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Le trou noir supermassif de la Voie Lactée

La région de Sgr A* photographiée en 2005 par Chandra. Les zones d'éruptions X observées en 2004 et 2005 sont indiquées par les ellipses. L'agrandissement couvre un champ de 12.5'x12.5'. Document Chandra

Les sources de rayonnement X et gamma (II)

La plupart des objets que les astronomes ont observé dans la région de 10' d'arc autour de SgrA* émettent très peu de radiations thermiques alors que le disque d'accrétion d'un trou noir devrait fortement émettre dans le proche infrarouge. L'explosion des étoiles ou des corps rocheux devrait également produire des sursauts d'éclats bien visibles.

En revanche, comme on le voit sur la photo en rayonnement X présentée à droite, des zones précises plus ou ou moins compactes ou étendues sont plongées dans un important rayonnement X. Si certaines correspondent à des étoiles, d'autres zones brillantes représentent les effets d'une interaction avec des corps massifs. On y reviendra.

Selon l’astrophysicien A.Goldwurm[5] et ses collègues du CEA de Saclay, les émissions X détectées à proximité de Sgr A* sont émise par un autre astre que le trou noir car Sgr A* n’émet pas fortement, et rarement au-dessus de 30 keV. En effet, la luminosité des rayons X durs de Sgr A* est 40 millions de fois plus faible que la valeur estimée du disque d'accrétion d'un trou noir d'un million de masses solaires. Les astronomes ont donc essayé d'identifier toutes les sources X aux alentours de Sgr A* et de mesurer leur intensité.[6]

Parmi les 60 sources de rayonnements X identifiées par le satellite SIGMA entre 1990 et 1993, seule GRS 1716-249 a été détectée[7] à 175.8 ±3.3 keV et présente un spectre similaire à celui de Cygnus X-1, le candidat au titre de trou noir le plus populaire. Les autres sources atteignant 35 keV sont probablement associées à des étoiles neutrons binaires et des pulsars X.

Ces études ont permis de découvrir des objets singuliers ainsi que de cartographier cette région très particulière de la Voie Lactée. Finalement, après des dizaines d'années de recherches, le travail des astronomes a porté ses fruits. Voyons quelques étapes de leurs découvertes.

Le rayonnement X d'une galaxie

et le trou noir GRS 1915+105

A gauche, représentation des éruptions de rayonnement X émises par une galaxie (QT de 2.2 MB préparé par Chandra). A droite, animation du trou noir de GRS 1915+105 (MOV de 6 MB préparé par le CfA/U.Harvard)

GRS 1915+105

La source GRS 1915+105 alias V1487 Aquila reste un candidat galactique très sérieux. Située à 36000 a.l., il s'agit d'une nova X de classe spectrale K/M III qui connut un sursaut d'éclat en 1992. Cette étoile perd son atmosphère au profit d’un minuscule objet très massif, vraisemblablement un trou noir de 14 M, dont l’horizon des évènements, c’est-à-dire la limite de Schwarzschild ne devrait pas dépasser 15 km de diamètre.

Cette source également classée parmi les microquasars émet un jet de particules ainsi que des bulles de matière condensée à une vitesse de l'ordre de 92% de celle de la lumière provoquant des effets relativistes sur le rayonnement : les bulles semblent se déplacer deux fois plus vite que la lumière ! Ces bulles sont éjectées à plus de 10000 UA ou 1". La source est tellement massif qu'elle arrache également de la matière de l'étoile voisine.

A gauche, GRS 1915+105 est une Nova X probablement en orbite autour d'un trou noir de 14 masses solaires. Elle éjecte des bulles de matière à plus de 10000 UA de distance (57 jours-lumière) en l'espace d'un mois, soit à la vitesse apparente de 2c ! A droite, une représentation du système. Documents NRAO/CEA et T.Lombry.

