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Des supercordes à la théorie M Sans prétendre avoir découvert la théorie ultime, nous sommes peut-être sur la bonne voie en étudiant les théories à plus de 4 dimensions. En effet, dans un combat au corps à corps, nous savons que le chaos indescriptible qui peut apparaître vu du sol devient une stratégie élégante et simple pour le chef d'armée observant la scène depuis un promontoir, dans une nouvelle dimension. De la même manière, en sautant dans les dimensions supérieures, nous pouvons simplifier les lois de la nature. En 1915 par exemple, Einstein changea radicalement notre notion de la gravité en sautant dans la 4eme dimension du temps. En 1919, le mathématicien allemand Théodore Kaluza ajouta une 5eme dimension, parvenant à unifier l'espace-temps avec les équations de l'électromagnétisme de Maxwell. En 1984 grâce aux travaux d'Edward Witten et Luis Alvarez sur les cordes supersymétriques, Michael Green et John Schwarz trouvèrent une méthode pour réconcilier la mécanique quantique avec la relativité générale de manière cohérente.
De par ses dimensions extrêment réduites, on ne peut pas distinguer une corde d'une particule élémentaire. En revanche, obéissant à la mécanique quantique relativiste, elle détermine les propriétés de l'espace-temps et les interactions auxquelles elle est soumise. Le plus étonnant dans cette théorie est le fait qu'elle travaille non plus dans un univers à 4 dimensions mais à 10 dimensions, et même 11 dans le cas de la supergravité ! De nouvelles dimensions ? En fait, il s'agit pas de sa dimension intrinsèque comme sa taille, qui reste à 2 dimensions à l'image d'une membrane qui n'aurait pas d'épaisseur, mais bien des dimensions liées à ses degrés de liberté de rotation (le spin). Imaginez un robot. Il peut fonctionner dans l'espace tridimensionnel et présenter en même temps une main dont l'articulation présente 10 degrés de liberté ou dimensions (déplacements gauche-droite, haut-bas, avant-arrière, inclinaison, rotation, 5 doigts, il y a là au moins dix degrés de liberté). C'est en ce sens qu'une supercorde ou une corde possédant 10 degrés de liberté de spin présente 10 dimensions. Bien sûr tout le monde se rend compte que notre univers ne possède que 3 dimensions spatiales plus le temps et il sera très difficile ne nous faire croire le contraire ! Pour retrouver notre univers familier, les physiciens ont donc trouver l'astuce en compactifiant, recourbant 6 des 10 dimensions sous la forme d'une petite balle ou d'un tore à l'échelle de Planck, les autres dimensions s'étant étendues de manière explosive et exponentielle, donnant naissance à notre Univers visible. Reste à déterminer de quelles manières se sont réalisées ces compactifications et comment ses solutions ont pu donner naissance aux différente particules que sont les quarks, les électrons, etc. Mais il reste d'autres problèmes parmi lesquels la question non résolue de l'origine des cordes et l'existence de 5 théories concurrentes.
Mais ce n'est pas tout. Il a fallut introduire des concepts encore plus abstraits comme le fait que les cordes ouvertes étaient attachées à des "D-branes" de dimensions quelconques et en revenir à la quantification de la gravitation à 4 dimensions. Qu'est-ce qu'un brane me direz-vous ? Hawking répond que c'est "un objet... qui présente une variété de dimensions spatiales", en fait une membrane d'où le substantif "brane". Aujourd'hui l'intérêt s'est ravivé parce que les physiciens ont postulé l'existence d'une mystérieuse "théorie M" à 11 dimensions indiquant que les cinq théories concurrentes plus la supergravité ne sont en réalité que différentes versions de la même chose. Comme le Général Romain observant son champ de bataille depuis la troisième dimension, les physiciens modernes ont gravit la 11eme dimension et regardent les cinq théories des supercordes s'entremêler mais ils savent qu'elles sont unies dans une stratégie commune, simple, et donnent finalement une image cohérente qui représente les différents aspects d'une même réalité.
