A  n d r o m è d e     (And)
 A  n d r o m e d a (ae)     (722 degrés carrés)


    Andromède... la douceur enchaînée et captive, la candeur prisonnière des griffes acérées d'un monstre : la Baleine. Andromède, la vierge pure livrée en sacrifice sanglant. Quel "dieu" entendra son cri déchirant ? Quel "sauveur" délivrera cette âme innocente ? Son corps est rivé au rocher nu, ses poignets scellés dans la pierre vive, d'où pendent des chaînes grinçantes. Un requin s'aventure sur ses flancs roses, prêt à croquer sa chair.

    Trois étoiles caractérisent la constellation d'Andromède : Alpha, Bêta et Gamma, toutes trois assez bien alignées, et également espacées, la première occupant l'angle nord-est du carré de Pégase. Vous avez là sous les yeux  le corps de la victime : sa tête, son ventre, son talon gauche. Les maillons de la chaîne qui l'enserre à la taille envoient leurs éclairs d'acier aux étoiles Mu et Nu. Depuis l'étoile Bêta, suivez-les aux jumelles. Une forme peu commune apparaît bientôt, visible à l'oeil nu quand le ciel est pur. Qu'est-ce là ? Quel astre diffuse cette pâle lueur ? Impossible à résoudre en étoiles, d'une constitution chimique autre que gazeuse, cette "nébuleuse" garda son mystère pendant dix siècles, depuis sa première observation - à l’oeil nu - par l’astronome persan Al Soufi, en 905, et sa re-découverte à la lunette de l’astronome allemand Simon Mayr (latinisé en Marius)  - en 1612 – et jusqu'au début du XXème siècle. Quel feu envoyait cette nébulosité ? Quel message contenait cet éclat fragile, "semblable à une chandelle qu'on verrait à travers de la corne transparente" raconte son second découvreur ?  Il fallut attendre la construction du télescope du Mont Wilson (Californie), de 2,50 m d'ouverture, pour voir enfin quelque chose. Des étoiles, oui, des étoiles en quantité innombrable, en rangs serrés, garnissaient cet étrange "nuage", qui pour être si faible, devait être lointain, très lointain, et immense dans ses dimensions, puisque son diamètre apparent couvre déjà 3° sur le ciel. Sortirait-il des limites de la Galaxie - la nôtre évidemment ? Oui, certainement... Nous étions en 1924. L'observateur était américain : Edwing Hubble. L'aventure du monde extragalactique commençait...
 
    Dès 1925, Hubble calcula sa distance grâce aux Céphéides qui pulsaient en son sein. Il trouva 1 million d'années de lumière. L'astronome allemand Baade corrigea ce  chiffre en 1952 d'un facteur 2, après avoir constaté que les Céphéides de Hubble étaient en fait quatre fois plus puissantes que celui-ci le supposait, composées non seulement d'hydrogène, mais aussi de métaux. La "Galaxie d'Andromède" s'envolait à 2,25 millions d'années-lumière, et jusqu’à 2,5 ! Distance fabuleuse, inconcevable... Et ceci pour notre voisine immédiate ! Que dire des autres mondes, ceux qui lui sont semblables, et que le même astronome - Hubble - dénichait déjà par milliers et dizaines de milliers ?... L'Univers serait-il grand ? Immensément grand ? Infiniment grand ?... Le vertige me gagne.. Et toi petite Terre, cachée dans ton bras d’Orion (1) , inconnue des grands larges... tu existes ! et tu portes la vie !... Comment as-tu fait pour en arriver là ?... Et moi ? qui t'observe et observe le monde ?...

    Nouveau rebondissement ! En 1995, les résultats du satellite Hipparcos ouvrent toute grande la fenêtre des distances. Il a mesuré lui aussi les Céphéides, les mêmes - par la parallaxe trigonométrique - et les a trouvées plus lointaines encore, 10 à 20 % plus lointaines. Ce qui repousse d'autant le monde des galaxies. On parle aujourd'hui de 2,9 millions d'années de lumière pour la galaxie d'Andromède ! Comme disait un auteur célèbre : "Où irons-nous ne pas nous avancer ?!..." Son diamètre réel s'élèverait à 250 000 a-l.