Le Grand Annihilateur

Une autre source gamma très intense a été observée en 1990 à 300 années-lumière du centre géométrique de la Voie Lactée, c'est le "Grand Annihilateur", un microquasar du nom de code 1E 1740.7-2942. Banale source X du catalogue Einstein qui fit un premier recensement des sources X du ciel (remplacé par le catalogue Einstein2E en 1996), elle présente un tout autre tempérament en rayonnement gamma. Observée durant près de 2 ans par les satellites SIGMA franco-russe et CGRO américain, cette région témoigne de l'annihilation de particules et d'antiparticules en émettant des photons gamma d’une énergie de 0.511 et 1.81 MeV[8]

Ce rayonnement caractéristique proviendrait du disque de plasma qui circulerait autour d'un petit trou noir, au sein duquel la matière serait annihilée dans une profusion d'énergie, d’une puissance équivalent à 2x1030 watts ! L’astronome Jacques Paul[9] du CEA de Saclay a comparé son éclat en lumière gamma à une puissance "telle que chaque millimètre carré de sa surface doit déchaîner une puissance dix mille fois supérieure à celle d'une centrale nucléaire" de mille mégawatts.

Par ailleurs, grâce au réseau Karl Jansky les radioastronomes ont découvert deux jets de plasma s'échappant de l'objet central, comme s'ils étaient émis par la le disque interne d'accrétion. Mais parmi ces rayonnements arrachés à la matière, il manque les intenses émissions X durs et le spectre gamma si caractéristiques de l'interaction du trou noir avec son environnement. De plus il est trop loin de Sgr A* ou des sources gamma GRS pour subir leur influence. S'il s'agit d'un trou noir, il n'a rien à voir avec ces structures.

La source 1E 1740.7-2942 est l'objet le plus brillant situé au centre de l'image de gauche représentant le centre galactique observé par le satellite SIGMA entre 1990 et 1993. Le rayonnement est émis dans la fourchette 35-75 keV et est probablement associé à une étoile binaire. A droite, ses fluctuations lumineuses en un peu plus de deux ans. A comparer avec la courbe lumineuse de Sgr A. Document CEA et M.GRAIG.

Cela dit, si certains objets n'ont rien à voir avec le trou noir prédit recherché, il pourrait se trouver dans le parsec central caché par IRS16.

Le complexe stellaire IRS16

Dans un espace de 4” d’arc, le complexe stellaire IRS16 est seul responsable de l’ionisation de la matière sur environ 1 parsec. Si les sources qu’il contient sont constituées d’étoiles bleues de magnitude 8 approchant 35000 K riches en HeI, il dispose de la luminosité requise et peut correspondre à l’objet que nous cherchons.

Si le champ gravitationnel d’IRS16 ne correspond pas exactement aux effets de marée constatés, pas plus qu’avec la densité des nuages protostellaires présents autour de lui, il ne semble accepter aucune autre alternative que le trou noir.

Le traitement informatique des images infrarouges du satellite IRAS a permis aux astronomes de découvrir que la source IRS16 était en réalité constituée de 24 sources distinctes, la plupart formant de petits amas d’étoiles brillantes de type spectral B0; IRS5 est un nuage protostellaire et la source IRS7 éloignée de quelques centaines d'années-lumière est une étoile supergéante. Le centre de notre Galaxie n'est donc pas uniquement constitué de vieilles étoiles et de poussières. Il continue à produire de nouvelles étoiles[10].

Ceci dit, en moyenne, la Voie Lactée ne produit que l'équivalent d'environ 1 M par an, ce qui est très peu comparé à d'autres galaxies, notamment celles résidant à 8 ou 10 milliards d'années-lumière qui sont jusqu'à 1000 fois plus productives.

A voir : Zoom into the Center of our Galaxy with Keck Observatory, Leo Meyer

IRS16 : la source d'énergie de Sgr A*

Spectre global de la source IRS16. En combinant les rapports de la structure fine de différentes raies spectroscopiques mesurées en infrarouge, la densité de flux des émissions radios et les flux des raies de recombinaison de l'hydrogène et de l'hélium, une analyse des états d'excitation du champ d'ionisation de la matière permet d'estimer la température de la région de Sgr A* à environ 35000 K. Il s'agit d'une région HII qui est faiblement excitée par le rayonnement stellaire.

D'autres indices relevés à partir des analyses du satellite ISO révèlent que cette région présente une métallicité deux fois supérieure à celle du Soleil.

En conclusion, si elle est si peu excitée mais brille comme au moins 10 millions de soleils, il faut trouver le mécanisme qui la rend aussi brillante. S'il ne s'agit pas d'un processus thermique, alors une interaction avec un trou noir situé au sein de la source IRS16 est une hypothèse plausible. Document Max-Planck Institute.

