MARS : UNE PLANETE AUX COULEURS
DE LA CHINE ?


A long terme, le voyage de l'Homme dans l'espace est une nécessité historique.
Pékin, 2000

Eclipsé par le nouveau programme lunaire Chang'e et, surtout, par les préparatifs pour le premier vol habité, l'intérêt de la Chine pour la planète Mars est pourtant réel et ancien. Depuis 1998, l'exploration de la quatrième planète est proclamée de manière officielle par les dirigeants communistes.

Selon une ancienne mythologie chinoise, Mars personnifiait le visage rouge d'un guerrier puissant. Les astronomes y voyaient aussi la " planète du feu ". En ce sens, ils n'étaient pas éloignés de la tradition occidentale qui a associé la planète rouge au dieu de la guerre. Cette " communauté de pensée " se retrouve aujourd'hui quand il s'agit d'imaginer l'avenir de l'exploration martienne.

Les Chinois admettent qu'ils ne disposent pas encore des moyens (compétences en navigation, réseau de poursuite, etc.) et des ressources nécessaires pour franchir l'abîme qui nous sépare de Mars. Dans un premier temps, ils souhaitent coopérer avec les puissances spatiales traditionnelles. Mais l'exploration lunaire, qui est aujourd'hui planifiée au moins jusqu'en 2010, et surtout la mise en service d'un nouveau système de transport spatial chinois à base de lanceurs lourds (CZ-5) vers 2005, permettent d'envisager la réalisation de missions automatiques à partir de 2015.

L'Empire du Milieu n'a pas dévoilé la configuration de la première sonde martienne. Cependant, après plusieurs décennies de songes (60'), d'études (70 et 80') et de développement (90'), les plans existent certainement au sein de l'Académie de technologie spatiale (maître d'œuvre des engins spatiaux chinois) ou des établissements de recherche de l'Académie des Sciences. Certains projets émergent pour étudier Mars depuis l'orbite ou arpenter ses sables gelés. Ainsi, le prototype de rover martien " Mars Explorer " a constitué la vedette de l'exposition Sci-Tech qui s'est tenue à Pékin en mai 2002. Ce véhicule, dont les six roues sont mues chacune par deux moteurs électriques indépendants (pour assurer la redondance), disposerait d'un système de vision perfectionné et d'un bras capable d'extraire des échantillons pour les analyser. En fait, le rover martien chinois emprunte son architecture au Sojourner de la mission américaine Pathfinder de 1997. Selon le Dr Ding Shuiting, le responsable du projet Mars Explorer, l'Université d'Aéronautique et d'Astronautique de Pékin a reçu 200.000 Yuans (24.155 $) pour réaliser ce prototype.

A l'instar de la Lune, la propagande chinoise s'allie à la prospective pour proclamer la conquête habitée de la planète rouge après la phase d'exploration automatique. Déjà, en 1990, Dong Chun et Zuwei Huang (ministère de l'Industrie aérospatiale) avaient présenté une communication sur les projets de lanceurs lourds (CZ-X) destinés à la fois aux gros engins automatiques martiens ou aux vaisseaux interplanétaires habités. En 2000, les responsables de l'astronautique de l'Empire du Milieu ont présenté une exposition itinérante sur le thème de l'exploration de la Lune et de Mars. A cette occasion, une maquette de base martienne dévoilait les visions chinoises pour coloniser les terres du ciel. Interrogés par les médias, les officiels prévoient des vols habités martiens avant 2040. En outre, ils comparent la création d'une colonie martienne à l'édification de la base de lancement de Jiuquan ordonnée par Mao à la fin des années 1950.

Officiellement, l'objectif de la Chine concerne l'exploration pacifique de la planète Mars à des fins scientifiques. En projetant ses nefs dans le Système solaire, les spécialistes de politique spatiale estiment que la République Populaire souhaite accéder au rang de " Spacefaring Nation ", le statut des civilisations dominantes au XXIe siècle. Pour Pékin, l'exploration de la Lune et de Mars constituent aussi des projets emblématiques qui servent la propagande à usage interne (renforcement de la cohésion nationale autour des instances dirigeantes) et externe (affirmation de puissance). Les détracteurs de la Chine rappellent que les technologies des missions interplanétaires pourraient servir les militaires surtout en ce qui concerne la propulsion nucléaire des futurs astronefs martiens.

Gageons seulement que les projets spatiaux chinois raniment la flamme de l'exploration en Occident.

Philippe Coué


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