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L'aventurier du trou noir

Le survol du disque d'accrétion d'un trou noir.

L'impossible message (I)

Colonie d'Utopia, été 128 de l'année martienne, calendrier terrestre 2380. L'écran souple fixé au mur du salon était encore allumé quand cela se produisit. Les volets de nuit étaient abaissés depuis quelques heures et la colonie installée dans la plaine martienne était sur le point de s'endormir. L'émission que j'étais en train de suivre fut soudainement interrompue et remplacée par une sorte d'interférence qui ondulait à travers tout l'écran.

Par réflexe, je changeai immédiatement de chaîne pour évaluer le problème. A ma grande surprise le phénomène se produisait également sur d'autres canaux du satellite. Revenant au canal de départ, une voix très claire se fit entendre. Cette émission passait par des stations relais comme tous les messages destinés aux colonies spatiales éloignées.

Alors que j'écoutais ce message a priori incongru mais mystérieux, en tant que spécialiste en télécom, pour tenter de comprendre son origine, j'allumai ma console de contrôle à distance et je tapai quelques commandes à destination du satellite relai de communication. La réponse était sans appel : le message était également diffusé sur le canal vidéo de la constellation des satellites Atlant et la partie basse fréquence sur un canal audio légèrement supérieur. Le message télévisé était donc diffusé à travers tout le réseau planétaire conformément aux protocoles. Cela avait tout l'air d'être d'un piratage des ondes de grande envergure.

L'image captée sur l'écran multimédia ressemblait à des interférences sans signification mais un signal audio de basse fréquence s'y superposait.

A priori l'organisation ou l'individu qui avait pris possession des ondes connaissait les arcanes de la technologie numérique spatiale et parvenait même à émettre son message sur toute une gamme des fréquences, y compris dans les bandes numériques cryptées qui imposaient du matériel d'émission sophistiqué. Si la plupart des gens travaillant dans cette colonie avaient étudié cette technologie, peu d'experts ou d'organisations pouvaient prétendre contrôler plusieurs réseaux satellites, émettre sur une large bande de fréquences tout en trompant les protocoles et les sentinelles de surveillance et encore moins d'agir en pirates.

A plusieurs points de vues le message avait un caractère extraordinaire. D'abord le signal fut capté non seulement dans les colonies solaires mais aussi sur la nouvelle colonie d'Orion, cette dernière rappelons-le étant située à plus de 6000 années-lumière ! Si la distance et le gouffre temporel nous séparant de ces colonies ne permettent pas à un signal d'être synchronisé avec son homologue terrestre, c'est pourtant ce qui se produisit, en violation avec toutes les lois physiques. Il devait certainement y avoir une autre explication.

Après réflexion, la seule théorie envisageable était une distorsion de l'espace-temps, le trou de ver. Une fois les deux univers connectés, la communication pouvait s'établir à travers tout l'univers et les signaux pouvaient même remonter ou descendre le temps.

S'il fallait chercher l'explication de ce côté là, je me disais que si cette théorie fonctionnait sur le papier, l'idée de créer des sortes de tunnels dans un espace-temps à 11 dimensions restait tout de même l'entreprise la plus complexe sur le plan de la physique expérimentale. Je me rappellais que le confinement des forces dans chaque dimension et leurs interactions dans les autres dimensions membranaires avaient longtemps été problématique et encore aujourd'hui, on ne pouvait éliminer certaines effets secondaires électriques provoqués par les cordes en vibration. Non vraiment, cette émission simultanée à travers la Galaxie était anormale et défiait notre bon sens tout comme notre technologie.

La transmission dura 85 minutes et ressemblait plus à un documentaire historique sur l'astronautique auquel il aurait manqué les images qu'à toute autre chose. Il n'y avait en tout cas aucun message politique ni contenu subversif dans cette émission qui en devenait encore plus étrange. 

Rapidement avertis de cette intrusion, les militaires ont exigé l'embargo sur le réseau satellitaire interplanétaire. Seules furent autorisées les communications préalablement validées par le comité de contrôle et toutes les activités de maintenance ont été surveillées à travers le réseau.

Pendant les six mois suivants, les agents de la cyberpolice spatiale ont vérifié tous les noeuds de communication et interrogé des milliers de personnes, mais sans apporter la moindre explication ou trouver le moindre indice.

Finalement, ils ont passé la main au contrôle civil qui reporta l'analyse à une date indéterminée faute d'éléments probants.

