Comète C/2006 P1 Mc Naught : la course contre les nuages
Philippe Morel,
La comète C/2006 P1, Mc Naught nous a offert quelques jours d'un inoubliable spectacle mais les nuages ont été presque toujours au rendez-vous depuis le nord de la France à tel point que sur les 7 jours du meilleur de la visibilité, seul le début de nuit du 10 janvier a permis d'entrevoir la belle visiteuse entre les nuages et les bourrasques, sans qu'aucune prise de vue ne soit possible.
La fin de la période de visibilité nocturne était annoncée pour le 13 janvier et le 11, le ciel était aussi couvert que d'habitude.
Le dernier espoir de pouvoir admirer le spectacle se situait donc le soir du 12 janvier … à condition d'aller là où le ciel avait de grandes chances d'être dégagé.
Le matin du 12 janvier 2007
Rien de bon n'est annoncé pour la région Nord et des prévisions météorologiques prévoyant du beau temps … à 900 km de distance.
Appels téléphoniques chez les amis des différentes régions :
- ciel voilé à Sisteron,
- beau temps à Toulon et à Marseille,
- ciel voilé à Aix en Provence,
- ciel très voilé en Touraine,
- région sud-ouest non explorée car impossible à rejoindre avant le coucher du Soleil.
Il est 11h du matin quand la destination est choisie : la Gare TGV d'Avignon. Restent 6h 24min pour trouver un moyen de s'y rendre et être opérationnel pour les prises de vue dès le coucher du Soleil annoncé à 17h 24min légales.
Un succès pas du tout assuré
Une prévision de beau temps n'élimine pas le risque de trouver une barre de nuages occultant le Soleil couchant. De plus, débarquer en un lieu peu ou pas connu expose au risque de ne pas avoir assez de temps sur place avant le phénomène pour trouver un lieu de prise de vue dégageant assez l'horizon visé. Mieux vaut donc déjà avoir visité la destination au préalable et en direction du sud-est, les gares TGV d'Avignon et Aix-en-Provence sont parfaites pour nos préoccupations car placées en hauteur et disposant de terrasses surplombant les parkings et voies d'accès.
Enfin, dans le cas de C/2006 P1 le 12 janvier, rien ne permettait d'affirmer qu'il y aurait quelque chose à voir dans le crépuscule à seulement 7° d'élongation du Soleil, ne laissant que fort peu de temps dans le crépuscule civil pour passer à l'action. Ainsi, le Soleil devait se coucher à 17h24min et la comète à 18h08min. A l'instant du coucher du Soleil, la comète devait se trouver à 6,3° au-dessus de l'horizon sud-ouest et à seulement 1° de hauteur à 17h56min quand le soleil se serait abaissé de 6° au-dessous de l'horizon, donc, à la fin du crépuscule civil. Cependant, et contrairement à une idée reçue, le fait de descendre en Provence en venant du nord ne pouvait améliorer la visibilité d'un objet placé au couchant, bien au contraire et à titre d'exemple le même soir, le Soleil était à 6° de hauteur sous l'horizon à Cambrai (lat : 50°14') quand la comète se situait à 1,3° au-dessus de l'horizon.
La course contre les nuages est lancée
Trouver une destination sans nuages située à 900km de distance et ne disposer que de 6h pour la rejoindre éliminait toute éventualité d'un voyage par la route et par avion du fait de la rareté des liaisons nord-sud. Reste donc le meilleur rapport qualité/prix/facilité d'accès : le TGV et, par chance, la possibilité de parcourir l'aller-retour sur la journée avec des horaires qu'on aurait pensé avoir été prévus pour les observateurs de comètes.
12h49min : départ de la gare d'Arras
Un départ sous le soleil qui ne fait rien regretter tant les cirrus sont épais tout autour de l'horizon.
13h38min : arrivée à Paris
Reste à passer de la Gare du Nord à la Gare de Lyon, soit 15 minutes par le RER D … à condition d'avoir le ticket en poche car les queues au guichet sont souvent très longues. Même Soleil voilé à Paris qu'à Arras.
14h20min : départ de Paris
Les nuages défilent alors à vue d'œil et très vite, la chape de cirrus se déchire puis disparaît, laissant place à des strato-cumulus puis à de larges éclaircie à partir de la région de Macon. Pas d'arrêt à Lyon et à peine 2h après le départ de Paris apparaît le donjon de Crest puis les monts des Baronnies éclairés par la magnifique lumière de la fin d'une journée provençale ensoleillée et, à la minute près, à 16h56min, le TGV arrive à destination sous un ciel coronal avec la ponctualité d'une horloge astronomique.
