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Quand l'univers se limite à la Voie Lactée
En
1990, l'expérience DIRBE embarquée à bord du satellite COBE a permis de
produire la première image en fausse couleur du centre de la Galaxie[8].
Elle représentait l'émission proche-infrarouge des étoiles et des
poussières présentes tout autour du noyau. Le disque galactique, riche
en poussières était clairement visible. Le noyau, par contraste,
contenait peu de poussières.
Grâce
aux recherches des astronomes nous savons aujourd'hui que le disque
galactique n'est pas uniformément plat. Les radiotélescopes millimétriques
ont permis de découvrir qu'au centre du noyau se trouvait un disque de
8000 années-lumière (2500 pc) de diamètre, incliné d'environ 18° sur
le plan galactique, confirmant le motif légèrement incliné des bras,
gauchissement surtout visible à 21 cm de longueur d'onde. Jusqu'à présent
les astrophysiciens pensaient que le bulbe avait la forme d'une sphéroïde
aplatie asymétriquement. Grâce aux mesures de COBE nous avons des
indices selon lesquels le bulbe est allongé dans la direction de son
plan; la Voie Lactée est bien une galaxie spirale barrée.
Le disque galactique tourne sur lui-même trois fois plus vite que la matière qui l'entoure (130 km/s). Outre des débris de supernovae, il contient des gaz chauds sous pression, de la poussière et des molécules. La région comprise dans les 300 pc autour du noyau représente une masse d'environ 108 M¤, soit environ 5% de la masse moléculaire totale de la Galaxie, concentrée dans 0.04% de sa surface !
La densité surfacique des gaz moléculaires du
noyau est extraordinaire. On y trouve des nuages moléculaires CO et CS
confinés qui requièrent de fortes densités pour être excités comme
ils le sont. La vitesse des nuages déduite du décalage Doppler de leurs
raies spectrales est de l'ordre de 15 km/s, plus de 15 fois supérieure à
la vitesse du son ! On pense que ces déplacements
sont induits par des champs magnétiques très intenses de l'ordre de 130 mG.
Par comparaison, il n'est que de 5 mG
dans le gaz diffus Local. On en a également déduit
que la pression du gaz moléculaire est trois fois plus élevée dans
le noyau que dans le disque. Ces phénomènes s'expliqueraient par la température,
qui est voisine de 108
K, supérieure à celle qui règne dans le noyau du Soleil et la densité
du milieu (env.0.03 à 0.06 protons/cm3)
qui correspond à une pression près de 1000 fois supérieure à celle
mesurée dans le voisinage du Soleil ! Dans de telles conditions, le gaz
émet des rayons X qui pourraient se transformer en "vent
galactique" s'il n'est pas confiné dans le champ magnétique.
Malgré
cette grande concentration de matière, peu d'étoiles s'y forme,
probablement en raison de l'intense dispersion qui se produit au sein des
nuages moléculaires. La masse de Jeans de ces nuages atteint 106
M¤,
ce qui signifie qu'une liaison gravitationnelle ne peut se produire qu'au
sein de nuages extrêmement massifs, tels Sgr A et Sgr B2. Des mesures
permettent également d'estimer que les nuages de gaz présents dans le
noyau de la Voie Lactée se seront diffusés avant leur effondrement.
Cette diffusion peut s'étendre sur cent millions d’années[9]. La
région couvrant les 30 pc centraux (100 a.l.) fait preuve d'une activité très
exotique. Dans un espace réduit à 0.3° d’arc se trouve cinq sources
de rayonnement intense dont l'une est baptisé "Sagittarius A".
Elle se divise en deux composantes, Sgr A East et Sgr A West. La première
s'étend sur 3' (8 pc) et présente un spectre non thermique
vraisemblablement entretenu par le rayonnement des supernovae. Sgr A West
est plus petite (2 pc). Au centre de cette structure s'agglomère quelque
5 millions d'étoiles sur 3 années-lumière ! Sa cartographie en proche
infrarouge (2.2 et 10 mm)
a permis d'y déceler une vingtaine de sources d'émission dont certaines
éjectent des filaments longs d'une trentaine de parsecs. Ce
environnement est vraiment très suspect et suscita l’intérêt de
nombreux chercheurs.
A l'intérieur du parsec central les étoiles jouent un rôle gravitationnel primordial. Dans cette région les étoiles sont tellement proches les unes des autres que les collisions, y compris des effets de marées sont suffisamment fréquents pour éjecter dans le milieu interstellaire d'énormes quantités de gaz. Cette région contient 3 sources très intenses, IRS7, IRS11 et IRS16 qui couvrent une surface de moins de 20" d'arc. L'une d'elles, IRS16 considérée tout un temps comme le centre de la Voie Lactée, se trouve à environ 1" (0.04 pc) à l'Est de Sgr A* et couvre 3 années-lumière. Elle représente une masse d'environ 10 millions de soleils. Elle émet un rayonnement radioélectrique thermique, typique des régions HII. IRS16 a été résolue en une vingtaine de composantes compactes. Il s'agirait d'un jeune amas d'étoiles contenant soit des étoiles superbleues géantes soit des étoiles proche du stade Wolf-Rayet en train de perdre leur masse (jusqu'à 10-4 M¤/an) en libérant des gaz à la vitesse prodigieuse de quelque 1000 km/s (3.6 millions de km/h).
Au centre de cette région le plasma est porté à 35000 K et le rayonnement devient non thermique, irradiant l’espace de rayons cosmiques sur lesquels se superpose un effet synchrotron provoqué par d’intenses champs magnétiques. Les filaments de plasma chauds découverts dans cette zone ont été corroborés par les observations radios du réseau interférométrique VLA. On a ainsi découvert une structure connue sous le nom d'"éperon galactique". Elle s'étend sur plus de 60 pc et est constituée de filaments magnétiques parallèles entourés de matière ionisée[10]. Son origine n’est pas encore élucidée mais elle est probablement liée à la présence d'un objet très massif., peut-être un trou noir. Prochain chapitre
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