PRISE DE CONSCIENCE EUROPÉENNE


Juillet 2003

Le processus de consultation sur la politique spatiale de l'Europe, lancé par le fameux " Livre vert " de l'Union européenne, a permis à toutes les parties prenantes (états, industries, organismes de recherche) d'exprimer leurs points de vue. Le public lui-même a pu y contribuer au travers d'un forum Internet, auquel nous vous avions d'ailleurs invités à participer. Ce processus se poursuit : rapport du groupe de travail CE/ESA (juillet), commentaires du parlement européen sur le Livre vert (septembre) ; il aboutira en octobre à la publication d'un " Livre blanc " par la Commission. Ce document, à la fois synthèse des diverses contributions et recueil de propositions assorti d'un plan d'action, promet de constituer la véritable " profession de foi spatiale " de l'Europe. Il servira de base à un certain nombre de délibérations importantes pour notre avenir, par exemple dans le cadre du conseil sur la compétitivité, qui doit se réunir en novembre.

Ces événements méritent attention, même s'ils risquent de n'aboutir, dans un premier temps, que sur des déclarations d'intention qui continueront à se heurter aux débats budgétaires. En effet, ils traduisent une reconnaissance officielle des faits par les cercles politiques européens et conduisent à des prises de position fortes sur l'investissement dans la recherche spatiale.

Depuis de nombreuses années déjà, les faits sont patents. Le signe alarmant le plus " macroéconomique ", c'est le décrochage continu, depuis des années, de la croissance de la richesse (Produit Intérieur Brut) de l'Europe par rapport à celle des États-unis. Ce phénomène est attribué pour l'essentiel au manque d'investissements, en particulier dans la recherche, source d'innovation. Ce défaut d'investissement est particulièrement patent dans le spatial, lorsqu'on compare les budgets de part et d'autre de l'Atlantique : en cumulant dépenses civiles et militaires, ce qu'il convient de faire lorsqu'on veut comparer les effets sur les avancées technologiques, on obtient un rapport 5, alors que les puissances économiques sont comparables (ce dont peu d'européens ont conscience…). Comment espérer combler le gap technologique dans ces conditions ? Et comment moins dépendre des Américains, au plan de la défense, mais aussi pour des applications aussi communes que l'informatique, la robotique, les télécommunications, le GPS ? (sur ce dernier point, l'Europe vient enfin de lancer le programme Galileo, après plusieurs années perdues en disputes stériles).

Face à ces constats, les déclarations du Commissaire Philippe Busquin, chargé de la Recherche à la CE, sont particulièrement significatives. Citons-en quelques-unes :

  • " il semble que les Européens aient dit oui à une Europe forte dans l'espace" ;
  • " la convention a pris l'espace en compte dans ses travaux et a proposé d'en faire une politique à part entière de l'Union…" ;
  • " la consultation a permis d'évaluer les ressources nécessaires à l'espace en Europe au double de cette somme " (12 milliards € pour 6 actuellement, y compris les contributions des programmes nationaux) ;
  • à propos de la guerre en Irak : " cela renforce ma conviction de la nécessité de doter l'Union européenne d'un degré d'indépendance accrue dans le domaine spatial… Il en va de la souveraineté de notre continent ".

Venant d'un personnage aussi important, ces déclarations correspondent nécessairement à une prise de position politique et traduisent un contexte favorable à un réveil de l'Europe dans l'espace.

Mais c'est l'attention portée au programme Aurora, lancé par l'ESA pour préparer l'Europe à l'exploration future du système solaire, qui nous encourage tout particulièrement. Ce programme, rappelons-le, situe l'expédition humaine sur Mars vers 2030 et, à ce sujet, les propos du commissaire Busquin sont limpides : " La course vers Mars a démarré. C'est un projet emblématique qui enthousiasme notre jeunesse ". Cette déclaration nous réjouit :

  • elle reconnaît le programme martien en tant que grand enjeu spatial de ce début de siècle ;
  • au-delà des considérations de développement des connaissances et des technologies, domaine de compétence du commissaire, le caractère éminemment symbolique de l'entreprise et son rôle d'entraînement pour la jeunesse sont mis au premier plan.

Au moins les choses sont-elles dites. Souhaitons que la suite du processus en cours vienne appuyer cette volonté et, concrètement, qu'elle aboutisse au soutien dont le programme Aurora va avoir besoin dès la fin de cette année pour concrétiser ses premières opérations.

Richard Heidmann
Président de l'association " Planète Mars "


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