Un peu de géologie

Marthe Desprez

Emmanuel Milcent

« J’ai toujours aimé le désert. On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On entend rien. Et cependant, quelque chose rayonne en silence... »

Antoine de Saint Exupéry, « Le petit prince »

Les sables libyens

Sable de Tmassah

C’est un sable très gros, de couleur claire, blond, plutôt translucide avec des gains presque ronds.

La petite densité des grains lui donne un aspect de semoule.

 

Au coucher du soleil, la lumière rasante créait des ombres portées très contrastées. Nous avons beaucoup joué avec ce sable. On l’a touché, fait glisser dans nos mains, entre nos doigts, pris en photo. Son aspect et son touché « semoule » éveillait notre curiosité ! C’était aussi notre première vraie entrée dans le désert et c’était une façon de vérifier que l’on ne rêvait pas, que l’on était bien là.

Sable du volcan Waw An Namus

Ce n’est pas du sable mais de petits morceaux de scories, basaltes, dus à l’activité volcanique (voir l’onglet « géologie ») . Ce sont des « grains » très gros et qui sont mélangés à de petites pépites d’olivine. C’est un matériaux très léger. En dessous de cette couche de scories, nous retrouvons le sable « blanc » et fin que l’on a rencontré avant d’arriver au volcan. Cela créait des nuances de gris très fines. Nous avons appelé ce mélange de gros grains noirs et de sable blanc « le sable poivre et sel ».

Nous avons été étonnés de voir que les endroits ou nous passions et repassions redevenaient noirs. Le vent se chargeait de faire disparaître les milliers de traces de roues des 4x4 qui zébraient cette étendue noire.

C’était cette noirceur qui rendait le paysage très étrange. Le contraste entre le noir, le « bleu » des lacs et la végétation autour de ces lacs était vraiment saisissant. Le sable nous renvoyait la chaleur, c’était assez oppressant. Nous regardions de tous nos yeux ce paysage hallucinant, incongru. Je pense que le volcan Waw An Namus est l’un des plus beaux et plus étonnants endroits sur Terre.

Sable du bivouac aux fossiles

Le sable du bivouac le soir de l’éclipse était très fin. C’était la première fois que l’on rencontrait du sable aussi fin et aussi blanc. L’endroit était très surprenant puisque jonché de divers fossiles : des huîtres, des coquillages, des algues « incrustées » dans la pierre. Les roches blanches dans le sol avaient été sculptées par le vent et le sable, elles avaient un aspect un peu diaphane et tranchant, comme des silex.

C’était un sable extrêmement doux et qui se comportait comme de l’eau : il « coulait ». C’était un paysage de dunes aux courbes très douces et de plateau calcaire. C’était un endroit magnifique qui couronnait la merveilleuse journée que nous avions passé.

Sable de l’erg Awbari

L’erg Awbari est sans doute le paysage qui nous a le plus marqué : c’est une mer de sable à perte de vue.

C’est le sable le plus fin qu’on ai trouvé sur notre itinéraire. Il est d’une finesse et d’une douceur incroyable. Nous étions arrivé sur les lieux au couchant et la lumière du soleil déguisait la réelle couleur du sable. Il est ocre, presque orange.

Les ombres et la lumière soulignaient la succession de ces petites montagnes de sable. Les ondulations très fines des vaguelettes, le tranchant du sommet des dunes, le moindre creux, la moindre rondeur est magnifié par la lumière du soleil couchant. C’est très sensuel, et on resterait des heures à contempler les nuances infinies de ces immenses dunes.

Autour des lacs, on retrouve le même sable ocre agrémenté de petits grains de sable ronds. Il a d’ailleurs un comportement très étrange : des sortes de « falaises » miniatures, à l’échelle d’un bras d’homme, s’effondrent petit à petit, centimètres après centimètres, créant des petites rivières de sable aux pieds de ces « falaises ». C’est comme si, avec un peu d’imagination, on assistait à la formation des falaises d’Etretat en accéléré. La physique du sable est décidément étonnante !

« Mais alors qu’il est si simple de résumer le Sahara à du sable et des cailloux, ce n’est qu’en allant à sa rencontre que l’on peut mesurer la richesse d’un tel lieu. »

Fredéric, membre de M78, participant au voyage.

Géologie du lieu de l'éclipse

La journée du mercredi 29 mars 2006 a été pour nous tous exceptionnelle. L’éclipse totale a été évidemment le principal évènement de cette journée. Au cours de l’après midi, nous avons aussi visité  le volcan Waw an Namus qui, a lui seul, constitue une expérience rare.

Pas facile de trouver des informations précises sur ce volcan, tout le monde s’accorde à dire que Namus veut dire moustique, que ce volcan semble éteint depuis environ 5000 ans et que le climat aride dans cette région limite l’érosion, ce qui peut le faire paraître plus « jeune » qu’il n’est réellement.

Nous avons tous remarqué  que ce volcan ne domine pas tellement les environs, et qu’il faut réellement se trouver sur la bordure de la caldeira pour comprendre à quoi nous avons affaire.

Il apparaît surtout une grande dépression de 4x3 km environ d’une profondeur de 100 m avec au centre un piton qui a une hauteur de 120m. Autour du piton central, 3 petits lacs entourés d’une végétation fournie forment 3 petits oasis qui tranchent fortement sur le sol d’un noir très profond.

