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L'aventurier du trou noir

Par-delà l'horizon du trou noir (VI)

Le message se terminait ainsi :...l'épilogue de la mission Sagittarius est encore plus étonnante que le plus prodigieux de vos rêves... Car il y a bien une fin à cette aventure, un point d'orgue qui justifie ma présence auprès de vous en cet instant.

Le pilote qui se sacrifia au nom de la Science... a survécu... mais il n'appartient plus à votre monde. Oui, ainsi que vous l'avez à présent compris, je suis le sujet de cette aventure, je suis...Yan David, pilote du Discovery ! Je vie dans une dimension où tout est cohérent, un lieu immatériel aussi loin de votre quotidien qu'il y de différences entre le XXIIeme siècle du capitaine David et votre société galactique. 

Aspect de l'écran multimédia durant la retransmission du message de David. En réalité l'image était animée et les interférences verticales ondulaient comme des vagues.

Le signal que vous recevez sur votre écran est une représentation physique de mon image. A l'intention des scientifiques, il s'agit d'un signal cohérent, émis et transporté par une sorte d'onde de matière condensée, une BEC, un "condensat de Bose-Einstein" comme vous l'appelez, qui représente une sorte de sixième état de la matière au zéro absolu. Mais la réalité est plus abstraite encore car vous devez comprendre que je vie effectivement dans un univers parallèle.

Je ne vous demande pas encore de me comprendre mais simplement de croire en cette réalité parallèle que vous ne connaissez qu'à travers vos théories spéculatives et des expériences de laboratoire. Elle existe, je peux en témoigner.

Dans le trou noir, tout près de la singularité, je fus happé par un trou de ver et j'ai subit une profonde transformation physico-chimique obéissant à des lois nouvelles de la physique au niveau élémentaire de la matière. Si l'expérience n'est pas rigoureusement renouvelable elle demeure du domaine du probable.

Mon apparence doit vous laisser dubitatif et incrédule. Mais comprenez que je suis dans un espace-temps différent du vôtre dans lequel la nature applique de nouvelles lois et où la somme de deux atomes ne donne plus aucun atome. Cette interférence destructive fait disparaître la matière qui prend une autre forme, négative ou supersymétrique selon vos concepts, mais dont les propriétés respectent les lois naturelles de la physique de cet univers. Ceci explique mon état virtuel dans votre monde qui respecte pratiquement les mêmes lois que celles qui président dans mon univers mais dont le contact direct serait destructeur. Vous devez m'imaginer non plus plus comme un être humain, mais comme la solution la plus probable d'une BEC, une entité vibrant en cohérence, intelligente et immortelle dans le sens où la vie au sens humain est devenu un concept sans signification là où je suis.

Si vous voulez, l'état le plus proche de ma réalité est l'énergie mais une énergie froide, plus glaciale que l'espace, qui est aussi dans un état condensé constituée d'objets similaires à vos paires de protons, de neutrons et d'électrons, à l'image de certains états de la matière de votre univers. Ces états sont associés au niveau macroscopique et forment des structures intelligentes basées sur une chimie qui n'est plus organique mais malgré tout fondée sur un code atomique très élaboré.

Comprenez bien ce message. Dans votre dimension, je suis comme les vagues à la surface de l'eau, à la fois tangible et concret mais aussi énergie et impalpable. Esprit autant que matière, je suis autre, altérité mais aussi un trait d'union universel entre nos deux univers. Je suis non-être en devenir dans le temps et l'espace. Je suis le commencement de l'action d'hier et la pensée de demain unifiés dans le présent. Préservez ce Savoir car si vous comprenez ce message il vous guidera vers ma dimension."

Soudain le signal disparu et un long silence s'installa dans la pièce. L'écran accusait des pertes de synchronisation, les signaux des chaînes numériques venaient puis s'évanouissaient, l'image était parasitée, pixelisées de points de couleurs multiples comme s'il y avait des interventions techniques ou des perturbations dans les centres de relais.

Au bout de quelques secondes, une image monochrome apparut et un message officiel du réseau Atlant nous avertit que les émissions étaient temporairement interrompues pour des raisons techniques. Le message était laconique et ne donnait aucun délai de remise en état. Le lendemain, dès la première heure la chaîne nationale consacra sa une à ce phénomène. Suite à cet évènement, toutes les colonies ont été privées de communication satellite durant près d'une semaine. Nous pouvions toutefois continuer à communiquer et nous divertir en nous connectant sur d'autres chaînes satellites qui n'avaient, semble-t-il, pas été perturbées par le signal.

