8 avril 2005 :
éclipse hybride de Soleil en Hα depuis la playa Coronado

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Philippe Morel,
Société Astronomique de France
Eclipse et voyage organisé…par nos
soins

Michel Roth , Stève Annet et
Philippe Morel…sur le chemin de l’éclipse, © :
Stève Annet.
Personne ou presque n’en parlait et pourtant, il
s’agissait bien de la plus exceptionnelle des deux éclipses de Soleil de cette
année 2005. En effet, cette éclipse était totale sur l’océan Pacifique jusqu’à
quelques centaines de kilomètres des côtes du Costa-Rica,
endroit précis où elle devenait annulaire pour se terminer au coucher du Soleil
au-dessus du Venezuela. Le choix de la destination était simple : l’océan
Pacifique et une totale « comme les autres » avec, de plus, une très
mauvaise probabilité de ciel clair, tout comme d’ailleurs dans la zone du
passage de l’éclipse totale à l’éclipse annulaire, là où l’éclipse était
perlée, où Panama, seule zone de la centralité bénéficiant des moins mauvaises
prévisions météorologiques : 50% de probabilité de ciel clair mais avec un
Soleil haut de seulement 18° au-dessus de l’horizon lors du maximum, la
probabilité de voir quelque chose durant cette annulaire de 16 secondes de
durée relevait du rêve.
Il n’en fallait cependant pas plus pour tenter de passer
du rêve à la réalité faisant de cette éclipse une occasion de voyage vers cette
très attachante terre rejoignant les deux Amériques. L’idée est lancée début
janvier 2005 et mes deux coéquipiers, Stève Annet
et Michel Roth, tous deux membres du Conseil d’Administration de la
SAF répondent présent pour ce voyage organisé par nos soins.
L’embarras du choix

Le survol de
Manhattan : la cerise sur le gâteau ! © : Philippe Morel.
Pour se rendre à Panama, soit on y va par vol direct en
cassant sa tirelire, soit on fait escale et plus cette dernière est longue et
plus les prix baissent : une occasion rêvée de s’offrir deux après-midi à New-York …

…et le coucher du
Soleil du 86ème étage de l’Empire State Building… © : Philippe Morel.
… et le rayon vert 320 mètres au-dessus de l’agglomération
new-yorkaise.
Panama : d’un
océan à l’autre et d’une Amérique à l’autre
D’un côté, la chaleur moite de la côte Atlantique et ses
agglomérations très peu fréquentables,

A Colon, sur la côte Atlantique,
derrière le mur…les splendeurs de l’hôtel Washington, © : Philippe Morel.
de l’autre, à une heure et demi de
voiture, le long du célèbre canal et de ses écluses …

Gatùn, Pedro Miguel, Miraflores : les écluses du canal de Panama, © : Stève Annet.
on découvre les plages ensoleillées
bordant l’océan Pacifique du haut du pont des Amériques, point de jonction de
l’Amérique du Nord et de l’Amérique du Sud.

Sur le pont des Amériques, © : Stève Annet.
Parmi ces plages baignées de Soleil, l’une d’entre elle va
être associée à un inoubliable souvenir.

Eclipse pour tous à l’Université
de Penonomé, © : Philippe Morel.
Panama était la destination choisie par la majorité des
chasseurs d’éclipses pour cette édition d’avril 2005 et plus particulièrement
la région de Penonomé, placée sur la ligne de
centralité et facile d’accès. Cette région bénéficiait des moins mauvaises
probabilités météo de l’ensemble de la course de l’éclipse avec 50% de
probabilité de ciel dégagé, ce qui représente cependant fort peu quand on
s’adresse à un phénomène placé à seulement 18° au-dessus de l’horizon à son
instant le plus intéressant.
Cette ville avait donc été choisie pour accueillir les
observateurs du monde entier et nous avions
pris au préalable avec les responsables de l’Associacion
Pamameana de Afficionados
de Astronomia où un chaleureux accueil nous fut
réservé, en particulier la veille de l’éclipse, alors qu’il tombait des cordes,
à l’Université des technologies de Penonomé où
tout avait été prévu pour préparer avec les observateurs, les étudiants et les
curieux, le grand moment du lendemain.

Pas très militaire le quartier
général ! © : Philippe Morel.
Après trois jours d’orages nous arrivions à la veille du
jour J résignés mais cependant réconfortés par la qualité du spectacle
terrestre offert par ce voyage monté en dehors de toute organisation
« officielle ». Le soir du 7 avril, au terme d’une journée de
repérage au GPS des sites possibles nous remontons à 700m d’altitude a notre
quartier général situé à El Valle sur les
pentes du Cerro Gaital,
choisi pour avoir un accès facile aux prévisions météorologiques via Internet.
Une lueur d’espoir reparaît au moment où quelques étoiles arrivent à percer le
plafond nuageux et que l’écran des ordinateurs nous montre un léger décalage
vers le nord des nombreuses formations orageuses encore actives. Nous savions
alors que le salut viendrait du sud.

