Passage de Mercure depuis le quai du vaisseau des fantômes

© : Philippe Morel, SAF

Les 8 et 9 novembre 2006, la planète Mercure est passée devant le Soleil à un moment où la nuit étoilée était installée sur le continent européen. Même si la France a bénéficié largement de ce rare phénomène le 7 mai 2003 et du passage de Vénus, beaucoup plus spectaculaire, le 8 juin 2004 il n'empêche que la tentation était très forte d'aller observer ce passage là où il était visible car il s'agissait du dernier avant 10 ans.

Dans la brume du matin du 6 novembre à l'aéroport de Roissy : "vont-ils tous observer Mercure ?", © : Philippe Morel, SAF

A cet appel de notre étoile et de sa proche voisine, quatre membres de la SAF, Anne-Marie Brandin, Pierre Fauque, Philippe Morel et Bernard Urbain ont répondu présent.

Destination Los Angeles

Crépuscule près de Sunset Boulevard et loin de la grisaille du départ, © : Philippe Morel, SAF

La visibilité du passage intéressait essentiellement la zone la région de l'océan Pacifique et dans une moindre mesure la mer des Caraïbes d'où le phénomène n'était que partiellement visible en raison du coucher des deux astres. L'archipel d'Hawaii était bien sur privilégié mais le choix s'est porté sur le sud de la Californie en raison de la très bonne probabilité météorologique ; la région de Los Angeles bénéficiant d'un climat méditerranéen et offrant des facilités d'accès vers les zones désertiques proches en cas de ciel couvert.

Le Queen Mary I vu du ciel, © : Google Earth

Restait à passer du rêve américain à la réalité, ce qui fut fort aisé pour cette destination. De nombreux sites Web regorgent de propositions et les possibilités d'hébergement en motels, hotels, gîtes et camping sont légion : inutile donc de s'aventurer dans une agence de voyage pour s'offrir une semaine de vie californienne. Parmi ces hébergements, la région de Long Beach avait été désignée par sa situation géographique car située à 22km au sud-ouest de Los Angeles elle permettait un accès rapide tant vers cette dernière que vers l'aéroport et la sortie vers San Diégo grâce au dédalle de plus de 400 km d'autoroutes traversant l'agglomération en tous sens.

Un hébergement hors normes à un prix d'ami, © : Philippe Morel, SAF

L'un des hébergements les moins onéreux à Long Beach, le paquebot Queen Mary I ne manque pas de surprendre. Avec ses 314m de long en faisant un édifice aussi long que la Tour Eiffel n'est haute, ses 36m de large et ses 72m de haut, ses 1310 cabines devenues de confortables chambres et suites, cet ex dieu des océans lancé sur les flots en mai 1936 a pris sa retraite à Long Beach en 1967 dont il est devenu la propriété depuis 1992, mettant désormais à la portée de tous ce joyau du style " Art Déco " qui a vu passer toutes les célébrités des années 30 aux années 60 … et leurs fantômes dont le paquebot est semble t-il très riche, au point qu'un musée leur a été consacré à bord. Difficile à cet instant de ne pas rechercher ceux de Senta et du Hollandais, personnages principaux du "Vaisseau Fantôme", opéra de Richard Wagner composé à proximité de l'actuel observatoire de Meudon. La Municipalité de Long Beach a su mener a bien une initiative qu'un pays comme la France n'a jamais su envisager pour sauver du néant "son" paquebot. Quel dommage et quelle perte pour notre patrimoine !

Mercure de passage

Un évennement rare en un site exceptionnel, © : Philippe Morel, SAF

Lors du dernier passage de Mercure, en 2003, les filtres H alpha étaient très peu répandus chez les amateurs et le but de la mission était de réparer cette lacune par la réalisation d'une série d'images d'un passage complet à la webcam au moyen d'une lunette équipée d'un filtre Solarmax 90 BF 30. La " répétition " générale, sous une latitude équivalente avait eu lieu en Algérie durant le 5éme Salon National d'astronomie de Constantine et la configuration utilisée était exactement la même.

La Lune le matin du jour J, © : Philippe Morel, SAF

Comme prévu, la météorologie n'a posé aucun problème et le matin du 8 novembre, au début de l'aurore, la Lune, très haute dans le ciel, éclairait les ponts et courtines du paquebot. Le lieu d'observation avait été défini la veille et, finalement, grâce à la disponibilité du personnel de livrée et de la direction de l'hôtel, l'observation a été possible depuis le quai du Queen Mary I, équipé de possibilités de branchements électriques.

Lever de Soleil le jour J, © : Philippe Morel, SAF

A 19h12m 04s UT Mercure commence à apparaître sur la chromosphère : un petit disque noir d'encre qui va occuper le devant de la scène de la tourmente solaire durant près de cinq heures.

