Comment photographier une éclipse totale de soleil

La photographie des éclipses totales de Soleil.

 

 

Philippe Morel,

Société Astronomique de France

 

Arrivés au jour J nous aurons tous le souhait de tenter de garder le souvenir le plus fidèle possible de cet instant magique. Il ne faut toutefois pas se faire trop d’illusions ; n’est fidèle que le souvenir visuel. La photographie réalisée avec les moyens conventionnels n’offre au mieux qu’une pâle réplique de la réalité et si vous assistez à une première totalité d’éclipse de Soleil, tous les chasseurs d’éclipses vous donneront le même conseil : simplifiez au maximum votre projet photographique pour vous donner le plus de chance possible de l’accomplir avec succès et surtout, gagnez du temps pour admirer le spectacle féerique qui vous sera offert.

 

Quelles photographies réaliser ?

 

Le projet photographique doit être défini assez longtemps à l’avance. Nous pouvons nous poser deux questions :

 

-         Que faire avec mon matériel ?

-         Quel matériel dois-je réunir selon le type de clichés à réaliser ?

 

Pour ce faire il importe donc de résumer les possibilités photographiques des équipements dont nous pouvons disposer.

 

Que faire avec mon matériel ?

 

Dans tous les cas mieux vaut placer le matériel sur un solide trépied, voire sur une monture équatoriale si le temps de pose l’exige, (voir plus loin). Les choix suivants sont définis pour un format de 24x36mm.

 

Objectifs de type " Fish-Eye"

 

Ces objectifs ont la particularité d’offrir un champ de 180° ou plus et donc de permettre la réalisation de clichés montrant l’ensemble de la voûte céleste. Ils seront donc appréciés pour des clichés montrant l’arrivée ou la fuite de la colonne d’ombre et l’effet de crépuscule tout autour de l’horizon durant la totalité. Ces objectifs ont une focale inférieure à 16mm ; il ne faut donc espérer aucun détail sur la couronne solaire. Leur courte focale rend superflu l’usage d’un équatorial y compris pour des poses de plusieurs secondes mais leur très grand champ exige une installation en hauteur par rapport aux opérateurs sous peine de voir l’un de ces derniers faire ombre à l’éclipse.

 

Objectifs de 20 à 50mm de focale

 

Ils s’attribueront un bon nombre des clichés de paysages durant le phénomène. Paysages bien sur durant la totalité où il ne faudra pas oublier le premier plan, mais aussi photographie des croissants de Soleil au pied d’un arbre, de l’assombrissement progressif du ciel durant l’ensemble du phénomène, des ombres volantes et de la colonne d’ombre dans les secondes ou minutes précédant ou suivant la totalité. Ces focales seront aussi appréciées en vue de la réalisation de photographies en chapelet. Pour placer sur un même cliché le Soleil éclipsé et l’horizon le 11 août prochain la focale utilisée devra être inférieure à 35mm.

 

Objectifs de 85 à 200mm de focale

 

Ils conviennent à la réalisation des clichés montrant les rassemblements planétaires au voisinage du soleil éclipsé. Le 11 août prochain, seules les planètes Mercure et Venus seront placées de part et d’autre du Soleil, à respectivement 18 et 15° du Soleil. Au delà  de 85mm de focale il sera donc bien difficile de faire rentrer tout le monde sur un même cliché. Des focales de 135 à 200mm permettent déjà d’intéressants clichés de couronne externe mais les images seront encore trop petites pour apprécier vraiment les fins détails de la basse couronne, des protubérances et de la chromosphère.

 

Objectifs de 300 à 600mm de focale

 

En argentique avec 300 mm de focale sur pied fixe le 4 décembre 2002, © : Philippe Morel, SAF

 

Ces téléobjectifs, le plus souvent à miroirs se trouvent facilement et à peu de frais sur les foires à la photo. Ils permettent de détailler la couronne externe et surtout la couronne moyenne quand on approche ou dépasse les 500 mm de focale. L’usage d’une monture équatoriale est alors souhaitable et la mise au point ne se contente plus des indications gravées sur la monture de ces optiques.

