14 petits princes et une éclipse
Marthe |
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Une
éclipse totale de soleil est une expérience…bouleversante. J’ai
assisté pour la première fois à ce miracle de la mécanique céleste en
août 1999, et je ne m’attendais absolument à pas voir ce à quoi
j’ai assisté !
Je
me souviens de la lumière bleue électrique juste avant la totalité, et
puis de cette chose là haut, qui scintille d’une façon inexplicable,
c’est à la fois coloré, à la fois d’un noir d’encre. Le contraste
entre cette brillance et ce noir était saisissant.
C’est
logiquement l’idée que je me faisais de celle du mercredi 29 mars 2006,
10h16 T.U, en Libye… avant de la voir… J’étais
aussi impatiente de fouler la Libye et son désert que de voir l’éclipse.
L’éclipse était un peu un rêve lointain, presque quelque chose de
surnaturel, un moment éphémère, mais le Sahara, lui, existait déjà,
« ici » et maintenant.
Aussi
loin que je me souvienne, j’ai toujours rêvé de voir un jour le
Sahara. J’imagine que le Petit Prince de Saint-Exupéry y est pour
quelque chose. J’avais en tête ces images de dunes, d’espace et de
silence telles des photos de beaux livres. Aussi incroyable que ça puisse
paraître : c’est bien la réalité !
Il
y a des endroits, non loin des villes, ou les boites de conserves, vieux
pneus, sacs plastique partout jonchent le sol, donnant une impression de
pauvreté et d’abandon, mais « à milles milles de toutes terres
habitées », il n’y a rien d’autre que le sable, la roche, le
vent. |
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L’heure
Libyenne : un concept
Première
chose étonnante quand on arrive dans l’aéroport de Tripoli :
l’attitude du personnel : ils sont très cools. Les agents fumaient
derrière leur guichet, les cravates défaites, le geste nonchalant. Le
monsieur qui devait contrôler nos bagages nous regardait d’un œil
glauque. En France, les employés se feraient rembarrer pour ce côté désinvolte,
c’est là qu’on se rend compte qu’on est quand même très coincés et
que la culture d’entreprise est plutôt écrasante. Mais contre toute
attente, l’arrivée s’est très bien déroulée.
C’est
fou comme ce qu’on peut considérer comme « normal » peut-être
remis en cause quand on débarque dans un pays que l’on ne connaît pas.
On nous avait prévenus qu’il nous faudrait s’adapter à « l’heure
Touareg» sans trop savoir de quoi il s’agissait. On a appris, et on a
bien été obligé de s’adapter, bon gré mal gré. Ce qui a engendré
du bon et du moins bon car il est difficile de différencier ce qui est
vraiment habituel là bas de ce qui se fait parce que nous, touristes, y
sommes. En quelque sorte c’est un chat de Schrödinger libyen. Ce qui
nous a valut à plusieurs reprises quelques tensions et même coups de colère !
Est-ce qu’on devait se fâcher ? Suivre la musique sans broncher ?
Négocier ?
La
palabre est un sport national là bas, on discute sans arrêt, on dit oui,
on dit non 5 minutes après pour que finalement ça s’arrange…ou pas.
A la fin, n’y comprenant rien, et par découragement aussi, on prenait
les évènements comme ils venaient, avec même un certain relâchement,
ce qui a permit d’expérimenter malgré nous le « carré de
l’Hypoténuse » comme dit Pierre : en fin de séjour, à deux
heures du mat, après un vol éprouvant de Sabha à Tripoli et 2 télescopes
abimés par une suite d’évènements démentiels, on a prit un bus et
fait 100 km plein Sud au lieu de plein Est, comme Nasser notre guide Français,
nous avait annoncé : « pour se rapprocher », de notre
visite du lendemain. N’en jetez plus la coupe fut pleine ! Il était
3 heures du mat et les voyageurs se sont fâchés, des mots de colère ont
fusés dans le hall de l’hôtel, des personnes de l’autre groupe
Volcano se révoltaient, le pauvre Jacques-Marie Bardintzef,
accompagnateur officiel de ce groupe, semblait un peu découragé. De
notre côté, même colère, même combat ! Ce fut le boycott de la
visite du lendemain ! Mot d’ordre : Gros Dodo et rendez vous
à 11h00 dans le hall de l’hôtel le lendemain, à bas le réveil à
7h00 et tant pis pour la visite de Leptis Magna !
