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Ici, ailleurs, un autre monde

Frédéric

L'éclipse totale de Soleil du 29 mars 2006 a marqué profondément notre Club. Il y eu de grandes discussions et de longs préparatifs pour concrétiser un tel projet.

Au fur et à mesure que nous approchions de la date du départ, nous sentions le parfum envoutant du Sahara monter, s'exhaler et titiller nos narines.

Pensez donc, avec pas moins de 97 % de chance de beau temps, nous allions assister au spectacle le plus grandiose de tout le système solaire. Et puis, six 'aspirateurs à photons' (pour reprendre l'expression de Gilles) se devaient de nous suivre dans ces contrées pas si lointaines que ça pour s'aligner aux pieds des dunes, tels les orgues de Staline, afin de percer la voûte céleste et nous en mettre vraiment plein la vue.

Enfin, même sans maillot de bain ni pastis 51, nous pourrions jouir de la plus grande plage du monde et entamer des concours de pétanque endiablés, bonne mère! Quel ne fut pas notre désappointement lorsque, hélas! nous devions nous rendre à l'évidence : ce ciel si pur, si parfait, resterait de nombreuses fois inaccessible. Au début de notre périple Saharien, nous étions limités en vaines tentatives d'observations au travers des vitres poussiéreuses de notre mini-bus. Nos courts arrêts n'offraient guère plus à nos yeux qu'un ciel miné par les lumières aveuglantes des boui-bouis rencontrés le long des pistes.

Après avoir pris possession, si j'ose dire, de nos 4x4, nos interminables parcours journaliers réduisaient souvent à néant le peu d'énergie qu'il pouvait nous rester pour observer. Il faut préciser que nous subissions les desiderata du personnel ou du matériel.

Mais il faut bien l'avouer, même si nous avons été de nombreuses fois déçu, à d'autres moments nous étions émerveillés. Ce voyage fut néanmoins magique et ce, à plus d'un titre : 

A tout seigneur, tout honneur! Le Roi Soleil et sa compagne Madame la Lune ont joué leur plus beau rôle. Cette éclipse a tenue toutes ses promesses, nous étions aux premières loges (nous avions dû batailler ferme pour rejoindre la salle de spectacle!) et pile à l'heure, les acteurs n'ont pas eu le trac. Il faut dire qu'ils n'en sont plus à leurs premières représentations. Bien au contraire, ce type d'événements deviendra de plus en plus rare à l'avenir. A l'échelle de nos vies, il nous faudra attendre une bonne vingtaine d'années pour prétendre posséder, de ce coté-ci de la planète, une place d'honneur devant un tel duo. Et dans quelques dizaines de milliers d'années, ce couple de danseurs céleste se séparera à jamais !

Mais en attendant, nous aurions aimé que cet opéra spatial dure toute une éternité. Quatre minutes et six secondes de nuit avec le Soleil, c'est un rêve trop court. Pourtant, là! à cet instant précis le temps est comme suspendu. Maintenant, ici! notre ombre a disparue. Nous sommes au bon endroit, au bon moment et alors nous vivons un court moment "au plus-que-présent": Nous autres Humains, qui sommes fait des atomes brûlés et torréfiés par quelques générations d'étoiles, dépouilles minuscules d'autres Soleils qui ne sont plus, nous prenons part à un tel alignement. Nous en avons la chair de poule de n'être plus réchauffé, ni éclairé par cette lumière. Et là, nous ressentons toute la puissance de notre astre de vie lorsqu'il se cache plutôt que lorsqu'il nous écrase de sa présence. Il sait se faire oublier, sauf peut-être lors de ces nuits si particulières...

 

Tout humain qui se respecte devrait faire un pèlerinage pour assister à un tel spectacle : ça devrait être obligatoire. (ben tiens! Et le voyage déductible des impôts!) Je ne veux pas en faire une religion mais, Râ, bon dieu, cette divinité qu'a pu être le Soleil dans l'antiquité a au moins le bon sens d'exister.

Et notre bonne vieille Voie Lactée... Ce nuage de lait quasi-inexistant dans notre vilain ciel Parisien prend sous ce Tropique du Cancer un air de fête, presque de Samba ! Notre Galaxie, pour une fois, brille de toutes parts...

