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Cette rubrique explique les objectifs de la coronographie
solaire, et situe les observations de la couronne solaire,
faites au Pic-du-Midi, par rapport aux observations réalisées
par d'autres observatoires.
POURQUOI ETUDIER
LA COURONNE SOLAIRE ?
L'intérieur du
Soleil, sous la surface visible ou photosphère, est opaque
et inaccessible (cœur, zone radiative et zone convective).
On ne peut donc que tenter de deviner ce qui s'y passe, à
l'aide de théories ou de modèles.
Or
il s'y passe des phénomènes qui excitent la curiosité des
scientifiques, et dont l'intérêt concerne toute l'humanité
:
-
Comment
fonctionne la machine nucléaire au cœur du Soleil, sans
s'emballer ? Quand on pense à toute l'énergie produite ainsi…
-
Comment
et où est produit le champ magnétique du Soleil, cause de
l'activité à sa surface.
-
Quel
est l'état du gaz (densité, température.. .) aux différentes
profondeurs ? On ne peut pas reproduire sur Terre les conditions
"extrêmes" qui règnent dans le Soleil et on voudrait bien
pouvoir profiter du "laboratoire" tout installé, là-haut…
-
Quelle
peut être l'influence du Soleil sur notre Terre ?
D'autre part la couronne
elle-même, ou atmosphère du Soleil, recèle, elle aussi, un bon
nombre de mystères :
-
La
température du Soleil va en décroissant depuis le cœur où
est produite l'énergie, à 15 millions de degrés, jusqu'à
la photosphère, sa surface visible, 5800 degrés. Il est
logique que la température diminue lorsqu'on s'éloigne du
radiateur (selon les lois de la thermodynamique !). Alors
pourquoi la couronne qui est plus loin du cœur que la photosphère
se trouve-t-elle à 2 millions de degrés ? Qu'est-ce qui
la chauffe, puisqu'elle est séparée du "radiateur" par une
zone "froide", la photosphère ?
-
D'où
provient le vent solaire, flot de particules (protons, électrons),
éjecté du Soleil en continu à de très grandes vitesses ?
On en voit l'effet en regardant les comètes : le vent solaire
repousse leur " chevelure " vers l'arrière, créant les belles
queues que l'on admire.
-
Pourquoi
ce vent solaire, éjecté à 400 km/seconde à l'équateur, est-il
accéléré à 800 km/seconde lorsqu'il est éjecté aux pôles
ou à partir des trous coronaux ?
La
couronne a donc aussi des aspects très mal connus, cependant
elle nous est accessible.
La
couronne, est l' atmosphère du Soleil. Elle est en interaction
étroite avec lui et tout ce qui s'y passe est la conséquence
ou même la manifestation visible des phénomènes internes du
Soleil. En étudiant l'activité de cette couronne on peut avoir
une petite idée de ces phénomènes internes et vérifier les
théories élaborées.
L'étude
de la couronne solaire présente donc un grand intérêt, tant
pour ses propres aspects mal connus, que comme "révélateur"
des phénomènes produits dans les couches plus profondes du
Soleil.
POURQUOI
AU PIC DU MIDI ?
Si
l'intérieur du Soleil nous est caché, la couronne, elle, nous
est accessible. Mais très difficilement.
En
effet, elle est extrêmement peu brillante :
elle
n'est visible normalement que lors d'une éclipse totale de
Soleil : le disque solaire, caché, n'éblouit plus, et il fait
nuit. Alors la couronne apparaît sur le fond noir.

Eclipse Totale de Soleil du 11 août 1999
Mission IAP-CNRS/IAS/LAS/SAF ; INSU(France) et Université
de Tabriz(Iran)
(c)Institut d'Astrophysique de Paris - CNRS(France)
Les
éclipses totales étant rares, on a essayé de les reproduire
artificiellement, du mieux possible, avec des lunettes astronomiques
spéciales : les coronographes .
Voir
le schéma du coronographe du Pic-du-Midi, appelé HACO, rubrique
"les instruments".
-
On
a supprimé le disque trop brillant du Soleil avec un disque
occulteur
-
On
a réduit considérablement la lumière parasite produite par
l'optique d'entrée de l'instrument à l'aide d'un diaphragme
spécial, inventé par M. B. LYOT : le diaphragme de Lyot.
-
On
a sélectionné, par un filtre, une toute petite partie de
la lumière, celle émise précisément par l'objet que l'on
veut étudier, et on augmente ainsi le contraste entre les
régions en émission et le fond de ciel, rendu moins gênant.
En
altitude, à 3000 m, on a 1/3 d'atmosphère de moins qu'en plaine,
moins de nuages, moins de pollution : le ciel apparaît bleu
foncé, et lorsqu'il est très bon, on dit qu'il est coronal.
On peut alors masquer le Soleil avec son pouce et ne plus
être ébloui, ce qui n'est pas possible en plaine.

