Retour au sommaire voyages Article de Serge Article de Brigitte

Des magnitudiens au pays des tortillas

Brigitte

 

 

Arrivés quelques jours avant la date fatidique du 3 octobre 2005 dans un petit coin de l'Espagne bénie des dieux de la météo, à H-1 du début de l'événement, on se prépare à savourer le spectacle de cette éclipse annulaire tant annoncée. Serge et sa dame nous ayant rejoint 2 jours auparavant, nous nous installons au milieu des oliviers à la sortie du village de La Gila au bord d'un canyon, dans cette ambiance bien particulière que connaissent les astronomes partis chercher "le phénomène". Le ciel est d'un bleu azur très pur, et seule une petite virgule blanche s'étale vers l'est, mais visiblement rien de bien méchant pour nos projets.

La veille, nous avions défini nos plans de bataille respectifs : observations et photos.

Situation géographique (relevés gps) et circonstances locales de l'éclipse

Latitude : + 39°12 Nord - Longitude : + 1°22 Ouest

Durée phase centrale : 4 minutes

Maximum de l'éclipse : 09H01M41S (UT) - Obs 90.5 - g 0.969 - h 31 - a 307° (avec UT = temps universel, obs = degrés d'obscuration, g = grandeur de l'éclipse, h = hauteur du soleil et a = azimut).

1er contact : 7h41m27s - 2ème contact : 8h58m41s

3ème contact : 9h02m41s - 4ème contact : 10h27m55s

Soit 2h46m28 de spectacle en live.

 

 

Circonstances du maximum de l’éclipse sur la ligne Valence Madrid :

La ligne de centralité est l'intersection de l'axe du cône d'ombre de l'éclipse avec la surface de l'ellipsoïde terrestre. La bande de centralité est la trace de la projection de l'ombre lunaire sur la surface de l'ellipsoïde terrestre. Point de la ligne de centralité le plus proche de La Gila :

Maximum de l'éclipse TU
Coordonées géographiques de la ligne de centralité
Durée phase centrale
Largeur de l'ombre (1)
Degrés d'obscuration
Grandeur de l'éclipse
Hauteur apparente du soleil (2)
Azimut (3)
09H01
+39°18,4'
-1°2,6'
4 mn 9,4s
181 km
90,5 %
0,976
31°
307°

 

(1) : la largeur de l'ombre dans la direction perpendiculaire à son déplacement.

(2) : la hauteur apparente du centre du Soleil (on ne tient pas compte de la réfraction atmosphérique).

(3) : l'azimut apparent du centre du Soleil (il s'agit de l'azimut des astronomes et non celui des marins).

 

Comme on peut le constater, à La Gila nous étions à 6’en latitude en dessous du point le plus proche de  la ligne de centralité.

L’ellipsoïde (de révolution) terrestre se définit par son rayon équatorial (re) et son aplatissement α. Actuellement l’ellipsoïde de référence a pour éléments : re = 6 378,1363 m et α = 1/298,257

Ce qui entraîne pour le rayon polaire : rp = re - (re α ) = 6 356,7516 m (d’où une différence de 21,385 km entre le rayon équatorial et le rayon polaire).

Distance nous séparant de la ligne de centralité : (2 rp π/360)*(1/60)*6  = 11,09 km.

Différence de temps au moment du maximum pour une distance à 11,09 km de la ligne de centralité : 9 secondes.

Prenant en compte que cette éclipse est annulaire, 9 secondes de moins pendant le maximum ne nous gênait pas outre mesure. Pour une éclipse totale, on aurait chipoté. 9 secondes de couronne solaire en plus, ça ne se refuse pas. De plus le site que nous avions choisi, au bord du canyon, près des oliviers, nous convenait tout à fait ;  horizon bien dégagé, éloigné des maisons du village, pas de route à proximité, calme garanti.

 

Que le spectacle commence

L’œil collé à l’oculaire pour les uns, lunettes d’éclipse sur le nez pour les autres, on scrute pour détecter le début du grignotage du soleil. Et tout à coup, ça y est. Elle arrive, la lune cannibale.

Mythes et légendes :En chine, un astronome donna l'explication de l'éclipse de soleil. C'était une énorme truie qui mangeait le soleil, et il donna le remède. Cette truie, bien que très grosse, était très peureuse, et en particulier du bruit. Ainsi, lorsque débutait une éclipse, tout le monde sortait en criant, et tapant sur des objets métalliques. Et chaque fois, la truie se sauvait en laissant le soleil intact. La notoriété de cet homme fut grande.

Plusieurs siècles ont passé depuis cette croyance, et loin de faire un potin du diable pour faire fuir cette grosse truie, on se délecte du moment présent, attendant avec impatience le maximum. Petit à petit on y arrive.

 

Serge a installé un montage de sa fabrication pour regarder par projection

 

Le moment le plus beau est en train d’arriver. Ce fin croissant lumineux, petit à petit va devenir un cercle complet, mais pas parfait. Avec une régularité diabolique l’anneau se forme. On assiste alors à un véritable spectacle tout à fait étonnant. Les rayons du soleil passent entre les reliefs du limbe lunaire qui se découpent en ombre chinoise.

Et c’est maintenant qu’on va pouvoir constater l’effet produit par le  fait que nous soyons 6’ plus bas en latitude par rapport à la ligne de centralité. Les centres soleil et lune ne se superposent pas.

 

 

4 minutes du 2ème au 3ème contact, pendant lesquelles on a le temps de voir la lune glisser sur le soleil. Puis de nouveau lors du 3ème contact les éclairs de lumière époustouflant.

 

On a quand même eu le temps de se rendre compte que luminosité et chaleur  avaient baissé pendant le maximum de l’éclipse. Certes ce n’est pas aussi contrasté que lors d’une éclipse totale, mais tout de même, c’est une curieuse impression d’avoir un ciel si bleu et tout cet environnement  un peu blafard.

Avant le maximum

Pendant le maximum

 

Doucement chacun poursuit sa course dans ce ciel bleu azur, et nous prenons quelques minutes pour aller observer ce qui se passe sous les oliviers.

 

Bien décidés à ne pas en rester sur ce bon moment, après avoir satisfaits nos estomacs de gaspachos, légumes frits et autres sèches grillées au feu de bois, nous nous octroyons 2 belles nuits d’observation. Les strocks ont fumé. Quel ciel !!!

Voie lactée – Sagittaire –

10 mn de pose en parallèle sur C8 sur pellicule Fuji 200 Asa – Obj. 50 mm ouvert à 5.6