A l'image des dessins d'Escher qui défient le bon sens, chacun sait que toute représentation théorique doit être compatible avec les données expérimentales. Pour trancher la question, les théoriciens doivent déterminer si notre Univers, avec son étrange collection de quarks et de particules subatomiques est l'une des solutions de la théorie des supercordes. Dans la négative, nous devrons abandonner cette séduisante théorie. Mais nous n'en sommes par encore là ! Les physiciens ne disposent pas encore de cette réponse car depuis quelques années ils sont confrontés à des difficultés mathématiques diaboliques que personne n'est encore parvenu à résoudre. En fait il y trop de solutions possibles à examiner, des millions dans la classe des solutions dites "perturbées" ! Chaque solution correspond à une manière différente de recourber les 6 des 10 dimensions. Toutefois, aucune d'elles ne génère les quarks, les leptons et les bosons du Modèle Standard, bien que certaines s'en approchent. Le Modèle Standard pourrait donc se trouver dans la seconde classe de solutions, les solutions "non perturbées". Mais celles-ci sont encore plus difficiles à calculer. Finalement, jusque tout récemment les physiciens désespéraient de trouver un jour une solution, restant aux prises avec une théorie compliquée à 10 dimensions. C'est alors qu'apparut la théorie M.
La théorie M C'est en 1995 qu'Edward Witten suggéra que les théories des supercordes de Type IIA et E8 x E8 étaient en relation à travers une nouvelle théorie à 11 dimensions qui deviendra la théorie M. La théorie M décrit le monde à basse énergie (c'est relatif) de la supergravité à 11 dimensions. C'est une théorie qui décrit des membranes et des 5-branes sous forme de solitons plutôt que de cordes. Mais alors, pourquoi alors avons-nous fait tout ces développements si c'est pour les supprimer ? En fait, si on compactifie la 11eme dimension de la théorie M dans un petit cercle, on peut obtenir une théorie à 10 dimensions. Si on prend une membrane ayant la topologie d'un tore et qu'on enroule l'une de ses dimensions sur ce petite cercle compact, la membrane se transforme en... corde fermée. A la limite, lorsque le cercle devient très petit, on découvre une supercorde de Type IIA ! On peut modifier ainsi les membranes de différentes manières pour obtenir différents types de branes :
La théorie M étant une généralisation des 5 principales théories des supercordes hétérotiques, elle repose sur une relation mathématique appellée la dualité. Voyons de quelle manière ce mécanisme peut résoudre l'inextricable problème rencontré dans les théories de supercordes. & La suite de cette passionnante aventure est décrite dans mon livre :
Pour plus d'information Sur Internet La théorie des supercordes (sur ce site) L'harmonie des supercordes (sur ce site) Les cordes cosmiques (sur ce site) La gravitation quantique (IN2P3, Collège de France) Edward Witten, son site web Mkaku, le site web du très didactique Pr Michio Kaku The Second String Revolution, Pr John H.Schwarz, Caltech Superstrings, Brian Greene, Cornell Kaluza-Klein Theories, Sabine Hossenfelder The Official String Theory website, Caltech Strings, John M.Pierre, MIT Google Scholar et arXiv. Ouvrages Supercordes et autres ficelles : Voyage au coeur de la physique, Carlos Calle et al., Dunod, 2004 Supersymétrie, Gordon Kane, Le Pommier, 2003 L'Univers
dans une coquille de noix, Stephen Hawking, Odile Jacob, 2002 La Quatrième dimension : Voyage dans les dimensions supérieurs, Thomas Banchoff, Pour la Science, 1996 The Road To Reality: a complete guide to the laws of the universe, Roger Penrose, Alfred Knopf, 2004 Our Superstring Universe, L.E.Lewis, iUniverse, 2003 Hyperspace: Our Final Frontier, John Gribbin, TLC/BBC, 2001 Quantum fields and strings, P. Deligne, Masson (ou Amer Mathematical Society), 1999 Hyperspace: A Scientific Odyssey through the 10th Dimension, Michio Kaku , Anchor Books, 1995 Strings, Conformal Fields, and M-Theory, M.Kaku, Springer-Verlag, 1991 The Superstring store (livres en anglais)
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