Des fleurs du désertDépart le Jeudi 16 dans l'après-midi, je prends le bus de 19h pour Calama et vais loger à l'hotel Valle de la Luna (petit, rustique mais ca va).
Le lendemain, premier bus Frontera de 8h30 pour San Pedro de Atacama. Une fois sur place, apres avoir évité les quelques harponneurs à la sortie du bus (chargés de "conseiller" les meilleurs resto, agences ou hotels à grand coups de prospectus) je pose le gros sac au residencial Casa Corvatsch.
Chambres à 5000 $Ch, propre et bien tenu (ca appartient à des Suisses alors forcement...)
Puis je vais reserver tout de suite le tour de 3 jours entre San Pedro et Uyuni, chez Colque.Histoire de passer la journée, je loue un VTT et décide d'aller voir les petites oasis au sud puis la Valle de la Luna.
Le parcours dans les oasis, entre les jardins frais est très agréable.
Je pousse jusqu'aux Aldea de Tulor, des vestiges d'un village, ou il ne reste que les murs des maisons circulaires, imbriquees les unes aux autres, assez curieux. Bon, le Routard est un peu marseillais quand il parle de "puzzle s'etendant a l'infini": le site que j'ai vu (site principal n°6) doit faire 40m de long...
Je soupconne ce brave Routard d'avoir passé plus de temps en compagnie de son verre de Pisco...A coté, une double habitation a été reconstituée, et on peut longer le site archeologique sur une petite passerelle en bois qui permet d'avoir une vue surplombante sans habimer les vestiges. Retour vers le nord, puis je prends la piste qui rejoint celle de la Valle de la Luna. Quelques uns des buissons secs en bord de piste ont fleuri.
Avant d'arriver au vallon d'entrée principal de la vallée, je vois un canyon adjacent au large lit, avec des traces de vehicule... je décide de l'explorer, d'autant que sur la carte il se poursuit loin et peut rejoindre le reste du site. Effectivement, je ne suis pas déçu: les parois sont sculptées pas l'érosion en formant des arêtes vives et des sortes de "piques" de toutes tailles et incroyablement solides. En progressant, on entend des bruits aux sonorites metalliques dûs sans doute à la matiere qui sèche et se réchauffe au soleil. Un peu plus loin, une grande paroi aux dépots de sel faisant penser à de la neige. J'arrive sur un petit ressaut de 2-3 mètres, franchissable facilement à pied; il suffit de mettre le vélo à la verticale et de le tirer par la roue une fois en haut pour le récuperer... ca peut continuer, et ca vaut le coup! Le sel devient de plus en plus présent, sous toutes ses formes: dans les parois aux reflets translucides, au sol, avec des mini-forêts aux formes fractales ou bien au contraire un sol dur, uniforme et blanc pur. C'est vraiment un autre monde!
Des boules de sel; l'espece de crotte allongée au centre, c'est mon couteau suisse (pour donner l'échelle)
Une mini foret de concretions saléesAu détour d'un méandre, le lit asséché entre sous un porche bas... et lá, c'est une merveille!
Le sol d'abord:
... connaissez-vous la croustade? cette tarte aux pomme et à l'Armagnac typique du Sud-Ouest de la France? La croustade est recouverte de pâte très fine croustillante... et bien le sol de la grotte est comme une croustade géante (ca donne faim tout d'un coup): une fine pellicule de sel (~ dixième de mm) recouvre le sol avec une forme tourmentée faisant penser à des drapés... ou à la surface de la croustade.C'est absolument magnifique, et surtout je me demande bien comment cela s'est formé! Sans doute après une periode de pluie le sol s'est recouvert d'une pellicule de sel puis la terre en séchant s'est retractée et a laissé cette superbe structure fine en l'air.
C'est superbe mais tres fragile et evidemment on ne peut eviter de casser la pellicule en marchant, malheureusement.Dans la meme grotte, je remarque une stalactite de sel blanc éclatant, d'environ 30cm de long et 1cm de diamètre. Tandis que je la photographie, je vois derrière un veritable bijoux de la nature: des "excentriques" de sel, c'est à dire des sortes de fins "cheveux" de sel tordus dans tous les sens sans doute par des effets de courants d'air, comme on peut en voir dans les grottes (sauf que dans les grottes c'est en calcite) et d'une finesse incroyable! C'est de toute beauté! J'ai du mal à repartir de cette grotte aux tresors! :-)) Le canyon se termine un peu plus loin, à nouveau par un mini ressaut de quelques mètres facilement contournable. J'arrive sur une large cuvette elle aussi envahie par le sel.
En face, une falaise et une dune qui donnent bien envie d'y monter pour dominer le site. Petite mais crevante montée dans le sable, et je casse la croute devant le paysage. Un petit groupe emprunte mes pas en sens inverse.
Pour rejoindre la piste principale de la Valle de la Luna, je décide (erreur!) de passer par le haut de la falaise. C'est donc parti à dos de VTT... puis le terrain est tellement irrégulier et plein de blocs que ca devient plus dur de pédaler... puis très dur... puis il faut continuer avec le VTT à coté car ca ne vaut plus la peine de se crever...
ENFIN... apres une lutte acharnée je rejoint le fond du vallon. La route de Calama n'était pas trés loin et pouvait de toute façon constituer une solution de repli.
Les cailloux ont ici l'étrange tendance à se rouler en boule.Je rejoint rapidement et tranquillement l'endroit ou la carte m'indique la piste... mais rien! Pire, le chemin s'arète au fond d'un lit de riviere asséché.
Je laisse le VTT et monte sur des points hauts pour enfin repérer la Duna Chica que je dois rejoindre. Dernière montée-descente, derniers terrains irréguliers impropres à la consommation... et ouf, ca y est, je la tiens ma piste!!!Je vide la bouteille (d'eau!) tandis que les ombres s'allongent et que j'apperçoit les touristes sur la Duna Grande.
Un peu plus loin sur la route, deux scooters immatriculés dans le 92: il s'agit d'un couple de francais faisant un tour du monde en scooter planifié sur trois ans. Discussion sympa sur leur parcours, tandis que le ciel se colore de l'orange au rose.
Les deux petites lumiére là, ce sont leurs scooters au milieu des formes délirantes de la Valle de la LunaRetour vers San Pedro alors que la nuit arrive; la piste se passe vite, puis la route bitumée un peu plus longue mais facile... plus que quelques dizaine de mètres avant l'entree du village, et là... vol magistral!!!... en passant du bitume à cette "#$%&!*¤¡ de piste en tole ondulée (que j'avais oublié).
Ca fait mal!... L'epaule gauche a pas mal amorti la chute (la pauvre), mais rien de cassé visiblement. Je ramène sagement le VTT (dont la chaine a sauté et que je n'ai aucune envie de replacer) au loueur. Puis je rejoins illico le residencial pour faire un constat des dégats.Effectivement l'épaule et le flanc gauche ont reçu leur dose, c'est assez joli à voir. Je ne parle pas des belles égratignures un peu partout sur les bras et les jambes qui completent le tableau avec harmonie. Du coup, la nuit est passée sur le dos sans bouger (ca fait mal).
A part ca, c'etait une bien chouette journée!...
...même si je ne suis plus que l'ombre de moi-même. :-)