Le mot du Président
 


C'est dans les années 1988, que J.C. Noëns a pensé que l'Observatoire du Pic-du-Midi de Bigorre pourrait constituer une base sol du satellite SOHO, destiné à observer la Couronne Solaire en permanence avec plusieurs instruments, dont des coronographes (un de ces derniers appartenant au Max-Planck Institut a d'ailleurs été installé et perfectionné au Pic).

Une coupole était en effet disponible, ainsi qu'une monture et il convient de souligner que c'est, dans cet endroit, que Bernard Lyot a eu l'idée ingénieuse permettant de réaliser le montage optique du Coronographe en 1930.

En 1989, J.C. Noëns m'avait demandé de participer au développement ainsi qu'à la mise au point d'un petit coronographe et ce, dans le cadre du soutien au sol, du satellite Soho. Ayant terminé ma thèse, j'ai donc accepté son offre et me suis, un beau jour, trouvé dans une coupole devant un instrument ?… à côté duquel se trouvait un stagiaire qui se grattait la tète avec un air pensif. Cela a marqué le début d'une époque que je ne suis guère prêt d'oublier.

En effet, la monture ainsi que le moteur dataient certainement du siècle dernier, le filtre, abîmé, déformait l'image de la Couronne Solaire lorsque, par bonheur ou hasard, l'alignement des pièces optiques était correct et, de plus, seul un appareil photographique permettait de voir les résultats des mises au point! J'ai donc commencé à me familiariser avec ce coronographe qui apparemment m'en a toujours voulu de l'avoir sorti de la tranquillité dans laquelle il se complaisait. Il faut souligner la bonne volonté des stagiaires qui, confrontés à cet appareil, n'ont jamais démissionné et, au contraire, ont tout fait pour que des progrès significatifs puissent voir le jour.

La première image a tout de même été obtenue en 1989. Effectivement, à force de manipulations, de récupérations et d'achats de matériels, dans la mesure de nos faibles moyens financiers, l'heure est venue où les observations ont réellement pu commencer, sans trop de difficultés, et cela grâce à la disponibilité ainsi qu'à l'aide de J.C. Noëns qui m'a tout appris sur cet appareil que je découvrais pour la première fois. Je me souviens avec un grand plaisir de ces matins ,où nous le mettions tous les deux en route, ce qui lui permettait de voir sur la Couronne Solaire l'intéressante protubérance qu'il allait étudier avec le grand coronographe.

Suivant l'importance du phénomène observé, la cadence des prises de vue changeait évidemment et souvent; à la fin de la journée, c'était plus de huit bobines de 36 poses qu'il fallait développer puis classer en notant chaque fois l'heure exacte et le temps de pose. Pour ne pas trop obscurcir les protubérances denses et voir aussi les filaments les plus fins, six temps de pose étaient nécessaires! Cela explique que, pendant les belles journées de printemps et d'été, le classement des films pouvait durer très tard le soir, et entamer largement la nuit. Voilà pourquoi la venue d'un stagiaire (surtout d'une…), qui participait à l'observation, était fêtée comme il se doit. Je dois préciser qu'il n'existait alors aucun moyen valable pour contrôler le centrage du Soleil sur le disque occulteur, sinon l'œil, et c'est dire avec quel enthousiasme l'arrivée de la première caméra vidéo fut saluée

Il était désormais permis de s'asseoir (plus ou moins confortablement) pour voir sur le moniteur le mouvement du Soleil. Le temps a passé, l'instrumentation a beaucoup progressé avec l'arrivée de la caméra CCD en 1994 et de l'informatique qui suivait ,à la place de l'appareil photographique. C'est à ce moment qu'il a fallu penser à l'observation en continu de la Couronne Solaire.Vu qu'il était impossible de faire venir des observateurs professionnels pour cela, J.C. Noëns a alors pensé que des astronomes amateurs bénévoles pourraient les remplacer.

Ci-Contre : La coupole des coronographes - Crédit : Les OA

C'est ainsi que petit à petit une équipe s'est constituée malgré les difficultés rencontrées. Comme les personnes qui avaient accepté de donner ainsi leur contribution et leur enthousiasme à un programme scientifique de l'Observatoire étaient devenues par ce fait des collaborateurs associés à ce programme, l'équipe ainsi formée s'est tout naturellement dénommée Observateurs Associés. Elle a déjà accompli un travail considérable avec beaucoup de mérite. Je dois préciser, et c'est au moment où l'observation était grandement facilitée, que de graves problèmes de santé m'ont obligé, en 1995, à prendre ma retraite, au bout quand même de quarante et un ans de travaux.

Lorsqu'en Juillet 1998, la nouvelle organisation du Pic-du-Midi, Pic2000, s'est mise en place le coût de la présence au sommet des observateurs bénévoles était devenu tel qu'il était impossible à l'Observatoire de continuer à l'assurer. A notre grand regret, et malgré les efforts qui avaient été faits dans des conditions difficiles pour réinstaller durant l'hiver 98 le plus rapidement possible les coronographes dans la nouvelle coupole de 8 mètres construite pour eux dans la partie scientifique du Pic-du-Midi, HACO a du alors être arrêté pour de longs mois. Mais les OA n'ont jamais baissé les bras et ont constitué une association pour rechercher les moyens financiers leur permettant de poursuivre leur collaboration fructueuse avec l'Observatoire. Passionné par la recherche, je n'ai jamais décroché et c'est ainsi, que j'ai volontiers accepté la charge de Président de l'association des "Observateurs associés".

Alain Bücher

 

 

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