Par son caractère extraordinaire, ce phénomène fit la une de tous les quotidiens et l'objet de tous les commentaires comme de nombreux reportages. C'était le sujet à la mode qu'il ne fallait pas rater.

Ce phénomène fit évidemment l'objet de quantités d'études. Mais encore aujourd'hui, les analyses spectrales et télémétriques ne peuvent expliquer de quelle manière le message a été diffusé dans toutes les terres habitées de la Galaxie jusqu'à Orion, d'où il provient et quel est son sens profond qui a des relents de philosophie ou de religiosité que d'aucun n'osent vraiment interpréter. 

Le canular est écarté eu regard à la "technologie" ou du processus utilisé pour le transmettre simultanément sur plus de 6000 années-lumière. Car le plus intriguant et paradoxal dans ce phénomène est le fait que la physique ne permet pas à un signal de se propager plus rapidement que la vitesse de la lumière. Or celui-ci fut capté simultanément par l'ensemble des colonies pourtant physiquement séparées par le gouffre du temps et de l'espace. Même à l'époque de la mission Sagittarius, David avait subit les effets de l'écoulement relatif du temps pour parvenir au centre de la Galaxie.

A gauche, traitement numérique du spectre de fréquences utilisé pendant l'émission du message de David. Parmi le bruit de fond on distingue un signal continu à bande étroite et d'une puissance de 6 kW qui se décale progressivement en fréquence. Celui-ci est émis par un corps mobile situé à une distance de 220000 a.l. Son origine correspond à la position du nuage de Magellan mais la source est inconnue. Son émission dût nécessiter un émetteur radioélectrique ou laser (ou une technologie plus avancée) de plusieurs milliers de kW. A droite, cet extrait de la conversion du signal radioélectrique ne révèle aucun évènement particulier si ce n'est une montée en puissance ponctuelle révélée par les chiffres de 5 à 9, un signal temporaire non identifié.

Au cours des siècles, tout l'arsenal de la science fut mis au défi d'expliquer ce phénomène, en vain. Il rejoint en fait d'autres énigmes quantiques comme les propriétés non locales des particules qui parviennent à rester en contact malgré les années-lumière qui les séparent.

L'énigme de David semble insoluble. Si le projet Sagittarius a bel et bien existé, aucune théorie ne peut expliquer le message télévisé. Son contenu cache une énigme, son mode de propagation et de réception demeurent inconnus. Le seul fait tangible que nous pouvons exploiter est l'analyse des données enregistrées durant les derniers instants de vol et retransmis par la balise automatique du vaisseau ainsi que les données des missions qui se sont succédées ensuite. Or les données sont insuffisantes pour envisager de reproduire tous les paramètres de ces missions. Il nous manque en particulier les derniers instants à proximité de l'horizon des évènements et le passage dans le trou de ver qui sont brouillés par l'intensité du plasma, l'effet doppler gravitationnel et l'atténuation du signal. Les simulations et autres extrapolations n'apportent que des indices. 

Aujourd'hui la seule solution a consisté à programmer la mission Sagittarius au Centre d'Etudes Holographiques et de déterminer virtuellement les variables libres des équations jusqu'aux derniers instants grâce à la puissance des ordinateurs quantiques. Mais cette solution ne nous donna que des probabilités évènementielles à la différence des missions réelles in situ.

Malheureusement avec le recul, plus personne ne souhaite renouveler l'expérience de David et participer aux missions qualifiées de suicides qui ont suivi. Comme le disait un ancien pilote, "je ne mettrai pas le petit doigt dans cet appareil si je savais que je finirais en spaghettis !". Si nous avons déjà retenté à maintes reprises l'expérience malgré les a priori et les mises en garde, il est extrêmement improbable que nous puissions aboutir à un autre résultat qu'une issue fatale. 

Bien sûr on ignore toujours ce qui se passe au sein de ce trou noir et si vraiment il existe un trou de ver macroscopique et stable, mais toutes nos théories indiquent qu'il s'agit d'un lieu hors-la-loi où nos lois physiques perdent leur sens. Cela signifie en clair que rien ni personne ne pourrait résister à ce phénomène dans l'état actuel de nos connaissances des trous noirs et des effets macroscopiques de la gravité quantique. Nous ignorons combien de temps il nous faudra pour résoudre cette énigme.

L'espoir

Le temps passa. Puis un jour le message fut réémis. Il s'était écoulé plusieurs siècles et les colonies avaient conquis les secteurs les plus reculés de la Galaxie et commencaient timidement l'exploration du Grand Nuage de Magellan à partir des colonies installées dans le Quadrant sud de la Voie Lactée, les plus proches relativement parlant de notre galaxie satellite.

