Réaliser un microscope de mise au point
par Steve Annet,
Société Astronomique de France, Club d'Astronomie Caudresien
La conception d’un microscope de mise au point a été décidée en vue de notre escapade Zambienne de Juin 2001. Nous voulions absolument faire de bonnes prises de vue de l’éclipse totale de Soleil et, outre le choix du matériel utilisé, nous étions soucieux d’une bonne mise au point.
Bien que connaissant la technique du fameux couteau de Foucault couramment employé en astro-photographie, nous avions remarqué qu’une mise au point faite la veille avec des conditions de température différentes, divers manipulations plus ou moins volontaires et des changements de films était dans la pratique quasiment impossible à conserver en l’état. Nous avions également remarqué qu’une légère différence de focalisation se faisait ressentir entre les versions avec et sans filtre solaire. Toutes ces causes nous ont poussés vers un type de mise au point dit " à l’œil ". Pas si facile à faire surtout avec des focales assez longues. Il nous fallait donc un " outil " supplémentaire pour nous rendre la tache plus aisée, d’ou l’idée d’un microscope de mise au point.
Le but recherché était ici de se servir du verre dépoli d’origine du reflex comme zone de mise au point. Pour augmenter la précision, il suffisait donc de " zoomer " sur ce verre de mise au point.

Prise de vue du système de visée typique d’un reflex (verre dépoli d’origine d’un Olympus OM-2000 ici utilisé sans objectif) avec en son centre une zone spécifique permettant une mise au point fine. Cette zone est scindée en deux parties. D’une part en périphérie de la zone centrale : une bague de micro-prismes et d’autre part au centre : un stigmomètre.
Après quelques recherches et hésitations, tout en essayant de comprendre le fonctionnement de microscopes de mise au point de type " varimagni ", je suis tombé tout bêtement sur une combinaison optique satisfaisante qui me permettait d’agrandir au maximum la zone centrale.

Voici un plan du système utilisé. Même si quelques côtes restent à l’appréciation des futurs " bricoleurs ", c’est le premier plan guide que j’ai réalisé et qui m’a permis de fabriquer mon premier microscope de mise au point.
A l’époque, n’ayant aucune idée du nombre de dioptries de la lentille convergente utilisée en tête du chemin optique, les dimensions globales du microscope sont la résultante de tests sur un petit banc optique bricolé avec quelques bouts de bois et des élastiques. Cela m’a permis de trouver une première approximation des bonnes dimensions. Pour les réglages beaucoup plus fin, il faut se reposer sur la conception même du microscope. Celui-ci doit impérativement permette un réglage fin de focalisation.

Ci-dessus le microscope réalisé :
Au final, la combinaison retenue fut globalement un bout de tôle d’aluminium roulé autour d’un manche à balai avec deux pattes relevées assurant le serrage de l’ensemble.
Pour la description du système de gauche à droite sur la photo précédente :
1°)
Un adaptateur porte bonnette pour reflex OM récupéré dans le fond d’un tiroir chez un photographe, idéal pour réaliser la jonction entre le microscope et l’appareil photo.

L’adaptateur porte-bonnette
2°) La lentille de l’objectif d’un chercheur d’une petite lunette d’initiation centrée et collée à la glue sur la pièce précédente.

L’oculaire du viseur
3°)
Un oculaire de type Huygens au coulant de 24,7mm et de 12,5mm de focale provenant également d’un jeu d’oculaires fourni avec un instrument d’initiation. J’ai gainé de caoutchouc le corps de l’oculaire (morceau de chambre à air de vélo) pour éviter des déchaussements intempestifs de celui-ci.
4°) Le tube en aluminium roulé qui vient relier le tout.
Il ne reste plus qu’à effectuer un réglage général du système avant de serrer les écrous fixant le tout. Il faut tout de même veiller à faire une mise au point très précise sur la barre centrale du stigmomètre. Cela nous garantira un confort et une précision de focalisation supérieure.




Ci-dessus, l’adaptation entre le microscope de mise au point et le boîtier du reflex se fait très facilement grâce a l’emploi d’un adaptateur porte bonnette. Si cette solution ne ce prête pas à votre appareil, il existe sûrement un moyen pour ajouter des" options " derrière votre viseur. Il suffit de composer avec celles-ci (trous taraudés par exemple ou encore glissière spécifique …)
Le tour était presque joué, cependant un dernier problème se faisait ressentir : le centrage de la zone centrale dans le champ du microscope. En effet, le microscope ayant un poids, bien que très raisonnable, mais suffisant pour donner un moment assez important cela a pour conséquence directe de décentrer le système optique sous l’action de son propre poids (en grande partie due au poids de l’oculaire situé à l’extrémité du microscope). Ce problème fut résolu par l’ajout d’un guide réalisé dans une tranche de tube d’acier carré. Celui-ci fut équipé d’une patte spécifique permettant une fixation sur le support du pied recevant habituellement les flashs et quatre visses de réglages pour un centrage parfait.

Une vue du stigmomètre " zoomer " avec le microscope de mise au point
Malgré d’évidant problèmes de chromatisme (le flou est due aux mauvaises conditions de prises de vue), le système est opérationnel et nous a donné quelques belles images de cette éclipse de soleil mémorable.
Bon bricolage à tous !
Mis au point avec le microscope décrit ici : souvenirs d'éclipse de Soleil australe