Quand l'univers se limite à la Voie Lactée

Les amas ouverts (VII)

Hormis les régions HI et HII, les étoiles de la Voie Lactée présentent des sujets très jeunes, les amas ouverts, associations d'étoiles jeunes des classes O, B, A  fierté de la Population I. Citons pour mémoire l'amas des Hyades de la constellation du Taureau, l'amas M44 "Praesepe" de la constellation du Cancer et l'amas M45 des Pléiades parmi les plus remarquables.

L'astrophysicien Dave Latham de l'Université d'Harvard, spécialisé dans la dynamique des étoiles binaires et des galaxies proches nous rappelle qu'il existe suffisamment de preuves aujourd'hui témoignant que les étoiles se forment dans le disque de la Voie Lactée bien que sa durée de vie soit un facteur contraignant[20]. Nous pouvons observer des amas ouverts de tout âge dans le disque, les uns à peine formés, les autres ayant 5 ou 10 milliards d'années et représentant les étoiles les plus brillantes de la Séquence principale qui ne sont pas encore totalement consumées. Mais les amas ouverts ne contenant que très peu d'étoiles vis-à-vis de leurs cousins globulaires, ils peuvent plus difficilement interagir et un doute subsiste sur leur phase terminale en regard de l'âge de la Voie Lactée.

Les amas ouverts ne contiennent que des étoiles, sans matière interstellaire (région HI). Seul le très bel et jeune amas des Pléiades s'entoure de nébulosités ionisées par les étoiles bleues proches qu'il a conservé depuis sa formation il y a 80 millions d'années. Ce magnifique amas situé à 390 a.l. dans la constellation du Taureau mérite quelques instants d'attention. Le spectre des étoiles les plus brillantes de cet amas est du type B6 à B8, ce sont des étoiles bleues. Toutes présentent une grande vitesse de rotation, oscillant entre 150 et 300 km/s à l'équateur, soit près de 6 fois supérieure à celle du Soleil[21]. En 1938 Otto Struve découvrit que l'étoile Pléione (28 Tauri) tournait si rapidement sur elle-même qu'elle rejetait une bulle d’hydrogène. Il est vraisemblable qu'un processus similaire a formé les nébuleuses de réflexion visibles tout autour de ce magnifique amas d'étoiles.  

Les amas ouverts, boîtes à bijoux du cosmos

Ci-dessus deux splendeurs du ciel d'un diamètre apparent aussi vaste que la Lune : l'amas des Pléiades M45 et la nébuleuse de la Rosette NGC2237 sur laquelle se superpose l'amas ouvert NGC2244. Ci-dessous le scintillant amas NGC1818 et M103. Document AA6G, ATT, NASA/STSCI/HST et KPNO. Cliquer sur les images pour les agrandir.

La compacticité de l’amas des Pléiades est un bon sujet pour tester l’acuité visuelle de chacun. La plupart d'entre nous distinguons 6 étoiles. En 1579 Maestlin recensa 11 étoiles et selon Kepler certains observateurs en notèrent 14. Depuis l'invention du télescope leur nombre n'a cessé de croître et en 1921 l'astronome Trumpler évalua ses membres à 246 étoiles. Mais on retrouve des étoiles appartenant à l'amas des Pléiades sur plus de 3°, si bien que son surnom est tout à fait approprié.

Les effets dynamiques qui se développent dans un amas ouverts sont tout différent de ceux d'un amas globulaire. La principale raison est liée à leurs positions respectives, les amas ouverts étant situés au sein même des galaxies. Les étoiles sont liées par la gravitation et chaque individu suit le mouvement général du groupe. Sur quelques centaines de millions d'années, l'aspect du groupe restera sensiblement identique. En étudiant leur mouvement propre nous pouvons localiser un point de convergence à quelques degrés de l'amas, mais il s'agit d'un effet de perspective car en réalité toutes les étoiles d'un amas ouvert voyagent de conserve, sur des trajectoires parallèles.

Tous les amas ouverts n'obéissent pas à cette loi. Il est facile de comprendre que des effets de perspective peuvent provoquer la superposition de plusieurs groupes d'étoiles indépendants. C'est ainsi que l'amas Praesepe, M44 est constitué en réalité de 4 groupes d'étoiles distincts.

Ouvert mais globulaire

Ce magnifique amas ouvert, NGC1850 est perdu dans la constellation de la Dorade à deux pas du Grand Nuage de Magellan. Malgré son apparence extrêmement compacte il doit son classement parmi les amas ouverts en raison de la dynamique qui anime le groupe mais aussi en raison de la présence de nombreuses étoiles jeunes et bleues. Document composite du HST/ESO/ESA/NASA.