 

Objectifs de 700 à 1200mm de focale

 

En argentique avec 1270 mm de focale sur altazimutal piloté le 21 juin 2001, © : Philippe Morel, SAF

 

Pour la photographie de la chromosphère, des protubérances de la basse et moyenne couronne apparaît ici un instrument idéal et très tolérant sur la mise au point : la lunette de 60 mm du débutant ; l’un des meilleurs instruments qui soit pour qui veut tenter la haute résolution sans se donner trop de mal dans la préparation. Le recadrage à ces focales étant particulièrement difficile et périlleux  et l’allongement des temps de pose étant nécessaire à l’obtention de la couronne moyenne, l’équatorial devient indispensable. A plus de 1000 mm de focale on peut obtenir les jets de couronne externe mais en décadrant l’image de la Lune, ce qui n’est pas très évident en cours de totalité.

 

Objectifs de plus de 1200mm de focale

 

 Ces focales sont à réserver à la haute ou très haute résolution de toutes les structures de la chromosphère à la basse couronne. Entraînement équatorial obligatoire et  difficultés de transport et de mise en place sur le site croissant avec la focale. Plus la focale augmente plus précis doit être le pointage polaire.

 

Quel matériel dois-je réunir selon le type de clichés à réaliser ?

Les phases partielles

Le 21 juin 2001 avec 1270 mm de focale et un filtre Mylar grade 4, © : Philippe Morel, SAF

L’aspect du Soleil pendant les phases partielles de l’éclipse (c’est à dire avant la totalité, après la totalité, ou depuis un point situé en dehors de la zone de totalité) est strictement identique au Soleil que l’on peut voir tous les jours. Simplement, une partie de sa surface n’est pas visible, car cachée par la Lune. Les techniques d’observation du Soleil pendant les phases partielles sont donc strictement identiques aux techniques d’observation du Soleil n’importe quel jour, les précautions à prendre également. Une focale de 500mm représente un minimum et ici encore la lunette de 60 mm de diamètre des débuts fait des miracles ; il faut absolument la protéger d’un filtre solaire pleine ouverture ou d’un filtre Astrosolar ou à défaut Mylar.

Le 8 avril 2005 à 21h37m UT au Solarmax 40, © : Philippe Morel, SAF

Depuis peu, l’imagerie des phases partielles a repris de l’intérêt avec la mise à disposition de filtres H alpha à faible largeur de bande passante par la firme Coronado. Il est donc désormais possible d’anticiper ce qui va se passer au moment des contacts principaux et d’obtenir, sur le disque, des détails y compris en période de minimum d’activité solaire. Le seul inconvénient est le faible diamètre de cette optique si l-on ne veut pas casser sa tirelire. Les CCD seront bien plus performants que les CMOS sur ces instruments mais les CMOS parviennent quand même à sortir des détails et il ne faut pas hésiter à compositer plusieurs images. A F/D=15, avec un CMOS et une éclipse placée à environ 35° de hauteur, le temps de pose sur équivalent 100 ISO était de 1/45ème de sec pour la surface et 1/80ème de sec pour les protubérances.

Le 3 octobre 2005 à 9h18m UT au PST + Solarmax 40, © : Philippe Morel, SAF

 

Chapelet d’images

La photographie en chapelet permet de résumer sur un même plan film l’ensemble du phénomène. Il suffit pour cela de déclencher toutes les trois à cinq minutes après avoir neutralisé l’avance du film. L’effet esthétique est garanti car, en plus du déplacement apparent de l’éclipse dans le ciel, le chapelet montrera l’évolution du phénomène. Il faut pour cela poser à intervalle de temps très régulier, placer le boîtier sur un solide trépied très stable, ne réaliser qu’un seul cliché en milieu de totalité et ne pas oublier de placer un premier plan. L’ensemble de l’éclipse doit rentrer dans le champ et en format 24x36mm une focale de 35mm paraît être un bon compromis.

 

Chapelet de l’éclipse du 21 juin 2001 recomposé à partir de 31 images prises avec 1270mm de focale, © : Philippe Morel, SAF

 

Il est cependant possible de nos jours de réaliser un chapelet sans soumettre l’ensemble du programme de prise de vue à la réussite ou au raté d’un seul cliché. Il suffit, grâce à un logiciel d’éphéméride de reconstituer la course apparente qu’avait l’éclipse à l’endroit où elle a été observée et de se servir, après redimensionnement et orientation adéquats, des images élémentaires ou compositées réalisées avec une focale plus longue.