Le Soleil est très bas sur l'horizon et il reste une demi heure pour trouver un joli premier plan. La gare TGV d'Avignon est située au nord-ouest de la ville et en hauteur.
Il s'agit d'un long bâtiment de verre orienté selon un axe est-ouest et disposant a ses extrémités de terrasses surplombant d'environ 4 m les parkings et voies d'accès environnantes. En direction du sud-ouest, ces terrasses surplombent un parking donnant un recul d'environ 1 km par rapport aux éléments de l'horizon faits d'arbres et d'une ligne de courant électrique à haute tension qu'il sera impossible d'éviter.
L'apparition de la comète
Pour cette mission " éclair " sans lieu de prise de vue réellement défini, il fallait du léger et du facile à déplacer : un simple pied photo à tête flottante, un boîtier numérique à visée reflex Canon 10D et un téléobjectif de 180 mm de focale ouvrant à F/D = 2,8 diaphragmé à 5,6.
Alors qu'elle s'était toujours drapée sous un épais manteau de nuages, C/2006 P1 apparût soudain à l'œil nu peu avant le coucher du Soleil et au fil des minutes dans le viseur de l'APN.
Lentement mais sûrement, la comète descendait vers l'horizon se montrant de plus en plus majestueuse dans l'univers coloré de ce crépuscule provençal haut en couleurs. A la beauté de la comète elle-même s'ajoutait le ballet lumineux des quelques voiles de cirrus dans ce ciel par ailleurs très pur et très vert près de l'horizon, à l'images des franges de la même teinte détachées de l'astre des jours au moment de son coucher. Vers 17h50min, le spectacle était au sommet de sa magnificence … et la comète prête à passer derrière les arbres.
Les images ont été prises en mode RAW au rythme de 4 par minutes durant 20 minutes, de sorte qu'il sera possible de reconstituer un accéléré de la descente de la comète vers l'horizon. L'image présentée ici est un compositage de 8 clichés exposés 1/8ème puis 1/6ème de sec prises entre 17h35 et 17h50 (légales) en terminant par l'image où la comète est la plus basse et la plus contrastée appliquée en produit sur les 7 autres avec une transparence dominante. En traitant de la sorte, le bougé sur le paysage disparaît de l'image finale. Ces 15 minutes séparant la première de la huitième image ont eu pour effet de superposer dans le ciel des nuages éclairés sous des angles différents, contribuant sans aucun doute à la richesse colorée de l'image finale.
Le plus gros du traitement, sur une telle image d'exception consistait à en retirer tous les éléments en altérant l'esthétique, à savoir les 24 fils électriques de la ligne à haute tension longeant l'horizon, ce qui ne fut pas une mince affaire !
Autour de la comète
Dès qu'un pied photo est déployé dans un lieu public c'est un peu comme dans le désert : toute une population apparaît et la comète n'a pas échappée à la règle, permettant aux chauffeurs de taxis et à leurs passagers en attente de courses de se rendre compte qu'on pouvait voir la comète Mc Naught autrement que devant un écran de télévision.
L'urgence d'avant le coucher du Soleil n'a pas permis de réaliser de jour des images du site. Ces dernières ont donc été prises au moment où la comète disparaissait sous l'horizon. Le petit rectangle sur l'image ci-dessus figurant le champ de l'image de la comète, preuve que dans un site d'apparence complètement banale peuvent sortir des décors naturels uniques à condition d'utiliser un peu de focale.
L'image Meteosat prise à 17h UT confirmera l'opportunité du choix de ce site d'observation car, entre temps, les nuages sont revenus sur le Nord et la région parisienne et les seules régions épargnées de France semblaient être l'Anjou, la région de Nantes le couloir rhodanien et la côte méditerranéenne des Pyrénées à la frontière italienne.
Retour à la case départ
19h12min départ d'Avignon TGV
… et arrivée à 21h58min à Paris Gare de Lyon.
22h58min départ de Paris Gare du Nord
… et arrivée à la gare d'Arras à 23h48min au terme d'un périple inoubliable long de 1882km pour un événement marquant dans une vie d'astronome amateur.
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