Construction du coronographe
Seconde version définitive
- Noël 1998 -


La description suivante décrit étape par étape la construction du tube et des divers éléments de la seconde version du coronographe que nous avons construit. Nous l'avons testé et il fonctionne à merveille.
Il présente quelques différences de conception par rapport au premier prototype.
Cette page va donc les décrire; certaines idées sont apparement assez innovantes par rapport à d'autres réalisations classiques, mais l'expérience montrera si elles sont vraiment utiles et convenables. Jusqu'à present, nous n'avons eu aucun problème de fonctionnement.

Caractéristiques du coronographe :

Lentille O1 : doublet achromatique Meade de diamètre 90mm, focale 1000mm (lunette Meade 395)

Lentille O2 : ménisque positif en verre organique (opticien) diamètre 50mm, focale 200mm

Diaphragme : de 1 à 20mm de diamètre Ref. Melles-Griot : 04IDC007

Filtre H-alpha : filtre interférentiel centré sur la raie H-Alpha (656 nm) de bande passante 10nm (100 Angströms).
                            Ref. Melles-Griot : 03FIR006
                            Voir les remarques à propos du filtre dans les conclusions.

Objectif O3: objectif issu de jumelles (diam=50mm, f=300mm)

Le doublet achromatique:
Comme décrit plus haut, c'est l'objectif d'une lunette Meade 395 (90-1000mm). Nous avons en fait conservé le tube entier de la lunette, en n'enlevant que le renvoi coudé et l'oculaire. Il est maintenu sur deux berceaux en contreplaqué vissés au tube carré du coronographe.

La lentille O2:
Nous avions tout d'abord réutilisé la lentille du prototype, en verre, que nous avions percé pour maintenir le cone occulteur. Cependant, malgré tout le soin que nous avions pu y apporter, quelques minuscules éclats (~2/10 mm) étaient visibles sur le bord du trou et se voyaient sur l'image finale, sous forme de petits croissant lumineux.
La solution était donc de faire un percage sans éclats...plus facile à dire qu'à faire!...
Nous avons finalement eu l'idée d'utiliser du verre organique (matière plastique optique) commandé chez un opticien. Il s'agit d'un ménisque assez cambré, de 50mm de diamètre et 200mm de focale. Cette matière se perce très bien avec un foret à métal traditionnel.
Pour centrer le trou sur la lentille, procéder de la manière suivante:
- Fabriquer au tour un jeton de centrage au diamètre de la lentille et percé en son centre au diamètre 3mm.
- Fixer une planchette assez épaisse sur le banc d'une perceuse sensitive et y faire un trou de 3mm.
- Centrer le jeton sur la lentille et commencer à percer avec précaution, sans déboucher le trou.
- Retourner la lentille et le centrer en plaçant une courte tige (tronçon de foret de 3mm) dans le trou de la planchette et dans le trou non débouché que l'on vient de percer dans la lentille.
- Achever le percage de la lentille ainsi parfaitement centrée.
Faire tout de même quelques essais sur des rebuts (votre opticien préféré en a surement des caisses entières...).
Une fois le trou réalisé, nous y avons collé à la cyanocryalate (SuperGlue®) un insert fileté en dural pour visser le cone occulteur.

Le cone occulteur et son support:

On voit sur la photo ci-contre le support du cône occulteur. Le cône peut se dévisser du support afin de mettre les différentes rondelles occultrices. On voit également l'insert qui est normalement collé dans le trou de la lentille O2.
Lors des premières utilisations, nous avons pu constater que la tige laiton était très chaude ( les rayons solaires s'y concentrant dessus). Or comme la lentille est en matière plastique, il vaut mieux éviter de la chauffer trop...
Ci -contre, nous avons réalisé une simulation sur un logiciel de calculs d'éléments finis. En appliquant une température donnée sur l'extrémité du cône, on s'aperçoit que, le laiton étant très conducteur de la chaleur, l'extrémité de la tige en contact avec la lentille est à la même température. Les flèches noires qui représentent le flux de chaleur montrent bien que toute la chaleur s'évacue vers la lentille.
Il a donc fallu trouver un moyen d'éviter cet échauffement.
L'idée a été de réaliser une partie du support en verre.  La simulation nous l'a confirmée: tout le flux de chaleur est arrété par le tube de verre, très bon isolant. Nous avons donc utilisé un petit tube d'instrument de labo, et le support laiton a été tourné au diamètre interieur et collé à la colle néoprène.
Ci-contre la réalisation du support du cone occulteur pret à être vissé sur la lentille O2. L'expérience à montré qu'effectivement il n'y avait aucun échauffement de la partie arrière du support.

