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L'opposition martienne de 2005

Serge (2005)

 

Les lois de la mécanique planétaire m'ont permis de profiter pleinement de cette opposition martienne. La plante, situe dans la constellation du Bélier, est bien haute dans le ciel sous nos latitudes boréales. Son diamètre apparent, bien que n'égalant pas celui du record historique de 2003, atteint tout de même la taille respectable de vingt secondes d'arc au maximum de l'opposition. Ces deux conditions réunies font de 2005 un excellent cru qui ne se reproduira que dans quatorze ans. Autant dire qu'il ne faut pas bouder son plaisir, sortir les télescopes et s'exploser la rétine dans ce délicat exercice qu'est la haute résolution planétaire.

La méthode

Pour profiter pleinement de cet événement, je fais l’acquisition d’un oculaire Bader HYPERION de 5 mm et 68 ° de champ, d’un excellent rapport qualité prix. Il me permet d’atteindre avec la barlow un grossissement respectable de 500 x, soit deux fois le diamètre de l’instrument. J’utilise systématiquement un filtre orange n°21, ce qui améliore sensiblement les contrastes entre les diverses zones.
Il faut attendre que la planète atteigne une hauteur sous l’horizon assez notable. Une collimation aux petits oignons et une bonne mise en température de l’instrument sont les deux conditions sine qua non trop souvent négligées pour une bonne observation à haute résolution. Le fameux T250 va montrer tout le potentiel offert par son miroir.
En planétaire, il faut bien avoir conscience que la pollution lumineuse urbaine n’est en aucun cas une gène, bien au contraire. Brisons les tabous ! En effet, le fait d’avoir l’œil ébloui par des éclairages ambiants ou directs, excite nos bâtonnets et permet une bonne vision des couleurs. Cette remarque est valable aussi pour percevoir les délicates couleurs de certaines nébuleuses. De plus, notre iris se diaphragme notablement et ainsi, notre œil travaille dans de meilleures conditions, l’image observée gagne sensiblement en netteté. Pour remplir cette précieuse condition, j’ôte toutes les protections de ma lampe, filtre rouge et abat-jour. Je prends grand soin de m’installer bien face à un lampadaire public. Ainsi, je peux m'éblouir à souhait avant chaque coup d’œil à l’oculaire.


les observations

Mes premières observations en septembre sur le disque orangé sont décevantes. La planète est encore bien petite et ne présente qu’une surface très faiblement contrastée. Seule la brillante calotte polaire sud tranche sur le fond rosâtre mollement nuancé. Il faut dire que les premiers rendez-vous planétaires se produisent toujours en fin de nuit et que ce n’est pas forcément la période que j’affectionne pour sortir observer…
Ce n’est qu’au début d’octobre qu’enfin, à l’occasion du voyage en Espagne pour l’éclipse de soleil, je découvre véritablement la planète.
A cette date et cette heure, le Solis Lacus (SL) est la formation visible du moment. Ce gros œil noir est cerné en partie supérieure (vers le sud) d’un épais « sourcil » présentant des boursouflures régulièrement espacées, Chrysokeras (Ch). La partie inférieure est délimitée par une suite de faibles taches et traînées dont certaines représentent la fin du grand canyon martien, Valles Marineris (VM). Un formidable trou de turbulence m’a permis pendant quelques trop courtes secondes de plonger au cœur de ces fins détails. Ce sont ces instants magiques qui me font tant apprécier ce type d’observation. Je reviens de ce voyage avec mes premiers croquis (16).
Tout de suite, une remarque s’impose : ce merveilleux télescope m’offre les plus belles images de Mars que j’ai eu l’occasion de voir. Jamais la surface planétaire ne m’a parue aussi détaillée - sauf sur le T600 à Saint Véran mais c’est une autre histoire… La perception des couleurs change aussi. Pour la première fois, le disque planétaire me parait franchement rosâtre, et non jaune orangé comme auparavant. Le diamètre et la qualité optique font la différence et creuse l’écart avec la pourtant bien belle lunette apochromatique du club.
La série de dessins suivante (12 et 13) est faite quelques jours plus tard, à l’occasion de la « fête de la science » à Magny. La planète se rapproche de la Terre, son diamètre apparent augmente sensiblement, les contrastes s’affirment d’avantage. Ce sont maintenant les Sinus Sabaeus et Meridiani qui trônent au méridien. De très fins détails apparaissent sur cette spectaculaire structure en forme de pipe. J’ai une petite pensée pour le Rover Opportunity qui roule gaillardement dans ces contrées.

