UTILISATION DES FAUSSES COULEURS EN PLANETAIRE

Il est possible d'envisager un traitement des images en fausses couleurs. Ces couleurs peuvent être utilisées comme un code visant à mieux faire voir certains types d'information révélées par exemple par des images prises en dehors du spectre visible, ou bien sur les marges... comme l'infrarouge, l'ultraviolet ou les bandes méthane (CH4). On prendra garde à ne se décider pour ce type de traitement que dans des cas particuliers tombant dans la définition ci-dessus, et surtout pas pour de simples raisons esthétiques personnelles... De nombreux travaux amateurs circulent avec des traitements couleurs fantaisistes qui ont pour seul résultat de rendre les images ininterprétables (RRVB, R(G)B...).

Comment réaliser une image en fausses couleurs ?

Typiquement, on utilise deux images qui définissent chacune un niveau d'information différent, dans une logique "verticale" : surface et atmosphère, haute atmosphère et atmosphère d'altitude moyenne.... la future fausse image rouge donnant la partie basse, la future fausse image bleue la partie haute. Il faut d'abord obtenir une fausse image "verte" qui est la moyenne des deux futures couches R et B, ce qui se fait simplement en aditionnant ces deux images. Ensuite on recompose l'image en RVB comme s'il s'agissait de vraies couleurs.

On notera l'existence d'une variante à trois couleurs, par exemple IR, UV, CH4, qui est très complexe (voir plus bas).

Un exemple de traitement en fausses couleurs qui peut être utile

Série d'images du 17 septembre 2003. A gauche une image en vraies couleurs RVB. A droite, une image en fausses couleurs est construite à partir d'une image R+IR avec un filtre RG610 qui montre uniquement la surface de la planète, et une image en lumière violette prise avec un filtre W47 qui révèle les nuages blancs présents dans l'atmosphère de Mars.

L'intérêt de l'image en fausses couleurs ici est de bien visualiser la localisation des nuages blancs de l'image W47. Bien que présents dans l'image RVB, la plupart de ces nuages n'apparaissent que peu, voire pas du tout, dans la mesure où la balance réelle des couleurs est très déséquilibrée en faveur de la surface et de la couche rouge. De plus, le contraste de ces nuages est nettement plus faible sur l'image bleue du RVB. D'un autre côté, l'image W47 ne montre rien de la surface, et elle est donc assez déroutante. L'image RG610(G)W47 permet de voir où se trouvent ces nuages sans leur faire perdre trop de contraste (il est quand même nécessaire de conserver l'image W47 seule pour l'analyse).

En cliquant sur ce lien on lira une page sur le site ALPO Japan avec des images en fausses couleurs d'Antonio Cidadao sur Jupiter (IR et CH4) :
http://www.kk-system.co.jp/Alpo/kk02/j020205x.htm

La variante à trois couleurs

On peut trouver des tentatives beaucoup plus complexes. Le lien ci-dessous mène vers un exemple d'images en fausses couleurs réalisé sur Jupiter par l'observateur japonais Tomio Akutsu le 8 janvier 2003 :
http://www.kk-system.co.jp/Alpo/kk03/j030108g3.jpg
La couche R est une image dans la bande CH4 à 890 nm, l'image V est une image IR, l'image B une image UV. Sur cette image, les teintes vertes et bleutées représentent différentes altitudes de nuages, les teintes jaunes les nuages les plus élevés. L'interprètation d'une telle image reste cependant extrêmement complexe.

Un exemple de traitement inapproprié

Réaliser des images en fausses couleurs avec des données amateurs est assez "excitant" mais ce n'est pas toujours une bonne idée !! Voici un exemple où le résultat non seulement n'aide pas la compréhension mais entraîne de plus des interprétations erronées :

Tenter un composite en fausses couleurs sur Vénus est assez tentant, tant la planète est dépourvue de couleurs tout court ! Cela semble également une bonne idée dans la mesure où les informations les plus intéressantes sur l'atmosphère de Vénus sont obtenues en dehors du spectre visible, dans l'infrarouge mais surtout l'ultraviolet. Mais c'est une erreur. Nous avons vu plus haut que les couleurs, dans ce type de traitement, doivent représenter un code. Or ici, quel code as-t-on ? Que signifient le rouge et le bleu ? Il est tentant d'interprêter le résultat en disant que le bleu représente les nuages élevés et le rouge les nuages bas (puisque l'image UV montre la haute atmosphère et l'image IR des couches moins élevées). La couleur rouge, qui provient de l'image IR, n'est visible que dans les zones sombres de l'image UV ; le problème, c'est que ces zones sombres ne sont pas des "trous" qui laisseraient voir les couches inférieures. Ce sont des nuages situés à la même altitude que les nuages brillants, mais qui connaissent seulement une plus forte concentration de ce composant chimique inconnu qui absorbe le rayonnement ultraviolet. Autrement dit, l'image en fausses couleurs est également ici une image qui donne des informations fausses...

En conclusion, on dira que les traitements en fausses couleurs doivent être maniés avec précaution et uniquement par un observateur qui possède une connaissance précise des informations qui sont véhiculées par les différents types d'image. L'artefact informationnel, ici, n'est jamais loin... On comprendra ainsi pourquoi j'insiste à titre personnel sur les traitements en vrais couleurs : à part quelques exceptions, ce sont les seuls qui reproduisent une information fiable, et connue, relativement indépendante des fantaisies personnelles de l'observateur.

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