La NASA dévoile son plan d'exploration robotique de Mars.

Après 6 mois d'étude, la NASA vient de dévoiler, jeudi 26 octobre, son plan d'exploration robotique de Mars pour les deux prochaines décennies. Selon la NASA, ce plan tient compte des leçons tirées des échecs mais aussi des succès des missions précédentes. Les objectifs sont : la science, les stratégies de gestion des missions, le développement technologique et la recherche de ressources potentielles. La France et l'Italie seront les principaux partenaires internationaux de la NASA dans ce programme. L'agence spatiale américaine va maintenant initier une étude de 18 mois afin d'affiner les besoins budgétaires et les technologies nécessaires à la réalisation du programme.

Les missions de 2001 et 2003 étaient déjà connues depuis cet été. Ce sont les missions au-delà de 2003 et le sort réservé au programme de retour d'échantillons que nous attendions avec impatience.

En 2005, c'est un orbiteur nommé "Mars Reconnaissance Orbiter" qui prendra la route vers Mars. Cette mission va profiter de l'expérience acquise par Mars Global Surveyor (MGS) pour analyser la surface de Mars avec une résolution de 20 à 30 centimètres. Cette résolution permettra en particulier une étude plus détaillée des traces d'écoulement découvertes par MGS.

À partir de 2007 commence la mise au point des technologies nécessaires à la mission de retour d'échantillons. Cette dernière n’interviendrait désormais plus qu’à partir de 2011, au plus tôt (au lieu de 2003-2005), et devrait coûter environ 2 milliards de dollars. L'agence spatiale propose de développer un gros laboratoire mobile qui pourra parcourir de grandes distances pendant de longs mois. Ce gros rover scientifique servira de banc de test pour les technologies d'atterrissage de précision et d'évitement des obstacles. Il pourra ainsi atteindre des sites difficilement accessibles mais du plus grand intérêt scientifique.

L'architecture de la mission de retour n'a pratiquement pas évolué par rapport à ce qui était prévu à l'origine pour 2003 et 2005. Le CNES (voir aussi le Webmagazine du CNES) est toujours un partenaire majeur de ce programme et garde la maîtrise d’œuvre de l'orbiteur qui collectera les capsules d’échantillons en orbite martienne et les ramènera sur Terre. Il est désormais reconnu, dans ce nouveau plan, que la technique d'aérocapture, utilisée pour la satellisation autour de Mars et constituant une première, doit être validée par le lancement d’un premier orbiteur en 2007. A bord de celui-ci, le système de retour vers la Terre sera remplacé par une instrumentation scientifique, qui reste à définir. Il permettra de tester les techniques de récupération des échantillons et emportera aussi les 4 Netlanders, pour l’instant en souffrance de " taxi " après l’abandon de l’orbiteur de 2005 et celui du projet MASTER de l’ESA, un moment envisagé comme solution de remplacement.

Pour 2007 la NASA propose également une série de petites missions "Scout", sélectionnées à partir de propositions émises par la communauté scientifique. Avion, ballon et petits atterrisseurs pourraient ainsi être envoyés sur Mars afin de multiplier le nombre de sites explorés et observer Mars sur une échelle intermédiaire entre l'observation spatiale (globale mais peu détaillée) et l'observation au sol (très détaillée mais limitée à une surface réduite).

2007 pourrait enfin voir le départ du premier satellite de télécommunication martien. Ce projet, en collaboration avec l'Italie, permettrait d’augmenter de façon significative les capacités de communication et le retour de données scientifiques. On peut penser que ce satellite est en fait le "MarsSat" du "MARS NETWORK" à l'étude au JPL et que les missions "Scout" pourraient également être utilisées pour mettre en place les "MicroSats" du réseau. La communication directe d'un atterrisseur avec la Terre sans relais orbital est très médiocre. Lors de la mission Pathfinder, la durée des communications était inférieure à 3 heures par jour et le débit restait en dessous de 10 kbits/s. À ce rythme, les images arrivent au compte-gouttes et la transmission de vidéo est impossible. La mise en place du "Mars Network" est donc capitale pour le futur.

En 2009 les italiens pourraient également participer à un orbiteur équipé d'un radar de détection d'eau dans le sous-sol. Cette mission peut être considérée comme la suite de Mars Express, sachant que l'agence européenne n'a actuellement pas de projet martien dans ses cartons, au-delà de cette mission.

La première mission de retour d'échantillons est programmée normalement pour 2014, suivie d’une deuxième en 2016… Si les démonstrateurs de 2007 fonctionnent correctement, la première mission pourrait avoir lieu en 2011. Il est certes utile de planifier sur le long terme, mais ce recul d’une dizaine d’années ne ressemble-t-il pas à une mise (temporaire ?) aux oubliettes ? N’est-ce pas, en tout cas, l’aveu qu’on atteint là les limites de ce qu’il est envisageable de réaliser en l’absence de l’Homme ?

On pourra regretter que le programme ne prévoie apparemment aucun démonstrateur de production de carburant in situ. La production de carburant sur Mars est une technologie clef du futur, pour des retours d'échantillons plus efficaces et pour l'arrivée de l'Homme. Que devient le MIP (Mars In situ Propellant production Precursor) qui devait arriver sur Mars avec l'atterrisseur de 2001 ? Cet appareil devait démontrer la faisabilité d'extraction de l'oxygène du CO2 de l'atmosphère. Assemblé, testé et prêt pour le service, le MIP n'est affecté à aucune mission.

Ce nouveau plan démontre de façon non équivoque que la NASA, loin de baisser les bras après son double échec de fin 99, entend poursuivre et consolider son programme d’exploration robotique. Son approche traduit un retour vers des pratiques plus rigoureuses et plus progressives servies, dès l’année prochaine, et pour les missions de 2003, par des budgets plus étoffés que ceux qui ont conduit aux désastres de l’an dernier.

Son étendue pourrait conduire à la conclusion que l’histoire de l’exploration martienne est désormais écrite pour les deux prochaines décennies… Il n’est est rien ! La NASA, en effet, se devait de démontrer qu’elle était capable de tirer les leçons de ses erreurs et de faire face à l’adversité ; ce n’est certainement pas en une telle circonstance qu’elle pouvait s’avancer en direction des projets habités ! A l’inverse, un programme robotique étoffé constitue le meilleur moyen de promouvoir un futur programme humain, de par la richesse et le retentissement des résultats et des interrogations qu’il promet. Par contre, il faut souhaiter que ces missions seront mises à profit pour mener aussi, à chaque fois que possible, des expériences de préparation aux futurs vols habités. C’est d’ailleurs la volonté qu’expriment dès maintenant bon nombre de scientifiques, conscients qu’il faudra, un jour prochain, " y aller ".

Rebondissons donc sur ces bases pour intensifier l’action. Une décision d’ici la fin de la décennie paraît un objectif tout à fait réaliste. Elle permettrait d’atteindre Mars avant le cinquantième anniversaire du débarquement sur la Lune, que l’humanité pourrait donc célébrer sans rougir au souvenir de ses ancêtres.


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