Une série de poses devant les photographes ravis et l'on retourne
à ses craintes sérieuses et concentrées.
Là les médias commencent à manquer de
versatilité. Il faudrait enregistrer tout azimut: La luminosité qui
chute, le froid qui tombe, le ciel qui vire de l'azur au violine,
l'horizon qui se fige dans des roses tendres et des jaunes diffus, le sol
qui se grise et les ombres volantes qui courent sous vos pieds, les
angoisses qui agitent de plus en plus vite les pensées et la respiration
qui s'accélère. Tout voir! Ne rien oublier! Ne pas s'affoler! Ne pas
passer trop de temps! Le diaphragme! L'appareil photo! Le vent! La poussière! ...
Comment transcrire le temps astronomique
inexorable et le bouillonnement des pensées? Peut-être en filmant
ensemble la marche des aiguilles d'une montre et la course de celles de l'électro-encéphalogramme
qui tapent sur leurs butées. Déjà les spectateurs s'étranglent de hurlements.
C'est un bon moment pour des prises de son rares quand l'émotion dévisse
les cordes vocales. Mais c'est aussi maintenant les derniers clignotements
du Soleil qui attirent l'oeil tel un stroboscope. Alors les pensées,
comme dans un mouvement de foule, sont aspirées toutes ensembles. La
montre est arrêtée, l'électro-encéphalogramme est plat, et le scanner
sans contraste. Les oreilles se ferment, le champ visuel rétrécit sous
l'effet d'une sur-oxygénation du sang et les bras pendent sans
gouvernement. La tête s'ordonnent vers une seule direction, elle ne
laisse plus passer qu'une priorité: Contempler ce qui passe, attendre ce qui va venir, accepter toute
cette beauté et abandonner le reste.
Au milieu des têtes vides des
hurlements précédents, creuses des mouvements qui les meublaient à
craquer, caverneuses de tous ses cognements préalables: La couronne
solaire se déploie dans l'espace
libéré. Majestueuse! Silencieuse! Douce! Ignorante des spectateurs! Elle
s'étire voluptueuse, se gonfle telle la voile dans le zéphire, avale le
champ de vision, dilate la pupille comme un excès de stupéfiant et
mobilise tous les sens à sa seule contemplation. Tout juste laisse-t-elle
un soupir d'extase s'évader d'entre les lèvres.
Dans l'anesthésie de toutes les volontés
dominées, la couronne solaire explose au ralenti directement dans la mémoire... dans les
rêves: Forme insaisissable pour le cerveau, détails innombrables pour
l'oeil, impalpable
transparence lumineuse comme du cristal éclairé de l'intérieur. C'est déjà
un souvenir, un frémissement des neurones, une respiration parmi les alizés,
un sourire parmi les joies, l'ombre d'un ange au milieu des colombes. Les
poètes pourraient-ils tenter de s'approcher d'une bonne description de
« ça » ! ?