L’ombre des arbres

A l’ombre de l’éclipse du 3 octobre 2005, © : Jean François Degardin, CAC

Les petits interstices laissant passer quelques rayons solaires entre les feuilles d’un arbre jouent le rôle de sténopé, et projettent sur le sol ou sur un mur une image rudimentaire du disque solaire. Cette image est cependant suffisamment fidèle pour qu’on puisse bien y voir l’échancrure du disque lunaire pendant toutes les phases partielles. Il est alors très facile de réaliser des photographies du sol ou du mur qui porte ces images, et de suivre ainsi le déroulement de l’éclipse. N’importe quel appareil photographique permet cette expérience, et pour une fois, nous ferons confiance aux automatismes du boîtier. Penser simplement à être assez près de cet écran de projection de circonstance afin que les images du Soleil soient assez grosses pour être lisibles.

Ombre d’anneau le 3 octobre 2005, © : René Verseau, SAF

Les ombres volantes

Les ombres volantes se manifestent sur un écran (mur blanc par exemple) éclairé par le Soleil, quelques dizaines de secondes avant et après la phase de totalité. On peut photographier les ombres volantes en photographiant tout simplement ce mur, à quelques mètres, avec une focale standard, en laissant le boîtier photo faire ses réglages automatiques (sauf la mise au point, car ne trouvant pas de contraste suffisant, l'autofocus se mettra à pomper). On aura intérêt à choisir un film le plus contrasté possible. Ce phénomène très changeant est un excellent sujet pour les vidéastes.

Le cône d’ombre

La visibilité du cône d'ombre nécessite un site permettant de voir l'horizon à grande distance ; un point d'observation en hauteur (par exemple au bord d'une falaise face à la direction d'arrivée ou de départ de l'ombre) est à recommander. Si l'atmosphère est brumeuse, le cône d'ombre sera plus facilement matérialisé dans l'air. Les photographies sont à prendre avec un objectif grand-angle, ou un zoom standard dans ses courtes focales. Le boîtier photographique peut être laissé en automatique ; mais on aura intérêt à placer la mise au point sur l'infini, et à débrayer l'autofocus.

 

Les grains de Baily, la chromosphère, les protubérances et la basse couronne

 

Arc de chromosphère le 24 octobre 1995, © : Philippe Morel, SAF

 

Ces phénomènes nécessitent de grandes images et de la résolution. Les temps de pose sont très courts.   Un long rapport F/D supérieur à 10 et une focale supérieure ou égale à 800mm conviennent parfaitement. Les lunettes astronomiques du débutant, les télescopes et téléobjectif catadioptrique sont les plus adaptés à ce type de prise de vue. L’entraînement équatorial, non obligatoire, permet cependant un gain de temps appréciable en assurant la constance du cadrage.

 

La moyenne couronne

 

Moyenne couronne le 26 février 1998 avec 1100 mm de focale,

© : Philippe Morel, SAF

 

Elle est accessible à la haute résolution avec une focale de l’ordre de 1000mm avec un entraînement équatorial et à plus faible résolution sans équatorial avec un téléobjectif de 400mm de focale ouvrant à F/D=5,6.

 

La couronne externe et les planètes proches

 

1000 fois moins brillante que la chromosphère, la couronne externe nécessite du champ et de la lumière, donc, un téléobjectif très ouvert d’une focale comprise entre 200 et 400mm. Selon l’élongation des planètes proches de l’éclipse, la distance focale pourra être inférieure à 200mm.

 

Le     programme de photographie est maintenant choisi, reste à en maîtriser les contraintes. Ces dernières diffèrent selon la focale et le rapport F/D choisi si l’on souhaite prendre des clichés au téléobjectif, à la lunette ou au télescope.

 

La photographie de l’éclipse en pratique

 

Quel temps de pose utiliser ? 

 

Le Tableau I donne pour une sensibilité de 100 ISO les temps de pose moyens à utiliser pour chaque phase de l’éclipse totale et pour plusieurs rapports F/D.

 

Tableau I :

 

Temps de pose et rapports F/D selon les instants d’une éclipse totale de soleil pour une sensibilité de 100 ISO.

