Une belle éclipse partielle de lune le soir du 16 août 2008



Philippe Morel,

Société Astronomique de France

Ce ne sera certes pas le grand spectacle offert le 21 février dernier mais cette éclipse partielle de lune nous offrira quand même un beau spectacle en plein pont du 15 août, un samedi soir en début de nuit. Il faudra en profiter car, en France, ce sera la dernière éclipse de Lune bien visible avant celle du 28 septembre 2015.

Les instants de l’éclipse sont :

P1 : début de l’éclipse pénombrale à 18h 23m UT,

O1 : entrée dans l’ombre à 19h 34m UT,

M : milieu de l’éclipse à 21h 09m UT,

O2 : sortie de l’ombre à 22h 45m UT,

P2 : fin d’éclipse à 23h56m UT.

Ce début d’éclipse survenant très tôt en soirée aura deux conséquences : une lune très basse, voire, pas encore levée et un début de phénomène dans un crépuscule plus ou moins lumineux selon les endroits. D’une manière générale, le sud-ouest et la Corse seront les régions de France métropolitaine les plus privilégiées.

 

P1 : début de l’éclipse pénombrale à 18h 23m UT


Seule la Corse sera concernée, et encore car à cet instant le Soleil sera juste au couchant. Peu importe en fait car même par nuit bien noire, la pénombre de la terre commence à être perceptible sur le disque lunaire qu’environ 30 minutes avant l’entrée dans l’ombre et à ce moment, où que cela soit en France, le ciel sera encore trop clair.

O1 : entrée dans l’ombre à 19h 34m UT


L’entrée dans l’ombre sera loin d’être évidente sur la moitié ouest du pays car la Lune sera placée à moins de 5° de hauteur au dessus de l’horizon

 

L’entrée dans l’ombre sera donc crépusculaire et se déroulera dans un ciel encore très lumineux pour une bonne moitié ouest et nord du pays. Seul le sud est et l’extrême est seront plus épargnés ; le meilleur endroit, comme pour l’ensemble du phénomène étant la Corse où l’éclipse partielle débutera à la fin du crépuscule nautique, donc, au moment où apparaissent les étoiles de 4ème magnitude.

M : milieu de l’éclipse à 21h 09m UT

La grandeur de l’éclipse au moment du maximum sera égale à 0,887 et sa hauteur sur l’horizon  variera de 12 à 25° selon le lieu mais avec un crépuscule encore un peu présent dans certaines régions.


La moitié nord ouest, là où l’éclipse sera la plus basse sur l’horizon, sera encore quelque peu concernée par le crépuscule astronomique mais cela ne devrait pas être bien gênant sauf dans les régions de la pointe Bretagne et du Cotentin où les colorations de la partie obscurcie du disque lunaire seront moins contrastées qu’ailleurs.

O2 : sortie de l’ombre à 22h 45m UT

La sortie de l’ombre ne posera aucun problème de visibilité ; la nuit étant astronomique partout en France et une Lune en fin d’éclipse par l’ombre à environ 30° de hauteur en Provence et environ 34° en Corse.

P2 : fin d’éclipse à 23h56m UT

Un peu partout, l’éclipse se terminera au méridien ou à son voisinage. L’assombrissement sera alors devenu imperceptible depuis environ une demi heure.

Photographier l'éclipse

La série d'images ci-dessus a été réalisée depuis le sud de la ville de Syracuse en Sicile au foyer (F/D = 10) d'un télescope Schmidt Cassegrain Celestron Nexstar 5 de 127mm de diamètre. Les phases partielles ont été exposées 0,5 sec ou 1 sec sur équivalent 400 ISO,

© : Philippe Morel, SAF.

Pour bien exposer un élément d’image, il faut poser assez longtemps pour recueillir toutes les lumières du spectre visible, du rouge au bleu. Dans le cas des éclipses partielles ou totales de Lune, le gradient de bonne exposition sur deux bords diamétralement opposés est très important. Si nous exposons bien le bord le plus clair de l’ombre, tout le reste de cette dernière sera invisible. A l’inverse, si nous exposons bien le bord le plus sombre, tout le reste sera largement surexposé. Mieux vaut donc, pour une image unique, bien exposer le centre du disque même si la partie du disque placée hors de l’ombre sera très surexposée.


© : Philippe Morel, SAF.

Si nous prenons en référence la densité optique des rayons bleus projetés au centre du disque, cette dernière devrait être de 3,2. Cela signifie qu’entre la Pleine Lune photographiée dans les mêmes conditions de transparence de ciel et de hauteur au dessus de l’horizon en l’absence d’éclipse et ce disque lunaire totalement éclipsé pris avec exactement la même configuration de prise de vue, le rapport des durées d’expositions sera de 1 à 103,2  soit environ 1 à 1600. Ainsi, quand la Pleine Lune demandera 1/1000ème de seconde de temps de pose, ce milieu d’éclipse, milieu de disque nécessitera 1,6 s de durée d’exposition. Si l’on se contente d’une bonne exposition jusqu’au vert (longueur d'onde = 0,54 mm), la densité optique de ce centre de disque lunaire éclipsé sera de 2.75 et, de cette Pleine Lune posée 1/1000e de seconde on passera à une exposition de 0.6 s.

Bien sûr, chaque film ou capteur photographique a sa sensibilité spectrale propre et ce calcul n’en tient pas compte. Il permet cependant de fixer des ordres de durées d’exposition très précieux dans la détermination d’un programme optimal de prise de vue.




  Retour au sommaire de la page "Visibilité des phénomènes célestes"

    Retour au sommaire