Mise au point:

Quelles seront les dates et heures exactes

de la fin du XXème siècle et du IIème millénaire?

Christian Nitschelm

Dijon, septembre 1996 (dernière mise a jour en février 2017).

Au fur et à mesure que la fin du XXème siècle se rapproche, les médias se font l'écho de certaines affirmations péremptoires nous annonçant la fin du siècle pour la fin de l'année 1999. Ces affirmations, sans aucun fondement et totalement erronées, provoquent beaucoup d'étonnement et de stupéfaction, aussi bien chez l'auteur de ces lignes qu'à travers l'ensemble de la communauté astronomique, montrant en effet une grande méconnaissance et une incompréhension flagrante des différents calendriers et systèmes de comptage du temps en vigueur en astronomie. Cette erreur, très grossière, ne peut que se propager et se répandre par le fait de médias mal informés. Ce texte constitue donc une mise au point quant aux dates et heures exactes de la fin du XXème siècle et du IIème millénaire (de l'ère chrétienne).


L'Annuaire du Bureau des Longitudes, publié chaque année par l'Institut de Mécanique Céleste et de Calcul des Ephémérides (anciennement Bureau des Longitudes), à Paris, donne les concordances entre les différents calendriers en vigueur, en particulier les calendriers julien et grégorien, le premier en vigueur sous l'Empire Romain et durant tout le Moyen Âge jusqu'à la Renaissance, le deuxième depuis lors. A ce propos, il ne faut pas confondre le calendrier julien, effectivement entré en vigueur en 46 avant notre ère et établi par l'astronome alexandrin Sosigène, à la demande de Jules César, par utilisation d'une année de 365 jours 1/4, pour remplacer l'ancien calendrier romain de type luni-solaire, alors très imprécis, mais tout en conservant comme date origine la fondation de Rome, et le comptage julien, entré en vigueur au XVIème siècle, qui compte les jours écoulés depuis une date origine, le premier janvier 4713 avant notre ère (du calendrier julien) à midi temps universel, choisie pour couvrir toute l'époque historique. Le premier janvier 2000, à 0h temps universel, est alors représenté par 2451544.5 dans le comptage julien (et non pas l'ère julienne!).


Ce n'est qu'au début du Moyen Âge que la date origine du calendrier julien fut modifiée et ramenée à la date supposée de la naissance du Christ. Cette année origine, notée an 1, débuta ainsi le premier janvier de la 754ème année de la fondation de Rome selon la supputation varronienne, sept jours après la naissance supposée du Christ, le 25 décembre de la 753ème année de la fondation de Rome, d'après les calculs effectués en l'an 532 par le moine latin Denys le Petit. Cette année origine se trouva être cependant totalement fantaisiste par suite d'une erreur de comptage, le Christ étant en fait forcément né entre 10 ou 9 avant notre ère, époque (?) de la mise en application en terre de Judée d'un soi-disant recensement (non confirmé par nos sources historiques) ordonné par l'empereur Auguste (mais le recensement fiscal de Quirinius est donné comme ayant eu lieu en 6 ou 7 de notre ère en ce qui concerne la Judée, selon nos sources historiques et selon l'évangile de Luc, qui est là-dessus en contradiction avec celui de Matthieu !), et 4 avant notre ère, année de la mort du roi Hérode le Grand (selon l'évangile de Matthieu).


L'erreur sur la durée de l'année inhérente au calendrier julien (365.25 jours au lieu de 365.242199 jours, durée réelle de l'année) et la dérive de ce calendrier par rapport aux saisons ne furent corrigées que vers la fin du XVIème siècle, après plus de trois siècles et demi de tentatives avortées, par un collège de religieux et d'astronomes sous la houlette du pape Grégoire XIII. Le jeudi 4 octobre 1582 julien fut donc suivi par le vendredi 15 octobre 1582 grégorien à Rome, l'année grégorienne étant alors portée à 365.2425 jours, nettement plus proche de la valeur réelle. La France, pays dominé à l'époque par le catholicisme, suivit la même année en décembre, alors que l'Angleterre, très opposée à Rome, ne réforma son calendrier qu'en 1752 et que la Russie orthodoxe ne vit cette réforme qu'en 1918, peu après la révolution d'octobre.


Le premier jour de l'année a également changé plusieurs fois, passant du premier mars au premier janvier et réciproquement, durant les six premiers siècles d'existence de Rome, avant et durant la république romaine, pour être définitivement fixé, en 153 avant notre ère, au premier janvier. Cependant, au IVème siècle de notre ère, l'église chrétienne, accédant au pouvoir temporel, fut très réticente à adopter cette convention d'origine païenne. Ainsi, cette règle ne fut pas partout conservée à la fin de l'empire romain et durant l'époque médiévale. Suivant les lieux, il y eut différents styles: le style Circoncision (premier janvier); le style Nativité (25 décembre); le style Annonciation (25 mars); le style Vénitien (premier mars); le style Crucifixion (samedi ou dimanche de Pâques); le style Grec (premier septembre).