 

Phases\Rapport F/D

1,4

2,0

2,8

4,0

5,6

8,0

11

16

Partielles (filtre 1/10000eme) :

 

1/8000

1/4000

1/2000

1/1000

1/500

1/250

1/125

Grains de BAILY :

 

 

 

1/8000

1/4000

1/2000

1/1000

1/500

Chromosphère et protubérances :

 

 

1/8000

1/4000

1/2000

1/1000

1/500

1/250

Protubérances faibles et basse couronne :

 

1/8000

1/4000

1/2000

1/1000

1/500

1/250

1/125

Couronne interne :

1/1000

1/500

1/250

1/125

1/60

1/30

1/15

1/8

Couronne moyenne :

1/250

1/125

1/60

1/30

1/15

1/8

1/4

1/2

Couronne externe :

1/60

1/30

1/15

1/8

1/4

1/2

1

2

Jets coronaux :

1/30

1/15

1/8

1/4

1/2

1

2

4

Lumière cendrée :

1/15

1/8

1/4

1/2

1

2

4

8

 

Ces temps de pose ont été établis pour une hauteur du soleil sur l’horizon égale à 45°. Il faut les multiplier par 2 si le soleil est aux environs de 20° au-dessus de l’horizon, par 4 si le soleil est à 10°, par 8 à 5° et par 25 à l’horizon. Si le ciel est brumeux il faudra multiplier encore une fois les temps de pose de référence par deux.

 

Quel champ pour quelle focale ? 

 

Le Tableau II donne en degrés la valeur des champs couverts pour le format 24 X 36mm par les objectifs les plus couramment utilisés en photographie. Y est aussi mentionnée le diamètre du disque noir de la lune sur le film.

 

Tableau II :

 

Champs couverts pour le format 24 X 36mm par les focales les plus habituelles.

 

Champ couvert focale(mm)

Champ horizontal (°)

Champ vertical (°)

Champ diagonal (°)

Diamètre de l’image de la lune (mm)

50

40

27

47

0,5

85

24

16

29

0,8

135

15

10

18

1,2

200

10

7

12

1,8

300

6,9

4,6

8,2

2,7

400

5,2

3,4

6,2

3,6

500

4,1

2,7

5

4,5

600

3,4

2,3

4,1

5,4

700

2,9

2,0

3,5

6,3

800

2,6

1,7

3,1

7,2

900

2,3

1,5

2,8

8,1

1000

2,1

1,4

2,5

9,0

1100

1,9

1,3

2,3

9,9

1200

1,7

1,1

2,1

10,8

1500

1,4

0,9

1,7

13,5

2000

1,0

0,7

1,2

18,0

 

Nous remarquons immédiatement que les courtes focales couvrent des grands champs mais focalisent de toutes petites images de l’éclipse. Il ne faut donc pas les utiliser en espérant grand chose de l’éclipse mais pour l’ambiance et les rapprochements planétaires entourant le phénomène. Les focales supérieures à 300mm feront progressivement apparaître de plus en plus de détails mais sur un champ de plus en plus petit. Au-delà de 800mm la couronne externe déborde du champ et la couronne moyenne au-delà de 1500mm de focale. Une focale de 2000mm permet seulement la basse couronne, les protubérances, la chromosphère, la perle de diamant et les grains de BAILY mais avec une extrême résolution.

 

Très rares sont les APN disposant d’un capteur de 24X36 mm de côté. Ces capteurs sont beaucoup plus petits  et, pour une focale f donnée, le champ sera plus petit. Si on nomme lh la dimension horizontale du capteur, lv la dimension verticale du capteur ; ces distances étant exprimées en millimètres, on peut obtenir la valeur approchée des champs comme suit…

 

…le champ horizontal est égal à  ARCTAN(lh/f)*(180/PI())*2,

le champ vertical par ARCTAN(lv/f)*(180/PI())*2,

le champ diagonal par ARCTAN((lv²+lh²)1/2/f)*(180/PI())*2.