Masquer le Soleil
avec son pouce - Crédit : Les OA
NE SURTOUT JAMAIS FAIRE CE TEST EN PLAINE !
Ce sont
les meilleures conditions pour faire de la coronographie.
C'est
pour cela qu'on fait de la coronographie au Pic.
Cinq
autres observatoires dans le monde font régulièrement de la
coronographie : Lomnicky Stit en Slovaquie, Kislovodsk en Russie,
Mona Kea à Hawaii, Sac Peak aux USA, Norikura au Japon. Tous
ces sites sont en altitude.
LE
CORONOGRAPHE "HACO" DU PIC DU MIDI
Ce que
les Observateurs Associés voient avec le "coro" HACO du Pic
est une toute petite partie de la lumière de la couronne, sélectionnée
grâce à un filtre : c'est la lumière, de longueur d'onde 656.3
nanomètres, émise précisément par l'hydrogène Halpha ; c'est
à dire de l'hydrogène porté à une température de 10 000° à 20
000°. On appelle cet hydrogène, de la "matière froide" ( ! )
par comparaison avec les 2 millions de degrés de la couronne
dans laquelle il baigne.
Et ce
que nous observons, ce sont les évolutions, sur les bords du
Soleil, des structures qui "portent" (ou enferment) l'hydrogène
sous forme de protubérances : petits jets, points brillants,
masses non résolues, régions résolues en fines structures plus
ou moins hautes etc...
Les
protubérances peuvent rester plusieurs jours, ou évoluer et
disparaître rapidement. On ne peut pas encore bien dire s'il
s'agit de masses de gaz éjecté de la surface solaire, ou s'il
s'agit de gaz qui se trouve isolé du milieu ambiant (par un
tube de flux de champ magnétique) et donc "refroidi" et "condensé"
à la température de 10 000°, et qui devient alors brillant à
la longueur d'onde de 656.3 nm. Les recherches se poursuivent
sur ce sujet. Il est probable que les 2 phénomènes coexistent
et qu'il y en a même d'autres.
L'intérêt
particulier de nos observations est qu'il s'agit d'un "suivi"
dans le temps, des images étant faites toutes les 3 minutes,
lorsque le Soleil est présent, avec pour objectif d'observer
des phénomènes évolutifs à différentes échelles de temps : des
plus rapides, durant quelques minutes, aux plus lents, étalés
sur plusieurs jours. Cette surveillance constante permet de
suivre l'évolution des structures, de découvrir des symétries,
des récurrences, des phénomènes particuliers très brefs etc…
Pouvant mener à une meilleure compréhension de la physique solaire.
Trois
ou quatres images sont placées sur Internet chaque jour
(elles sont colorées en rouge, la couleur de Halpha, artificiellement,
et on y a rajouté un tracé blanc qui matérialise le vrai bord
du Soleil, recouvert par le disque).
Les
autres images de la journée sont dans la base de données BASS
2000 (voir la rubrique "liens")
où toutes les données des observatoires français sur le Soleil
sont rassemblées et mises à la disposition des scientifiques
du monde entier.
Exemple
d'images obtenues au cours de la journée du 14 juin 1999
pour l'évolution d'une protubérance :




AUTRES
OBSERVATOIRES ET SATELLITES
On peut
choisir d'étudier le Soleil sous d'autres aspects. On peut observer
le disque entier par exemple, ou bien encore sélectionner, avec
un filtre approprié, une autre " couleur " ou longueur d'onde,
qui sera la signature d'un autre phénomène ou élément porté
a une certaine température.
Les
photos ci-aprés donnent des exemples d'images obtenues
le 14 juin 1999 par plusieurs observatoires et instruments.
OBSERVATOIRE
DE PARIS-MEUDON (images en N et B).
Le spectrohéliographe
de Meudon fournit 4 images par jour :
- Une des images
est en Halpha, à 656.3nm, comme les nôtres, mais là, il s'agit
du disque entier. Les traits noirs sont des filaments, soit
des protubérances vues en projection sur le disque du Soleil.
Les protubérances apparaissent aux bouts des filaments.
Crédit : Observatoire de Paris Meudon
Les
autres images sont dans la longueur d'onde émise par le calcium
:
- La Ca K1v (aile
bleue de la raie CaII K à 393.4nm) montre les taches solaires
et les facules (plages blanches) de la surface.

Crédit : Observatoire de Paris Meudon
- La 1ère Ca K3
(centre de la raie CaII K à 393.4nm) montre les zones actives
(plus brillantes) et la supergranulation, structure spécifique
de la chromosphère, mince couche intermédiaire entre la surface
du Soleil (6000°) et la couronne (2 000 000°).

Crédit : Observatoire de Paris Meudon
- La 2ème Ca K3
est surexposée pour faire ressortir les protubérances : on
retrouve bien certaines protubérances observées par HACO,
mais dans une lumière émise par du calcium (Ca), et non par
l'hydrogène.