Les amas globulaires

A l'opposé nous trouvons des membres de la Population II, les amas globulaires, dont le plus connu sous nos latitudes, M13 dans la constellation d'Hercule se situe à 25000 années-lumière de la Terre.

D’aspect sphérique, sortes de globules flottant parmi les constellations, les étoiles constituants un amas globulaire sont en moyenne séparées les unes des autres de 0.5 a.l. Les plus denses[22] rassemblent environ 105 M¤/pc3. Cette très forte densité de population incita les radioastronomes à envoyer vers M13 leur premier message aux extraterrestres dans le cadre du programme SETI, le message envoyé sous forme d'impulsions radioélectriques ayant plus de chances ici qu'ailleurs d'être capturé par une éventuelle civilisation vivant dans cet amas. La prouesse technique fut renouvelée une génération plus tard. 

Les amas globulaires ne contiennent virtuellement pas de poussières ni d'étoiles jeunes. Le plus brillant d'entre tous est Oméga Centaure, NGC 5139. Il brille dans l'hémisphère Sud comme une étoile un peu floue de magnitude 4.2, avec une coloration jaune verdâtre (classe spectrale F7). Situé à 18000 a.l., son diamètre apparent est voisin de celui de la pleine Lune !

A gauche M13 photographié par Ray Gralak avec un télescope RCOS de 250mm f/9. A droite Oméga Centaure photographié par Astrooptik avec un astrographe Zen optics de 400mm f/8.

Ainsi qu’en témoignent les quelque 200 amas globulaires qui peuplent la Voie Lactée, M13 se trouve en dehors du plan de la Galaxie, dans une zone sphérique centré sur le noyau dénommée le "halo galactique". Son rayon, corrigé de l'absorption interstellaire est d'environ 50000 a.l. Les plus proches se situent à quelques années-lumière du noyau. Ce halo fut mis en évidence dès 1918 par Harlow Shapley et nous retrouvons cette structure autour de la plupart des galaxies.  

A partir des lois de la mécanique céleste, les astronomes ont découvert que la quantité de matière contenue dans ce halo est équivalente à la masse des étoiles de la Voie Lactée, bien qu'une partie non négligeable de cette matière ne soit pas visible. Autour d'une galaxie géante, telle la galaxie "Sombrero" M104 dans la constellation de la Vierge, le halo peut contenir jusqu'à 10000 amas globulaires. 

Quelques uns parmi les 509 amas globulaires recensés dans M31 par le CFHT sont accessibles aux amateurs. Leur magnitude oscille entre 13 et 15 et ils présentent presque tous un aspect stellaire. Les plus brillants ressemblent à une petite tache de quelques secondes d'arc (< 10"). Leur observation nécessite un télescope d'au moins 250 mm d'ouverture (ou 125 mm avec amplificateur d'image) et de très bonnes conditions atmosphériques.

Amas globulaires dans les galaxies extérieures

A gauche le halo de la galaxie M104 contient environ 10000 amas globulaires, l'une des plus grandes concentrations connue. Presque chaque petit point de la périphérie est un amas globulaire ! A droite Mayall2 (G1) l'amas globulaire le plus brillant visible dans la galaxie M31. Situé à 2.5° au SO du noyau de M31, il contient quelque 300000 étoiles. Il est accessible aux télescopes d'au moins 250 mm d'ouverture observant dans de très bonnes conditions. A première vue il ressemble à un système triple de magnitude 13.7. Avec un peu d'attention vous constaterez que l'étoile centrale est un peu floue et s'étend sur environ 10". Documents VLT et NASA/U.Columbia/Carnegie Observatories.

Les amas globulaires sont, semble-t-il, presque aussi vieux que les galaxies qu'ils entourent. Agés de plus de 10 milliards d'années, ils contiennent entre 100000 et 1 million d'étoiles âgées jaunes-oranges en fin d'évolution.