 

Dans le cas d’un capteur de 15x22 mm (APN Canon EOS 10D), cela donne :

 

 

Distance

Champ

Champ

Champ

Diamètre

focale

horizontal

vertical

diagonal

Lune

(mm)

(°)

(°)

(°)

(mm)

16

69,0

50,2

79,5

0,1

20

57,6

41,1

67,3

0,2

28

42,9

30,0

50,9

0,3

50

24,8

17,1

29,8

0,5

85

14,7

10,1

17,8

0,8

135

9,3

6,4

11,3

1,2

200

6,3

4,3

7,6

1,8

300

4,2

2,9

5,1

2,7

500

2,5

1,7

3,1

4,5

600

2,1

1,4

2,5

5,4

700

1,8

1,2

2,2

6,3

800

1,6

1,1

1,9

7,2

900

1,4

1,0

1,7

8,1

1000

1,3

0,9

1,5

9,0

1100

1,1

0,8

1,4

9,9

1200

1,1

0,7

1,3

10,8

1500

0,8

0,6

1,0

13,5

2000

0,6

0,4

0,8

18,0

 

 

 

Quel est le temps de pose maximal sur pied fixe ?

 

Le temps de pose limite est en grande partie conditionné par le grain du film et plus ce dernier augmentera moins bonne sera la résolution de l’image mais plus long sera le temps de pose autorisé (Tableau III).

 

Tableau III :

 

Temps de pose maximal exprimé en secondes et autorisé sur pied fixe selon la focale et le grain du film.

 

Focale (mm)

Film / pixel grain de 5 microns

Film/ pixel grain de 10 microns

Film/ pixel grain de 15 microns

Film/ pixel grain de 20 microns

Film/ pixel grain de 25 microns

8

8,59

17,19

25,78

34,38

42,97

16

4,30

8,59

12,89

17,19

21,49

20

3,44

6,88

10,31

13,75

17,19

24

2,86

5,73

8,59

11,46

14,32

28

2,46

4,91

7,37

9,82

12,28

35

1,96

3,93

5,89

7,86

9,82

50

1,38

2,75

4,13

5,50

6,88

85

0,81

1,62

2,43

3,24

4,04

105

0,65

1,31

1,96

2,62

3,27

135

0,51

1,02

1,53

2,04

2,55

180

0,38

0,76

1,15

1,53

1,91

200

0,34

0,69

1,03

1,38

1,72

250

0,28

0,55

0,83

1,10

1,38

300

0,23

0,46

0,69

0,92

1,15

350

0,20

0,39

0,59

0,79

0,98

400

0,17

0,34

0,52

0,69

0,86

500

0,14

0,28

0,41

0,55

0,69

600

0,11

0,23

0,34

0,46

0,57

700

0,10

0,20

0,29

0,39

0,49

800

0,09

0,17

0,26

0,34

0,43

900

0,08

0,15

0,23

0,31

0,38

1000

0,07

0,14

0,21

0,28

0,34

1100

0,06

0,13

0,19

0,25

0,31

1200

0,06

0,11

0,17

0,23

0,29

1500

0,05

0,09

0,14

0,18

0,23

1800

0,04

0,08

0,11

0,15

0,19

2000

0,03

0,07

0,10

0,14

0,17

4000

0,02

0,03

0,05

0,07

0,09

 

Ces temps de pose constituent des limites au-delà desquelles une monture équatoriale est indispensable pour accéder à la haute résolution photographique.

 

Quel rapport F/D choisir ? 

 

Pour une focale donnée on serait tenté d’utiliser le rapport F/D le plus petit possible. On pourrait ainsi obtenir une image très lumineuse permettant de diminuer le temps de pose et la sensibilité du film tout en autorisant une bonne résolution. Malheureusement tout n’est pas aussi simple car des optiques très ouvertes atteignent des prix prohibitifs et sont rarement bien corrigées hors de l’axe optique, ce qui rend leur résolution tout à fait moyenne. De plus, un petit rapport F/D complique beaucoup la mise au point. L’observateur arrivant sur le site peu avant le début de l’éclipse doit obligatoirement procéder à une mise au point à la vue en accordant toute confiance au système œil-loupe de visée-pentaprisme-verre de visée du boîtier reflex. Cet ensemble n’est malheureusement pas fiable pour des rapports F/D inférieurs à 8 aussi, mieux vaut, à diamètre égal, choisir une distance focale plus longue car au prix d’une perte de luminosité que l’on peut compenser en augmentant le temps de pose ou (et) la sensibilité du film, l’image obtenue sera plus grande donc plus facile à détailler dans le grain du film et surtout beaucoup plus facile à mettre au point. Quel que soit le rapport F/D il existe des moyens simples permettant la réalisation d’une mise au point très précise sur étoile la nuit précédant l’éclipse mais rien ne garantit la stabilité thermique et mécanique de l’ensemble objectif-boîtier photographique entre le moment ou l’on procède à la mise au point et l’instant de la totalité. Les conséquences de cette instabilité sur la netteté des images seront d’autant plus désastreuses que le rapport F/D est petit. En conclusion, l’obtention d’un cliché parfaitement piqué avec un télescope ayant un rapport F/D inférieur à 8 reste totalement aléatoire même si la mise au point a été réalisée dans les règles de l’art. Le Tableau IV indique la tolérance de mise au point pour différents rapports F/D.