Pour ceux qui seraient intéréssés par le logiciel d'éléments finis, il s'agit de QuickField, un logiciel dont la prise en main est très rapide, et suffisament puissant pour de petites réalisations. La version étudiante est gratuite (téléchargeable sur  http://www.tor.ru/quickfield ou http://www.tera-analysis.com.) et limitée à quelques centaines de noeuds, ce qui est bien suffisant pour de petites études.

Les disques occulteurs
Ils sont usinés au tour dans des rondelles en acier zingué. L'usinage se fait en les fixant au bout d'une tige de laiton identique à la tige porte-cône (voir photo ci-dessous). Prévoir un disque par mois au minimum, pour être "à l'aise". Ils seront d'abord usinés à la dimension approximative souhaitée (les derniers centièmes étant réalisés au papier abrasif de carrossier), puis mesurés au centième et classés jusqu'à obtenir une gamme suffisante et bien échellonnée. Un conseil: ne pas s'acharner à essayer de les usiner d'emblée à la bonne côte. Et bien sûr, ne pas les peindre!...
Pour le calcul de leur diametre, voir dans les formules pratiques sur la page de présentation.
Ci-contre, la tige d'usinage des disques. Remarquer l'épaulement destiné à asseoir le disque, bloqué ensuite par la vis.
 
 


Ci-dessus, une vue du dispositif d'occultation, complet et pret à être installé.
Ci-dessous, une photo du même dispositif (avec le tube en verre du porte-cône)

Le Diaphragme:
Nous avons réutilisé le même diaphragme (avec son support) que celui du prototype. Le doigt de manoeuvre est prolongé par une tige qui sort du tube afin de régler son ouverture tube fermé.

L'objectif O3 et le filtre H-alpha:
L'objectif O3 est en fait constitué de deux objectifs de jumelles montés face à face, et le filtre est placé entre les deux de manière à être traversée par de la lumière parallèle (chose indispensable pour un bon fonctionnement).
Le filtre est le même que celui du prototype c'est à dire un simple filtre interférentiel centré sur la raie H-Alpha (656 nm) de bande passante 10nm (100 Angströms)  (de 500 à 1000 FF). Voir les remarques à propos du filtre sur les autres pages.
 

Ci-contre, une vue de l'arrière du tube, avec:
- Le support de la lentille O2 (flèche bleue)

- Le support du diaphragme (flèche rouge) avec la tige de réglage

- Le support du filtre et des objectifs O3 (flèche violette)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Le porte-oculaire:

Afin d'observer les protubérances à un grossissement assez important, nous avons réalisé un porte oculaire décentré; le décentrement est réglable grâce à une glissière suivant le grossissement utilisé. Il est ainsi possible d'observer tout le pourtour du disque solaire par rotation du porte oculaire. Nous utilisons usuellement un oculaire de 25mm, parfois 16mm si le ciel le permet. En fait, à notre avis, c'est surtout la contemplation du disque solaire entier, avec l'ensemble des protubérances tout autour qui est la plus fascinante.