Un sport national au Panama :
les paris…comme le matin de l’éclipse, © : Philippe Morel.
Du Soleil au réveil le 8 avril : qui aurait pu croire
cela possible ? La réalité rejoint cependant bien
vite la fiction avec un rapide retour des nuages…les paris sont donc ouverts.
Forts de nos informations météo nous descendons vers le sud, donc au pied du Cerro Gaital à Las
Uvas, au bord de l’océan Pacifique. Le miracle
annoncé se produit : pas un seul nuage et le Soleil de plomb accompagné de
ses 35°C de température humide des premiers jours du voyage.

Nous sommes alors près de la limite de la zone d’éclipse
annulaire et décidons de rejoindre le site de Penonomé,
situé à 53 km de là, où nous retrouvons les nuages et
même quelques gouttes de pluie. Aucune hésitation alors : seul le rivage
de l’océan sera totalement épargné des complications météorologiques et le seul
endroit où la ligne de centralité croise la côte Pacifique se trouve à la Playa Coronado.
Difficile de faire plus à propos quand on espère observer une éclipse en
lumière H alpha !

La Playa Coronado, située à 67 km de Penonomé et à une centaine de kilomètres de Panama
City est un lieu de villégiature de la haute société panaméenne. On y
accède par un poste de garde et trouver un abord direct sur la côte Pacifique
est de plus en plus difficile depuis que d’immenses propriétés se sont
appropriées le rivage. Il fallait pourtant y accéder pour avoir un horizon
ouest dégagé pour une éclipse se déroulant l’après midi et à peu de hauteur sur
l’horizon sous une température où l’idéal serait de trouver une buvette à
proximité. Nous dirigeant vers l’aéroport local, lieu où, partout dans le monde
on peut trouver à boire et un horizon dégagé, au détour d’un portail nous
trouvons le paradis sur Terre : un club de plage avec bar, paillotes et
surtout, un magnifique jardin avec piscine surplombant de quelques dizaines de
mètres un océan aussi Pacifique que son nom. Dans un mélange d’anglais et d’espagnol
volontairement très approximatif, l’accord nous est donné pour nous installer à
cet endroit : le Club Gaviota.

Eclipse au bord du Pacifique depuis la Playa
Coronado...la bien nommée ! © : Stève Annet.
Difficile
de monter un instrument astronomique sous un Soleil de plomb et plus encore, de
réaliser les mises au point. Peu importe et puisque nous sommes les seuls sur
ce site extraordinaire, nous avons l’impression d’être les enfants gâtés de l’éclipse et
pour cause : d’ici, rien n’empêche de tenter le H alpha ce qui aurait sûrement
été très difficile depuis Penonomé. En
quelques dizaines de minutes tout est prêt pour les deux « manips »
programmées et orchestrées par notre « horloge parlante »
chargée de décompter les instants à partir de l’heure GPS (Michel Roth):
1) la réalisation d’une
séquence de prise de vue d’une image toutes les 10 secondes dès le début des
phases partielles à l’aide d’un PST et d’un boîtier numérique Canon 20D en plus
d’un mitraillage en règle au moment des 16 secondes de la phase annulaire (Stève
Annet).

Stève Annet et son PST et la sensation du devoir accompli, © : Philippe Morel.
2)
La réalisation au Solarmax 40 BF10 et 1070mm
de focale résultante de 6 à 8 images en rafale et en mode RAW sur un boîtier
numérique Canon 10D toutes les 10 minutes dans le but de réaliser des compositages, y compris durant la phase annulaire par compositage selectif des images
du Soleil et de la Lune et recalage sur chaque original. Le résultat offre la
série présentée ci-dessous (Philippe Morel).
Durant
les phases partielles, de très rares nuages gênent les prises devue et, à l’exception de la montée d’une colonne orageuse
en direction du sud ouest environ une demi heure avant l’instant fatidique rien
d’autre ne fait monter la tension. Alors que la Lune grignote le Soleil…

…l’ombre des palmiers donne son
grand spectacle, © : Philippe Morel.
A
22h12m04sec UT (17h12m04sec locales) la moitié ouest du limbe du Soleil se
fragmente en plusieurs dizaines de grains de Baily
qui disparaissent en quelques secondes, détachant en très peu de temps un très
éphémère anneau de Soleil assombrissant à peine le ciel. A 22h12m20sec UT le
retour à la lumière du limbe est est à son tour
annoncé par un autre demi anneau de grains de lumière.
Au Solarmax
40 BF 10, © : Philippe Morel.
20h57m UT, compositage de 6 images
21h07m UT, compositage de 8 images
21h17m UT, compositage de 7 images
21h27m UT, compositage de 9 images
21h37m UT, compositage de 8 images
21h47m UT, compositage de 7 images
21h57m UT, compositage de 8 images
22h07m UT, compositage de 9 images
22h12m UT, compositage de 6 images
22h12m UT, compositage de 6 images
22h12m UT, compositage de 6 images
22h14m UT, compositage de 6 images
22h24m UT, compositage de 5 images
Images réalisées avec un Solarmax 40 BF 10, focale résultante : 1070mm. APN Canon 10D, poses de 1/30ème de sec sur équivalent 400 ISO.
A SUIVRE...