 

Tableau n°3.4 :

 

Tolérance de mise au point selon le rapport F/D.

 

Rapport F/D

Tolérance de mise-au-point (mm)

Rapport F/D

Tolérance de mise-au-point (mm)

Rapport F/D

Tolérance de mise-au-point (mm)

1

0,001

11

0,141

21

0,513

2

0,005

12

0,168

22

0,563

3

0,010

13

0,197

23

0,616

4

0,019

14

0,228

24

0,670

5

0,029

15

0,262

25

0,727

6

0,042

16

0,298

26

0,787

7

0,057

17

0,336

27

0,843

8

0,074

18

0,377

28

0,912

9

0,094

19

0,420

29

0,979

10

0,116

20

0,465

30

1,047

 

L’examen de ces chiffres nous montre que la tolérance de mise au point à F/D = 16 est 10 fois plus importante qu’à F/D = 5 et 30 fois plus importante qu’à F/D =3. De plus, à F/D = 5 la précision de l’alignement optique et de la mécanique ne doit pas bouger de plus de 30 microns entre l’instant de la mise au point et la prise de vue ce qui relève de l’impossible pour la quasi-totalité des instruments d’amateur. Sur les lunettes il faut aussi se méfier des porte oculaires à crémaillère rarement garantis stables à cette précision.

 

Quand utiliser une monture équatoriale ? 

 

L'usage d'une monture équatoriale permet de maintenir constant le cadrage et cet avantage est très appréciable au delà de 600 mm de focale. De plus, les poses dont la durée dépasse les temps limites définis plus haut sont possibles. Cependant, la monture équatoriale peut être sujette à des pannes d’entraînement et il est prudent de prévoir en double les éléments fragiles du système (boîtier de piles ou batterie, cordon d’alimentation, raquette de commande). Le pointage de la monture ne nécessite pas une grande précision sauf pour la vidéo. Si  L'éclipse se déroule au voisinage du méridien l'orientation de la monture suivant l'axe nord-sud aura beaucoup plus d'importance que l'inclinaison de l'axe horaire. C’est l’inverse quand l’éclipse se déroule au levant ou au couchant.

 

Quelle pellicule utiliser ? 

 

Les films négatifs tolèrent beaucoup mieux les fortes différences de luminosité et sont donc plus indiqués. De plus, après numérisation on peut les admirer sur un bon écran d’ordinateur, aussi bien qu’une diapositive bien projetée. Si l’on ne possède pas de moyens informatiques il faut reconnaître qu’une diapositive d’éclipse totale de soleil est beaucoup plus belle à regarder projetée sur grand écran qu’exposée sur un papier soumis aux reflets environnants. Il est de plus facile de réaliser un tirage papier d’après diapositive mais réaliser une diapositive d’après un négatif papier est beaucoup plus difficile.

 

CCD ou CMOS ?

 

Le capteur CCD est beaucoup plus sensible au rouge qu’au bleu…et c’est l’inverse pour un CMOS. La CCD aura donc la faveur des amateurs de protubérances et d’images de surface en lumière H alpha. A l’inverse, le CMOS aura la faveur des amateurs de couronne.

 

 

Quelle combinaison choisir en fonction de ces données ?

 

Les focales courtes

 

Il ne faut pas chercher à photographier l’éclipse mais les phénomènes qui l’entourent de la colonne d’ombre aux ombres volantes en passant par la clarté crépusculaire et l’ombre des arbres durant les phases partielles. Ne pas oublier le premier plan et neutraliser le flash durant la totalité. L’assombrissement du ciel aux différents instants de l’éclipse est facile à photographier mais il faut garder les mêmes temps de pose et ouverture qu’avant le début de l’éclipse.