Dave Latham nous rappelle que cette hypothèse est soutenue par au moins trois arguments observationnels :

- Les amas globulaires sont dispersés tant au-dessus qu'en-dessous du plan de la Voie Lactée, et ont donc dû se former avant la condensation des gaz et des poussières qui formèrent le disque Galactique;

- Les éléments lourds que l'on a trouvé dans les atmosphères stellaires des amas globulaires sont déficients d'un facteur 10 à 100 comparés au Soleil, indiquant que les étoiles de ces amas ont appartenu à la première génération d'étoiles, formée avant même que les composés bruts n'aient été enrichis par la nucléosynthèse, précédent l'apparition des étoiles massives;

- Enfin, les étoiles massives se trouvant sur la Séquence principale des amas globulaires se sont toutes consumées, donnant à ces amas un âge d'au moins 12  milliards d'années.

Les amas globulaires renferment également des étoiles variables. M15 (NGC 7078) contient même une nébuleuse annulaire. Rappelons qu'en 1988, les radioastronomes ont confirmé que les amas globulaires contenaient également des étoiles binaires et des pulsars, principalement M15 et 47 Tucana. Des pulsars millisecondes ont été découverts dans M28[23] et certains amas globulaires contiennent même des pulsars X, issus vraisemblablement de systèmes binaires dont l'un des membres a perdu son atmosphère au profit du pulsar. Ce transfert de masse finit par provoquer l'émission d'un rayonnement X pulsé.  

M15, NGC 7078 avec à droite un gros plan sur son noyau. Situé à 30600 a.l. il présente un diamètre de 130 a.l. Il renferme des étoiles variables, une nébuleuse planétaire et quelques étoiles bleues et chaudes. Son noyau émet également un rayonnement X intense peut-être provoqué par l'interaction d'un trou noir avec des étoiles proches. Document NASA/STSCI/HST et NASA/UCO/Lick Obs./UC Santa Cruz.

Grâce aux simulations informatiques, des développements récents basés sur l’évolution des modèles de King-Michie suggèrent que la vie des amas globulaires n'est probablement pas aussi sereine qu'on l'imaginait jusqu'à présent. Les étoiles évoluant autour du noyau sur des orbites fortement excentriques, les orbites stellaires peuvent interagir et évoluer au cours du temps[24]. Tantôt à l'écart de l'amas, les étoiles se retrouveront quelques millions d'années plus tard très près du noyau.

On a estimé que sur une période d'un milliard d'années, les perturbations stellaires provoquaient une modification de la trajectoire des étoiles voisines de l'ordre de 90°. Il est de même apparu que la plupart des amas originellement compacts ont été désintégrés par ce mécanisme, dispersant les étoiles dans la halo de la Voie Lactée. L'univers existant depuis environ 15 milliards d'années, la plupart des étoiles d'un amas globulaire sont parvenues à un état d'équilibre gravitationnel. Certaines étoiles ont été éjectées en dehors de l'amas tandis que les forces gravitationnelles qui se développent dans son noyau ont provoqué sa contraction. En quelques milliards d'années, il finit par s'effondrer provoquant ce que l'on appelle une "catastrophe gravothermique". A ce jour, 20% des amas globulaires ont subi une telle contraction. Ce faible nombre pourrait s'expliquer par le transfert de l'énergie nécessaire à cet effondrement vers les systèmes binaires et les étoiles proches. Les couples se rapprocheraient un peu plus, sans entraîner d'effets particuliers, mais ils stopperaient la contraction des amas.

Enfin S.Tremaine et J.Ostriker[25] de l’Université de Princeton ont également suggéré à partir de mesures effectuées sur M31 que si les amas globulaires atteignaient une densité de 1010 M¤/pc3 à une distance inférieure à 0.02 pc (4000 UA) du noyau d’une galaxie, ils seraient attirés vers lui par la friction dynamique. Mais à l’heure actuelle aucun amas ne présente ces caractéristiques.

L'étude des interactions stellaires dans un amas globulaire nous rappelle une nouvelle fois, le rôle important de la gravitation dans la stabilité des systèmes multiples.  

A gauche M80, NGC 6093, est situé à 28000 a.l. Il serait âgé d'environ 15 milliards d'années et contient des centaines de milliers d'étoiles. Noter la présence d'étoiles jeunes et bleues au centre de l'amas, une catégorie d'étoiles que l'on rencontre rarement dans ce type d'amas. M80 vit l'explosion d'une nova en 1860. Cliquer sur l'image de droite pour lancer une animation (Mpeg de 2.8 MB) effectuant un zoom sur 47 Tucana (en bas de l'image, à gauche du LMC), passant progressivement de la lumière blanche au rayonnement X sur les dernières images. Documents NASA/STSCI/HST et Chandra.

