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Premier quartier en Normandie...

Serge

 

Lors du beau week-end de la Pentecôte, nous avons fait un p’tit tour dans le Cotentin, pays du beurre AOC et des vaches bouseuses.
Tout d’abord, nous sommes allés dans la baie des Veys, vastes étendues sauvages de prés salés où la frontière entre terre et mer est bien floue. En fin d’après midi, je remarque un beau premier quartier de lune déjà assez haut dans le ciel. L’idée me vient d’observer plus attentivement notre satellite alors que nous sommes encore en pleine journée. Je monte le T250 et malgré une turbulence assez marquée, je constate déjà une bien belle image.
En scrutant méticuleusement le terminateur, je repère un petit cratère à la bouille sympathique. On dirait une tête de bonhomme avec le nez, les yeux et les oreilles. C’est le cratère Cassini, de 75 km de diamètre, dans la région nord de la lune. Après quelques douzaines d’huîtres et une bonne platée de coques fraîchement péchées, arrosées comme il se doit de l’incontournable muscadet sur lie, j’entreprends un dessin du cratère en question. C’est la première fois que je me lance dans ce genre de d’exercice. La vision est évidente, simple au premier abord car lumineuse et très contrastée, mais elle fourmille de détails.

 

 

Il faut d’abord faire une mise en place générale avant de pousser la définition plus loin.Je m’aperçois vite que c’est un exercice bien délicat. Il faut respecter les proportions, les orientations, les contours, les nuances de la multitude des divers éléments. Il est très important de bien reproduire la forme exacte  des ombres. Je remarque leur lente évolution au cours du temps.  C’est de ce travail que dépendra l’impression générale de relief. Une fois cette esquisse tracée avec le plus de précision possible, je place les divers tons de gris avec des crayons de plus en plus gras, et fini par les ombres franches au feutre noir. Je pourrai continuer encore et encore à fignoler, corriger, élargir le champ, ajouter des détails de plus en plus fins. Mais un peu las, je décide d’arrêter vers 1 heure du matin, ce qui représente entre 4 et 5 heures de dessin derrière l’oculaire. La douceur de la nuit et l’absence de condensation ont rendu cette observation bien plaisante. Je me promets de recommencer au plus tôt.
L’occasion se présentera le lendemain, dans les landes surplombant la plage de Vauville, juste sous le nez de Jobourg. Même scénario qu’hier, j’observe et commence à dessiner alors que le soleil n’est pas encore couché. Ce coup ci, c’est un ensemble de cratères imbriqués les uns dans les autres qui m’amusent. Les trois principaux évoquent une feuille de trèfle. De diamètre à peu près semblable (75 km), Cuvier est le plus uniforme à gauche alors qu’à sa droite, Licetus présente quelques petits cratères dans son arène. Enfin coiffant ces deux structures, le complexe d’Heracklitus d’un aspect tourmenté, accuse le poids des ans. De très nombreux impacts plus ou moins importants s’imbriquent les uns dans les autres. Ce paysage est déjà plus dense qu’hier et bien plus étendu. Le travail est le même, mais encore plus délicat du fait de l’étendue concernée.

 

 

En interlude, je jette un coup d’œil sur le soleil qui disparaît derrière les falaises du cap. Pour cela, j’utilise le télescope et filtre le surplus de lumière avec le filtre lunaire à double polarisant ce qui me semble bien suffisant. Je peux ainsi régler le degré de filtrage à mon souhait. Je remarque très tôt l’ovalisation caractéristique du soleil, généralement annonciateur du rayon vert. Les bords forment des ondulations mouvantes, et petit à petit, le limbe supérieur se met à franchement bouillir sous l’effet de la turbulence et devient d’un beau vert bien franc – le vert lumineux et saturé de l’arc-en-ciel - alors qu’il reste encore peut être un quart du disque visible. C’est la première fois que je vois cette configuration et le grossissement 100x n’est pas un luxe. C’est absolument invisible aux jumelles. Ce liseré restera jusqu’au dernier éclat de soleil et fera un vrai rayon vert. Joie !!!