L' ECLIPSE SYMPA A FORNA

Eclipse sympa à Forna

 

 

Louis Charrié

Société Astronomique de France

Commission du Soleil

 

Première éclipse annulaire à traverser l'Espagne depuis 1764 et première éclipse de Soleil centrale depuis la totale du 28 mai 1900, l'éclipse de Soleil du 3 octobre 2005 nous a ramenés sur les trace de Camille Flammarion. A l'occasion de cette éclipse de 1900, notre fondateur, accompagné de l'abbé Moreux, reçut un accueil triomphal à Valence, et à Madrid par la reine Marie-Christine. L'observation eut lieu près d'Alicante, à Elche, petite ville doublement célèbre   par "la dama" (antique buste de femme trouvé en ce lieu en 1897) et aussi par ses palmeraies (les plus vastes d'Europe).

 

Venus de tous les azimuts

 

L'environnement de Dénia, en Espagne, près du Cap de la Nao, entre Valencia (Costa de Azahar) et Alicante (Costa Blanca), avait été pressenti comme le meilleur endroit d'Europe pour observer l'Eclipse Annulaire de Soleil du 3 Octobre 2005, tant à la fois pour la durée et la grandeur de l'occultation, que pour la probabilité de bonnes conditions météorologiques. La réalité a été à la hauteur des attentes, pour la grande satisfaction de tous ceux qui ont vécu cet événement dans cette région attrayante.

 

 

Forna : pueblo de los aficionados, © : Louis Charrié, SAF

 

 

Ils étaient près de cent cinquante « aficionados » à se retrouver sur le site de FORNA, le lundi 3 Octobre au matin, avec instruments et équipements bigarrés. Français, pour la très grande majorité, venus de tous azimuts de l'hexagone, presque exclusivement membres de la Société Astronomique de France, astronomes amateurs, mais aussi professionnels, quasi-professionnels ou expérimentés, tels Daniel Bardin de Marseille avec son équipe, M. Treilhou de Toulouse avec deux jeunes de l'INSA, Françoise Delplancke d'Allemagne avec trois autres chercheurs, Gérard Faure de Grenoble avec son épouse, Chantal Francis de Belgique, Gilbert Javaux de Paris, et autres collègues de la liste Alphonse … France, Espagne, Allemagne, Belgique, Suisse … L'Europe était ici représentée dans ce qui a constitué probablement le plus important rassemblement spontané de membres de la SAF à l'étranger.

 

Les huertas d'orangers, © : Louis Charrié, SAF

 

Ils avaient tous convergé vers ce petit village de Forna, écarté du littoral méditerranéen, et perdu dans la Sierra Gallinera. Il fallait trouver la route étroite menant à ce lieu béni des dieux, où l'on découvre, lovées dans un creux de montagne, 89 maisons blanches coquettes, soigneusement fleuries, restaurées avec goût, et un château moyenâgeux construit par les maures, dominant la « Area Xiringuito », choisie comme lieu d'observation, repéré un an auparavant.

 

De l'avis unanime, cette aire aménagée dans la garrigue, avec parkings et plates-formes d'observation semblait avoir été réalisée pour l'occasion, idéalement située dans un cadre naturel, d'où la vue s'étend sur les huertas d'orangers étagées s'abaissant graduellement jusqu'aux rizières de Pégo longeant la zone côtière.

 

Le grand spectacle

 

Juste avant le début de l'éclipse, © : Louis Charrié, SAF

 

Alors que le temps était radieux sur la région jusqu'à la veille du jour « J », le dimanche, la couverture de cumulus a brusquement envahi le ciel et quelque peu inquiété les premiers arrivés comme ceux installés en caravanes et camping-cars sur le site. Fort heureusement, le lundi matin, il ne persistait que des nuages disloqués, rapidement évaporés dès la montée de l'astre solaire.

 

Au rendez vous de l'éclipse : des aficionados des « Rencontres Astro Ciel », © : Louis Charrié, SAF

 

A 7 heures 30 du matin, bon nombre d'observateurs étaient déjà sur place, pour choisir leur emplacement, installer les instruments et opérer les réglages, en fonction des coordonnées locales (latitude : +38°53'N - longitude : +0°10'W - altitude : 300 m.). Certains même avaient gravi les pentes pour se positionner près du château et jouir d'un panorama plus étendu.

 

3…2…1… Danielle va-t-elle donner le « top départ » ? © : Louis Charrié, SAF

 

A 9 h 42m 11s (heure locale = T.U.+2) le premier contact lune-soleil est perçu à travers des nébulosités.