Détail
de l’état d’esprit du moment : certains des copains, effondrés
dans les fauteuils du hall d’hôtel, hilares de fatigue, remplissaient
les habituelles fiches d’hôtel avec créativité : dans la case
« profession » Manu était devenu instituteur, tandis que Rémi
était garçon vacher !
Je
suis obligée de sourire en repensant à ce genre d’épisodes, avec le
recul, c’est très drôle !
Pas
d’horaires fixes, pas de tableau d’affichage dans l’aéroport, ni même
d’horloge, pas de réelle organisation visible, rien de certain, rien de
vraiment cadré, une façon de faire très différente de celle qu’on
applique en France, ça prend beaucoup plus de temps et advienne que
pourra, c’est ça « l’heure libyenne » !
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Le
temps : relativité restreinte dans le désert
Là
bas, on ne compte pas en kilomètre, mais en heure et on revoit très à
la baisse l’estimation des parcours et du temps passé aux bivouacs.
On
pourrait croire que quand il n’y a pas d’obstacle, on avance vite…
mais la quatrième dimension est toute particulière en Libye…
C’était
un vrai Paris-Dakar, toutes ses voitures se suivaient sur la longue piste
qu’on voyait jusqu'à l’horizon par endroit. Mais nous n’avons
renversé ni tué personne…
Les
incroyables péripéties seraient trop longues à raconter, mais ce qui
nous a tous surpris, c’est la débrouillardise des chauffeurs. Que
n’ont-ils pas réparé au milieu de nulle part !
Pneus,
frein, fuite, courroie et même…embrayage !!! C’était époustouflant.
On s’arrêtait toutes les demi heures quasiment, parfois même tous les
¼ d’heures pour réparer une panne, la nôtre, ou celle de notre
convoi, ou encore celle des autres convois…Les maîtres du sable
parvenaient toujours à réparer, sans inquiétude apparente alors que
nous nous rongions les ongles à l’idée d’être en panne dans le désert.
A
la fin, nous ne frémissions plus que d’admiration à chaque nouvelle
panne réparée.
Manu,
Rémi et moi étions dans la voiture de tête, avec le très sympathique
Slimane, qui aimait bien taquiner Dugari, homme ouvert mais mystérieux,
sans que le policier qui nous accompagnait ne prononce un mot…
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On
était très admiratif de notre chauffeur. Slimane a dans le sang et dans
les yeux tout le mystère de ces grandes étendues… que voyait-il ?
que regardait-il ? à quoi se repérait-il ? Mystère et boule
de gomme. Il était le seul « vrai » touareg du groupe, c’était
le chef des chauffeurs, et nous n’avons jamais senti les tensions qui,
parait-il, existaient entre les chauffeurs libyens et algériens… même
pas quand Slimane a semé les autres chauffeurs un fameux jeudi soir qui
restera dans les annales…quand bien même dans la voiture, on ne
saisissait pas ce qu’il se passait. Nous avions fini par faire une
confiance contrainte en la capacité de notre convoi à ne pas se perdre
les uns les autres. Slimane, Dugari et nous ne parlions pas la même
langue, pas même l’anglais et nous n’avions de mot en commun que
« Allah », « choukrane », et « c’est joli » !
De
temps en temps on se courrait après : un chauffeur s’arrêtant pour
aider un autre convoi, puis un autre repartait à sa recherche et nous
faisions alors demi-tour, pour revoir passer l’un des nôtres en sens
inverse. Parfois ça devenait comique, mais sur le coup pas tellement….