Le noyau garde également une activité stellaire à l'instar des bras de la Voie Lactée, on y trouve des régions HII et des étoiles supergéantes. Cette matière ne se concentre pas seulement dans Sgr A* mais également dans d'autres régions proches, telle Sgr B ou E situées également sur le disque incliné.

Jusqu'aux années 2000, malgré le regard aiguisé des télescopes spatiaux, la position des sources gamma était connue avec une incertitude qui restait supérieure à 0.3" d'arc pour Sgr A*. Il a donc fallut mettre en oeuvre les plus grands télescopes et leurs optiques adaptatives qui permettent d'atteindre une résolution 3 fois supérieure pour préciser la position de ce trou noir tant recherché.

Les orbites des étoiles

Finalement, c'est en 2012 que les astronomes ont apporté la preuve de l'existence du trou noir supermassif caché au coeur de la Voie Lactée.

En attendant d'observer un phénomène spectaculaire dans la région toute proche de Sgr A*, c'est-à-dire à moins de quelques jours-lumière ou même idéalement à quelques heures-lumière, quelques équipes d'astronomes ont recherché des étoiles en mouvements rapides ou des effets de lentilles gravitationnelles qui trahiraient l'influence du trou noir galactique et permettraient de le localiser.

Orbites des étoiles gravitant autour du trou noir situé au centre de la Voie Lactée. Voici une image fixe préparée par les membres du Stanford Astronomy Program. Document MPE.

Pour identifier ce trou noir supermassif, les astronomes ont utilisé toute la puissance des télescopes Keck de 10 m de diamètre. Comme on le voit à droite, ils ont découvert sept étoiles situées dans une minuscule région de 50 jours-lumière de rayon soit 1300 milliards de kilomètres. Cela correspond à un rayon d'un peu moins de 8700 UA soit trois fois plus petit que la distance qui sépare le Soleil de la banlieue du Nuage de Oort.

Dans un rayon de 10 jours-lumière autour de Sgr A*, ils ont découvert plusieurs étoiles (S1, S2, S8, etc) gravitant sur des orbites très excentriques et de toute évidence qui sont pertubées par un même objet compact et très massif dont elles sont prisonnières.

Andrea Ghez, professeur de physique et d'astronomie à l'UCLA et l'astronome Reinhard Genzel du MPE (qui travaille sur le sujet depuis 1985 au moins), ont démontré indépendamment l'un de l'autre que c'est au centre de ces orbites que se situe le fameux trou noir tant recherché.

Après des années de recherches, Andrea Ghez et Reinhard Genzel furent récompensés par le très prestigieux Prix Crafoord en 2012 pour avoir prouvé l'existence de ce trou noir galactique après avoir étudié le comportement des étoiles situées dans la région de Sgr A*.

Selon Andra Ghez, en raison de la forte attraction que génère le trou noir, ces étoiles se déplacent à des vitesses oscillant entre 1000 et 4500 km/s, soit 16 millions de km/h ! Si leurs déplacement sont relativement lents lorsqu'elles sont à l'apoapse (ou apoapside, le point le plus éloigné du foyer de l'orbite), on constate qu'à mesure qu'elles s'approchent d'une zone bien précise de Sgr A*, leur course s'accélère pour atteindre un maximum au périapse (périapside, le point le plus proche du foyer de l'orbite), comme si un corps massif mais invisible les attirait puis les catapultait au loin dans un mouvement orbital incessant. Voilà où se trouve le trou noir supermassif de la Voie Lactée !

La tâche actuelle des plus grands instruments (VLT et Subaru de 8.2 m, Keck de 10 m, GBT de 10.4 m, Karl Jansky ex-VLA de 27 antennes, ASKAP de 36 antennes, VLBI, ALMA, Chandra, etc.) consiste à localiser les sursauts d'éclats qui témoigneraient de l'éclatement d'une étoile lorsqu'elle franchirait le seuil de ce trou noir.

Aucun phénomène de ce genre ne fut décelé jusque fin 2011, renforçant l’idée que le noyau de la Voie lactée est peu énergétique. Sgr A* semble s'être assoupi depuis au moins 4 ou 6 millions d'années, époque à laquelle on pense qu'il avait transformé la Voie Lactée en quasar en émetant un jet puissant à l'origine de l'immense bulle de Fermi.

