orbite terrestre et arrivée
dans le système de Saturne (MOV de 6.5 MB). Au centre,
larguage de la sonde Huygens par Cassini (MPEG de 1.4
MB). A droite, arrivée d'Huygens sur le sol de Titan
(MPEG de 1 MB). Documents JPL. Au
cours des 2h30 que dura la descente, un micro (ACU) attaché
à la paroi extérieure de la sonde Huygens enregistra le bruit du vent
et des phénomènes annexes, comme le passage des nuages.
Huygens
se posa sur la surface de Titan à une vitesse de 4.5 m/s sans subir de
dommages. La sonde fonctionna durant 90 minutes par -179.35°C, plus longtemps qu'on ne
l'avait espéré. En fait, les astronomes étaient déjà satisfaits si
Huygens fonctionnait au moins 3 minutes... Ils furent comblés !
Que
nous a révélé l'atmosphère ? Sa
couleur orange provient des hydrocarbures et des nitriles omniprésents.
Le pyroliseur nous en dira plus d'ici quelques mois sur la composition
exacte des aérosols. Selon les premiers résultats du spectromètre de
masse, la stratosphère contient un mélange homogène
d'azote et de méthane. La température ambiante était de -202.6°C.
La concentration du méthane augmenta régulièrement de la troposphère
jusqu'à la surface. Huygens découvrit une couche de nuages de méthane
épaisse de 18 à 20 km ainsi que des brouillards d'éthane ou de méthane
près de la surface. Des échantillons d'aérosols ont été collectés
entre 125 et 20 km d'altitude et sont en cours d'analyse.
En
plus de son système de communication en tout points similaire à celui de
Cassini, Huygens était équipé de six
instruments : -
un collecteur d'aérosol et un pyroliseur (ACP) fabriqués par le CNRS pour analyser les propriétés
des aérosols -
Un radiomètre spectral et imageur (DISR) fabriqué par l'Université
d'Arizona pour réaliser les images, mesurer le flux
thermique et effectuer des mesures spectrophotométriques -
Un instrument Doppler (DWE) fabriqué par l'Unversité de Bonn pour
mesurer les vents locaux -
Un spectromètre de masse et un chromatographe en phase gazeuse (GCMS)
fabriqués par la NASA/GSFC pour mesurer la composition chimique des gaz et
des aérosols ainsi que les isotopes -
Un instrument atmosphérique (HASI) fabriqué par l'Université Paris-7 et
le CNRS pour mesurer les propriétés électriques et la physique de
l'atmosphère -
Un laboratoire d'analyse de surface (SSP) fabriqué par l'Open University
anglaise pour mesurer la composition et la structure de la surface Au
total, si on ajoute les 10 senseurs installés sur la caméra DISR,
Huygens disposait de plus de 30 fonctions spécialisées. Transmissions
des signaux Du
fait que la fenêtre de transmission radio entre la sonde Huygens et
Cassini était très étroite, pas plus de 4h30, les premiers paquets d'information furent immédiatement
transmis par un canal micro-onde à 34 GHz. Cassini les convertit en signaux
de plus basse fréquence avant de les retransmettre à la Terre grâce à
son antenne HGA sous forme de signaux micro-ondes en bande X (8.4 GHz) vers le
réseau DSN
et en bande S (2.04 GHz) vers le réseau VLBI et le nouveau radiotélescope GBT.
Sous
l'imposante antenne parabolique du radiotélescope de 70
m de diamètre de Goldstone ! Il s'agit de la plus grande antenne orientable dédiée aux
télécommunications spatiales. Document UCLA. On
peut se demander pourquoi les astronomes et les ingénieurs ont-ils besoin
d'antennes aussi gigantesques (70 m de diamètre pour Goldstone, VLBI,
etc) pour capturer les émissions des sondes spatiales ?
Ainsi que je
l'explique dans le dossier consacré aux
communications spatiales avec Mars, tout tient à la distance, la fréquence et la puissance auxquelle travaillent les
sondes spatiales. Et dans ce cas-ci, nous sommes pratiquement à la limite
de la sensibilité de ces grandes oreilles tournées vers l'espace.
En
effet, à ces fréquences micro-ondes, la puissance des signaux émis ne dépasse pas 10 à
13 W selon la température. Quand on sait que la difficulté d'une communication spatiale avec la
Terre augmente proportionnellement avec le carré de la distance, à 8 GHz
et malgré l'utilisation d'amplificateurs à faible bruit et d'une antenne
de grand diamètre, le signal reçu à 1.2 milliards de kilomètres sur Terre devient 1026
fois plus faible, sans parler du bruit électronique et de la dispersion
du signal (rayon de Fresnel > 200 km à mi-distance) qui s'ajoutent à
la difficulté. En bref, le signal s'affaiblit d'environ 292 dB (3 dB représente un rapport de
puissance de 2) et se mesure en fraction de femtowatts !
Autant dire en caricaturant que dans les hauts-parleurs du DSN, le signal se différencie
à peine du bruit de fond. Et la situation est pareille à 2 GHz où les
antennes sont moins performantes.
C'est la raison pour laquelle la NASA a
dû développer un réseau de télécommunications extrêment performant.
Sachant que plus l'antenne est grande plus elle est sensible (et plus le
gain est important), il n'est
donc pas étonnant qu'ils utilisent des antennes paraboliques de 34 et 70
mètres de diamètre !
