LE SPECTRE DE LA VIE

Aujourd’hui nous n’imaginons pas que la vie ait pu se développer en l’absence d’eau liquide. C’est pourquoi, dans l’exploration du système solaire, l’eau nous sert véritablement de guide pour rechercher d’éventuelles manifestations du phénomène biologique, dans notre poursuite de la véritable nature de la vie (hasard ou nécessité ?) et donc de notre place dans l’univers. Or, deux astres voisins seulement semblent posséder ou avoir possédé des étendues d’eau liquide : Mars et Europe, le satellite de Jupiter. On sait que de l’eau a coulé à la surface de Mars, et on se pense que des lacs, et même un vaste océan boréal, ont pu persister à sa surface, comme semblent l’indiquer en particulier les récentes photos de " sédiments " révélées par les scientifiques de Mars Global Surveyor (même si cette interprétation n’est pas la seule possible, cf. l’analyse critique de Gilles Dawidowicz dans la rubrique : " l’image de la semaine "). On a par ailleurs toute raison de penser qu’Europe est recouverte, sous sa carapace de glace, d’un océan global d’une grande profondeur (100 km). Voilà donc deux terrains de prédilection pour notre quête. Si des petits hommes verts n’ont pas eu loisir d’évoluer à partir d’une éclosion supposée de la vie dans ces milieux, au moins peut-on faire l’hypothèse que des micro-organismes auraient pu y proliférer et éventuellement y survivre.

Robot explorant l’océan d’Europa (NASA) Bloc de "sédiment "
martiens (MSSS)
Oceanus Borealis (NASA)

Mais comment les détecter, qu’ils soient vivants ou à l’état de fossiles, au voisinage de la surface ou dans des réservoirs enfouis à des kilomètres de profondeur ? Julian A. Hiscox, professeur à l’Université de Reading (Grande-Bretagne), propose une technique assez performante, la spectrographie Raman. Celle-ci est mise en œuvre en illuminant à l’aide d’un laser les échantillons à examiner (ou le milieu liquide) et en observant la composition (le spectre) de la lumière diffusée. Les molécules organiques renvoient un spectre permettant de les identifier (une sorte d’empreinte ou de signature spécifique). C’est un outil d’ailleurs déjà utilisé sur Terre pour identifier des matériaux organiques dans les échantillons géologiques. L’avantage du procédé est qu’il peut a priori fonctionner avec ou sans présence d’eau. Par contre, il s’agira de réduire sérieusement la consommation électrique et la masse des appareils actuels (plusieurs dizaines de kg) si on veut pouvoir les embarquer sur des sondes automatiques destinées à Mars ou à Europa, dans les conditions d’environnement que l’on imagine, sans rapport avec ce qu’ont à supporter des équipements de laboratoire. La durée de vie et la fiabilité d’appareillages aussi délicats constituent aussi des exigences redoutables, que la présence d’astronautes capables de les mettre en œuvre avec un maximum de précaution et d’intelligence et, surtout, de les réparer, permettrait évidemment de relâcher considérablement… (d’après un article de Space News)


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