Crédit : Observatoire de Paris Meudon
SOHO
SoHO
est un satellite situé à 1,5 millions de km de la Terre, à un
point d'équilibre gravitationnel entre la Terre et le Soleil
(le point de Lagrange dont la théorie a été
étudiée par ce grand Mathématicien Français)
: il ne tourne donc pas AUTOUR de la Terre, et ne connaissant
pas la nuit, peut observer 24h / 24.
C'est
un satellite européen, lancé et piloté par la NASA (USA). Il
contient 12 instruments : 3 pour l'héliosismologie, 3 pour l'étude
du vent solaire et 6 pour l'étude de la couronne.
Ci-après
des images faites par certains de ces instruments.
Attention
: les couleurs ne sont pas les vraies (telles que vues par l'oeil
humain, car pour certaines elles sont mêmes invisibles
par celui-ci), les images sont colorées artificiellement.
EIT
- C'est un instrument qui observe le disque entier dans 4 longueurs
d'onde de l'extrême ultraviolet, qui correspondent à des éléments
portés a des températures très élevées.
Les
images sont distinguées par leur longueur d'onde.
- 304 Å (angström)
= 30.4 nanomètres . HeII est l'hélium qui a perdu 1 électron
à cause de la température de 80 000 °. C'est l'image la plus
proche de celle faite au Pic : le température y est un peu
plus élevée, et on y retrouve la plupart de NOS protubérances.

Crédit : SOHO/EIT
- 284 Å = 28.4 nm.
FeXV est du fer qui a perdu 14 électrons, signe d'une température
de 2,5 millions de degrés.

Crédit : SOHO/EIT
- 195 Å = 19.5 nm.
FeXII est du fer qui a perdu 11 électrons, signe d'une température
de 1,5 million de degrés.

Crédit : SOHO/EIT
- 171 Å = 17.1 nm.
FeIX est du fer qui a perdu 8 électrons, signe d'une température
de 1 million de degrés.

Crédit : SOHO/EIT
LASCO
- Cet instrument comprend 2 coronographes, un peu comme HACO.
Mais étant au-dessus de l'atmosphère et donc pas gênés par celle-ci,
ils n'ont pas besoin de filtre et observent la couronne dans
tout le domaine de la lumière visible, comme pendant les éclipses
totales.
La technique
d'occultation externe utilisée par ces coronographes entraîne
une sur-occultation du Soleil beaucoup plus grande qu'avec un
coronographe de type Lyot comme HACO.
- Le C2 (orange,
fausse couleur), voit la couronne solaire depuis 2 rayons
solaires jusqu'à 6 rayons solaires de distance.

Crédit : SOHO/LASCO (12h50 le 14 juin 1999)

Crédit : SOHO/LASCO (15h26 le 14 juin 1999)
- Le C3 (bleu, fausse
couleur), voit la couronne depuis 4 rayons solaires jusqu'à
30 rayons solaires de distance.

Crédit : SOHO/LASCO (12h42 le 14 juin 1999)

Crédit : SOHO/LASCO (16h18 le 14 juin 1999)
On peut
parfois constater sur des images prises à quelques heures d'intervalle
que les structures de la couronne évoluent très vite : la matière
de la couronne est entièrement renouvelée toutes les 2 ou 3
heures.
Les
images de LASCO montrent une grande bulle de matière éjectée
très haut dans la couronne (à plusieurs rayons solaires), qui
a suivi la déstabilisation de la protubérance observée au bord
par HACO un peu plus tôt.
Comme
on peut le constater, HACO est complémentaire des instruments
de SoHO : aucun n'observe en Halpha, et les coronographes de
Lasco n'observent pas aussi près du bord du Soleil.
YOHKOH
:
- YOHKOH est un
satellite japonais qui observe en rayons X, c'est à dire des
phénomènes encore plus chauds.

Crédit : YOHKOH (16h33 le 14 juin 1999)
Les
rayons ultraviolet extrêmes (EIT) et les rayons X (YOKKOH) ne
peuvent pas traverser l'atmosphère et être captés depuis le
sol. Ils doivent donc être étudiés à partir de satellites, qui
sont au dessus de l'atmosphère terrestre.
CONCLUSION
:
Sur
toutes les images du disque entier, on peut retrouver les mêmes
régions actives, à quelque altitude au dessus du Soleil ou à
quelque température que ce soit. Ces régions forment dans la
couronne des arches, des boucles, sculptées par le champ magnétique,
responsable de l'activité coronale.
Les
images de coronographie, sur les bords (ou limbe) du Soleil
, montrent des évènements qui correspondent à ces régions actives.
Les
divers observatoires et instruments qui observent le Soleil
avec des techniques différentes sont complémentaires, et à partir
de toutes les données qu'ils produisent, on essaye d'avoir une
meilleure compréhension globale du Soleil, notre étoile.
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