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Ca a été l'aurore

30-31 octobre 2003

Guillaume

 

Les meilleures choses arrivent souvent sans prévenir. En voici un exemple flagrant où 3 insomniaques de Magnitude 78, pris d'une soudaine envie d'aurore, ont vécu l'une des plus belle nuit de leurs vies.

 

Le jeudi 30 octobre au soir, la France est occupée par une armée de nuages qui campent fermenent sur tout le territoire. Toute ? Non. un petit village résiste encore et toujours à l'envahisseur. En Vendée, à Treize Septiers, mon ami astronome amateur Jean-Jacques n'en croit pas ses yeux : le ciel s'est dégagé ! Et que voit-il au-dessus de sa tête ? Une incroyable aurore boréale ! Ce n'est pas vraiment une surprise. les équipes scientifiques chargées de la surveillance de l'activité solaire qui émettent les bulletins d'alerte de tempête solaire annonçaient pour cette nuit la 3ème aurore la plus puissante jamais enregistrée !!! Mais la fiabilité des prévisions n'est pas de 100 % et il y a toujours une part de doute. A coup sûr le tout premier témoin du phénomène en France, il décide rapidement de prévenir les copains et je reçois un coup de fil vers 22H30. A Guyancourt, c'est le déluge. Informé via les listes de diffusion de la forte probabilité d'une aurore boréale, je n'y crois pas du tout, découragé par la météo.

La réussite de Jean-Jacques me donne une motivation à tout casse. Il faut dire aussi qu'il a vite trouvé les mots pour me faire comprendre qu'il ne fallait pas rater ça. Il avait depuis longtemps été convenu avec lui et d'autres amis amateurs que celui qui verrait une aurore devait appeler les autres immédiatement pour les prévenir, à n'importe quelle heure. Il a tenu son engagement !

Le problème majeur à Guyancourt est encore en train de tomber sur les toits : la pluie et encore la pluie. J'essaie alors de consulter les sites météo sur Internent pour tenter de localiser rapidement un site où le ciel est dégagé. Problème : ceux que je connais ne réactualisent pas assez vite leurs images pour me renseigner efficaceement. J'appelle donc Franck, que je sais être en train de faire la même chose. bingo ! Il m'envoie droit sur un site que je recommande désormais : www.theyr.net. Les images et les prévisions sont mises à jour toutes les heures de sorte qu'à une heure ou deux, on a une idée précise de l'état du ciel.

Là, c'est la surprise : un croissant sans nuages allant de la Vendée à la Seine-Maritime en pasant par Le Mans et Angers semble progresser vers l'Est. Ca explique comment Jean-Jacques a pu déclencher l'alerte.

Ma décision est vite prise : je tente le tout pour le tout. Je vais partir en direction de Rouen pour tenter de trouver un bout de ciel dégagé loin des lumières de l'Ile de France. Avant ça, j'appelle à mon tour les copains susceptibles de se lancer dans ce coup de folier et c'est Marthe qui trouve en elle l'inconscience nécessaire pour cette aventure. Franck, qui est bien assez fou comme ça, s'est motivé tout seul et garde le contact avec nous.

 

A 22H30, je quitte mon appartement et file illico presto retrouver Marthe qui attend sous la pluie devant chez elle. De son côté, Franck qui habite Val de Reuil, près de Rouen, part lui aussi en reconnaissance. Lancés sur l’A13 à plus de mach 2 dans la ZX, Marthe et moi tâchons de ne pas perdre courage en regardant à travers les essuie-glaces le ciel jaune des nuages éclairés par les lampadaires de St Germain en Laye alors qu’il est déjà minuit. Bon sang, il faut vraiment en vouloir pour y croire ! Le pire vient des coups de fil de Franck qui sillonne lui aussi les routes et ne voit presque pas d’étoile. A un moment, au bout d’environ trois quarts d’heure, Marthe et Franck distinguent simultanément et sans se le dire au téléphone une pâle lueur à l’Ouest, entourée de nuages. Sur le moment nous doutons tous mais avec le recul, il s’agissait certainement de notre toute première vision de l’aurore, un peu à notre insu. Mais ce soir là, nous avons du culot à revendre. Confiants en notre bonne étoile, nous ne nous dégonflons pas et allons jusqu’au bout pour retrouver Franck près de la sortie n°19, c’est-à-dire à deux pas de chez lui car c’est là qu’il a enfin trouvé un bout de ciel dégagé, mais point d’aurore.

Pauvre Franck, il vient de faire 100 bornes avant de revenir finalement à la case départ ! Devant l’hôtel « les primevères » et sous un ciel qui laisse entrevoir quelques étoiles brillantes, nous décidons à 3 de nous fixer sur un site. Franck en propose un qu’il suppose adapté avec un horizon dégagé et pas de lumière au Nord, là où doit se trouver l’aurore et là où Jean-Jacques l’avait vue 2H30 auparavant. Sur place à 1H du matin et toujours sous un ciel majoritairement couvert, nous scrutons longuement le ciel autant que nous le pouvons sans céder au découragement.