Il
faut dire que nous avions conscience du temps qui filait, des kilomètres
qui restaient à parcourir pour se rapprocher de cette fichue bande de
totalité. Nous n’étions en rien maître de quoi que ce soit. Nous étions
complètement dépendants du bon vouloir des membres de l’équipe avec
qui nous voyagions, puisque la seule personne apte à « prendre les
commandes » n’était pas dans la voiture de tête. Mais de bons vouloirs, ils en étaient pleins ! Ils
conduisaient toute la journée, et préparaient les repas, le midi et le
soir, le chargement des voitures, ils
dormaient moins longtemps que nous, vivaient les longues journées…avec
le sourire. Rythme effréné qu’en tant que travailleurs, nous
n’aurions surement pas accepté.
Partout
ou nous sommes passés sur cet itinéraire aux paysages si brusquement
changeants, nous avons rencontré de nombreux « check points ».
Tout s’est toujours impeccablement passé. Une liste de nos noms dûment
tamponnée était distribuée par le chef de police qui nous accompagnait.
C’était très bizarre, ces baraques déglinguées au milieu de rien
avec ces militaires en jogging et mitraillette sur la hanche. Souvent ils
nous saluaient amicalement, et on était trop content de leur rendre leur
salut ! On est copains hein ??!!
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A
chaque fois les militaires et les chauffeurs s’apostrophaient avec de
grands gestes et à grands éclats de voix et, une fois passée la fausse
impression qu’ils s’engueulaient, on se demandait : « mais
ils se connaissent tous ou quoi ??? » !
Réflexion
très révélatrice. Ce sont des gens qui ont un naturel très chaleureux,
un tempérament familier entre eux, et quand je les regardais, je sentais
toute ma froideur occidentale me peser…
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Analyse
des couleurs : décalage vers l’Orient
A
tout moment, les Libyens nous ont toujours très bien accueilli, avec
beaucoup de curiosité comme à Tripoli, ou Cyril, Franck, Manu et moi ne
passions pas inaperçus. Après la visite de la Médina, Nasser nous a
« lâchés » dans la nature et c’est avec un grand sentiment
de liberté que nous nous sommes promenés dans la ville. Nous y avons découvert
un magasin pas croyable de petits gâteaux de toutes sortes qui se
vendaient au kilo ! Cyril nous en a acheté ainsi que pour les
copains le lendemain, jour de notre retour vers la France. Il avait
pressenti que ce serait une journée un peu dure et un peu triste, et que
quelques douceurs l’attendriraient sûrement.
On
osait à peine s’approcher des bâtiments qui éveillaient notre
curiosité mais on nous y encourageait timidement. Nous sommes entrés
dans un grand patio ou 2 énormes et magnifiques figuiers occupaient le
centre. Un jeune homme accompagné d’un petit garçon nous a abordé
avec beaucoup d’enthousiasme et encore plus quand nous lui avons dis que
nous étions français ! Ce fut un échange très plaisant surtout
que le bonhomme était très bavard et a tenté de nous expliquer en
anglais comme il aimerait visiter notre pays et en parler la langue !
Et puis un autre monsieur s’est greffé à notre groupe et après nous
avoir demandé where do we come from ? et avoir appris que nous
étions frenchs, il nous a tranquillement parlé de l’endroit ou nous nous trouvions…en français !!! Nous étions un peu
ahuris et charmés par ce monsieur d’allure très professorale. Le lieu :
un ancien orphelinat qui fut un temps utilisé comme geôle pendant la
colonisation italienne… pour preuve le trou dans le sol, de quelques mètres
carrés ou femmes, enfants, vieillards étaient enfermés pendant des
jours, sans lumière, sans réelle nourriture, et sûrement sans beaucoup
d’espoir non plus…. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais j’avais
honte en regardant ce trou… |
Ce
qui m’a aussi étonnée à Tripoli, c’est de voir ces magasins de
fringues pour femmes : robes de soirées traditionnelles, ou tout à fait
européennes, ou avec beaucoup de strass. Avec aussi des vêtements de
tous les jours dignes de nos ados ou jeunes femmes d’ici…alors que le
peu de femmes que nous voyions dans
la rue était voilées. En tant que nana française me baladant à
Tripoli, je ne savais quelle attitude adopter. J’étais en tee-shirt, on
était tous les 4 beaucoup regardés, mais je n’ai jamais senti
d’animosité.