A 20h08m UT, compositage de 40 images sans morphing, © : Philippe Morel, SAF

A 21h39m UT, compositage de 40 images sans morphing, © : Philippe Morel, SAF

A 21h39m UT, compositage de 40 images sans morphing, © : Philippe Morel, SAF

A 22h01m UT, compositage de 40 images avec morphing, © : Philippe Morel, SAF

A 22h05m UT, compositage de 40 images avec morphing, © : Philippe Morel, SAF

A 19h12m 04s UT Mercure commence à apparaître sur la chromosphère : un petit disque noir d'encre qui va occuper le devant de la scène de la tourmente solaire durant près de cinq heures. En tenant compte du pouvoir séparateur de l'optique pour la lumière H alpha et du mouvement apparent de Mercure, la durée des séquences ne pouvait dépasser 20 secondes, sous peine d'occasionner une ovalisation du disque une fois les images compositées. Certaines séries, avant compositage on fait l'objet d'un traitement par morphing. Le post traitement associait soustractions de flou gaussien et incrustation de filtres passe-haut. 110 séquences ont été réalisées durant le phénomène et de nombreux passants ont pu en profiter sous in soleil radieux.

Notre étoile à la rencontre de 51 étoiles, © : Philippe Morel, SAF

Deux ombres face à ce passage, la première quand notre étoile a été occultée durant quelques minutes par la hampe portant les 51 étoiles du drapeau américain …

Les admiratrices du passage sous le brouillard, © : Philippe Morel, SAF

...la seconde quand, à 12 minutes de la fin du phénomène, la brume de mer s'est brutalement abattue sur le site et sur un Soleil alors à moins de 10° de hauteur au-dessus de l'horizon.

La mission passage de Mercure au grand complet, © : Philippe Morel, SAF

57 instants du passage de Mercure du 8 novembre 2006, © : Philippe Morel, SAF

En route pour d'autres horizons

Anza Borrego, © : Philippe Morel, SAF

Au second jour de cette semaine californienne la mission était accomplie et restaient quatre jours de bon temps où pas une seconde n'a été perdue. Anne Marie voulait voir le désert. Aussitôt dit aussitôt fait le 9 novembre avec un périple de 700km sur la journée en direction du désert d'Anza Borrego situé le long de la frontière mexicaine à environ 120km à l'est de San Diégo avec un changement complet de paysage pour un univers sauvage où cactus et serpents règnent en maîtres.

Downtown LA...à quelques heures du désert, © : Philippe Morel, SAF

Retour à la civilisation le 10 novembre avec Los Angeles, son gigantisme et son Palais des Sciences...

Sous le pinceau de William Turner peu avant 1850, © : Philippe Morel, SAF / Hunttington Library

…et ses îlots de verdure et de culture. La mégapole a été le lieu d'élection de nombreuses fondations. La plus célèbre d'entre elles est probablement la Fondation Jean-Paul Getty. Moins connue mais toute aussi intéressante est la Hunttington Library rassemblant sur les hauteurs de la ville cinq jardins, une bibliothèque et un musée des beaux arts aux œuvres uniques mises en valeur dans un écrin architectural unique.

Le 11 novembre fut une mémorable journée astronomique avec l'observatoire du Mont Wilson le matin et le Griffith Observatory l'après midi avant des préoccupations beaucoup moins studieuses sur Hollywood boulevard le soir.

L'observatoire du Mont Wilson

Sous la conduite de William Craig, ici à côté de la sortie Newton du télescope Hale, © : Philippe Morel, SAF

L'observatoire du Mont Wilson est situé à1740 m d'altitude sur l'un des sommets de la chaîne San Gabriel au nord-est de los Angeles. Nous arrivons vers 9h30 dans un observatoire en apparence désert mais avons la chance de rencontrer William Craig, spécialiste de l'histoire de l'observatoire qui avec beaucoup de gentillesse nous offre une visite unique des installations.

Le télescope Hale de 1,5m de diamètre, © : Philippe Morel, SAF

L'observatoire, propriété de la Fondation Carnegie de Washington commence à s'implanter en 1904 avec le télescope solaire offert par Helen Snow de l'observatoire Yerkes, autre fondation privé située à proximité de San francisco. Le premier gros instrument fut installé de 1905 à 1908. Il s'agit du télescope Hale de 1,5m, le plus grand au monde jusque 1917 et qui a résisté au tremblement de terre de 1906 qui dévasta San Francisco.

La tour solaire de 60 pieds, © : Philippe Morel, SAF

En 1908 est montée la tour solaire de 60 pieds.

Le télescope Hooker de 2,5m de diamètre, © : Philippe Morel, SAF

Berceau de l'astrophysique qui a vu le jour en cet observatoire privé à une époque où l'astronomie d'état européenne persistait dans l'astronomie de position et l'établissement de la Carte du Ciel, l'observatoire du Mont Wilson est le seul à héberger deux télescopes qui, successivement, ont été les plus grands du monde. De 1917 à 1948, le télescope Hooker de 2,5m a ravi le titre à son voisin de 1,5m mais il est surtout l'instrument qui a permis à Edwin Hubble de découvrir l'expansion de l'univers.