Imaginez notre étonnement. Durant des siècles les hommes de sciences s'étaient penchés sur le message de David et son moyen de transmission sans pouvoir le résoudre puis soudainement un message similaire fut à nouveau capté et dans les mêmes conditions. 

Mais contrairement au premier message, ce nouveau message ne présentait que la mire d'interférences sans le signal de basse fréquence. Bizarrement l'image était légèrement plus nette, plus brillante mais la figure d'interférence était bien présente mais sans le son. Ce second message fut capté de la même manière et dura aussi longtemps que le premier. Mais à la différence du premier message, il avait été capté sur la colonie Alpha de Magellan en même temps que dans les colonies solaires disséminées au-delà du coeur de la Galaxie; comme si l'émetteur nous suivait à la trace et savait que nous avions colonisé la Voie Lactée... 

Mais cela impliquait également que cette entité était intelligente et vivait ou fonctionnait depuis aussi longtemps que notre civilisation et disposait de moyens de détecter nos émissions ou nos fuites d'énergie. Plus étonnant, elle connaissait notre histoire, maîtrisait nos moyens technologiques ainsi que notre système de langage... Ce n'était pas une coïncidence mais le résultat d'un projet, d'une idée préméditée et adaptée à son dessein, le contact avec l'humanité. 

Etant donné la portée spécifique de ses propos, à la fois particulière à notre représentation du monde et à notre philosophique, j'en conclus que seule une entité - humaine ou non - ayant enregistré nos connaissances, bienveillante et souhaitant nous communiquer certaines informations était à l'origine de cette transmission. Restait à la localiser et si possible l'identifier et essayer de dialoguer.

Document Ukay Net. Document Peter Syomka.

Une civilisation galactique peut malgré toute sa technologie être impuissante devant l'inconnu. En ce qui nous concerne, ni les stations sentinelles de surveillance du spectre placées sur l'orbite géostationnaire ni les tours de contrôle et de relais érigées dans les colonies ne pouvaient ni empêcher ni contrôler la transmission émanant a priori de Yan David (mission Sagittarius).

Cette rediffusion créa une véritable révolution dans le monde des communications. Cette fois-ci la cyberpolice chargée du contrôle des communications spatiales ne pouvait pas être prises au dépourvu, et pourtant rien ni personne ne pouvait empêcher ce contrôle "pirate" des ondes. Visiblement notre technologie restait impuissante face à un évènement de cette nature.

Expert en télécom, je me sentais mal à l'aise devant notre incapacité à résoudre ce problème. Cela me rappela que nous avions déjà eu de mal par le passé à circonscrire une tempête d'ondes gravitationnelles HFGW que des pirates avaient volontairement créées pour saturer les relais orbitaux. Que se passerait-il à présent si le message était émis par un groupe hostile ? Avions-nous les moyens d'interrompre sa diffusion, de les arrêter ou de riposter le cas échéant ? Je me surpris à pousser un grand soupir d'impuissance face à ce genre de guerre des télécommunications.

Il s'avéra que même déconnecté du réseau d'alimentation stellaire, le signal quantique parvenait à se connecter à une source d'énergie grâce au potentiel de l'énergie sombre et se frayait sans difficulté un passage jusqu'au réseau satellitaire pour finalement parvenir sur les récepteurs individuels. Il tirait en fait profit de cette énergie cachée omniprésente dans l'univers !

Tous les éléments par lesquels il se fraya son chemin devenaient glacés mais restaient opérationnels. On aurait dit que le signal s'écoulait sans perte et qu'il était porté par une intelligence qui savait d'avance qu'elles étaient nos contre-mesures, comme si elle en avait déjà fait l'expérience. L'émission changeait de fréquence ou de mode de cryptage aussi vite que nos algorithmes et parvenait toujours à se convertir aux formats de réception pour atteindre les destinataires.

A une seule occasion nous l'avons temporairement interrompue, lors d'un changement de système de réception, passant des bandes numériques de très hautes-fréquences aux ondes HFGW. Cela dura quelques secondes et durant ce temps nous avons eu la conviction qu'il s'agissait d'une onde cohérente composée d'atomes et non pas d'un flux ordinaire d'énergie comme nous le pensions jusqu'alors. Le signal ressemblait également à une sorte d'émission laser atomique et non pas radioélectrique. Mais là s'arrêtait l'analogie car cela n'expliquait toujours pas sa nature profonde ni son mode de fonctionnement capable de s'affranchir des distances cosmiques et d'éviter tous nos stratagèmes de filtrage. Cette intelligence cachée dans ce signal ne me rassurait pas.