    Le télescope révèle un bulbe très prononcé, deux traînées noires, facilement discernables, qui courent longitudinalement : la marque sensible des bras de cette galaxie spirale, que l'on voit, non par la tranche, mais sous un angle étroit. Flammarion, qui ne connaissait pas la nature de cet objet, s'interroge sur ces "fissures noires" : "Si ce sont là des vides à travers le gaz, c'est incompréhensible ; si ce sont deux traînées de matière obscure posées là en avant, c'est encore plus extraordinaire". C'était en fait la structure même de cet "univers-île" comme on a dit. Deux petites galaxies, elliptiques, accompagnent de part et d'autre cette grande spirale, semblables aux deux nuages de Magellan qui croisent au large de notre Voie Lactée. En leur sein plusieurs milliards d'étoiles.

    Le chasseur de comètes, Messier, a donné le N°31 à la galaxie d'Andromède, dans son fameux catalogue des nébuleuses fixes, le N°32 à la galaxie naine qui l'approche par le sud  ; - la seconde galaxie naine portant le N°205 dans le Nouveau Catalogue Général (NGC). Très semblable à la Voie Lactée, "Andromède" abrite plusieurs centaines de milliards d'étoiles : 300, 400 peut-être... De quoi faire !...

andromede


    a    Alpha Andromedae  : Alphératz    (ou Rasalmara)
 
    a  : 0 h 08 m 23 s           d  : 29° 05' 26"     Sp  : A0 p    T  : 10  800 K    (BC  : -0,40)
    m = 2,07    M = -0,3    L = 110 soleils    P = 33,60    Dist  : 97 a-l
    spectroscopique + un compagnon

    "Alphératz" = "Le Cheval", plus exactement "Sirrah Alphératz" = "le Nombril du cheval", à l'endroit même où se déploie la tête et la chevelure d'Andromède. Oh ! Qui a osé ?... En fait l'étoile devrait porter le nom de "Rasalmara"  : "la tête de la femme" (enchaînée). L'histoire en a décidé autrement...
    Regardons-le de près ce nombril du ciel, au spectroscope pour tout vous dire. Curieux, vraiment curieux... composé de deux étoiles en mouvement orbital... Durée de la période : 96,7 jours. Jamais vu çà ! "Eh ! n'oubliez pas que Pégase a pour mère Méduse, ce monstre aux trois têtes (Algol) ! pourquoi pas un nombril double ?" Bref... 110 soleils sortent tout neufs de ce lieu magique, et observent le monde depuis leur lointaine contrée, à 97 a-l.
Un compagnon, attiré par cet étrange manège, s'approche à 81"5, magnitude 11,3.


    d    Delta Andromedae

    a  : 0 h 39 m 19 s      d  : 30° 51' 40"     Sp  : K3  III    T  : 4200 K    (BC  : -0,75)
    m = 3,27    M = 0,81    L = 40 soleils      p = 32,19    Dist  : 101 a-l
    double et spectroscopique.

    "Delta Andromedae"  : la poitrine, double, heureusement ! Retour aux lois de la nature... Elle est enchaînée la princesse Andromède, à 101 a-l ici. Voir deux seins d'aussi loin ? impossible !... Seul le spectroscope offre une vue imprenable. La ronde de ces étoiles s'étire sur 41 ans, période relativement longue, qui implique un écartement relativement important. Alors, pourquoi ne les voit-on pas à l'oculaire du télescope ?... Je ne sais. La principale, géante (16 rs ?), est vêtue d'orange  ; quant à la seconde, elle garde mystère... 40 soleils nourrissent leur éclat global.
    Une petite étoile rouge d'une magnitude de 12,4 s'approche à 28"7


    b    Bêta Andromedae  : Mirach    (ou Mérak)

    a  : 1 h 09 m 43 s      d  : 35° 37' 14"     Sp  : M0  III        T  : 3450 K    (BC  : -1,6)
    m = 2,07    M = -1,86    L = 470    p = 16,36    Dist  : 200 a-l     4 compagnons.

