Retour au sommaire voyages Article de Serge Article de Natasha

Rêves de désert

Natacha

"Au bout de la patience il y a le ciel"

proverbe du Tassili n'Ajjer
 

Tassili N'Ajjer : la traversée fantastique

Depuis la France 4 h d'avion jusqu'à Djanet, belle oasis dans le Tassili n'Ajjer, proche de la frontière de la Lybie et du Niger, et une centaine de kilomètres en 4 x 4 suffisent pour se retrouver propulsé en plein cœur du désert algérien.
Un désert immédiat… un choc pour l'esprit mais encore plus pour le corps plongé dans un univers de sensations nouvelles.
La première nuit, en direct avec la voûte céleste, est époustouflante de beauté, les étoiles par milliers brillent avec une netteté inconnue sous nos latitudes et je m'endors, rêvant déjà aux observations futures.

Voyager dans le désert c'est découvrir la magie de sa lumière, se laisser envahir par l'immensité des dunes, se perdre dans les forteresses de pierres ou se reposer à l'ombre de quelque rare arbuste. Un voyage au Sahara est le meilleur moyen de se ressourcer. Au rythme des Touaregs, on oublie l'agitation des villes pour retrouver ses racines, accorder ses pensées à la simplicité de ce qui nous environne.

Fugue dans le Tassili n'Ajjer

"Magnitude 78" récidive. L'an passé l'expérience étant concluante, un groupe est reparti cette année du 5 au 13 janvier pour vivre le désert et observer le ciel. Je me suis inscrite pour participer à cette aventure.

Après avoir visité rapidement Djanet et supporté un vent de sable, ce début de semaine s'ouvre sur une belle échappée en 4x4 pour atteindre des massifs de pierres torsadées, érodées, taraudées, fissurées. Des tours et des champignons de grès aux formes fantastiques émergent dans l'immensité de cet univers minéral.
Jadis, les caravanes empruntaient les routes commerciales du désert pour le transport du sel à dos de chameaux, aujourd'hui quelques caravanes de marcheurs curieux s'aventurent dans ce paysage mythique. Quelle chance de pouvoir vivre cette expérience !

Chaque jour on alternera bivouac, longues balades à pied et trajets en 4x4 pour arpenter la Tadrart, une partie peu connue du Tassili n'Ajjer. Le matin, dès le réveil, je jette un coup d'œil hors de la tente : les étoiles indifférentes au froid résistent encore à l'aube naissante. Saluer le lever du soleil est toujours un moment magique, l'apparition de l'astre solaire prend une dimension quasi mystique.
Alentour les pics déchiquetés, crocs de pierres mordant le ciel, encore enveloppés de nuit, se réchauffent sous les premiers rayons. Ce jour-là le disque d'or se lève enfin sur le Ti-n- Merzouga, une montagne de sable.

Après un thé brûlant et quelques tartines grillées sur le feu de braises, quel luxe dans un désert ! les tentes sont repliées et nous partons. Cap vers les dunes de sable et les châteaux de grès.

 

Drapé dans son burnous lustré par le sable et le soleil, chech au vent, bâton rythmant la marche,  il avance sans effort. Le pas sûr et régulier, Ali, notre guide, nous escorte dans ce décor qu'il connaît dans ses moindres détails. D'un œil expert, Ali suit le faîte de la dune, choisit sa trajectoire avec soin et les uns derrière les autres, nous suivons sa trace. Parfois, dans les grands espaces, chacun va à sa guise, plongé dans ses pensées.

Nous semblons errer dans un chaos décapé par le vent et l'érosion qui ont façonné ce royaume de statues pétrifiées et ces fantômes immobiles. L'immensité de ces étendues de pierres, la beauté du relief avec ses éboulis de basalte invitent à la contemplation… Instants rares au cœur du désert.

 

Surpris dans sa quiétude, un lièvre surgit de la maigre végétation et s'enfuit à travers les touffes d'herbes. Le traquet à tête blanche ou "moula moula" l'oiseau porte-bonheur des Touaregs, chante et nous observe du sommet d'un arbuste tandis que lézards et marmottes filent se réfugier derrière les cailloux. Un chameau, victime des chacals, viscères à l'air, ne sera bientôt qu'un tas d'os.

A midi la halte près d'impressionnants rochers sertis dans un écrin de sable, rassemble le groupe et nos guides pour un repas froid dont les ingrédients, riches en couleurs, stimulent notre appétit. Moment convivial partagé sur une natte multicolore.

Repos de la mi-journée pour savourer le temps qui passe, la douceur de la température, l'immensité du lieu. Au gré de ses envies, on s'allonge sur le sable pour rêver, on suit des yeux une crête de sable qui monte vers le bleu du ciel, on ausculte le sol à la recherche de pointes de flèches ou de débris de poteries. On monte, solitaire, sur un piton de grès pour admirer le désert… son désert.

 

 

Une certaine sérénité m'envahit, la majesté des lieux m'enivre. Rester là encore et encore… mais c'est impossible, ma vie est ailleurs !

Il est temps de repartir, les 4x4 vrombissent pour passer de hautes dunes. Mohamed, Amine, Mustapha sont des as de la conduite mais le choix du parcours, la précision de la conduite ne souffrant aucune erreur, l'œil doit être  très sélectif sinon il faudra recommencer.

A nouveau des montagnes aux formes délirantes et des dunes de sable aux lignes si pures et si belles. Tous nos sens sont en éveil. Ici, Ali nous fera découvrir et admirer de belles peintures rupestres abritées sous la falaise : antilopes, bovidés, girafes, éléphants, cavaliers se côtoient dans une immense cavité, ailleurs ce sera une guelta emprisonnée entre des rochers, où viennent s'abreuver les animaux. La vie devait être très animée autrefois dans cette région.

 

Avec le soleil du soir, les ombres s'allongent à l'infini. Arrivé au bivouac, chacun s'affaire, choisit le meilleur endroit près du rocher, monte la tente pour passer la nuit. Pendant ce temps Abdul nous prépare le thé vert sur un petit feu de braises : gestes rituels et mille fois répétés. Très sucré, mousseaux, la tradition veut que chacun en consomme 3 petits verres. Il sera chaque jour accompagné de délicieuses dattes et figues sauvages.

Puis nous installons nos télescopes à l'abri du vent. Ces préparatifs nous absorbent jusqu'au moment où le soleil se prépare à disparaître derrière l'horizon. Vite, pour ne rien manquer du spectacle, il faut gravir le rocher le plus élevé : silence, sérénité face à cette nature splendide, sauvage et rude. Ça y est les derniers rayons et on flotte tel un bouchon sur un lac. L'imagination vagabonde. Mais… qui a vu le rayon vert ?

 

Après dîner, c'est le moment de partir chasser nébuleuses et galaxies : les télescopes nous attendent. La nuit est tombée sur le campement alors que la lune se lève, nous faisant cadeau d'une merveilleuse lumière cendrée. Il va faire froid, les Touaregs, eux, restent autour des braises. Quelquefois, poussés par la curiosité, ils viendront jeter un coup d'œil à l'oculaire et admirer les beautés nocturnes.

La semaine est terminée. Nous rentrerons avec dans le cœur mille souvenirs merveilleux, ayant partagé des moments intenses et la découverte du désert autour d'une même passion : l'astronomie.

Regarde les étoiles, l'heure est au recueillement

Ton voeu réalisé sous la voûte céleste.

L'immensité du désert

la beauté du firmament

attirent les chercheurs d'absolu.