A voir : La Voie Lactée et son immense trou noir

Pourquoi l'Optique Adaptative (vidéo de l'ESPCI)

Grâce à l'optique adaptative installée sur les télescopes VLT, les astronomes ont pu localiser le trou noir supermassif situé au centre de la Galaxie, Sgr A*; il est au centre de l'orbite des étoiles entourant la cavité sombre sur l'image de gauche. La vitesse de réaction du calculateur temps-réel a également permis d'observer le flash d'une minute (point brillant sur la 3eme image) qui s'est produit à l'instant où le trou noir absorba une quantité de matière équivalente à celle contenue dans tout le système solaire. Documents ESO.

Simulations

Paramètres du trou noir

Dans un article publié en 2014, les astronomes Angelo Ricarte et Jason Dexter ont estimé la masse de Sgr A* à 4.31 millions de masses solaires dont l'essentiel se concentre dans le trou noir invisible. Aujourd'hui, la marge d'erreur sur la taille de ce trou noir est de l'ordre de 15 %. Son diamètre (celui de son horizon des évènements ou de son ombre projetée sur le disque d'accrétion) est estimé à 10 millions de kilomètres, soit 7 fois la taille du Soleil ! A cette distance, cela correspond à un diamètre angulaire de 53 mas (53 millisecondes d'arc). La limite de Roche sous laquelle tout corps est disloqué par les forces de marée se trouve à 200 millions de kilomètres, soit plus loin que l'orbite de la Terre !

En attendant de pouvoir observer ce trou noir, de nombreux chercheurs ont tenté de simuler son aspect sous différents angles et à différentes fréquences, et en tenant également compte de la présence de gaz interstellaire sur la ligne de visée affectant la qualité des images. Quelques simulations sont présentées ci-dessous.

Simulation du trou noir supermassif Sgr A* tel que les astronomes pourraient l'observer grâce à l'installation VLBI de l'Event Horizon Telescope. Ci-dessus, l'image de gauche montre l'horizon des évènements du trou noir se découpant devant le disque d'accrétion composé de gaz porté à haute température. Au centre et à droite, des images similaires mais rendues floues par le gaz interstellaire sur la ligne de visée. Ci-dessous, aspect du trou noir à trois fréquences différentes selon le modèle a9MAD. Documents extrait de A.Broderick et A.Loeb (2009) et Chi-kwan Chan et al. (2014).

Passage au périapse

Découverte d'un nuage de gaz tombant sur Sgr A*

En décembre 2011, grâce au VLT, Reinhard Genzel et son équipe du MPE ont découvert un nuage de gaz compact baptisé "G2" d'une masse d'environ trois fois celle de la Terre en train de tomber dans la zone d'accrétion de Sgr A*.

Comme on le voit ci-dessous, en moins de dix ans, la vitesse de G2 est progressivement passée de 1000 à 2500 km/s en suivant une orbite fortement excentrique (e=0.966). Mi 2013, il atteignit le périapse, à 2200 rayons de Schwarzschild du trou noir, ce qui correspond à 40 milliards de kilomètres seulement de l'horizon des évènements du trou noir, soit environ 36 heures-lumière.

Suite à cet approche à courte distance, on s'attendait à ce que G2 soit fortement perturbé et même mis en pièce au point que la grande partie de sa matière soit accrétée par Sgr A*. Cela devait temporairement donné lieu à une augmentation du taux d'accrétion et provoquer un sursaut d'éclat de Sgr A*. Mais à la place, aucun "feu d'artifice" n'est apparu et très peu de changement dans la luminosité de G2 après son passage au périapse.

Le repas d'un trou noir bientôt servi, ESO, 2011

L'évolution du nuage de gaz chaud "G2" proche de Sgr A* prouve qu'il suit une orbite très excentrique et est attiré par le trou noir supermassif qui devrait l'absorber d'ici quelques années. Document MPE.

Des mégaéruptions X

Le 14 septembre 2013, l'observatoire orbital Chandra détecta une éruption X d'une puissance record tout près de Sgr A*; cette mégaéruption fut 400 fois plus brillante que l'état normal et 3 fois plus intense que l'éruption de début 2012. L'objet G2 aurait pu en être la source, mais comme on le voit sur la vidéo suivante (ci-dessous à droite), l'éruption était de courte durée, caractéristique d'un objet bien plus proche du trou noir.