A 1H30, sans doute à cause des effets cumulés de la fatigue et de mon inexpérience en la matière (Franck est le seul à avoir déjà vu une aurore en Finlande), j’interprète mal les lueurs rouges en direction de Rouen que je prends pour des nuages bas éclairés par des lampadaires. Il faut dire que le vent persistant fait changer le ciel en permanence. J’ai été complètement trompé par l’effet de perspective. Je prenais les nuages jaunes pour le fond de ciel et les lueurs rouges pour des nuages !

 

 

Erreur !!! C’est Franck qui s’en aperçoit le premier : « Eh ! Mais c’est ça !!! Elle est là !!! ». Au moment où ma motivation baissait, la voilà qui arrive enfin : l’aurore boréale que j’attendais depuis 15 ans !!! C’est à peine croyable, nous sommes au bon endroit et au bon moment ! Le succès est au rendez-vous ! Nous nous mettons dans un état tel que seuls ceux qui ont vu un rayon vert à St Véran connaissent. Avec un âge mental descendu brutalement à 4-5 ans, nous nous émerveillons du spectacle car le ciel se dégage de plus en plus et au bon moment. Des cris de joie retentissent, tant le pétage de plombs est complet !!! On dirait vraiment une aurore car le ciel est rouge comme si le soleil allait se lever en pleine nuit !!!

N’y tenant plus, Marthe saisit son téléphone pour sonner Emmanuel sans succès puis Brigitte qui avait renoncé à nous suivre 3 heures plus tôt. A tour de rôle nous faisons notre possible pour lui faire vivre l’événement et lui indiquer en direct où regarder pour tenter de l’apercevoir à St Quentin en Yvelines. Pas de chance pour elle, c’est la purée de pois qui règne là-bas. La pauvre, nous lui avons gâché sa nuit !!!

Plus le temps passe, plus le phénomène prend de l’importance et nous distinguons les premières stries verticales qui se déplacent presque à vue d’œil. Des zones plus vertes apparaissent ensuite ainsi que des sortes de virgules, comme des bas de rideaux qui ondulent très lentement au-dessus de nos têtes. Petit à petit, l’aurore prend presque un tiers du ciel, de l’horizon Ouest à l’horizon Nord-Est en frôlant le zénith qu’elle atteindra un peu plus tard. Les mots nous manquent pour exprimer les émotions ressenties dans un moment pareil avec ces lueurs dont l’éclat et la position changent constamment. Franck, le mieux organisé de nous, prend des tas de diapositives dans une improvisation totale. Il croise les doigts pour les réussir. Marthe et moi n’avons que nos yeux et c’est déjà tant ! Aucun regret en ce qui me concerne. Je me rabats sur cet article en guise de souvenir. C’est un spectacle très animé d’environ une heure provoqué par les particules du puissant vent solaire. En orbite, les astronautes de l’ISS doivent être cloîtrés dans leur compartiment blindé, à l’abri des dangereuses radiations qui nous ébahissent sur Terre. J’ai une pensée pour eux qui risquent leur peau à 400 km d’altitude quand nous sommes à l’abri au sol.

 

Photo de Franck Trophardy

 

Vers 2H30, c’est la fin. Les lumières s’éteignent et nous guettons sans succès une éventuelle reprise du phénomène. Le retour sous la pluie nous ramène à la raison et aussi chez Franck, à deux pas du site, pour y savourer quelques petits gâteux et boire du génépi que je réservais pour les grandes occasions comme celle-ci. Le temps d’une photo souvenir à 3 et Marthe et moi repartons pour Guyancourt vers 3h du matin, non sans jeter un dernier coup d’œil au ciel qui nous pleut dessus !


Même si nous avons u petit peu forcé notre chance, je reste stupéfait par le succès de cette nuit-là. Organisés dans l’improvisation la plus complète, nous avons malgré tout réussi notre unique tentative au prix d’une nuit quasiment sans sommeil. Les réseaux d’observateurs sont, je crois, indispensables pour tenter de telles observations. Puisqu’il faut saluer un vrai travail d’équipe, je ne pense pas que j’aurais vu cette splendide aurore sans l’appui de mes amis astronomes amateurs. Ils aident à trouver la motivation et les renseignements météo nécessaires pour ne pas hésiter à aller se placer au bon endroit et au bon moment.


Merci à eux !!!

Terminons par cette réaction à chaud de Marthe, le lendemain, sur la liste de diffusion du club : « OUUUAHHHH !!!!!!!EPOUSTOUFLANT !! BOULVERSIFIANT !! MERDE ALORS !!!!! superbes, les grandes virgules bleuâtres, les stries blanches, cet embrasement rouge pas croyable, la hauteur, l’amplitude de 120-140° !! Incroyables !!! Je suis complètement naze, j’ai les yeux qui brûlent, le cœur qui bat un peu vite ce matin à cause de moins de deux heures de sommeil, mais j’ai la tête dans les nuages !!!!! Allez, ce soir, on se la refait, hein ?!! »