En France, l'année débuta le premier mars dans plusieurs provinces durant l'époque mérovingienne, au cours des VIème et VIIème siècles. Charlemagne, après avoir adopté ce style, fixa le Nouvel An à Noël. Le style Nativité fut conservé par ses successeurs carolingiens. Cependant, durant les règnes des rois Capétiens, le Nouvel An fut fêté le 25 mars, en particulier au XIIIème siècle. Le style Crucifixion fut également utilisé vers le XVème siècle dans certaines provinces du royaume, malgré la variation de la date de la fête de Pâques d'une année sur l'autre. D'autres régions de France ont, semble-t-il, utilisé le 11 novembre, jour de la mort de Saint Martin, comme date origine de l'année. Il semble bien, toutefois, que le style Annonciation était le seul en vigueur lorsque le roi Charles IX déplaça en 1563 le début de l'année au premier janvier par une ordonnance, dite de Roussillon. A partir de 1567, et malgré de nombreuses réticences, le Nouvel An fut toujours célébré le premier janvier, à l'exception de la période révolutionnaire. En effet, de 1792 à 1805, un calendrier révolutionnaire a été en vigueur en France, le premier jour de l'année coïncidant avec l'équinoxe d'automne, entre le 22 et le 24 septembre selon les années.


L'année 0 ne fut introduite qu'en 1740 par l'astronome français Jacques Cassini afin de faciliter le décompte des années aux dates antérieures à l'an 1 de notre ère (cependant, une étude récente semblerait indiquer que l'idée viendrait en fait de son père, Jean-Dominique Cassini, qui l'aurait proposée dès la fin du XVIIème siècle). L'an 1 avant notre ère fut donc noté année 0, alors que l'an 2 avant notre ère fut écrit année -1 et ainsi de suite, par exemple 100 avant notre ère s'écrivant -99. Les archéologues et les historiens conservèrent cependant l'ancienne notation pour les années précédant l'ère chrétienne. L'année origine de notre calendrier resta donc bien l'an 1 et le comptage des siècles ne fut pas modifié dans le calendrier, les astronomes n'ayant pas changé l'usage.


Le Ier siècle avant notre ère s'est donc déroulé entre l'an 100 avant notre ère et l'an 1 avant notre ère inclus, c'est à dire entre -99 et 0, alors que le Ier siècle après J.C. s'est bien déroulé entre l'an 1 et l'an 100 inclus, que ce soit dans le comptage astronomique ou dans le comptage historique et archéologique. Ceci implique que le comptage des siècles postérieurs suit la même règle, en particulier le XXème siècle est bien compris entre le premier janvier 1901 à 0h temps universel et le 31 décembre 2000 à 24h temps universel. Le XXIème siècle ne commencera donc que le premier janvier 2001 à 0h temps universel, et certainement pas un an avant. Le comptage des millénaires suivant la même règle, le IIème millénaire, commencé le premier janvier 1001 à 0h temps universel, ne se terminera pas avant le 31 décembre 2000 à 24h temps universel pour immédiatement laisser la place au IIIème millénaire, lequel commencera bien le premier janvier 2001 à 0h temps universel.


Remarquons pour finir que la notion de date origine, bien qu'utilisée conventionnellement pour des raisons historiques, est un non-sens, voire une ineptie, quel que soit le calendrier en vigueur, actuellement ou par le passé. Les seules dates origines ayant éventuellement un sens sont celles liées à l'histoire de notre Univers, de notre Terre et de l'espèce humaine. Notre Univers a en effet un âge d'environ 13.7 milliards d'années, alors que notre Terre s'est formée il y a 4.56 milliards d'années et que l'espèce humaine a commencé à se séparer totalement de celles des grands singes il y a environ 5 millions d'années. Nous sommes donc actuellement en environ 5 millions après le début du rameau humain, en environ 4.56 milliards après la naissance de la Terre ou en environ 13.7 milliards après la naissance de l'Univers!



Bibliographie.

+ Annuaire du Bureau des Longitudes: 1996, “Ephémérides astronomiques pour l'année 1997”, Masson, Paris, France.

+ Savoie, D.: 1990, mémoire de maîtrise, Paris, France.

+ Parisot, J.-P. & Suagher, F.: 1996, “ Calendriers et chronologie ”, Masson, Paris, France.



Outils Internet.

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