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Les protubérances,
et plus généralement les régions les plus froides de la couronne
solaire, représentent une part très grande de la "matière" soutenue
dans les hautes couches de l'atmosphère du soleil. Du point
de vue de la physique solaire, elles sont en transition entre
la chromosphère plus froide et plus dense, et la couronne bien
plus chaude et plus ténue.

Protubérance du 21/03/2000 - Crédit : HACO - Pic
du Midi & OA.
Pour les amoureux
des classements, elles n'appartiennent plus tout-à-fait à la
chromosphère, et ne sont pas non plus des structures de la couronne.
En ce qui concerne la terminologie, elles sont visibles sur
le disque solaire dans le cœur de certaines raies spectrales
sous la forme de filaments sombres, et ne sont appelées protubérances
que lorsqu'elles sont vues au-dessus du limbe sous forme de
structures brillantes par rapport aux régions environnantes.
Spectrohéliogramme h-alpha 6563 A le 7 September 1989
(Meudon spectroheliograph) -Illustration des filaments -
Crédit : Observatoire de Paris-Meudon.
Bien évidemment,
c'est le champ magnétique produit dans les couches plus profondes
de l'étoile qui est le grand responsable de leur formation et
de leur équilibre. Mais les structures du champ magnétique étant
en place, il faut que la matière puisse circuler à partir des
couches plus profondes de l'étoile ou au contraire à partir
de la couronne environnante pour remplir ces structures et donner
corps ainsi aux protubérances.
Protubérance Solaire le 14/06/1999
(à gauche l'image brute, à droite la même
image traitée)
Crédit photo : Les OA.
C'est donc vers une
étude des phénomènes dynamiques, et donc évolutifs, que s'est
orientée peu à peu la physique solaire, bénéficiant de l'évolution
des techniques d'imagerie. Le programme d'observation systématique
à haute résolution temporelle de l'évolution des régions froides
mené au Pic-du-Midi avec l'expérience HACO a été décidé en premier
lieu pour apporter un complément d'informations aux observations
du satellite SOHO, et ses modes opératoires ont été adaptés
à cette mission.
Prévu pour une durée
minimale d'un cycle solaire complet, l'un de ses objectifs les
plus importants est de constituer une vaste base de données
homogènes et correctement calibrées pour l'étude fine ou statistique
des phénomènes dynamiques à la base de la couronne ou à des
altitudes plus élevées, quelles que soient leur échelle de temps
(jusqu'à trois images limbe entier/minute), et avec une résolution
angulaire raisonnable compte-tenu du champ large couvert par
l'instrument (2.5 "arc/pixel).

SOHO - Protubérance éruptive dans in He II à
304Å le 24 Juillet 1999.
Crédit : SOHO/EIT304.
Ainsi sont enregistrés
des phénomènes violents et ponctuels comme la part froide des
éruptions solaires, ou l'évolution rapide des protubérances
éruptives, des phénomènes moins violents mais très rapides comme
les petits jets polaires éphémères, des phénomènes de grande
ampleur au départ des grandes éjections de matière coronale
à haute altitude, aussi bien que les très spectaculaires disparitions
brusques de certaines grandes protubérances. Les propriétés
globales, c'est à dire à très grandes échelles angulaires et
temporelles, de la répartition des régions froides sont également
étudiées.
Pour respecter ces
objectifs, deux ensembles de données sont mis à la disposition
de la communauté scientifique, sur la base de données solaires
française BASS2000. Le premier ensemble consiste en une sélection
d'images mises sur le réseau en temps réel, donnant un premier
aperçu, rapidement accessible, des principaux phénomènes observés,
à l'adresse http://mesola.obspm.fr
. Le deuxième ensemble est constitué par toutes les images obtenues,
brutes ou calibrées, est donné à l'adresse http://bass2000.bagn.obs-mip.fr
, en temps différé ou à la demande.
D'autre part des
catalogues donnant la description succincte des phénomènes détectés
sont publiés annuellement par les Observateurs Associés. L'ensemble
des données obtenues par cette expérience sont donc préparées
soigneusement pour être aisément accessibles pour des analyses
scientifiques à court, moyen ou long terme.
Le choix de l'instrumentation
a été fait pour répondre aux exigences des objectifs scientifiques.
La détection des régions les moins denses, et de la matière
circulant dans des structures pas toutes dans le pan du ciel,
ne peut se faire qu'avec un coronographe d'altitude, optimisé
pour la raie h-alpha, et muni d'un bon filtre interférentiel
pas trop étroit. Un instrument peu diffusant comme le coronographe
permet la détection des régions faiblement émissives, à la limite
de la brillance du fond de ciel, jusqu'à quelques millionièmes
de la luminosité de la surface solaire, ce que ne permet pas
un réfracteur classique, même si celui-ci est équipe d'un filtre
très étroit de moins de 1 Angtröm à mi-hauteur.
L'objectif de l'étude
des phénomènes dynamiques, dans toute leur diversité et en fonction
du cycle solaire nous a amenés à mettre en place un programme
de suivi "quotidien", à poursuivre tout au long d'un cycle solaire
au minimum. Des observations systématiques de la couronne solaire
avaient été faites au Pic-du-Midi de 1944 à 1976, soit pendant
trois cycles solaires consécutifs. Elles avaient été arrêtées,
non pour leur manque d'intérêt scientifique (elles sont poursuivies
aujourd'hui dans plusieurs autres observatoires aux USA, au
Japon, en Sloavaquie et en Russie), mais par manque de postes
d'observateurs. Ces observations concernent essentiellement
l'étude des propriétés gloabales de la partie chaude de la couronne,
à plus de 1 million de degrés, et il manquait un suivi des phénomènes
évolutifs dans la composante plus froide et plus dense. L'un
des objectifs que nous poursuivons avec le programme HACO est
de tenter de combler ce manque de données observationnelles
en construisant un ensemble aussi complet et homogène que possible
de données aisément accessible et utilisable par les scientifiques.
Pour cela la constitution d'une équipe d'observateurs forte
était nécessaire, et la mise en place progressive de l'équipe
des Observateurs Associés a permis le plein succés de cette
opération qui doit être appréciée dans sa durée.
Au nom du service
d'observation de la couronne, j'adresse mes remerciements les
plus chaleureux et reconnaissants à tous ceux qui consacrent
une part importante de leurs loisirs pour participer à cette
aventure scientifique :
- A toute l'équipe
des OA, qui mettent tout leur talent et leur enthousiasme
pour effectuer patiemment et avec toute la rigueur nécessaire,
des observations de grande qualité, et qui montrent chaque
jour leur capacite a détecter en temps reel les variations
les plus fines et les moins prévisibles des structures coronales.
- Mais
aussi à ceux d'entre eux qui n'ont pas baissé les bras lorsque
les difficultés sont apparues, et qui ont fondé cette association
avec laquelle ils ont pu, grâce a un travail exemplaire, trouver
les moyens de continuer notre collaboration au profit du Pic-du-Midi
et des scientifiques qui utilisent et utiliseront les résultats
d'observation.
- Enfin, bien sûr,
aux entreprises FIDUCIAL et RECIF qui se sont intéréssées
à nos projets et nous ont apporté leur parrainage et leur
confiance, et qui, je l'espère, nous accompagneront longtemps
encore dans cette démarche.
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