En tout premier lieu, nul n'a de mal à repérer la plus grosse boule d'étoiles de la Galaxie. Nom d'un bulbe, mais c'est Oméga Centauri! Un joyau que l'on distingue à l'œil nu et qui au travers de nos instruments est un ravissement. Vous cherchez de la couleur : mettez z'y l'œil à l'oculaire et la nébuleuse d'Orion révèle alors ses draperies qui entourent tel un écrin de soie le brillant Trapèze. Une image inoubliable. Certains ont pu viser au raz de l'horizon la fameuse Boîte à bijoux ou encore Eta Carinae. Depuis ce ciel si parfait, la voute céleste devient alors comme cette boule étincelante qui illumine les boîtes de nuit. Il ne manque alors plus qu'une chanson (on n'avait pas parlé d'un tube de Sheila par hasard ?) Le ciel brillait tellement que, à propos de nuage, il y avait des cumulo-nimbus d'étoiles (ça grouille dans le Scorpion), des strato-cumulus de constellations zodiacales transfigurées, quasiment pas de cirrus et... une seule Sirius ou plutôt une Sirius A et une Sirius B. En fouillant un peu plus loin, c'est Centaurus A qu'on ne peut manquer! Cet ovale blanchâtre est zébré d'une balafre sombre. Non, ce n'est pas la marque de Zorro mais les restes d'une galaxie qu'englouti notre ogre du Centaure. Bon appétit. On ne peut alors confondre ce monstre galactique avec tout autre congénère. Une autre image fantastique est celle de la galaxie des Chiens de Chasse. Cet enroulement prend une dimension telle avec un 40 cm qu'il nous tourne la tête. Si vous avez pu voir la photo qu'à pris Jean-François avec son télescope, vous avez alors une idée de l'image vue en plein Sahara. Mais nos traditionnelles M81 et M82 n'étaient pas mal non plus lorsque nous les observions depuis le pied des dunes de Tmassah oasis sur la route qui mène vers l'erg Awbari...

 

 

L'erg Awbari est l'endroit qui m'a le plus séduit durant ce voyage... Ce désert de sable et ses superbes lacs, qui sont autant de petits sursauts de vie, ne laissent personne indifférent. Les lacs Awbari sont des résurgences d'eaux chaudes salées issues de la nappe phréatique qui affleure ici et là. La présence de miroirs teintés par le bleu du ciel aux creux de ces blondes montagnes cambrées était magique. Dans ce désert Awbari, ces dunes sont sensuelles tant elles peuvent être girondes, gracieusement dessinées par le vent. Les couleurs qui les parcourent sont si proches des teintes d'une peau bien dorée... Ce sable chaud est si doux qu'il apporte tant de rêveries, on songe alors aux contes des milles et unes nuits (étoilés, bien entendu!). Un marché Touareg, au bord du lac Oum-el-Maa, se devait forcément de proposer à la clientèle de passage la lampe d'Aladin parmi toutes sortes d'objets en fer blanc... Hélas ! nul n'a ramené le fameux ustensile !

Nous avions passés plusieurs jours à rouler à travers le Sahara. Et là devant ces lacs, nous ressentions alors un peu la même chose qu'un marin découvrant un archipel après avoir longuement errer en mer. Un sentiment de plénitude nous submergeait alors que nous nous adossions à un palmier-dattiers afin de se délecter de ses fruits sucrés : nous venions de goûter au paradis! Nous sommes partis en quête d'étoiles et finalement nous avons surtout fait connaissance avec notre planète. Nous avions exploré une infime partie du plus grand des déserts, une des innombrables facettes de ce monde qu'est la Terre. Mais alors qu'il est si simple de résumer le Sahara à du sable et des cailloux, ce n'est qu'en allant à sa rencontre que l'on peut mesurer la richesse d'un tel lieu. Il fut un temps, c'était un océan. Ce dernier à disparu mais il a laissé ses fossiles, des minéraux aux formes si étranges et ses paysages grandioses... N'avions-nous pas finalement été un peu sur Mars, autre endroit jadis parcouru par l'eau ?! En fin de compte, en guise d'astronomie, nous sommes partis visiter un autre monde, le notre.