La
Médina de Tripoli était fascinante, le souk plein d’artisans, des
couleurs partout, du bruit, des gens qui discutent beaucoup, des tapis,
objets, cuivres... Nasser m’a aidé à négocier deux roses des Sables,
j’ai tenté d’attirer son attention sur les peaux et ivoires vendus
dans ce souk, issues de braconnages. Les fossiles magnifiques qu’on
ne peut ni ne doit acheter sous peine d’encourager les trafics et le
pillage archéologique de ce pays.
Franck
s’est fait raser par un barbier d’état, c’était très
amusant…pour nous qui regardions en tout cas ! Nous avons aussi eu
la chance de visiter une église orthodoxe et, grand honneur, une mosquée.
Magnifique de finesse, de persiennes délicates et de peintures subtiles.
Le monsieur qui garde la mosquée nous a ouvert son domaine, nous avons eu
une opportunité rare et nous en avons saisis la portée, au regard de
leurs convictions et idées.
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Mesure
de température : la chaleur humaine
On
en a eu plein les yeux de ce voyage, de ce pays, de ces déserts et
paysages, et pour ma part, plein le cœur aussi.
J’ai
été conquise par ces gens généreux. On s’arrêtait dans une épicerie
et Dugari ou Slimane nous rapportait des amandes et des cacahouètes, des
bananes ou de l’eau, ou même du parfum !
Alors
que nous remontions avec grand peine les flans noirâtres du cratère du
Waw an Namus, alors que je pleurais ma mère et me demandait quelle idée
saugrenue j’avais eu de descendre sans penser à la remontée, alors que
je commençais presque à me sentir mal, je lève les yeux, et je vois
Slimane, courir vers nous, dans un flamboiement de « sari »
jaune, tel un ange, une bouteille d’eau à la main….Je lui crie :
« Stop Slimane, arrête toi, tu vas devoir tout remonter !! » Mais il continue vers nous avec un grand sourire, pour nous offrir
de l’eau !
Je
serais vraiment très curieuse de savoir comment ils nous percevaient,
nous occidentaux. Est-ce
qu’on leur a apporté quoi que ce soit à part nos
applaudissements nourris quand Slimane, par exemple, se désensablait les
doigts dans le nez, le chèche entre les dents avec son petit sourire
malicieux…C’était un drôle de bonhomme qui avait eu la gentille
attention de mettre sa photo sur le tableau de bord de façon à ce que
ses passagers puisse quand même le voir alors qu’il leur tournait
toujours le dos !!! En
de nombreuses occasions, j’ai été surprise de la générosité des
Libyens, dans leur attitude, dans des petits gestes, des cadeaux ou des
attentions.
Comme
ce jour ou j’ai du rester au campement pendant que les copains
visitaient l’Erg Awbari, je revenais de prendre une douche (la veinarde !),
et prévoyais de m’effondrer sur un lit dans une cabane tellement j’étais
naze. Un plateau m’attendait à côté du lit. Plein de dattes, de gâteaux
et de jus d’orange, déposé là par Mohamed, le jeune cuisinier. Je ne
pouvais rien en prendre mais c’était une attention tellement gentille!
Je sentais Dugari particulièrement curieux et désireux de partage, il
aimait bien « discuter » et posait plein de questions, on
s’entendait bien ! On n’a jamais trop su qui il était dans ce
groupe, il me faisait l’effet d’un touriste libyen de la ville.