    
"Mirach" = les "reins" prisonniers des fers (exactement le bas-ventre). Regardez au télescope. Vous verrez les maillons de la chaîne qui la retient captive : quatre étoiles enserrent Mirach, la plus proche à 27" de degré, d'éclat très faible. Elle saigne la malheureuse  : son sang rouge gicle sur votre rétine, 470 soleils ! 123 soleils suffisent à peine à contenir son diamètre  : 86 millions de km de rayon. Elle croquerait Mercure, et plus de la moitié de notre Unité Astronomique ! Bouffi ce "rein", contusionné, à 200 a-l.


    g    Gamma Andromedae  : Almach

    a  : 2 h 03 m 54 s      d  : 42° 19' 47"    Sp  : K2  III et B9,5 V    T(A)  : 4500 K    (BC  : -0,7)
    m = 2,33 et 5,02    M = -2,85 et -0,16    L = 1200 et 100    p = 9,19   Dist  : 350 a-l
    double visuelle  (quadruple + une)

    "Près de vous, madame, oubliant les cieux,
    "l'astronome étonné se trouble.
    "C'est dans l'éclat caressant de vos yeux
    "qu'il avait cru trouver l'étoile  double." (C.Flammarion)

    Il avait cru, cet astronome langoureux... Nous avons cru, nous aussi, astronomes passionnés.... trouver l'étoile double. Soyez attentifs, vous tous qui admirez cette "jambe" gracieuse = "Almach", mieux son "cou-de-pied". Le talon d'Achille des astronomes ! car entre la principale A et la secondaire B, écartées de 9"8 seulement, un abîme divisait le couple : l'étoile B plongeait dans l'espace à 300 a-l de sa prétendue compagne, si bien qu'il semblait impossible de les lier l'une à l'autre. Gamma Andromède, une double optique ? "Oui", disaient les uns, "non" s'offusquaient les autres. Jusqu’à « Hipparcos », l'heureux satellite, qui vient de secourir l'étoile en perdition. Le couple est uni, n'en doutons plus, situé désormais à 350 a-l. L'étoile principale, celle que l'on croyait plus proche encore, a vu sa luminosité grimper à 1200 soleils, son rayon atteindre 75 soleils, sa masse dépasser 8 masses solaires. Ouf ! les apparences sont sauves...

    Qu'en est-il de l'étoile secondaire ? Un monde de complexité ! sous son apparente simplicité. Deux soleils dans son unique rayon. Unique, pas pour tous évidemment, puisque l'astronome lithuanien Struve, dès 1842, dédoublait cette étoile dont le demi-grand axe de l'orbite vraie ne dépasse pas 0"3 (32 UA). Bravo ! Leur révolution s'étire sur 61,1 ans.
     Mais l'aventure de cette dernière ne s'arrête pas là. Cet "unique" rayon recèle un troisième corps qui gravite en 2,67 jours autour du plus brillant, décelé au spectroscope. 2,67 jours, quelle célérité ! Pour sûr les étoiles se frôlent : moins de 10 millions de km les séparent (voyez Algol). L'éclat total de ces trois corps s'élève à 100 soleils. Tout ce beau monde a opté résolument pour la couleur bleue.

    Quant au couple AB – celui que l’on voit au télescope - il n'a pas bougé depuis qu'on l'observe. 9"8  : écartement considérable, vu l'éloignement de cette étoile, 350 a-l rappelons-le. Alors patientons...
    A 27"9 une étoile, très faible (m = 15), semble frapper à la porte du système. Est-elle à compter parmi ce monde complexe qui compterait alors cinq étoiles ?...

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note 1 - sous-bras de notre galaxie, accroché au bras du sagittaire.