Le Griffith Observatory

Le Griffith Observatory quelques jours après sa réouverture, © : Philippe Morel, SAF

Cet observatoire qui a toujours eu une vocation populaire a ouvert au public le 14 mai 1935. Dessiné sur les idées de Russell W. Porter, bien connu des lecteurs assidus des Amateur Telescope Making dont il fut co-auteur avec Robert Ingalls, il est l'aboutissement du don en 1896 d'un terrain et de la dotation d'une fondation par le Colonnel Griffith J. Griffith.

La lunette Zeiss et son système de contrepoids équilibrant le tube, © : Philippe Morel, SAF

Véritable temple de l'astronomie populaire, le Griffith Observatory est surmonté de deux coupoles, l'une abritant un télescope solaire et l'autre, une lunette Zeiss de 300mm de diamètre. L'installation est complétée du dôme du Samuel Oschin Planetarium pouvant contenir 290 places.

Le plafond de la salle du pendule de Foucault après restauration, © : Philippe Morel, SAF

Le Griffith Observatory a émerveillé des milliers de curieux durant 67 ans et a du fermer ses portes en 2002. Hymne à l'architecture " Art Déco " dédié à l'astronomie, le chantier a duré 4 ans et a coûté 93 millions de dollars. L'ensemble a été magnifiquement restauré et a été transformé en un endroit unique où, tout en respectant l'ensemble d'origine ont été ajoutés de grandes surfaces de locaux d'exposition et un auditorium , le tout en excavation, gardant ainsi à l'identique l'aspect extérieur d'origine. Un exemple à donner à ceux qui voudraient voir notre Observatoire Flammarion se transformer en Centre Culturel Municipal.

La nuit tombe sur le Griffith Observatory, © : Philippe Morel, SAF
Le Griffith Observatory a ré ouvert ses portes le 3 novembre 2006 avec une affluence qui a pulvérisé le record de 1935. On y accède pour l'instant par une navette partant d'Hollywood et une vingtaine de minutes après la contemplation de l'une des plus belle vues sur la mégapole on se retrouve dans les lumières de la ville.

Hollywood Boulevard

Des étoiles aux stars, © : Philippe Morel, SAF

Lieu mythique pour tous les adeptes du septième art, Hollywood Boulevard vit 24h sur 24 au rythme de l'extravagance et du non conformisme. Rien ici n'est dans les normes et tout est extrême.

Face au Grauman's Chinese Theatre, près du lieu de la remise des Oscars, © : Philippe Morel, SAF

God bless America, © : Philippe Morel, SAF

Changement de décor et d'ambiance le matin du dimanche 12 à la sortie de la messe à Garden Grove.

La Cathédrale de verre, © : Philippe Morel, SAF

Œuvre de l'architecte Philip Johnson inaugurée en 1980 mesurant 63m sur 125 pour une hauteur de 40m et comptant 2000 tuyaux répartis en 3 orgues elle peut recevoir plus de 3000 personnes pour des offices-spectacles où les étrangers affluent plus pour la partie spectacle menée ici avec des moyens hollywoodiens.Tout est démesuré en cet endroit, y compris sa beauté.

Le Christ de verre sous le clocher de la cathédrale, © : Philippe Morel, SAF

L'observatoire du Mont Palomar

Face au temple de l'astronomie, © : Philippe Morel, SAF

Il fallait un bouquet final digne de cette semaine de rêve californien et ce cadeau était à portée de voiture de Garden Grove et permettait de faire les courses au passage chez OPT à Oceanside (et oui ! les revendeurs de matériel astronomique sont ici ouvert le dimanche).

Le télescope Hale de 5,08m, © : Philippe Morel, SAF

Après avoir rendu visite aux deux télescopes du Mont Wilson qui ont été les plus grands du monde en leur temps, il fallait absolument rendre visite à l'instrument qui a pris la suite des deux premiers. Installé à 1706m d'altitude, le télescope de 5,08m du Mont Palomar a détenu le titre de 1948 à 1975. En théorie, il a été détrôné par le télescope de 6m de l'observatoire de Zelentchouk mais ce dernier n'ayant jamais fonctionné, Palomar est resté le n°1 jusqu'en 1993.

Soleil couchant au Mont Palomar, © : Philippe Morel, SAF

L'ensemble de cette mécanique d'exception a été conçu par l'ingénieur Mark Serrurier. C'est au monde le premier télescope à tube compensant les flexions et aussi la première monture à fer à cheval. Après s'être occupé de l'observatoire, Mark Serrurier a pris la direction de Moviola, entreprise fondée par son père qui diffusait un appareil de projection sonore miniature dès le début des années 1930. Son action à la tête de cette société lui vaudra une étoile sur Hollywood Boulevard.

13 novembre : dernier coucher de Soleil sur le sud du Grand Canyon, © : Philippe Morel, SAF

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