 

Des nébulosités bien vite oubliées, © : Louis Charrié, SAF

 

Chacun s'empresse alors d'amorcer et d'exécuter son programme d'observations et de prises de vues. Les instruments les plus divers attirent les regards : des télescopes Schmidt-Cassegrain de Ø 300, 250, 200 …

 

 

… aux Maksutov Ø 100 ou 90, des lunettes de longues et courtes focales, des téléobjectifs, … (© : Louis Charrié, SAF)

… des grosses Jumelles, des montures motorisées ou non, des planchettes équatoriales, des webcams, CCD et ordinateurs, des Solarscopes, un bon nombre de filtres Hα et PST Coronado, appareils photos argentiques et numériques …

 

La progression de l'échancrure, © : Louis Charrié, SAF

 

La progression de l'échancrure sur le disque solaire est suivie à l'oculaire ou derrière l'œilleton des appareils reflex, sur écran, ou à l'œil nu avec les lunettes spéciales et verres de soudeur. Les croissants du soleil sont aussi observés sur un papier blanc derrière un sténopé, comme sur le sol sous les canisses ombrageant la proximité du Bar buvette, où étaient servies boissons et petits déjeuners.

 

Intense activité près du bar buvette, © : Louis Charrié, SAF

 

On perçoit une baisse légère de la luminosité et une sensation de fraîcheur. Le ciel prend une couleur azur profond de plus en plus accentuée. Les reflets sont blafards.

 

Lors du deuxième contact, à 11 heures, la joie explose avec cris et applaudissements.

 

Instant tant attendu : il est 11h T.U., © : Louis Charrié, SAF

 

Les pointes des cornes fines se sont rejointes pour former une alliance d'or. Les 4 minutes et 10 secondes de l'annularité sont savourées intensément, chacun suivant l'évolution de l'anneau solaire, qui devient parfaitement circulaire à 11 h 02, puis se déforme ensuite progressivement. Les appareils photos crépitent. Tous les visages chaussés de lunettes, sont orientés vers une seule direction, et rivés sur ce qui reste du soleil si finement révélé, et occulté à 0,9757.

 

Le milieu de l'éclipse photographié par Louis Charrié

 

 

 

La série complète des images d'éclipse de Louis Charrié : cliquer ici

 

 

 

 

… et la phase annulaire photographiée par Gérard Faure

 

Cet événement, trop éphémère, provoque une émotion certaine ressentie avec acuité. Puis un pointillé de lumière se montre sur la bordure Est du limbe solaire : les grains entre les montagnes lunaires sont parfaitement perceptibles.

 

A quand la prochaine ? © : Louis Charrié, SAF

 

Le troisième contact, à 9 h 04m 11s, libère la satisfaction générale, traduite encore par des applaudissements, des expressions jubilatoires diverses, et des congratulations.

 

Gérard Faure et son épouse : un petit bonjour à la liste Alphonse,

© : Louis Charrié, SAF

 

On a essayé de discerner sur le fond du ciel bleu profond le trio Jupiter-Mercure-Spica, mais en vain. De même, l'obscurité de 90,6 % n'était pas suffisante pour percevoir des ombres volantes.

 

© : Louis Charrié, SAF

 

La baisse de température a été légère, mais significative, passant de 17°C à 9 h 40 à 14°C à 11 h 05, pour remonter ensuite à 23°C à 12 heures et 28°C à 13 heures. Le taux d'humidité mesuré est monté de 45 % à 10 heures à 55 % à 11h h 20, pour redescendre ensuite 39 % à 12 h 30.

 

Les fines cornes se rétractent, © : Louis Charrié, SAF

 

Durant la deuxième période de partialité, les fines cornes se rétractent en s'épaississant, puis le croissant de soleil regagne progressivement de la surface, à l'inverse de la première, pour recouvrer sa rotondité parfaite à 12 h 29m 59s à l'instant du quatrième contact, dans un ciel redevenu lumineux.

 

Dans un ciel redevenu lumineux, © : Louis Charrié, SAF

 

Selon les échos unanimes, voilà une éclipse annulaire parfaitement réussie. Les professionnels ont pu mener à bien des mesures de photométrie, des enregistrements divers, tels que les variations du réseau de Hartzmann et autres expérimentations … Les amateurs ont ramené des photos et captures précieuses.

 

Des manips parfois insolites, © : Louis Charrié, SAF

 

Tous ont savouré des instants insolites, une émotion très particulière, ainsi qu'une joviale convivialité.

 

 

Rendez-vous est d'ores et déjà fixé pour la prochaine Eclipse totale le 29 Mars 2006, dans les sables du désert nigérian et libyen. Elle sera encore une fois observable en France comme partielle.

 

 

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