Nous
avons aussi partagé le périple avec les fameux Denver’s Brothers que
nous avons « recueillis » avec leur guide Brian, alors
qu’ils étaient en panne. Deux frères américains, Jeff et Allan, qui
faisaient un très grand voyage : après l’Afrique, l’Europe ! |
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On
a comparé avec Jeff nos impressions sur la fameuse virée nocturne du
mardi soir, entre le Waw an Namus et la bande de totalité. Nous avons réussi
à nous rendre sur le lieu prévu à l’arrache et en se fâchant un
peu. Nous aurions eu largement le temps d’arriver au point P avant la
nuit si on n’avait pas perdu un temps fou en attentes et palabres
inutiles. La nuit est tombée et on a compris que l’on ne bivouaquerait pas sur la bande de totalité si on ne prenait pas carrément les
commandes du convoi. On a donc roulé, avec l’aide du GPS, sans presque
rien voir de la piste, pendant 40 kilomètres. La lumière des phares
semblait absorbée par le sol sombre, et au-delà, c’était le noir
d’encre, on n’avait aucune image de l’endroit que l’on traversait.
C’était très tendu.
J’avais
cette impression de route de nuit avec de part et d’autre une forêt de
sapin. On en discutait Manu, Rémi et moi, et bizarrement, on avait tous
les trois cette même impression ! Le lendemain, on en parle à Jeff,
et lui nous dit qu’il avait eu l’impression de rouler au milieu des
canyons du Colorado, bizarre esprit humain !
Le
frère de Jeff, Allan, nous avait époustouflés lors de la soirée passée
autour du feu avec nos hôtes. Ils avaient fait chauffer du thé et
avaient chanté des chansons dont tous reprenaient les refrains, ils
avaient dansé aussi et raconté des histoires de femmes chauves, folles
et de leur pauvre mari commun ! C’est une soirée que je
n’oublierais pas. Nous avons du à notre tour donné un aperçu de la
culture française. Nous avons chanté Frère Jacques en canon à 6 voix !
Ensuite nous avons expliqué que lors des mariages français, quand
certains ont un peu trop bu, on dansait parfois : la danse des
canards ! Un peu d’autodérision ne fait pas de mal, j’espère
qu’ils ont compris que c’était pour rigoler, sinon, bonjour la réputation
des français ! Allan, lui, a entamé une danse endiablé à la Mickaël
Jackson, qui nous a tous beaucoup fait rire. Et puis, il s’est mis à
chanter et c’est une voix d’ange qui s’est élevée au milieu de
notre silence recueilli et ému…
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Ce
fut une belle expérience aussi pour cette dimension humaine, également
au sein du club.
Le
voyage fut plus que mouvementé. Il fut par moment éreintant physiquement
et à la longue assez éprouvant pour les nerfs. C’est amusant comme
parfois sous l’effet de la fatigue, les choses vous paraissent un peu démesurées.
Il y a eu des tensions en particulier avec notre guide, ce qui est fort
dommage, mais malgré ça, alors que les esprits s’échauffaient par
moment, nous sommes restés soudés...
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Je
ne sais ce qu’il se passait dans les 4X4 des copains, mais dans le nôtre
on s’amusait bien. Nous n’avons jamais eu à souffrir d’une conduite
à la « one again » ou façon « escargot » de
notre chauffeur, contrairement à d’autres copains. Je me souviendrais
longtemps d’un fou rire irrépressible de Rémi. Alors que la fatigue
avait raison de lui, son imagination est partie en vrille à propos des
talkies qu’avait à sa disposition Nasser (d’une portée de…quelques
mètres !). Je revois encore Rémi : pas rasé, les cheveux en
bataille et se frottant les yeux en commençant à rire. Le moment n’était
pas idéal car nous nous étions ensablés. Slimane s’énervait et
commençait à perdre patience de ne pouvoir sortir le 4X4 de là. Mais
une fois Rémi lancé, on
n’arrivait plus à l’arrêter. Slimane s’énervait, Rémi riait.
