Impressions de voyage
Jean-François |
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Ce
fut un beau voyage.
Dans
un beau pays que nous n'aurions probablement pas visité si le 29 mars
dernier, le soleil n'avait pas projeté sur lui l'ombre de la lune.
Ecrivant
cet article plus de six mois après l'évènement, mon impression générale
est celle d'avoir fait un rêve où se mêlaient des paysages magnifiques,
des fous du volant, des nuits étoilées, des cités romaines, avec au
milieu l’éclipse, instant très court, unique et presque magique.
Quelques
autres impressions sont aussi gravées dans ma mémoire.
Impressions
touristiques.
Tout
d'abord, il y a le désert. Le désert c'est beau et c'est varié. Il y a
le désert totalement plat, avec rien sauf quelques cailloux, et c'est
impressionnant cette surface bordée par un horizon droit sur 360°. Dans
d'autres lieux, le désert est parsemé de reliefs érodés, genre
Monument Valley mais sans John Wayne. Et vraiment le plus beau, le plus
enchanteur, c'est le désert avec les dunes de sable et les vagues dessinées
par le vent, à perte de vue.
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Pas
de désert sans les touaregs. Il paraît que ça veut dire « abandonnés »
en arabe. Et bien, c’est nous qui dépendons totalement d’eux pendant
quelques jours : ils savent s'orienter quand pour nous il y a bien peu de
repères, ils connaissent les pièges qui pourraient immobiliser les 4x4,
ils savent gérer l’eau et la nourriture. Ils sont les rois et ils le
savent. Bon, cela ne nous empêchera pas de tomber en panne d'essence, de
nous ensabler, et de perdre pendant quelques heures la moitié du
groupe…
Les
libyens sont plutôt amicaux et ils ont mis en place une organisation pour
accueillir et canaliser le flot d'étrangers venus pour l'éclipse. Ca
nous a d'ailleurs valu de payer une taxe spéciale pour entrer dans le
pays, plus une autre pour pénétrer dans la zone de l'éclipse. Notre
organisateur local a eu les yeux plus gros que le ventre et ne maîtrise
pas toujours sa propre organisation. Une sorte de commissaire politique
nous accompagne tout au long de notre périple. Le guide suprême de la
nation veille sur nous et délivre ses messages à chaque carrefour sur
des affiches 4m par 6m (sauf dans le désert).
Il
y a enfin les sites romains gigantesques du bord de mer (Sabratah et
Leptis Magna) avec des vestiges dans un état de conservation exceptionnel
: jusqu'à très récemment, ils étaient encore à l'abri, enfouis dans
le sable.
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Impressions
fortes
Le
premier jour où nous embarquons dans les 4x4, nous sommes des aventuriers
avec nos chauffeurs, notre guide et nos cuisiniers : le désert est à
nous et notre but est d'atteindre la région du Waw an Namus, là où la
main de l'homme n'a jamais mis les pieds, et réputée pour ses moustiques
géants.
Le
deuxième jour, nous nous apercevons que nous devons partager le désert :
un millier d'autres aventuriers ont eu la même bonne idée que nous. Du
coup, ça tourne au Paris Dakar et ça stimule beaucoup notre chauffeur,
le fameux Mohammed, qui se sent pousser des ailes : 110 km/h sur la piste
et dans le 4x4, légèrement inquiets, Eliane, Serge, Françoise et moi.
Mohammed, ayant également des talents de mécanicien ainsi que le sens de
l'entraide, décide d'aller porter secours à un véhicule resté en arrière.
Nous nous retrouvons donc pendant un bon moment à remonter à pleine
vitesse et à contre courant
la meute des 4x4 qui se dirige vers le Waw an Namus : l'inquiétude se
transforme en peur. ça
serait quand même stupide de percuter un autre 4x4 dans un désert où la place ne manque pas ! Mohammed s'en aperçoit
et il règle le problème : « Toi pas avoir peur, Mohammed
meilleur chauffeur du désert ». Bon, on est rassuré...