De
grandes antennes pour compenser les pertes Tout
comme en radioastronomie, pour les communications
spatiales, les ingénieurs estiment qu'un niveau
de bruit de -215 dBW/Hz vers 10 GHz est acceptable
pour les grandes oreilles du réseau
DSN. Sachant
qu'à la distance de Saturne le signal était
émis avec une puissance maximale de 13
dBW, le gain de l'antenne HGA
d'émission de 48 dB, le gain de l'antenne
DSS 14 de 74 dB et la perte de signal de -292
dB, la puissance du signal reçu sur Terre était de -157
dB soit 2x10-16 W... Pour
une bande passante de 100 kHz et un signal de -157 dB
(-157 dBW) à la réception, le rapport signal/bruit vaut
8 dB. Cela
signifie que le DSN peut théoriquement capter
ce signal sans utiliser de protocoles de correction
d'erreurs, de système DSP ni aucun mode digital BPSK ou
similaire (bien qu'il le fasse). Dans de telles
conditions, la vitesse des transmissions est relativement
rapide, jusqu'à 21 KB/s (166 kbit/s). Ce sont les valeurs
qui furent utilisées par la sonde spatiale Cassini-Huygens. Calcul
de la perte d'un signal (en
espace libre) PdB
= 92.4 + 20 Log (FGHz x dkm) Exemple.
A 1.2 milliards de km de distance, un signal émis en
bande X à 8.4 GHz perd 292 dB, un rapport de puissance
>1026. Calcul
du gain d'antenne (antenne
parabolique d'émission) GdB
= 18 + 20 Log (FGHz x dm) Exemple.
Sur 8.4 GHz, une antenne parabolique HGA de 2.5 m de diamètre
présente un gain à l'émission de 44 dB, un rapport de
puissance >2x104. Selon
les essais préliminaires réalisés à l'Institut
JIVE (Joint Institute for VLBI in Europe) situé aux Pays-Bas,
à la distance de Titan, il aurait été
impossible de recevoir directement les signaux de la sonde Huygens compte
tenu de ses moyens d'émission limités. Cela équivaudrait à recevoir à 1.2
milliards de km un signal microonde émis avec une puissance de 3.7 W
(porteuse) dans
une antenne offrant un gain de 3 dBi dans un cône de 120° !
La
salle de contrôle du système de corrélation JIVE aux Pays-Bas.
Les données recueillies par chaque radiotélescope sont stockées
sur les bandes situées à l'arrière-plan. L'ordinateur dispose
d'une puissance CPU égale à 16 TFlops. Document Institut
JIVE. Dans ces
conditions, la densité de puissance reçue sur Terre atteint 5x10-25
W/m2,
soit plus de 25 ordres de grandeur en-dessous de la puissance des
signaux reçus par votre poste de radio ou encore un milliard de
fois plus faible que le signal de la sonde Cassini reçu par le
DSN.
Déjà sur Terre, il s'agit de
conditions limites tout justes bonnes pour établir des communications
locales. Même en intégrant durant 1 seconde dans une bande passante de 1
Hz, le GBT de Green Bank a obtenu un rapport signal/bruit de 5 dB. Même
après traitement numérique, aucune
donnée ne peut être extraite d'un si faible signal. Sachant que le débit des
transmissions était d'environ 10 KB/sec, pour une résolution de 1 Hz, il
aurait fallut obtenir un rapport signal/bruit d'au moins 40 dB et
l'injecter ensuite dans un logiciel de traitement de signal (DSP) pour
extraire l'information.
La seule méthode consista donc à utiliser un
réseau de radiotélescopes (et des corrélateurs pour sommer leurs
signaux) pour augmenter la
résolution angulaire afin de pouvoir suivre le signal de la sonde et la
localiser avec précision à la distance de Saturne. Conformément
aux attentes, grâce à un réseau VLBI de 18 radiotélescopes distribués
tout autour du monde, le GBT a détecté le signal BPSK (un mode digital
dérivé du PSK31) de la sonde pendant
qu'elle descendait dans l'atmosphère de Titan. La résolution spectrale
de 312 mHz a permis d'obtenir une représentation tridimensionnelle de la
trajectoire d'Huygens avec une précision de 1 km sur site et de mesurer la force et la direction des vents
avec une précision d'environ 1 m/s. Mais
la fenêtre radio accordée à Cassini était très étroite. Quelques
heures plus tard, alors qu'Huygens s'était déjà posée sur le sol et
continuait à transmettre ses données, Cassini passa sous l'horizon d'Huygens et la
communication fut interrompue définitivement. Huygens continua malgré
tout à transmettre jusqu'à ce qu'elle tombe à court d'énergie. Cassini
reçu le signal d'Huygens durant 1h12m. La distance à parcourir jusqu'à la Terre était
tellement grande que la
NASA ne reçu les signaux que 67 minutes après leur émission. La
transmission de Cassini dura 3h44m comprenant quelque 350 images et représenta 474 MB de données.
Pourquoi cette différence de durée ? Simplement parce que les
transmissions ont été assurées plus rapidement entre Huygens et
Cassini. Il en fut de même pour les transmissions entre le JPL et l'ESOC Les scientifiques eurent ainsi le temps de rassembler suffisamment d'information pour
avoir une idée assez précise de la chimie et de la physique de Titan.
Ecoutez le son de Titan De
gauche à droite, le son de Titan enregistré par le
micro (ACU) durant la descente de la sonde Huygens le 14
janvier 2005. Il s'agit des bruits acoustiques du vent
(MP3 de 444 KB); le son de l'altimètre radar durant la
descente. Cela commence par un bruit blanc jusqu'à ce
que l'altimètre détecte la surface et se
"lock" (MP3 de 442 KB); le son durant
l'atterrissage de la sonde et juste après où les
bruits disparaissent (MP3 de 728 KB); et le bruit du
vent à la surface de Titan (MP3 de 253 KB). Vous
trouverez d'autres enregistrements sonores sur cette
page. Documents ESA/HASI-PWA
Team (instrument et
données) et
The Planetary Society (traitement). Prochain
chapitre
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