Les astronomes estiment que cette éruption ne provenait pas de l'objet G2 qui se trouvait à cette date à 24 milliards de kilomètres du trou noir mais d'un autre objet se trouvant à quelques centaines de millions de kilomètres du trou noir soit quelques dizaines de minutes-lumière.

Sagittarius A* s'est ensuite calmé pour produire le 20 octobre 2014 une nouvelle éruption X qui fut 200 fois plus brillante que la normale.

En utilisant les modèles de la région entourant Sgr A*, les chercheurs ont proposé deux hypothèses : l'éruption de septembre 2013 aurait été provoquée par un petit corps (on pense à un astéroïde) qui se serait rapproché trop près du trou noir et aurait été mis en pièce, ses fragments ayant été portés à haute température puis se seraient liquéfiés avant d'être aspirés sous l'horizon des évènements de Sgr A*; ou l'éruption aurait été provoquée par les lignes de forces du puissant champ magnétique entourant le trou noir qui auraient subit des déconnexions et reconnexions magnétiques - un processus commun sur le Soleil - et libéré d'énormes bouffées d'énergie. A ce jour, l'origine de cette éruption reste un mystère. Elle fut suivie par une seconde éruption X en octobre 2014, cette fois moitié moins intense mais qui demeure également inexpliquée.

A gauche, progression de l'objet compact G2 autour du trou noir supermassif de la Voie Lactée. Notez l'accélération de son déplacement (~1000 km/s en 2006 à plus de 3000 km/s en 2014) à l'approche du périapse en vertu de la loi des aires de Kepler. Voir l'animation sur le site de l'ESO. A droite, la mégaéruption X survenue le 14 septembre 2013 près de Sgr A*. Cliquer sur l'image pour lancer l'animation. Cette éruption provient d'une source non identifiée des centaines de fois plus rapprochée du trou noir que G2. Le petit objet bleu brillant et stable en-dessous à gauche est un magnétar. Documents ESO et Chandra.

Comme l'expliqua l'ESO dans un communiqué de presse publié en 2015, l'objet G2 s'est ensuite éloigné du périapse sans être détruit, ce qui a permit de déduire que ce n'est pas un simple nuage de gaz mais plutôt un objet compact.

Pour mieux comprendre la nature de cet objet, l'astronome (post doctorant) Brian J. Morsony de l'Université du Wisconsin à Madison et ses collègues ont étudié les paramètres de G2 (structure, densité, rayon d'accrétion, etc.) afin de déterminer de quelle manière ces facteurs ont pu affecter le taux d'accrétion et la luminosité de Sgr A*. Ils ont réalisé des simulations hydrodynamiques tridimensionnelles en code FLASH et publié leurs résultats dans l'"AstroPhysical Journal" en 2017. Selon les chercheurs, seulement 3 à 21 % de la matière accrétée par Sgr A* dans les 5 ans qui suivirent le périapse provenaient de G2 mais seulement 0.03 à 10 % de la masse totale du nuage fut accrétée par le trou noir.

En comparant leurs simulations aux observations de G2 après son passage au périapse, Morsony et ses collèges en ont déduit que G2 n'est pas seulement un nuage de gaz. En fait, il existe probablement deux composantes : un nuage de gaz étendu et froid de faible masse responsable de l'essentiel des émissions de G2 avant qu'il n'atteigne le périapse et une composante très compacte pouvant être un fragment d'objet stellaire poussiéreux à l'origine des émissions qui dominaient après le passage au périapse. Les auteurs prédisent que les futures émissions ne devraient plus provenir du nuage de gaz mais uniquement du noyau compact ou de l'objet stellaire poussiéreux.

A voir : G2 Gas Cloud Simulation, ESO

Black Hole Meltdown in the Galactic Center (avec explications)

Simulations de l'objet G2 (dans ce cas ci un nuage de gaz) approchant du trou noir Sgr A*. A gauche, les lignes bleues correspondent aux trajectoires des étoiles. A droite, la densité de colonne (le nombre de particules contenues dans une section orthogonale dans la ligne de visée et correspondant à la densité de matière) en échelle logarithmique de l'évolution de G2 autour du périapse (de gauche à droite et de haut en bas, entre 5 ans avant et 10 ans après). Document ESO/S.Gillessen, MPE/Marc Schartmann (2011) et B.Morsony et al. (2017) adapté par l'auteur.