A l'heure où je vous parle l'origine de cette émission demeure toujours inconnue et l'émetteur ayant diffusé ce message ne renouvela jamais l'expérience. Toute la transmission fut enregistrée et les données ont été analysées par nos meilleurs experts, mais personne ne peut aujourd'hui nous expliquer ce qui s'est produit ce jour là. Les ordinateurs quantiques du centre spatial de communication n'ont rien décelé d'anormal, ni dans la forme, le mode ou la dimensionnalité des signaux. La plupart des experts considèrent qu'il s'agit d'un message à connotation spirituelle et qu'il ne cache aucune autre explication...

Personnellement cette explication ne me satisfait pas. A mon avis il ne fait aucun doute que ce message contient sa propre solution. Elle est sans doute si évidente qu'elle demeure cachée à notre bon sens car nous cherchons l'explication ailleurs, trop loin de la réalité peut-être toute simple qui se présente là, en face de nous. 

Afin que vous puissiez juger la crédibilité et le sens profond du message qui nous fut communiqué, voici quelques extraits de cet étrange message et des évènements qui ont suivi sa diffusion.

Le message disait en suspens : ...J'aimerais vous raconter le récit d'une aventure extraordinaire qui se déroula au XXIIe siècle sur la Terre, dans le système solaire. A cette époque, les hommes construisirent les premières colonies spatiales en orbite basse autour de la "planète bleue" tandis que les premiers colons, aidé par les robots, apprenaient à survivre dans la banlieue de la Terre, sur la Lune, sur Mars et sur quelques astéroïdes.

L'envol de Yan David au XXIIe siècle pour la mission Sagittarius à bord du vaisseau Discovery depuis l'astrodrome du COSMOS. Pour des raisons de sécurité, le vaisseau utilisa la propulsion chimique tant qu'il se trouva dans la basse atmosphère.

A cette époque, le Comité de Sélection des Missions Cosmiques, le COSMIC, avait élaboré le célèbre et ambitieux projet Sagittarius consistant à lancer dans l'espace un audacieux aventurier, Yan David, un pilote d'essai et baroudeur de l'espace réputé, pour réaliser une expérience unique au nom de la Science : explorer le trou noir situé au centre de la Voie Lactée.

J'aimerais profiter de ce contact privilégié pour vous rappeler les faits marquants de cette mission historique qui revête aujourd'hui un caractère très particulier sur lequel je vous laisse méditer le temps de cette présentation... Je vous ai en effet réservé une surprise que je vous révélerai à la fin de ce communiqué.

Histoire d'un rêve

Imaginez l'époque : le début du XXIIe siècle. Les hommes faisaient leurs premiers pas tant sous terre que dans l'espace proche et avaient déjà à leur actif quelques missions habitées dans le manteau supérieur de la Terre, dans la couronne solaire, jusque Mars, la ceinture des astéroïdes et revenaient de la première mission sous-marine habitée sur Encélade. La base lunaire était installée depuis 2055 et occupée en permanence par une communauté scientifique atteignant près de 1000 chercheurs de différents pays.

En ce temps là, l'industrie aéronautique contrôlait à peine l'énergie photonique et nucléaire et subit quelques mésaventures dramatiques. Un peu plus tard, aidés par la nanotechnologie et la robotique, grâce à l'ascenseur spatial et aux premiers avions spatiaux privés, les premiers touristes et hotels de l'espace virent le jour avec un succès et une expansion toujours d'actualité comme si l'humanité était résolument sortie de son couffin terrestre pour enfin explorer l'univers. Nous ne le soulignerons jamais assez, c'est grâce à ces premiers explorateurs courageux et ces entreprises tournées vers l'espace que nous avons conquis la Galaxie !

Yan David compte parmi ces pionniers et est emblématique de la volonté des hommes qui, malgré les sacrifices et les risques, ont voulu aller jusqu'aux limites de leur curiosité et du pouvoir humain.

Revenons à son époque et imaginons son aventure. Equipé des moyens les plus modernes de son temps, notre voyageur téméraire se lance dans le vide à la conquête du trou noir supermassif et gargantuesque situé au centre de la Galaxie : Sagittarius A* (lire "A-star"), surnommé simplement Sagittarius.

