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Quand l'univers se limite à la Voie Lactée

Le chatoiement des nébuleuses (II)

L’espace interstellaire est donc rempli de gaz et de poussières qui peuvent occasionnellement se matérialiser lorsqu’ils sont excités par le rayonnement des étoiles ou éclairés à contre-jour. En fonction des mécanismes qui les rendent visibles, les nébuleuses ont été rassemblées en quatre principales catégories : les nébuleuses d’émission, de réflexion, obscures et planétaires.

Les nébuleuses d'émission ou brillantes sont des ensembles gazeux produisant leur propre luminescence, alors que les nébuleuses de réflexion, comme leur nom l’indique ne font que réfléchir la lumière des étoiles qui les entourent. La célèbre nébuleuse d'Orion, M42 par exemple est un nuage de gaz en émission dans lequel la lumière ultraviolette des étoiles jeunes et chaudes du Trapèze ionise l'hydrogène, libérant son électron. Lors de la recombinaison de l'atome, le changement d’état provoque l'émission d'une lumière, d'ordinaire la raie de l'hydrogène-alpha (Ha) à 656.28 nm, irradiant le milieu ambiant d'une lumière rouge. Ce phénomène d'émission permet d'étudier les nébuleuses au moyen de filtres sélectifs qui isoleront certaines raies du spectre. Parmi les nébuleuses d'émission les plus connues, citons la nébuleuse M42 (et M43) ainsi que la nébuleuse M16 de l’Aigle. L'amas des Pléiades M45 est la plus connue des nébuleuses de réflexion.

A voir : SkyFactory

Images en haute résolution du ciel profond

Ci-dessus trois nébuleuses d'émission : M42 et M43, la Grande nébuleuse d'Orion; M16, la nébuleuse du Serpent et NGC 7380. Ci-dessous M20, la nébuleuse obscure du Trèfle ou Trifide et M45, la célèbre nébuleuse de réflexion des Pléiades. Documents Bobby Middleton, Astrooptik, Ray Gralak, Astrooptik et AA6G. Leurs couleurs subtiles ne sont visibles que par voie photographique. Ces cinq documents ont été réalisés par des amateurs.

Depuis l'invention du télescope les astronomes ont attentivement étudié la Voie Lactée. Grâce aux observations de Huygens, Herschel, Barnard et Wolf nous savons aujourd'hui qu'il existe environ 200 régions dans le ciel qui sont dépourvues d'étoiles. Barnard et Wolf suggérèrent indépendamment l'un de l'autre que ces régions contenaient en réalité des nébuleuses obscures qui ne renfermaient pas d'étoiles capables de les illuminer. Leur silhouette apparaissait distinctement parce que cette matière était opaque au rayonnement et se situait devant des régions très denses de la Voie Lactée, fortement lumineuses.  

Dans les nébuleuses obscures telles que les Sacs à Charbon, la Tête de cheval B33, la nébuleuse du Trèfle M20 ou la région autour de Rho Ophiuchus, 10-18% seulement de la lumière incidente parvient à traverser la barrière de matière qui forme ces nuages, principalement constitués d'hydrogène moléculaire froid (10-20 K) et de molécules de CO. Les astronomes peuvent malgré tout les étudier par des techniques dérivées, en infrarouge, par radio ou sur de plus courtes longueurs d’ondes, rayonnements qui compte tenu de leurs fréquences ne sont que partiellement absorbés par la poussière. Ces nuages sombres ont une épaisseur qui oscille en général entre 10 et 100 années-lumière !

A consulter : En hommage à Orion

A gauche, un composite de 81 images de la région du trapèze d'Orion (M42) réalisées dans le proche infrarouge à 1.5 microns (0.0015 mm) au moyen du spectromètre ISAAC du VLT. A droite, M17 photographiée en infrarouge avec le NTT. Dans ce rayonnement les étoiles cachées par les nuages de gaz ressortent de l'arrière-plan tandis que les nuages moléculaires et de poussières sont beaucoup plus apparents. Documents ESO.

L'astronautique nous apporte dans ce domaine un outil indispensable. Les satellites IRAS et ISO, dédiés à l'astronomie infrarouge, ont permis aux astrophysiciens de sonder l'univers en quête de proto-étoiles en cours de formation, dont la présence est dévoilée par une augmentation ponctuelle du rayonnement infrarouge et de découvrir des régions obscures de la Voie Lactée ou la structure des galaxies. Ces nouvelles techniques ont permis de découvrir d'étranges volutes de gaz baptisées “cirrus” autour de la constellation d'Orion, du pôle Nord céleste et dans les régions australes de la Voie Lactée.

Images du ciel infrarouge

La constellation d'Orion. On reconnaît au centre le Baudrier avec M42 et à gauche Zeta Orionis.

La région du Caméléon près du pôle Sud galactique. L'image couvre 12.5°x12.5°

La nébuleuse du Voile dans le Cygne, un résidu de supernova.

La région du pôle Sud galactique jusqu'au Grand Nuage de Magellan (au-dessus).

Le milieu interstellaire constitué de grains de poussières, parfois neutre parfois ionisé par les étoiles chaudes, photographié par le satellite IRAS aux longueur d'ondes de 12 microns (codé en jaune pour les régions chaudes, en bleu pour les étoiles), 60 microns (codé en vert) et 100 microns (codé en bleu pour les régions froides). Document SEDS et IPAC.

Certaines nébuleuses sont chaotiques et présentent la particularité d'être d'émission, de réflexion et obscure tout à la fois. Le milieu est tellement dense et perturbé que vus de la Terre les gaz prennent ci et là des apparences très diverses. Citons par exemple la nébuleuse North America NGC 7000 et IC 1318 dans le Cygne, la région d'Antarès et de M4 dans le Scorpion.

Ci-dessus la célèbre nébuleuse obscure B33 de la Tête de Cheval dans la constellation d'Orion en silhouette devant IC434. Son profil ne commence à se distinguer que dans des instruments de plus de 300 mm d'ouverture. Ci-dessous le complexe IC 1318 près de g Cygni (l'étoile centrale de la croix du Cygne). Documents CFA et AA6G.

Enfin, aux côtés des nébuleuses d'émission, de réflexion, obscures et chaotiques, le ciel renferme également des nébuleuses planétaires qui commémorent en quelque sorte la mort des étoiles. Leur origine particulière et leur forme très structurée méritent quelques instants d'attention.

Prochain chapitre

Les nébuleuses planétaires

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