Lagunes altiplaniques Miscanti & Miniques, Salar de Atacama, Quebrada de Jerez

 

Pour découvrir les sites un peu plus lointains de San Pedro, la meilleure solution est encore de s'inscrire à un des tours troposés par les nombreuses agences de San Pedro. Là encore, le Routard aide pas mal à choisir car il y a de tout! Nous avons pris un tour chez Cosmo Andino Expediciones, pour 22000 Pesos (dans les 35€). C'est un peu plus cher que d'autres agences, mais je crois que ca en vaut la peine car c'est vraiment une journée complète, et on nous laisse du temps sur les différents sites visités.

Le départ s'effectue depuis San Pedro à 7 heures, dans une sorte de mini-bus. Nous sommes 7 au total (un couple chiliens, une autre chilienne, deux américaines, Brendan et moi), en plus du guide Javier.

La première partie du trajet consiste à rejoindre la Laguna Chaxa, située dans le Salar de Atacama, peu après le village de Toconao. Cette lagune saline fait partie de la Reserva Nacional Los Flamencos et abrite une colonie de flamants roses.

Arriver tôt le matin permet de bien les observer; certains dorment encore, en équilibre sur une patte, d'autres se nourissent, la tête plongée dans l'eau.
Leur couleurs varient selon les individus, mais c'est en vol que l'on voit le mieux leurs plumes rose vif.
On le voit bien sur la photo, la croûte de sel n'est pas du tout plane et uniforme, mais tourmentée, avec de gros blocs aux formes irrégulières. Comme nous l'explique Javier, la couche de sel du Salar est très épaisse (par endroits plusieurs centaines de metres) et n'est pas homogène: des forages ont montré des alternances de couches épaisses de sel et d'eau: il y a donc des lacs souterrains saturés en sel sous nos pieds!
Javier nous laisse le temps de nous balader sur la petite piste entre les deux lagunes, et à notre retour un petit déjeuner nous attends, avec café, thé et même infusion à la coca!

 

Remontée dans le véhicule, et direction le village de Socaire, plus au Sud. Progressivement, on s'élève en altitude par rapport au Salar et l'on se rapproche de la chaîne volcanique. Un arret quelques kilomètres avant Socaire nous permet de voir le Salar au loin, comme une immense mer blanche, et aussi de s'initier aux plantes de la région: Javier nous montre les cactus et diverses plantes aromatiques (dont une très utilisée en cuisine, surnomée la Rica-rica et qui dégage un parfum puissant). Il nous précise aussi qu'il n'y a pas de serpents dans la région, mais des scorpions non mortels ("No podras caminar, pero no vas a morir"... on est rassurés :-)

Quelques kilomètres plus loin, donc, c'est Socaire, petit village dont la principale curiosité est sa petite église avec le clocher (campanal) séparé.

Une "réplique" a été construite au centre du village mais nettement moins réussie!

Tout autour du village, des cultures en terrasse plantées de pois et autres légumes. Un canal amène l'eau de l'altiplano jusqu'au village. Cette eau, comme la plupart des eaux de la région (et en particulier celle de San Pedro) est particulièrement chargée en sels... et pas seulement notre bon vieux sel de cuisine NaCl, mais des dérivés du Bore, du Lithium, de l'Arsenic, du Magnesium, du Potassium, etc... à des doses très élevées. Bref de quoi avaler la moitié du tableau de Mendeleiev dans un seul verre d'eau. C'est aussi ce qui explique certains cancers développés dans la région. D'ailleurs, le sel du Salar est aussi fait de ce cocktail.

Socaire est le dernier village avant les lagunes: pour y arriver, la piste devient de moins en moins bonne. On arrive au pied du dernier relief qui nous cache des lagunes Miscanti et Miniques, et certains passages de la piste se font au pas pour éviter les blocs affleurants.

Nous arrivons enfin aux lagunes. Ici, le ciel est plus pur, d'un bleu profond (on est à plus de 4000m) et les contrastes sont saisissants, entre l'azur du ciel, les teintes jaunes de la végétation, les roches rouges ou noires, la neige des volcans et les lagunes bleues cernées de blanc.

Après un petit topo de notre guide sur les environs, il nous propose de rejoindre la deuxième lagune (Miniques) par la crête dominant les lacs.
Marche superbe où l'on sent bien l'altitude! Mais un horizon toujours magnifique, et des volcans imposants.

 

 

Et ci-dessous un panorama depuis le point haut de la crête séparant les deux lacs


Panorama intéractif Java généré par PTGui et PTViewer; cliquez sur l'image pour vous tourner; zoom avec les touches Shift et Ctrl et la souris - Image 300Ko - PTViewer

 

Après avoir rejoint la Laguna Miniques, où Javier est déjà là (il pique un roupillon dans la voiture), on longe un peu le bord (sortes de poules d'eau sur les rives); puis on rejoint la voiture où Javier à installé la table pour le casse-croute.
De petits oiseaux au bec long et des sortes de mulots viennent grignoter les miettes tombées.

C'est l'heure du départ, et l'on reprends le chemin inverse... dernier coup d'oeil aux lagune...

 


Laguna et Cerro Miniques (5910m)

 

Quelques vues de la descente des lagunes, avec des plaines sèches ou bien des rochers troués.

A droite, une vue d'une des nombreuses Quebradas (quebrada=gorge), qui sillonnent et fendent les pentes entre l'altiplano et le Salar.