Le sol est constitué de basalte très sombre qui contraste fortement avec le sable du désert environnant. En se penchant un peu plus en détail sur ce sol, on trouve facilement des cristaux d’olivine, non ce n’est pas de l’émeraude !

L’olivine se trouve de façon très habituelle dans les roches volcaniques

« Minéral caractéristique des laves basiques (basaltes à olivines) et des roches grenues ultrabasiques (péridotites et gabbros) »

Après une petite hésitation, nous descendons dans le volcan. Ah! quelle euphorie de courir dans le sable noir. La question est « pourrons nous atteindre les lacs ? », malgré la menace annoncée des moustiques. Arrivés en bas, en effet, les escadrons de volatiles commencent à apparaître. Plus on s’approche de l’eau et plus il y en a. Notre cortège s’effiloche et seul un petit groupe parvient sur le bord du lac, mais il n’est pas possible de s’éterniser, les moustiques s’énervent et piquent sans sommations les bras dénudés. C’est l’heure de la retraite et comme d’habitude c’est là que les ennuis commencent. La remontée s’avère être bien pénible, dans le sol meuble, on monte de 20 cm à chaque pas et on redescend de 10 avec le sable qui s’effondre. Avec le basalte noir qui rayonne sa chaleur et le vent qui ne vient plus nous rafraîchir dans cette cuvette, on se paye une bonne suée pour sortir de là !

Mais au sommet les chauffeurs nous amènent de l’eau fraîche et finalement, nous nous asseyons une dernière fois sur le rebord du volcan pour contempler ce panorama d’exception.

Je me demande un peu ce qui s’est passé ici quand ce volcan était actif, vu la taille de cette dépression, cela a dû être un sacré bazar ! Aucun témoignage historique n’est remonté jusqu’à nous d’une éruption de ce volcan, bien qu’il a pu être en activité du temps des pharaons. C’est vrai qu’il est un peu isolé cet endroit, à 600 km à vol d’oiseau de la mer.

Difficile de s’imaginer en effet ce qui s’est passé ici. Cette immense dépression est en réalité une caldeira qui résulte de l’effondrement de la chambre magmatique. A la suite des éruptions qui se sont produites dans le passé, la chambre magmatique qui se trouvait sous le volcan s’est vidée puis effondrée. Ensuite un reliquat d’activité a formé le piton central, qui lui possède un cratère en son centre. Ensuite le volcan s’est assoupi, jusqu’à quand ? L’eau chaude des lacs nous prouve que tout n’est pas complètement refroidi là-dessous !

Après avoir roulé, guerre plus d’une heure après la visite du volcan, nous nous sommes arrêtés dans un nouvel endroit magnifique, constitué d’une sorte de plateau érodé où se détachaient quelques pitons isolés. En terme géologique, il s’agit d’une structure aclinale (ou tabulaire): un plateau érodé où ne subsistent que des buttes témoins.

Nous avons stationné les 4x4 au pied  du plateau et nous avons gravi les pentes pour essayer de trouver un point de vue plus dégagé. Nous avons vite remarqué que le plateau était calcaire, signe que jadis une mer chaude et peu profonde existait à cet endroit. Comme pour confirmer cette idée, nous avons trouvé plein d’huîtres fossilisées, carrément des gisements. Les plaques de calcaire ont des formes bizarres, sculptées par le vent et le sable. Certaines ont la forme d’aiguilles ou de plaques très fines, fragiles, elles cassent sous nos pas. D’autres font un bruit métallique quand on les choque, ce sont des sonolithes.

Une fois arrivé sur le haut du plateau, nous avons eu effectivement une vision très sympathique des environs, des restes du plateau original et des dunes qui ondulent parmi ces structures. Se dégage de tout cela une étrange harmonie.

Dans ce ciel toujours aussi bleu, la lumière commence à baisser doucement à mesure que le soleil se rapproche de l’horizon.

C’est l’heure de la contemplation, nous nous asseyons dans le sable et attendons le coucher du soleil. Les ombres s’allongent, la chaleur se fait moins pressante. Nous le regardons descendre progressivement et comme un grand acteur qui joue les dernières scènes de son spectacle, nous sommes déjà près à l’applaudir pour le numéro fantastique qu’il nous a joué aujourd’hui.  Et l’acteur ne rate pas sa sortie car au dernier moment il nous gratifie d’un joli petit rayon vert !

Nous recherchons ensuite sa comparse du jour la Lune, mais elle, plus discrète, quitte la scène sans nous dire au revoir ! Malgré des recherches aux jumelles, nous ne parvenons pas  à apercevoir le moindre croissant (âgé de moins de 10h, nos chances de l’apercevoir étaient quasi nulles).

Ce soir là tout le monde se sentira plus décontracté, nous avons vu cette éclipse dont nous rêvions depuis si longtemps, les chauffeurs ont réussi leur principale mission qui était de nous acheminer sur les lieux de l’éclipse dans les temps. Après les tensions de la veille et la pagaille du lendemain, c’est la soirée la plus sympathique. Après dîner, les chauffeurs nous invitent à boire le thé et chantent ensemble des airs de leur pays. Nous aussi sommes amenés à pousser la chansonnette.

Tout cela s’est passé la même journée, le 29 mars 2006. Une journée que je n’oublierais jamais…