 

Les vues d’ensemble de l’éclipse

 

Un téléobjectif de 300mm ouvert à F/D=4 permet d’accéder aux jets coronaux en ¼ de seconde de pose sur une pellicule à 100 ISO sans que le bougé du à la rotation de la terre ne se fasse sentir. Il offre de plus un champ diagonal d’un peu plus de 8° soit 16 fois le diamètre apparent de la lune propice à la photographie des planètes voisines de la totalité. Avec une tolérance de mise au point égale à 19 microns la haute résolution n’est pas de rigueur mais cela importe peu car avec un diamètre lunaire de 2,6mm sur le plan-film le propos n’est pas là. Le but ici est de capter un maximum de lumière dans un minimum de temps en gardant encore une résolution acceptable sur une bonne partie du champ. L’image de la chromosphère et des protubérances, peu détaillée à cette  focale de 300mm commence cependant à être lisible.

 

Les vues rapprochées de l’éclipse

 

Le mieux est d’utiliser un téléobjectif  de 500 à 800mm de focale dont les modèles catadioptriques sont faciles à trouver à bon compte dans les foires à la photo. Inutile de penser à faire une mise au point sur étoile car ces optiques sont tellement instables que leur usage n’est possible avec succès que si la mise au point est réalisée juste avant la totalité. Ces objectifs sont de plus d’une qualité optique très inconstante et mieux vaut les tester avant l’éclipse. D’excellents numéros donnant des résultats surprenants ne sont pas impossibles à trouver. Ces optiques ne permettent pas des vues très détaillées de la couronne. Ces optiques sont aussi, voire plus rapides à mettre en ouvre que les lunettes de 60mm de diamètre.

 

Les clichés à haute résolution sans équatorial

 

Le meilleur instrument est la lunette astronomique du débutant. Avec son diamètre de 60mm et son rapport F/D égal le plus souvent à 16 la mise au point pour un œil entraîné à ce type d’exercice est difficile à rater y compris sur le bord de la lune durant les phases partielles. Le temps de pose limité à ¼ de seconde permet de tout photographier des grains de BAILY à la couronne interne sur du film à 100 ISO si l’éclipse n’est pas trop basse sur l’horizon. Le même temps de pose sur du film à 400 ISO permet d’accéder à la couronne externe avec une résolution un peu moins bonne du fait du grain du film. Cette modeste lunette n’aura aucun mal à surpasser le superbe téléobjectif de 300mm de focale ouvert à F/D=2,8 très onéreux à l’achat, mais d’une piètre résolution par rapport à la lunette du débutant. Cet instrument très simple a aussi l’avantage être très rapide à mettre en œuvre ; qualité très appréciable par météorologie propice aux averses. Le faible champ de la lunette constitue son principal défaut et avec un champ diagonal limité à 2,5° il ne faut pas espérer associer éclipse et planètes sur les mêmes clichés.

 

La haute résolution sur équatorial 

 

L’instrument idéal surtout quand on se déplace en avion est le téléobjectif catadioptrique de 1000 ou 1100mm de focale ou le petit télescope catadioptrique de focale comparable. Avec ces focales un pointage au moins sur l’étoile polaire est souhaitable. Une mise au point directe sur étoile par le test de FOUCAULT ou, plus simplement de RONCHI apporte une grande sécurité et une garantie de succès si la mécanique est indifférente aux variations de température. Ces solutions ne sont malheureusement pas utilisable avec un APN. Seuls des essais permettent de trouver le meilleur, ou plutôt le moins mauvais compromis. La haute résolution est possible du bord de la lune à la couronne externe mais le champ ne va pas au-delà cependant, si la totalité dure plus de trois minutes rien n’interdit, après avoir réalisé une série de poses à des temps croissants sur la lune et son environnement proche, de réaliser une série de clichés périphériques posés environ 2 secondes sur du film à 100 ISO où apparaîtront les jets coronaux. Après numérisation des négatifs et traitement sur des logiciels appropriés il est possible d’assembler ou superposer toutes les images. On obtient alors un cliché final à grand champ et haute résolution correctement exposé du bord de la lune à l’extrémité des jets coronaux. En posant 3 à 4 secondes sur le même film peut apparaître la lumière cendrée de la lune. Ce fut le cas le 26 février 1998 au Venezuela.

 

 

 

 

 

 

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