Pire, la contagion s’est étendue! Avant de succomber à mon tour,
j’ai bien cru que nous avions perdu Rémi! et nous voilà partis tous
les trois à rigoler, comme des demeurés, à en avoir les larmes qui
coulent toutes seules, à en avoir mal aux côtes.
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Le but de la manœuvre
: l’éclipse
Rien
n’est à oublier dans cette aventure. Particulièrement dans cette journée
du mercredi 29 mars. Une journée vraiment spéciale. Le moment de l’éclipse
reste pour moi complètement hors du temps. Toute la préparation, les
instruments à installer, l’impatience et en même temps cette peur que
ça aille trop vite, l’impression de n’être jamais assez prête, que
quelque chose va rater, ces moments là, je m’en souviens. Mais les 4
minutes et 06 secondes inscrites en lettre d’or dans mon esprit, alors là,
je ne saurais jurer de rien…
Tout
se déclenche d’un seul coup, d’une seconde à l’autre la totalité
sera là. On a attendu, des années, des mois, des jours, des heures et
des minutes et c’est LE moment ou la Lune recouvre totalement le soleil,
on lève les yeux. On a à peine eu le temps de voir l’ombre arriver,
les ombres volantes danser et s’éparpiller sur le sol comme des créatures
étranges qui fuient on ne sait quoi, la lumière disparaît presque alors
qu’on baignait dans une ambiance d’orage bleu, le crépuscule s’étale
sur l’horizon, à 360°, mais que ce passe-t-il ??? Et puis ça y
est : l’Eclipse. Elle brille, elle scintille et à travers les
jumelles la couronne, autour d’un soleil complètement méconnaissable.
Elle flamboie, elle ondule, ce n’est pas une image, ça bouge. Et puis
la Lune ne semble pas totalement noire mais plutôt d’un pourpre
profond. Et tout autour il n’y a plus rien, les oreilles et l’esprit
se ferment à tout ce qui n’est pas ça ! Le cœur risque
d’exploser, l’émotion est très intense. L’esprit tourne en rond et
répète « c’est beau c’est beau c’est beau c’est tellement
beau ! » On oublie où on est, qui on est, on est perdu, on
fonctionne en automate. On a beau savoir ce qui se passe là haut, ça
parait incompréhensible ! et d’un seul coup une perle de lumière
aveuglante et le soleil réapparait…déjà ???!! non, non pas déjà !!!!
c’était 4 minutes et 6 secondes, c’est super long normalement !!!
Là, tout retombe, et on émerge doucement en regardant autour de soi,
sans trop rien voir, comme en léger état de choc ! Ouf. Purée.
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Après
quelques égarements, commentaires et partage de ce qu’on a vu, on se prépare
pour la suite. Il faut refaire les bagages, ranger en essayant de se débarrasser
de ce sentiment qu’on a du louper un truc, que ça ne peut pas être déjà
passé après toute cette longue attente rêvée…
Mais
on est encore là, dans ce beau pays, avec des gens sympathiques et le
voyage n’est pas fini !
Le
soir de l’éclipse, on a bivouaqué dans un paysage merveilleux, des
dunes de sable fin d’une extrême douceur. Le sol était jonché de
fossiles étonnant et qui semblaient anachroniques, pas du tout à leur
place : des huitres dans le désert ??Comme
un ultime au revoir, le soleil s’est couché derrière une dune en nous
offrant un autre cadeau, inespéré: un rayon vert, comme un dernier
soupir. Quelle belle journée.
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Des expériences inédites :
le ciel
Le
lendemain on repart à pied, droit devant. C’est grisant tout cet
espace, sur des centaines de kilomètres…comme on est petit, comme le désert
est beau et calme.