 

Mais la descente ne veut pas dire que la journée est finie! Après être repassés par Socaire, on bifurque vers la carrière juste à l'entrée de Toconao. Après quelques pas, on domine une large gorge tapissée de végétation et où se dressent une multitude d'arbres! Assez insolite dans ces terrains désertiques (d'ailleurs, une dune plonge dans la gorge). C'est la Quebrada de Jerez, le jardin potager et fruitier de Toconao.
Comme nous l'explique Javier (en espagnol puis en anglais) au fond de la gorge coule un rio venant des hauteurs de l'altiplano à plus de 20km. Mais contrairement aux autres rios, celui-ci a une eau très pure et peu minéralisée, ce qui la destine d'autant mieux à la culture.
De plus, la pierre blanche présente en majorité est de la Liparite (à droite sur la photo), une pierre d'origine volcanique assez légère et poreuse et qui fait office de "regulateur thermique": les pierres chauffées par le Soleil le jour libèrent plus lentement la chaleur et ainsi la gorge ne connait pas le gel. La plupart des habitations sont aussi faites de cette roche.

 

 

Encore une fois, Javier nous laisse le champ libre pour une bonne heure, après nous avoir expliqué en détail les différentes options pour le rejoindre plus tard:
Après être descendu dans la gorge et avoir circulé dans les jardins, on peut remonter par une pente de sable, ou bien emprunter la gorge qui se resserre et suivre le rio les pieds dans l'eau puis remonter par un escalier taillé dans la roche et assez vertigineux selon lui, ou encore continuer le rio qui va en s'élargissant jusqu'au pont de la route.

 

Descente dans la quebrada, où l'on sent immédiatement la fraicheur et les parfums dégagés par les fruits d'automne et les énormes figuiers. La quebrada est un véritable dédale de petits chemins et de canaux serpentant entre les jardins aux haies épaisses. D'ailleurs on perd rapidement le reste du groupe.

Tout est envahi d'une ombre délicieuse et fraiche qui repose du soleil de la journée. On longe le lit du rio glougloutant (oui oui, il glougloute). On arrive vite à la pente de sable signalée par Javier, juste avant que la gorge devienne plus étroite, et là, l'envie est trop forte de garder encore la fraicheur: godasses sur le sac et c'est parti! Au départ les parois sont assez proches mais l'eau n'est jamais profonde, jusqu'au dessus des genoux au maximum.

 

A un moment, je me suis cru dans un canyon du nord de l'Espagne: mêmes couleurs, même température idéale... mais le décor des volcans rappelle vite qu'on est bien au Chili!

Un peu plus loin, on voit l'escalier taillé... effectivement, mieux vaut continuer par le fond de la gorge. En plus, on reste les pieds dans l'eau, alors...


Salida al Pueblo (c'est marqué sur la pancarte, et c'est là qu'il faut choisir... décision rapide dans notre cas!)

Un peu plus loin dans la gorge, parois sculptées par l'érosion

Toujours plus loin

Un aperçu du Paradis (enfin je crois que ça doit y ressembler un peu)


Brendan, d'un pas décidé


Vue du pont vers la Quebrada d'où nous venons et les volcans en fond, toujours...

 

Javier nous attend donc en haut du pont comme prévu. On retrouve le reste de la troupe, passés par la dune et le village (non sans leur dire qu'ils ont raté quelque chose, on est méchants, hein?).
Comme apparament on est en avance sur l'horaire, Javier nous laisse "quartier libre" dans Toconao.

Place principale plutot jolie et arborée, avec un campanal blanc éclatant et quelques marchands de souvenirs, pullovers en laine de vigogne, gants et bonnets (vu la chaleur ambiante, ca parait superflu pour l'instant), et quelques sculptures faites dans la Liparite locale.

On reprends la route vers San Pedro, après une journée plutot bien remplie!

 

Et quelques kilomètres avant San Pedro, cerise sur le gâteau, à deux pas de la route, une longue file de lamas avance d'un pas tranquille...
Devant les volcans, en prime, comme sur les images des bouquins de géographie de l'école élémentaire!

Arrivée à San Pedro en avance donc, vers 18h (il était prévu 19h). Vraiment on ne regrette pas ce tour là! La densité des choses vues et apprises avec Javier a dépassé les espérances. Et surtout, quel plaisir de pouvoir se balader librement et d'avoir du temps pour profiter de tous ces endroits exceptionnels! On redescend la tête pleine de couleurs et d'intensités, avec la seule envie d'y retourner pour y passer encore plus de temps.
Notre guide n'a pas hésité à s'arreter souvent dès qu'il y avait une curiosité à voir, ou tout simplement pour couper les trajets les plus longs. En bref, Cosmo Andino est une adresse à retenir!

Mais la journée n'est pas finie... et c'est là que leur cauchemard commence... non, en réalité on a décidé de changer de logement. On part donc à la recherche d'une piaule... mais c'est ignorer qu'on est Vendredi, début du week-end, c'est ignorer (ou oublier) que c'est le week-end de Paques, et qu'une procession se prépare, et que beaucoup de monde a réservé les residenciales... et qu'on se retrouve à arpenter les rues avec toujours les mêmes réponses: "Tienen habitaciones?..." "No."
On est d'ailleurs pas les seuls et on croise à plusieurs reprises les mêmes routards avec le sac sur le dos, en s'échangeant les informations: "You explored this street?..." "Yes, no rooms" "So you check this one and we check that one, okay " "Good luck..."...

Enfin, on a fini par trouver une chambre pour 4, à 4000 pesos la nuit, partagée avec deux américaines, Shannon et Julianne, dans un residencial un peu à l'écart du centre-village (en face de Tur-Bus). Les douches et toilettes sont un peu sommaires (je vous passe les détails mais pour tirer la chasse il faut aller pécher un cordon dans le réservoir :-) mais enfin, après cette longue journée, c'est un palace! Du coup, contents, on se paye un resto dans la Calle Caracoles (rue principale).
Pour le reste de l'emploi du temps, on verra demain!