Le
véhicule à dépanner était trop cassé et nous accueillons à notre
bord un américain qui restera avec nous quelques jours…
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Impressions
nocturnes
Premier
bivouac dans le désert et première nuit d'observation. Je découvre la
lumière zodiacale, sorte de pollution lumineuse naturelle qui monte à
l'ouest dans un triangle haut de 40° : jusqu'ici, j'en avais juste
entendu parler et je n'imaginais pas une taille et une intensité
pareille. Et je découvre un peu plus tard des constellations nouvelles :
je suis l’observateur débutant qui voit des tas d’étoiles mais pas
encore les lignes qui les relient pour former des constellations :
Poupe, Voile, Carène, Centaure, Loup, Croix du Sud. Et les constellations
de chez nous, celles qui ont des lignes, elles ont une autre orientation ou elles sont à une hauteur
inhabituelle, se montrant sous un nouveau jour. Quelques télescopes sont
sortis et nous plongeons dans les nébuleuses et les amas.
Pas
de lampadaires mais pas non plus un ciel totalement noir : le sable a un
bon pouvoir réfléchissant et nous le constaterons également pendant la
phase de totalité de l'éclipse.
Les
télescopes de voyage, alias les Strocks, démontrent leur portabilité et
les images sont superbes : les tailleurs et tailleuses de miroirs ont fait
du bel ouvrage. Le gros 400 nous apporte des images très lumineuses; il
est un peu plus long à mettre en œuvre mais c'est un exploit que de
l'avoir amené jusque là et de le trimballer dans le désert !
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Impressions
aarrgglll....
Les
secondes qui précèdent l'éclipse font monter la tension. Les astronomes
amateurs qui se sont préparés pourtant depuis longtemps sont maintenant
très fébriles et les cris fusent : « moins 10 secondes ! »,
« regardez les ombres volantes ! », « l'ombre arrive sur
nous ! », « C'est pas vrai ! », « Mamma mia ! »,
et j’en passe....
La
seconde où la totalité s'établit et où apparaît la couronne solaire,
grande et majestueuse, j'ai les jambes coupées, comme en août 1999 : on
a beau savoir ce qui va arriver, le choc est là ! Fort de ma précédente
expérience, je n'avais d'ailleurs prévu que de regarder et de ne tenter
aucune manip type photo ou autre : j'en aurais été incapable (du genre
à rester le doigt paralysé sur le déclencheur...).
Les
4 minutes de totalité sont en dehors du temps : je sais bien que je suis
en train d'observer un phénomène naturel dont l'explication est très
rationnelle, mais mon côté irrationnel (si si, nous en avons tous un)
prend le dessus et le spectacle surpasse la science. En plus, dans le désert,
avec la vision des autres coiffés de leurs chèches et affairés derrière
leurs instruments, et en l'absence d'autres espèces animales, il est
assez facile de se convaincre que nous sommes momentanément sur un autre
monde. Je ne sais pas si tous mes sens sont opérationnels, mais je
n'entends plus de cris – Serge ne parle plus, Marthe a cessé de crier,
Pierre ne chante plus...Bon, ils doivent être occupés à observer la
couronne. Et
puis, il faut malheureusement que ça se termine : « Quoi ! Déjà
quatre minutes ? Vous êtes sûrs ? ». Quand je disais qu’on était
hors du temps.
Encore
sous le charme mais un peu triste. Sentiment d’accomplissement et
hommage au calcul scientifique : ça s’est passé à l’heure prévue
et à l’endroit annoncé. Heureusement d’ailleurs, mais ça m’épate
toujours.
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Impressions
vie commune
Nous
avons mené une expérience de communauté pendant une semaine, embarqués
pour une même cause, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, ça a
été bien sûr le partage des émotions et des rigolades. Le pire, il n'y
en a pas eu et la bonne ambiance a bien tenu, si je mets à part une
crispation croissante du groupe devant le comportement de notre guide pas
tout à fait réglo. Tous dans le même bateau, confrontés à la résolution
de problèmes pratiques comme trouver un petit coin pour aller faire pipi
dans un désert bien plat et bien désert, avec la fatigue des heures de
car puis de 4x4, avec les horaires quasi militaires du bivouac. Tous
embarqués dans un bateau duquel il était de toute façon exclu de
descendre, un bateau dans lequel nous ne serions peut-être pas montés si
on nous avait expliqué les détails, mais finalement ravis d’avoir été
de l’aventure.

Nous partîmes quatorze et, malgré un certain
tour opérator,
Nous nous vîmes toujours quatorze en revenant
à l’aéroport.
Sur
les quatorze, quatre n'étaient pas des fondus d'astronomie mais je crois
qu'ils purent voir des choses que bien des astronomes amateurs n'ont
jamais vues après de nombreuses années de pratique.
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