C'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'une mission spatiale habitée quitte la Terre pour explorer l'univers par-delà le système solaire. C'est la première fois également que les principales nations sont unies dans une volonté commune d'explorer la Galaxie. Mais c'est aussi la première fois qu'un homme se sacrifie pour la Science. En effet, si de tout temps des inventeurs ont testé sur eux diverses inventions ou réalisés des expériences mettant plus ou moins inconsciemment leur vie en danger, avant même de lancer la mission Sagittarius, tous les acteurs du projet savaient qu'en théorie la singularité tapie au coeur du trou noir Sagittarius ne laissait aucune échappatoire, mais le COSMIC et David n'en étaient pas convaincus, ce qui décida les autorités à valider le projet car sans l'aval de son principal navigateur, cette mission n'aurait jamais eut lieu.

Sur le plan technique, le vaisseau relativiste à propulsion nucléaire propulse David vers son destin à une vitesse voisine de celle de la lumière, 290000 km/s en milieu de trajectoire, un record pour l'époque resté longtemps inégalé. 

En fait, rappelons qu'en ces temps reculés, les trous noirs étaient encore des entités passablement méconnues. Faute de moyens techniques adaptés, ce n'est qu'au début du XXIe siècle qu'on parvint à observer Sagitarius aux différentes longueurs d'ondes du spectre (millimétrique, infrarouge et X). Mais naturellement, sauf accidents dans les accélérateurs de particules, personne encore n'avait expérimenté in situ les effets de la gravité quantique.

Les premiers mini trous noirs artificiels ne furent créés qu'au XXIVe siècle lorsque l'énergie négative fut contrôlée. Il a donc fallut convaincre le Consortium que ce projet n'était pas une chimère de la communauté scientifique et visait un objectif concret : traverser le trou noir Sagittarius en tirant profit des spéculations raisonnables sur les propriétés de ce trou noir supermassif telles que les modèles les avaient calculées sur base des observations. Ceci explique qu'il fallut près de 9 ans pour élaborer le projet scientifique et finalement convaincre le COSMIC et près de 16 ans pour construire le vaisseau.

Le vaisseau spatial utilisé par David est révolutionnaire et fut longtemps inégalité. D'une puissance de 40 MT d'équivalent TNT, il présente une masse de l’ordre de 1020 tonnes dont plus de 400 tonnes sont réservées aux moyens de survie, actifs et passifs. En raison de ces dimensions et de son poids, il fut élaboré en orbite grâce à l'ascenseur spatial sans lequel il n'aurait été construit si rapidement et grâce à une flotille de 80 navettes cargos réparties entre les différents pays participants.

Fonctionnant évidemment en circuit fermé, le vaisseau spatial dispose également d'une serre hydroponique de 1200 m3 qui permet de cultiver certaines denrées. L'eau est également fabriquée par réaction chimique et accessoirement par récupération des selles et recyclage de l'air ambiant.

Le coeur du propulseur est un moteur nucléaire qui, bien que très encombrant (il occupe plus de 80 % du volume utile du vaisseau) est cent fois plus performant que le réacteur de fusion à hélium-3. Il engendre une accélération constante de 1g jusqu’à mi-parcours puis décélère de façon constante à 1 g, assurant à David un vol direct sans escales. Le trajet de 30100 années-lumière va durer 20 ans. S'il devait revenir de sa mission, il serait plus vieux de 40 ans, mais il découvrirait que sur Terre il se serait réellement écoulé près de 60200 ans ! C'est perspective peu encourageante n'incite pas David à y penser qui à d'autres idées en tête pour le moment.

Trois minutes avec son décollage le vaisseau Discovery se trouvait à 550 km d'altitude. Il atteignit l'exosphère où il put enclencher la propulsion nucléaire en toute sécurité. La vitesse à cet instant est déjà de 35 km/s. On distingue sur la paroi supérieur l'excroissance contenant le module de navigation et la navette de survie entourés de quelques capteurs et antennes.

Le projet fut si ambitieux et exceptionnel pour l'époque que 40 nations se sont unies pour le mener à bien au terme d'un marathon technologique qui fut bouclé en 25 ans. Au total, le projet Sagittarius impliqua près de 4 millions de personnes, sous-traitants et personnel temporaire compris, soit 8 fois plus que les premières missions lunaires.

Son budget fut littéralement astronomique pour l'époque. Le vaisseau Discovery et sa charge utile coûtèrent près de 40000 milliards d'euros de l'époque dont 20000 milliards pour la coque neutronique, 10000 milliards pour le système de propulsion et environ 10000 milliards partagés entre l'armement et les infrastructures de survie et de sécurité. Cela représentait environ 200 fois le prix des premières stations orbitales !