Les Nuages de Magellan

Lors de sa course autour du monde en 1519 le navigateur Fernando Magellan découvrit, perdues parmi les étoiles de l'hémisphère sud deux petites taches floues à la limite de la perception visuelle séparées l'une de l'autre d'environ 22°. Nous savons aujourd’hui qu’il s'agit de deux petites galaxies irrégulières satellites de la Voie Lactée situées à environ 180000 a.l. du noyau.

Le Grand Nuage de Magellan (LMC en anglais) s'étend sur plus de 10° (mais environ 5° à l'oeil nu) et contient quelque 20 milliards d'étoiles géantes, pour la plupart jeunes et chaudes des classes O et B.

Pratiquement tous les objets de notre Galaxie sont représentés dans les nuages de Magellan. Le Grand Nuage de Magellan contient environ 2000 étoiles variables, plus de 400 nébuleuses brillantes dont la célèbre nébuleuse de la Tarentule (NGC 2070) qui vit l'explosion de la supernova de Sanduleak en 1987. Il contient 65 nébuleuses annulaires, d'innombrables amas ouverts et globulaires, un pulsar ainsi que des régions de matière obscure. Au total on a recensé près de 900 objets et les découvertes se succèdent.

Ainsi en 1996 des astronomes participant au projet OGLE de l'Université de Princeton et observant à Las Campanas au Chili ont découvert dans le Grand Nuage de Magellan une première confirmation de l'existence des MACHO, ces objets sombres qui peuplent les galaxies et qui pourraient participer à la matière sombre de l'univers. Ce thème qui fait encore couler beaucoup d'encre sera développé dans le dossier consacré à la cosmologie.

Le Petit et le Grand Nuages de Magellan photographiés par Akira Fujii. Filé et suivi de 15 et 13 minutes respectivement.

Quelle est la morphologie du Grand Nuage de Magellan ? En 1955 Gérard de Vaucouleurs de l'Université d'Austin dressa une carte photométrique du Grand Nuage de Magellan. Celle-ci révéla la présence d'un noyau pratiquement circulaire à partir duquel s'étendait plusieurs petits bras spiraux. Depuis, le Grand Nuage de Magellan est classé parmi les galaxies spirales barrées, SBm. Son compagnon, le Petit Nuage de Magellan est plus discret et plus diffus. Sa forme contraste fortement avec l'amas globulaire 47 Tucana situé à quelques degrés de distance.

A gauche le Grand Nuage de Magellan brille à la magnitude 0.1. Remarquer à droite la nébuleuse de la Tarentule (en rose). A droite le Petit Nuage de Magellan de magnitude 2.3 et l'amas globulaire très compact 47 Tucana, NGC 104 à sa droite. Documents AAO.

Les deux galaxies sont reliées entre elles ainsi qu'à la Voie Lactée par un pont diffus de matière contenant des régions HI et une population jeune d'étoiles bleues[26]. La Voie Lactée et les deux Nuages de Magellan forment ainsi un système multiple en interactions dont les effets gravifiques réciproques modifient insensiblement mais constamment l'évolution. Cette configuration n'est pas exceptionnelle et nous trouvons d'autres exemples de ce type dans le ciel, comme la galaxie d'Andromède M31 ou celle des Chiens de Chasse M51 qui s'entoure également de galaxies satellites.

A discuter de galaxies et nous situant à présent en lisière de l'espace profond, profitons-en pour nous éloigner de la Voie Lactée et partir à la découverte des autres galaxies et des entités plus étranges encore qui peuplent l'univers.

A consulter :

Au-delà de la Voie Lactée

Retour aux Notions d'astronomie

Page 1 - 2 - 3 - 4 - 5 - 6 - 7 -


[20] R.Mathieu et T.Mazeh, Astrophysical Journal, 326, 1988, p256.

[21] La vitesse équatoriale du Soleil est de 48 km/s. Il fait une rotation sur lui-même en 25 jours environ.

[22] C.Peterson et I.King, Astronomical Journal, 80, 1975, p427.

[23] A.Lyne et al., Nature, 328, 1987, p399.

[24] J.Zahn, Annales d'Astrophysique, 29, 1966, p313 - J.Zahn, Astronomy and Astrophysics, 57, 1966, p383 - J.Zahn et L.Bouchet, Astronomy and Astrophysics, 223, 1989, p112.

[25] S.Tremaine et J.Ostriker, Astrophysical Journal, 196, 1975, p407.

[26] M.Mathewson et al., IAU Symposium 108, 1984, p125 - W.Kunkel et al., Nature, 318, 1985, p160.


Back to:

HOME