le rythme de croisière

Par la suite, pour ne rater aucune occasion d’observation, je laisse mon télescope monté à demeure dans mon garage. Dès qu’une opportunité se présente, je m’installe en deux minutes devant la maison. Ainsi, au grès des jours, les heures passées derrière l’oculaire s’accumulent et mon carnet de croquis grossit en conséquence. Je note la diminution et la quasi-disparition de la calotte polaire sud tandis qu’une grande couverture nuageuse s’installe à demeure au nord. Souvent, je remarque des brumes crépusculaires sur le limbe du levant ou du couchant (13 ou 14).
Je note des structures très ténues comme Elysium (El) (5, 6 ,7) ou la zone de Tharsis (Th) (1), je distingue des finesses, des détails dans les détails comme par exemple le grand bassin d’Hellas (Hl) (9, 10, 11).
Un soir clément, je reste plus de cinq heures à l’oculaire et fais ma plus longue série de dessin d’affilé (4 à 8). Je regarde défiler au fil des heures Mare Sirenum (MS) et les deux bandes obliques des Mare Cimmerium (MC) et Tyrrhenum (MT) et vois doucement se lever Syrtis Major (SM).
Un autre jour, les conditions d’observation sont très favorables et je me souviendrais longtemps d’un beau trou de turbulence sur Sinus Meridiani (SM) et le cratère Schiaparelli (Sc) bien rond (14 et 15). Il faudrait passer plus de temps pour noter tous autres les détails visibles à ce moment.
Le grand choc est ma première observation d’Olympus Mons (OM), le volcan géant du système solaire. Un nuage ou une couverture de givre le coiffe et le mettent en évidence (2 et 3).
J’attends avec impatience le plus beau portrait de la planète, celui qui figure sur les posters, avec la grande et sombre Syrtis Major (SM) - qui rappelle un peu l’Afrique – surmontée du bassin d’Hellas et partant sur le coté, le Sinus Sabaeus (10, 11, 12). Ce sera ma dernière série de croquis.
A la fin du compte, je me retrouve avec une vingtaine de dessins exécutés aux crayons de couleurs. Pour avoir un autre rendu, j’en reproduis une dizaine en utilisant la technique de l’aquarelle
.

 

 

Les planisphères

Enfin, pour finaliser ce travail, je réalise deux planisphères complètes, synthèse de l’opposition 2005. Tous les dessins sont scannés et séparés en autant de fichiers rouge, vert, bleu (RVB). Chacun reçoit un traitement numérique de cartographie avec le logiciel IRIS bien connu des astrophotographes. Il s’agit de transformer le dessin initial, qui est une projection sphérique, en une image obtenue par projection cylindrique. Ensuite, il faut recombiner chacune des composantes RVB pour obtenir un résultat en couleur. Enfin, les dessins sont assemblés précisément les uns aux autres pour couvrir le maximum de la surface planétaire. Seules les zones les mieux reproduites sont conservées dans ce beau puzzle. Il ne reste plus qu’à uniformiser les teintes et les nuances de chaque dessin pour avoir un ensemble homogène.


Cette année, j’ai le plaisir d’avoir couvert la totalité de la surface visible et de vous présenter ce travail.

 

Légende des dessins

Les deux chapelets montrent une rotation complète de la planète. Les croquis ne sont pas dans l’ordre chronologique de leur réalisation. Pour les mettre dans cet ordre, il n’y a qu’à apprécier la diminution de la calotte polaire sud ou  se référer à la liste suivante : 16, 12 et 13, 4 à 8, 14 et 15, 2 et 3, 1, 8 à 10.

Planisphère réalisé à partir des dessins à l’aquarelle.

Planisphère légendé réalisé à partir des dessins originaux aux crayons de couleur.

VM : Valles Marineris

SL : Solis Lacus

Th : plaine de Tharsis

OM : Olympus Mons

MS : Mare Sirenum

MC : Mare Cimmerium

MT : Mare Tyrrhenum

El : Elysium

Sm : Syrtis Minor

SM : Syrtis Major

Hl : Hellas

sS : Sinus Sabaeus

Sc : cratère Schiaparelli

sM : Sinus Meridiani

ME : Mare Erytheraeum