Un siècle après le lancement de la mission, le comité COSMIC investissait encore 1 milliard d'euros annuellement dans le suivi du projet, soit 10 % de ce nous consacrons à la maintenance de tous nos satellites orbitaux terrestres !

Le projet Sagittarius fut si colossal qu'un tel investissement ne fut pas reconduit avant cinq siècles et la mission Rosen vers le gateway spatio-temporel. Mais à cette époque, c'était la nouvelle technologie Warp drive et sa matière de masse négative qui se réservèrent l'essentiel du budget. Malheureusement au XXIIe siècle on ne connaissait que théoriquement cette technologie qui relevait encore de la science-fiction.

Malgré l'époque qui en était encore aux balbutiements des vols interplanétaires, côté technologique le vaisseau est aussi une vitrine du savoir-faire humain. Avec une forme de pyramide tronquée dont le sommet est dirigé vers l'avant, le vaisseau Discovery mesure près de 120 m de longueur et 24 m à la base. Cette partie inférieure abrite les moyens de propulsions tandis que le sommet contient l'essentiel des écrans protecteurs et l'armement. Le poste de pilotage comprenant une partie des moyens de survie est situé sur l'une des faces du vaisseau et fut conçu de telle manière qu'il constituait également une navette de sauvetage.

Le vaisseau est protégé des rayonnements ionisants UV-XUV, X et gamma par des écrans de plasma à supraconducteurs très voraces en énergie, d’épais panneaux en tungstène et une double coque de plusieurs mètres d'épaisseurs en matériau neutronique, ce qui explique son poids hors du commun.

Ce revêtement neutronique avait été mis au point au début du XXIIIe siècle dans le cadre des missions d'explorations du Soleil et des missions interstellaires des sondes de von Neumann vers les hot spots X et gamma de la Voie Lactée.

En effet, ainsi que vous le savez, seule une matière constituée de neutrons et donc aussi dense et solide que celle des étoiles neutrons est capable de résister aux champs les plus intenses et en particulier aux forces qui règnent aux alentours d'un trou noir. Selon les simulations, en théorie, car à cette époque il n'avait évidemment pas été possible de la tester en conditions réelles, cette coque neutronique doit permettre au vaisseau de Yan David de résister à tous les impacts et à la plupart des forces de marées engendrées par le trou noir de Sagittarius.

Le vaisseau dispose également d'un canon laser principal de 25 gigawatts doublé d'un canon laser chimique pour éventuellement détruire les débris cosmiques placés sur la trajectoire ainsi que de plusieurs lanceurs de missiles à protons. En principe, si les radars anti-collisions fonctionnement correctement, David ne devrait pas s'en servir mais une panne est toujours possible.

Le cerveau du système de commande est constitué de trois ordinateurs quantiques de 10 gigaqubits chacun. Ils sont redondants pour des raisons de sécurité afin d'assurer une prise de décision même dans le cas d'une solution indéterminée. Pour des raisons de sécurité, le pilotage est assuré par un cybernavigateur intégré au système de contrôle, David se réservant la possibilité de prendre les commandes.

L'espace multidimensionnel a prouvé non seulement ses performances en terme de vitesse mais également sa capacité à reproduire des états réels mais inconscients, y compris de dimensions fractales très complexes. David en aura besoin lorsqu'il sera confronté aux champs intenses et très variables du trou noir où tout indique qu'il devrait subir des comportements cognitifs chaotiques mais non traumatiques. La puissance de ces ordinateurs quantiques l'aidera à réduire la dimension fractale trop élevée des évènements et l'aideront à stabiliser la situation si elle s'avère critique pour sa survie.

La console de navigation est envahie de terminaux, deux horloges atomiques étalonnées sont suspendues dans l'habitacle, des gyrocompas à gaz ont été construits spécialement pour cette aventure et des instruments de mesure complètent la panoplie habituelle des appareils de détection, dont plusieurs antennes fabriquées en métamatériaux pour améliorer leurs performances, une antenne gravitationnelle et un interféromètre laser VLIGO pour détecter le passage des gravitons, des dosimètres, des contaminamètres pour mesurer la radioactivité et la dose éventuellement absorbée, une caméra multispectrale et une caméra gamma à incidence rasante pour évaluer l’intensité du rayonnement gamma de haute énergie, un scanner d'analyse neutronique pour évaluer l'état de résistance de la coque neutronique du vaisseau et enfin un scanner multispectral à usage médical.