En guise de conclusion

Ces découvertes passionnent les astronomes et leur offrent une opportunité unique pour étudier un trou noir proche et tous les effets qu'il produit. Selon Gabriele Ponti de l'Institut Max Planck de Physique Extraterrestre (MPE/MPG), "de tels évènements à la fois rares et intenses nous offrent une chance unique d'observer comment un simple nuage de matière est attiré par un trou noir et de mieux comprendre l'un des objets les plus bizarres de notre Galaxie".

Pour l'astrophysicien Jonathan McDowell du Centre Harvard-Smithsonian d'Astrophysique de Cambridge, de telles observations sont d'une grande valeur car les trous noirs supermassifs sont communs dans l'Univers. "Nos théories décrivant ce qui se produit au centre d'un quasar comprennent toutes des choses tombant sur un trou noir supermassif. C'est la première fois qu'on peut observer de près de telles choses, bien qu'à un échelle plus petite. Nous faisons le pari que cela se produit à une plus grande échelle ailleurs dans l'univers".

En découvrant ces nuages de gaz et ces éruptions X tout près du trou noir supermassif de la Voie Lactée, les astronomes fondent beaucoup d'espoir sur les nouveaux grands télescopes en cours de construction ainsi que sur le JWST qui devrait permettre d'observer les trous noirs et les quasars de manière plus détaillée. On espère également beaucoup de l'installation VLBI de l'Event Horizon Telescope qui devrait l'examiner en détail aux longueurs d'ondes de 0.87 et 1.3 mm en 2017.

Pour plus d'informations

La Voie Lactée et son immense trou noir, YouTube

G2 and Sgr A*: A Cosmic Fizzle at the Galactic Center, B.J.Morsony et al., ApJ, June 2017

The Post-pericenter Evolution of the Galactic Center Source G2, P.M.Plewa et al., ApJ, 2017

Three-dimensional moving-mesh simulations of galactic center cloud G2, P.Anninos et al, ApJ, Oct 2012

Simulations of the origin and fate of the galactic center cloud G2, M.Schartmann et al., ApJ, Aug 2012

L'ombre d'un trou noir (PDF), A.Broderik et A.Loeb/CfA, Pour la Science, 2012

Portrait of a Black Hole (PDF), A.Broderik et A.Loeb/CfA, Scientific American, 2009

Zoom into the Center of our Galaxy with Keck Observatory, Leo Meyer/Keck Obs.

Event Horizon Telescope (et les publications)

Sag A*: Record-Breaking Outburst from Milky Way's BH, Chandra, sept. 2015

G2 a survécu à son approche et consiste en un objet compact, ESO, mars 2015

Le repas d'un trou noir bientôt servi, ESO, 2011

The Event Horizon Telescope: exploring strong gravity and accretion physics, Angelo Ricarte et Jason Dexter, MNRAS, 2014.

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[5] A.Goldwurm et al., Nature, 371, 1994, p589 - J.Paul, “L’homme qui courait après son étoile”, op.cit.

[6] R.Brown et H.Liszt, Annual Review of Astronomy and Astrophysics, 22, 1984, p223 - J.Henry, Astrophysical Journal Letters, 285, 1984, L27 - D.Allen et R.Sanders, Nature, 319, 1986, p191.

[7] Circulaire UAI 5874 du 4 octobre 1993. Cette circulaire contient également le texte de l’équipe américaine qui découvrit le même objet quelques jours après l’équipe française. Il sera dénommé GRO J1719-24

[8] M.Leventhal et al., Astrophysical Journal Letters, ?, 1975, L14 - G.Riegler et al., Astrophysical Journal Letters, 248, 1981, L13 - W.Webber et al., Nature, 323, 1986, p692.

[9] J.Paul, “L’homme qui courait après son étoile”, op.cit., p244.

[10] J.Lacy et al., Astrophysical Journal, 262, 1982, p120 - M.Lebofsky et al., Astrophysical Journal, 263, 1982, p736 - T.Geballe et al., Astrophysical Journal, 284, 1984, p118.


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