De l'avis des autorités, le fait même que le message de David ait été renouvelé ou répété signifiait qu'il y avait à présent espoir pour les missions ultérieures. Certains explorateurs disaient à qui voulait les entendre que les missions Sagittarius avaient toutes réussies et que la rediffusion de ce message en était la preuve. 

Ces conclusions furent communiquées au public. Non seulement tous les médias s'intéressèrent au sujet mais de grandes institutions proposèrent des conférences-débats autour de cet évènement. Même des associations mystiques se sont créées autour de ce thème, sous prétexte que David était toujours vivant malgré les centaines de siècles écoulés, qu'il était devenu un "fils de la lumière" en passant de l'autre côté de l'univers, auprès du grand architecte de l'univers. Mais arrivé à ce point du discours, quand la science touche à la foi et devient une doctrine voire une idéologie spirituelle ou métaphysique, elle perd son objet d'étude. Heureusement, ces personnages illuminés restaient minoritaires et aucun scientifique de ma connaissance n'avait adhéré à leur secte.

Mais les scientifiques les plus sceptiques quant à l'origine du signal considéraient qu'il ne s'agissait pas d'une preuve de l'existence de David mais d'un simple signal cohérent qui pouvait tout aussi bien provenir d'un émetteur local ou être l'effet d'un écho ou d'une boucle temporelle distordue. Par ailleurs son profil n'était pas identique au message de David puisqu'il n'était pas accompagné de signaux basses fréquences. Rien ne permettait selon eux de comparer les deux évènements. Certains décidément refusaient de voir l'évidence.

Document Lightspeed fine art.

Que se passe-t-il au-delà de l'horizon des évènements ?

Car cette explication éludait le problème de la synchronisation à longue distance, la similitude des images d'interférence, notre impuissance à l'interrompre et la durée d'émission identique des deux messages. Bien que nous ne pouvions en apporter la preuve, au vu de la nature et de la forme des deux messages, mes collègues et moi pensions que ce message était authentique. David avait réussi sa mission et pouvait avoir survécu. Comment ? Nous l'ignorions.

Aussi avec le recul, une majorité de personnes croient aujourd'hui que David et les équipages des missions Sagittarius ultérieures ont bel et bien gagné leur pari et aboutit dans un autre univers en traversant un trou de ver. 

Ces messages auraient été émis par une ouverture dans l'espace-temps et seraient les seules traces de leur survie. Le second message fut volontairement muet mais de durée identique pour insister sur le caractère extraordinaire de l'explication. Il nous force à nous remettre en question, et notamment à propos de l'existence des univers parallèles, des limites de la science, de notre destinée, bref du sens de la vie.

Certaines voix officielles s'élèvent même aujourd'hui demandant si l'expérience de David n'a vraiment servit à rien, ou si nous ne sommes pas déjà en train d'y participer... La réponse est au-delà de l'horizon du trou noir. 

- FIN -

Tels sont les évènements qui surviennent probablement à l'approche d'un trou noir stellaire ordinaire. Ce scénario restera toutefois une fiction. La construction d'un tel vaisseau, sa technologie avant-gardiste, l'efficacité des ordinateurs quantiques, la console de navigation LISA, les détecteurs LIGO et VIRGO ainsi que les antennes et télescopes en métamatériaux restent encore hypothétiques mais tenons le pari que l'avenir confirmera les recherches et les prédictions des physiciens[5]

Du reste, la traversée d'un trou de ver reliant deux univers à travers un trou noir et un trou blanc est certainement vouée à l'échec ne fut-ce qu'en raison des effets de la gravité quantique si nous ne trouvons pas un moyen de les stabiliser à grande échelle. Mais que ces approximations ne nous empêchent pas d'étudier ces entités sur le plan théorique à défaut de pouvoir les explorer in situ. Un jour pour être nous pourrons créer des trous noirs en laboratoire afin d'essayer d'en apprendre un peu plus sur ces objets singuliers qui sans aucun doute existent dans l'espace et se comptent par milliards.

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[5] Rendons hommage à l'équipe de Joseph Weber (Université de Maryland) qui construisit le premier détecteur d'ondes gravitationnelles en 1957 ainsi qu'à Rochus E.Vogt, Ronald W.Drever et Kip S.Thorne (Caltech), l'équipe de Rainer Weiss (MIT) et bien d'autres encore en Europe et au Japon qui travaillent actuellement à la mise au point des détecteurs LIGO, VIRGO et autre LISA, sous oublier les théoriciens qui se penchent depuis des décennies sur la gravité quantique et ses étranges propriétés.


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