Cet équipement digne des meilleurs romans de fiction explique son coût hors norme. Il est complété par l'équipement scientifique comprenant des nanosondes autonomes d'exploration capables de s'autorépliquer, des navettes spatiales habitées, des systèmes de communications radiofréquences, plusieurs robots autonomes, des laboratoires mobiles et des ordinateurs souples couplés à des systèmes experts, tous étant blindés grâce un revêtement soit métallique transparent soit neutronique ultramince.

VINS, le système virtuel de navigation intégrée est l'un des principaux ordinateurs de navigation de bord, ici photographié dans son rack. Il s'agit d'un système expert neuronal. Il donne un état du gradient du champ gravitationnel par ses nuances bleues-rouges et peut afficher des informations en incrustation. Son état est déterminé par la dimension fractale qui apparaît à l'arrière-plan du visu, actuellement presque réduite à un cercle limite. A droite l'écran du haut affiche l'image visible de la cible, le second l'image dans divers rayonnements (ici en radio). A l'extrême droite le traceur infrarouge (radar), un modèle dynamique de l'objectif calculé sur base des données et la sonde Doppler qui renseigne sur la vitesse relative du vaisseau en complément du visu; plus la mire est rouge plus l'attraction est forte. Une console identique est utilisée sur la base lunaire comme système témoin. Cette console est complétée par un pupitre de commande à écran tactile et commande vocale ou par clavier.

Le vaisseau Discovery consiste en fait en une version agrandie, plus performante et plus sécurisée de la navette d'exploration Zeus que nous utilisions notamment pour explorer le manteau terrestre et la couronne solaire.

Afin de veiller à la survie du pilote et pour respecter les procédures de sécurité, la navigation et la poursuite de la cible s’effectuent selon plusieurs modes. Outre le pilote automatique et les systèmes experts qui contrôlent l'essentiel des manoeuvres, le système de guidage dispose d’une part d'une console de navigation inertielle reliée au principal radiotélescope de bord qui permet de naviguer avec les résolutions spatiale et temporelle très élevées y compris dans les environnements interstellaires les plus denses, d'autre part une console thermique sensible au proche infrarouge entre 6 et 30 mm et enfin un mode visuel protégé utilisé en liaison avec divers télescopes en métamatériaux. Les commandes à distance sont transmises par radio sur les bandes V/UHF et micro-ondes au moyen d'antennes directionnelles à gain élevé. Par sécurité ce système a été dédoublé par un circuit entièrement numérique DC-to-delight.

Enfin, à sa discrétion, David peut donner ses ordres au moyen de trois technologies différentes : par clavier interposé ou système tactile, par le système de commandes vocales ou, nec plus ultra, par le système téléphatique sans contact. Ce système bluffant sera en principe réservé aux situations critiques et d'urgences exigeant une réponse immédiate et la plus rapide possible mais David peut l'exploiter en permanence s'il le souhaite dans la mesure où elle offre un confort optimal.

Les images virtuelles des trois moniteurs peuvent être incrustées avec des cartes numériques ou des relevés d’autres sondes et capteurs donnant une idée assez précise des éléments topologiques, des phénomènes physico-chimiques et électromagnétiques qui se déroulent dans la ligne de visée ou dans d’autres azimuts. Ces modules sont évidemment redondants pour palier à toute panne éventuelle.

Enfin, après réduction de toutes ces données, tout corps céleste détecté peut être modélisé pour une analyse spécifique, un calcul d'intensité de flux, pour optimiser une trajectoire géodésique, etc.

Comme on le disait à l'époque, ce vaisseau était plus grand, plus cher, plus sophistiqué et plus intelligent que tout ce que nous avions construit jusqu'alors. Il était à l'image du défit que voulait relever les hommes et représentait la quintessence de nos vaisseaux spatiaux d'exploration. Son pilote devait être à la hauteur des espoirs que l'humanité avait fondée en lui. Plus encore qu'un défi c'était le projet de toute l'humanité ! Et à ce titre nous allons découvrir qu'il fut remarquable, et sans exagérer, littéralement extraordinaire.

Prochain chapitre

Cap sur Sagittarius A

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