INTERNET MARTIEN



On se souvient de l'extraordinaire affluence qu'a connue le site de Mars Pathfinder après le succès de son atterrissage spectaculaire et lors des pérégrinations de son émouvant robot Sojourner, si lointain, si fragile, et pourtant rendu si proche par la qualité des nombreuses photos retransmises. En fait, la mission a battu des records (plusieurs centaines de millions d'accès), prenant de cours la NASA et démontrant le formidable intérêt que trouvait le public du monde entier à suivre quasi en direct cette aventure. Avec les deux rovers MER, si tout se passe bien, nul doute que le phénomène va se reproduire début 2004 avec une amplitude accrue. En effet, la pléthore des découvertes de Mars Global Surveyor et Mars Odyssey ont excité la curiosité et les imaginations. Et les performances décuplées de ces engins nous promettent de véritables promenades virtuelles à la surface de Mars. La NASA va faire tous les efforts pour faire face au trafic attendu sur ses sites. Mais elle réfléchit aussi au plus long terme, rêvant d'un véritable Internet martien.

On sait déjà que l'exploration martienne, dans sa phase robotique actuelle, requiert pour être efficace un véritable réseau de satellites de télécommunications, qui sera fourni à court terme par les sondes scientifiques présentes en orbite martienne. A plus long terme, comme l'ont bien démontré les missions de simulation menées dans les stations de la Mars Society à Devon Island et dans l'Utah, un réseau de satellites de localisation similaire au GPS sera indispensable à la conduite de l'exploration de terrain par l'Homme. Mais c'est à un autre besoin que rêve de répondre la NASA, et auquel réfléchit en particulier le JPL : celui de faire participer de façon étroite le public à ses missions de découverte du nouveau monde, à l'aide d'un accès du type Internet aux robots présents sur le sol de la planète. Pas question évidemment pour l'internaute de vivre en temps réel les déplacements et les découvertes des rovers. Tout simplement à cause du délai de transmission des informations, qui peut atteindre 20 minutes. Pas question non plus, du moins pour l'instant, de pouvoir retransmettre un véritable film en temps décalé, à cause des limitations en débit d'information, liées aux énormes distances. Par contre, à partir d'images retransmises en temps différé et temporairement stockées, il est possible de reconstruire le film d'une traversée, ou de permettre le parcours d'un panorama de façon interactive. L'impression pour le spectateur, le réalisme, la sensation de présence et d'immersion dépendront de la richesse des informations transmises : couleurs, relief. La NASA souhaite faire participer à son effort de communication l'industrie du cinéma (comme elle vient de le faire récemment avec le film IMAX sur la Station Spatiale) et même celle des jeux vidéo. Facteur-clef : le débit de transmission des données, dont dépendra la qualité de reconstitution de l'environnement. Idéalement, il faudrait être capable de faire aussi bien que ce que permettent (permettront) les réseaux de données Internet terrestres à haut débit eux-mêmes.

Nous n'y sommes pas encore ! De tels flux depuis une telle distance nécessiteront de puissants relais en orbite autour de Mars et des émetteurs aux performances adaptées sur les robots eux-mêmes. Mais l'exigence de communication avec le public et, pourquoi pas, les perspectives commerciales de ce nouveau spectacle d'aventure, y mèneront un jour ou l'autre. Bien entendu, lorsque ce seront des hommes et des femmes qui fouleront le sol de la planète rouge, le besoin impératif de nous faire participer à leur épopée " en direct " (même différé), dans les meilleures conditions de qualité, imposera d'inclure dans le système de mission un puissant segment de retransmission de données vidéo. Internet a de l'avenir dans l'espace.



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