On
a eu droit à une vraie surprise aussi, dès la première nuit, dans le
bus : la lumière zodiacale tellement intense qu’elle nous gênait
ensuite pendant les observations. Par contre, on attendait de pied ferme
ce dont on avait parlé à maintes reprises, depuis si longtemps :
les objets du sud.
La
fameuse Croix à peine levée (je la coche), Eta Carène que je ne suis même
pas sûre d’avoir reconnue (je la coche quand même !) et bien sur :
Oméga du Centaure ! Monstrueux amas, visible à l’œil nu et qui réduit
notre M13 à une tache sur l’oculaire. Je n’en revenais pas ! (je
le coche plutôt 2 fois qu’une !) à qui le tour : ah oui bien
sur : la Galaxie du Centaure, magnifique cette bande d’absorption
(je la coche aussi ouuaaaiiiisss !!!) et puis Orion, la nébuleuse,
dans laquelle, je perçois dans le trapèze, (malgré l’incrédulité de
certains !), les couleurs d’une étoile double, difficile à séparer.
Que
de richesses nous avons reçu pendant ce voyage et de petits cadeaux
inattendus :
Une
fois, je discutais avec Nasser, et je vois passer devant moi : un
papillon ! Là en plein désert, à je ne sais combien de kilomètres
de rien, il passe devant nous, tranquillement, à quelques centimètres !
du coup je m’arrête de parler, le regarde passer, incrédule, et me
tourne vers Nasser : « T’as vu là ? un papillon !?.
Tu l’as vu ou j’hallucine !!?, Mais il va où là ? »
et quand la conversation reprend, et à peine une minute plus tard, sur le
même trajet : un oiseau passe devant nous ! C’était complètement
loufoque ! Tout de suite j’ai imaginé que l’oiseau était à la
poursuite du papillon et qu’on en rencontre si peu qu’il n’allait
pas le laisser filer celui là !!!
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Une dimension supplémentaire :
l’âme
Que
de moments ou nous n’avions pas d’yeux assez grands pour contempler
tant de beauté : le désert, le ciel, l’éclipse.
Ce
ciel avec son inénarrable profondeur, que j’ai contemplé, une nuit,
froissée de sommeil, alors que tout le monde dormait et qu’il n’y
avait que le silence. Ces immenses paysages ou l’horizon seul arrête le regard et qu’on a l’impression que le cœur
gonfle d’aise de tout cet espace, les poumons se déploient, l’esprit
s’échappe. Les couleurs, nuances d’ombre et lumière, les courbes
douces de la mer de dunes. Le temps qui file, et ce n’est pas bien
grave. Cette liberté que l’on sent aussi chez les membres de l’équipe
des chauffeurs.
Quel
merveilleux pays, quel magnifique désert, le Sahara…
Saint
Ex avait raison d’aimer le désert, et d’en faire le décor d’une
belle histoire. Là bas je me suis sentie comme un Petit Prince à la découverte
d’un monde. Et quand j’observais notre petit groupe, je nous voyais
tous un peu comme 14 Petits Princes, à la poursuite d’une éclipse.

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Un dernier mot…
Ça
fait du bien de voir autre chose que sa propre « culture », ça
requinque le cœur, l’esprit et ça fait prendre du recul sur sa façon
privilégiée de vivre. J’ai fait un test d’empreinte écologique sur
le site WWF :
http://www.wwf.fr/s_informer/calculer_votre_empreinte_ecologique
Bien
que je me sente écolo dans les tripes, j’ai été atterrée de voir le
résultat : si tout le monde vivait comme moi, il nous faudrait 2.5
planètes Terre comme la nôtre pour subvenir aux besoins de tous. Qu’en
est-il des Libyens ?
J’ai
eu du mal à revenir en France, du mal à reprendre « une vie
normale ». J’ai senti ça chez pas mal de copains. Je crois
qu’on a tous laissé un peu de nous là bas, à nous maintenant de
cultiver ce qu’on en a rapporté…
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