Le tube et son filtre de densité

Le tube, de profil carré, est constitué de planches de contreplaqué, et il est renforcé à l'interieur par des carrés de contreplaqué troués qui servent en même temps de diaphragmes intermédiaires (évaluer le diamètre des trous en fonction de leur position sur le faisceau).
Une chose indispensable à prévoir est un filtre d'entrée mobile, afin de permettre un centrage du soleil en toute sécurité, et que l'on retire une fois le soleil centré. Le dispositif que nous avons choisi n'est pas très évolué mais à l'avantage d'être simple à réaliser:
Il s'agit d'une planchette trouée maintenue par une charnière à piano sur le dessus du tube. Dans le trou, plusieurs épaisseurs de transparent rouge sont prises en sandwich entre deux petites plaques de verre. Le transparent utilisé est celui que l'on trouve pour les projecteurs de spectacles (magasin de sono et lumières). Une grande feuille vaut quelques dizaines de francs. Il faut mettre assez d'epaisseurs de manière à ne pas être ébloui même lorsque le soleil est totalement décentré (Attention: manip délicate, mettez-en assez au début!). La qualité optique n'est pas formidable, mais bien suffisante pour centrer le soleil.
On a ensuite attaché une ficelle sur un petit bras de levier vissé sur la planchette, afin de pouvoir la lever ou la baisser en ayant l'oeil à l'oculaire. De plus, un petit dispositif de sécurité rudimentaire permet de baisser immédiatement le filtre en cas d'urgence (arret du moteur d'entrainement par exemple).
 

Essais et observations avec la seconde version
 

Nous avons eu bien moins de difficultés à regler cette version, ayant deja l'expérience du premier coro. Le premier réglage optique est réalisé sur un objet à l'infini (nos belles Pyrénées, par exemple): la première étape est de regler la position de l'ensemble lentille  O2 + disque occulteur (reglable en translation par 3 tiges filetées). Le but à atteindre est d'observer à l'oculaire une netteté parfaite et simultanée du disque occulteur et du paysage. Après chaque déplacement de la lentille O2, la mise au point de l'oculaire est bien sûr indispensable.
La seconde étape du réglage consiste à positionner le diaphragme sur l'image de l'objectif O1 donnée par la lentille O2. Il faut pour cela réaliser une forme quelconque découpée dans une feuille de bristol et la placer contre l'objectif. Le but est de régler la position du diaphragme pour que l'image du carton soit nette sur le diaphragme (placer un morceau de papier blanc sur le diaphragme pour observer l'image plus facilement). Si la lentille O1 est un objectif achromatique comportant trois petites cales à 120°, celles-ci peuvent tenir lieu d'objet et leur image doit être nette au niveau du diaphragme. Si la lentille est sale (poussières ou trace de doigts), on verra nettement l'image de ces defauts se projeter sur le diaphragme.
La dernière étape consiste à amener le foyer objet de la lentille O3 sur l'image virtuelle du disque occulteur donnée par la lentille O2. Ceci a pour but de faire travailler le filtre interférentiel en lumière parallèle. On peut indifféremment procéder par calcul et mesures ou bien déplacer le bloc O3+filtre+0'3 jusqu'à obtenir l'égalité des deux distances (O3-image virtuelle par O2) et (O'3-plan objet de l'oculaire) (tout au moins dans notre cas où l'ensemble objectif O3, double, est en fait constitué de deux objectifs de jumelles O3 et O'3, identiques et face à face).

Lors de la première observation du Soleil, il faudra choisir le bon disque occulteur (partir du plus grand et descendre en diamètre si necessaire). Le réglage du diaghragme est destiné à obtenir le meilleur contraste et la meilleure définition: plus le ciel est parfait et coronal, plus il pourra être ouvert. En revanche, le fermer trop fera perdre en définition (phénomène de diffraction devenant prépondérant). Par ciel moyen, nous utilisons un rapport f/D résultant de 20 environ. Ce rapport se calule en fonction de l'ouverture relative du diaphragme.
L'observation visuelle est toujours un emerveillement, les structures pouvant évoluer de manière rapide en quelques minutes. L'une des choses les plus surprenantes concernant l'instrument est la finesse des images obtenues avec des moyens modestes. Nous n'en esperions pas tant et nous vous encourageons vivement à tenter l'aventure!
Le 1er Janvier 1999, nous avons obtenu la premiere photographie au foyer (voir ci-dessus)
Ci-contre une photo prise le 31 Janvier 1999 (film TP2415 développé 6 minutes dans un révélateur doux compensateur type D-76).

Ci-contre, la même photo avec le Soleil entier, et colorisée: un bon exemple du spectacle offert à l'oculaire

Voir aussi les pages d'observations des protubérances solaires: photos fixes et animations

Et ne manquez pas la page de liens solaires!...

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